La solitude du génie : « Martin Eden » de Jack London

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« Martin Eden » de Jack London

Un classique indémodable qui parle d’amour et de différence, celle-ci faisant souvent obstacle à celui-là.

Martin Eden est né dans les bas-fonds d’Oakland aux Etats-Unis vers le début du XXème siècle. Doté d’une force physique à toute épreuve, il a gagné son pain en parcourant les mers comme matelot. Un jour, il fait la connaissance de Ruth, une jeune fille de la bourgeoisie. Il s’éprend de tout ce qu’elle représente à ses yeux : la beauté, la richesse et l’amour. Dans l’espoir de la conquérir un jour, il veut acquérir tous les codes de la bienséance et surtout se cultiver pour atteindre le niveau de cette classe sociale qu’il idéalise.

Autodidacte, il se jette alors à corps perdu dans la lecture d’ouvrages en tous genres. Son génie intellectuel – qu’il  découvrira au fil de son apprentissage – s’enivre peu à peu de littérature et de poésie. Tout en délaissant les offres de travail qui se présentent à lui, il passe nuits et jours à lire et à écrire. Personne ne croit en son talent, y compris Ruth. Le monde des riches et des pseudo-intellectuels qu’il idéalisait finit par le désenchanter. Un jour pourtant, le succès arrive…

***

Il existe beaucoup de similarités entre la vie de Martin Eden et celle de l’auteur Jack London, notamment la passion littéraire, l’esprit autodidacte et l’envie de grimper les échelons de la hiérarchie sociale.

Plusieurs d’entre vous avaient déjà évoqué ce livre comme un ouvrage littéraire bienfaisant et je suis heureuse d’avoir enfin eu l’occasion de le lire.

Ce roman évoque d’une part  le plaisir fou – et par conséquent les bienfaits – que procure la littérature

« Il lança un regard vers son ami qui lisait toujours sa lettre et vit les livres sur la table. Dans ses yeux s’alluma une convoitise ardente, semblable à celle d’un homme mourant de faim, à la vue d’un morceau de pain ».

« La poésie, toutefois, était sa grande consolatrice… »

« Ce que j’ai lu était épatant. C’était lumineux, brillant et ça m’a traversé, ça m’a chauffé comme le soleil et éclairé comme un projecteur. Voilà l’effet que ça m’a fait… »

mais d’autre part, également le désenchantement face à la société qui reste figée dans ses préjugés sociaux et est incapable de reconnaître et d’apprécier une pensée originale.

« Elle avait une de ces mentalités comme il y en a tant, qui sont persuadées que leurs croyances, leurs sentiments et leurs opinions sont les seules bonnes et que les gens qui pensent différemment ne sont que des malheureux dignes de pitié. C’est cette même mentalité qui de nos jours produit le missionnaire qui s’en va au bout du  monde pour substituer son propre Dieu aux autres dieux. A Ruth, elle donnait le désir de former cet homme d’une essence différente, à l’image de banalités qui l’entouraient et lui ressemblaient. »

Roman bienfaisant ?

L’auteur décrit avec énormément de talent le détail des attitudes et cogitations de son protagoniste qui en disent long sur sa pensée intime, son engouement, son désespoir et finalement sa totale désillusion.

« Telles étaient les réflexions de Martin. Il en vint à se demander si l’écart qui existait entre les travailleurs de son ancien milieu et les notaires, les officiers, les hommes d’affaires, les caissiers du milieu qu’il fréquentait à présent, ne se bornait pas uniquement à des différences de nourriture, de vêtements et d’entourage« 

Non seulement Martin Eden souffre des différences financières qui enferment les gens dans des castes au sein de la société, mais il souffre surtout et avec beaucoup d’amertume de la différence qu’il incarne lui-même alors qu’intellectuellement, son génie dépasse de loin la compréhension de la moyenne des gens qui l’entourent.

Bien que le roman ne se termine pas sur une note d’espoir, il me semble que sa lecture communique beaucoup d’empathie vis-à-vis des personnes qui se sentent différentes, incomprises et seules au sein de la société.

Prêt(e) pour le changement ?

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La vie en mieux de Anna Gavalda

La vie en mieux

 de Anna Gavalda

(Editions Le Dilettante, 2014, Audiolib, 2014, J’ai Lu, 2015)

Les deux nouvelles de ce recueil ressemblent à une ode au changement de vie. La plume vivante de la romancière française Anna Gavalda crée directement un lien d’empathie – ou du moins de bienveillance –  avec les protagonistes en proie au questionnement existentiel si caractéristique de notre époque. Ceci étant, la littérature regorge de récits où le thème du changement est évoqué.

Deux courtes histoires :

Dans l’ouvrage de Anna Gavalda, deux jeunes gens, Mathilde et Yann, connaissent des parcours de vie médiocre et sans grande saveur. Un événement assez anodin, lié à une rencontre, les bouscule et les incite à opter pour un autre chemin plus épanouissant. Chacun de leur côté, les protagonistes se remettent en question et décident de tout changer, préférant « se tromper de vie plutôt que de n’en vivre aucune ».

Thème récurrent en littérature : changer de vie

Qu’il soit forcé ou choisi, qu’il se déroule dans la sphère privée ou professionnelle, le changement de vie constitue un sujet de prédilection pour les auteurs de fictions ou d’ouvrages de développement personnel.

Pourquoi un tel engouement pour ce thème ?

Nous sommes tous des êtres de projet, souvent en demande et rarement en adéquation avec notre propre situation. L’envie est une caractéristique propre à l’être humain : c’est ce qui le fait bouger et c’est ce qui fait avancer le monde dans lequel il habite.

Littérature classique : l’ascension sociale et l’idéal romantique comme moteurs de changement

L’attrait pour la richesse et la reconnaissance sociale est un moteur prédominant du changement dans la littérature classique :

Dans « Le rouge et le noir » de Stendhal, Julien Sorel tente de s’élever au-dessus de la condition sociale de ses parents charpentiers.

Dans « Martin Eden » de Jack London, les motivations de réussite sociale de Martin sont similaires.

Ce désir de changement est aussi intimement lié à un idéal sentimental. Mais le prix à payer reste souvent désastreux. Ces deux fresques littéraires montrent que le changement de vie souhaité aura le mérite d’aboutir à une meilleure connaissance de soi, ainsi qu’à une estimation toute relative de l’importance accordée à la richesse et à la réussite sociale.

Dans  « Madame Bovary » de Gustave Flaubert, le désir de changement qui parasite la vie d’Emma Bovary vient en grande partie de ses lectures qui la noient dans un idéal romantique illusoire. On connaît la fin tragique qui en découle…

Que disent les fictions contemporaines à propos du changement ?

Les multiples ouvrages de développement personnel montrent à quel point la quête de bonheur et d’épanouissement personnel est devenue l’objectif essentiel de toute existence. Les enjeux des siècles précédents ont évolué, et avec eux, les codes sociaux qui en découlent. Nous ne vivons plus dans une société où franchir les barrières entre les classes sociales constitue un exploit héroïque et séduisant.

Aujourd’hui, les chaînes de l’existence sont différentes et les questions sur le changement le sont tout autant : une femme peut-elle faire carrière en renonçant à sa place dans la famille ? un cadre avec un bon salaire peut-il décider de tout plaquer pour se lancer dans une expédition écologique ou humanitaire ? peut-on troquer une carrière de salarié réconfortante contre une carrière d’artiste sans garantie de sécurité ? un homme ou une femme peuvent-ils décider de renoncer au confort d’une première vie conjugale pour revenir à une vie de célibat ?

Ces questions sont soulevées dans certains romans, parfois même dans des thrillers pour lesquels le changement de vie constitue un véritable ressort narratif. Il s’agit avant tout de retrouver ses propres valeurs, son propre moi, indépendamment des critères « raisonnables et sensés » qui exhortent à l’immobilité.

Dans  « La femme qui fuit » de Anaïs Barbeau-Lavalette, l’auteur trace le portrait de sa grand-mère qui a abandonné ses deux enfants pour suivre sa propre voie.

Dans « Demain il fera beau » de Céline Rouillé, une femme de quarante ans décide d’ouvrir un gîte en Normandie et doit surmonter plusieurs obstacles parmi lesquels la décision de son mari de ne pas la suivre dans son nouveau projet.

Dans « Eldorado » de Laurent Gaudé, le thème des migrants est abordé avec celui de la quête d’un rêve au péril de la vie. Un surveillant des côtes optera pour un changement afin de venir en aide à ces migrants.

Dans « L’homme qui voulait vivre sa vie » de Douglas Kennedy, le protagoniste est un homme apparemment comblé, pourtant il se sent l’imposteur de sa vie, et profite d’un coup du destin pour changer d’identité et réaliser un rêve de jeunesse en devenant photographe.

Dans « Hector veut changer de vie » de François Lelord, le psychiatre Hector – que l’on retrouve dans d’autres romans de la même série –  est confronté à des patients qui veulent tous changer de vie. Lui-même ne se pose-t-il pas les mêmes questions ?

Dans  « J’ai fait un voeu » de Allison Morgan, la narratrice frôle la mort et décide de réaliser ses rêves d’enfance, même si cela implique de renoncer à sa vie « parfaite » actuelle.

Dans « Demain est un autre jour » de Lori Nelson Spielman, la protagoniste retrouve la liste de ses souhaits énumérés à l’âge de 14 ans et se voit contrainte de les réaliser pour obtenir la part d’héritage que lui lègue sa mère

Cette série de romans sur le changement est loin d’être exhaustive, il existe beaucoup d’ouvrages qui évoquent ce sujet, parmi lesquels une grande majorité de fictions feel-good, ainsi que des livres de développement personnel que je n’ai pas cités ici. Le lecteur en quête de réponses trouvera sans nul doute un réconfort dans l’un de ces récits.

Il est à noter que le moteur du changement vient souvent d’une impulsion extérieure ou d’un événement marquant (un deuil, un choc émotionnel), sorte de secousse qui met le pied à l’étrier de la personne désireuse de ne pas continuer sur une route toute tracée.

Changer fait peur et constitue un processus douloureux, semé d’embûches. Mais si la vie était simple, cela se saurait, n’est-ce pas ?

En guise de conclusion, je vous invite à regarder une petite vidéo sur Caroline Vigneaux qui a arrêté sa carrière d’avocate pour devenir humoriste. Dans une interview du 13 juin 2017, elle concède que sur son lit de mort, elle préférerait se dire qu’elle a fait une connerie en changeant de métier, plutôt que se demander ce qu’aurait été sa vie, si elle avait osé le changement….

 

 

Le rôle du « manteau d’images » selon Michel Tournier

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« L E S   V E R T E S   L E C T U R E S« 

de Michel Tournier

première édition chez Flammarion (2006)

Aujourd’hui, 6 décembre, le grand Saint-Nicolas débarque en Belgique et dans les régions frontalières pour récompenser les enfants sages avec des jouets et des friandises.

Et qui sait ? Le grand Saint aura peut-être l’excellente idée de déposer des livres dans les chaussons des enfants… Au coeur de ces pages, illustrées ou non, les enfants découvriront alors un monde imaginaire et enchanteur peuplé de personnages dont les comportements leur sont pourtant familiers.

 « Les vertes lectures » de Michel Tournier nous parle de ces romans qui ont marqué la prime jeunesse de beaucoup d’entre vous et dont le contenu réaliste, souvent cruel, est couvert d’un manteau d’images destiné aux enfants.

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Si vous avez été ou êtes toujours séduits par les romans de la Comtesse de Ségur, par les récits de Jules Verne, par le monde de Lewis Carroll, le Tintin d’Hergé, l’esprit de Jack London, Lagerlöf, Kipling, Rabier, Gripari, May, plongez-vous vite dans cet ouvrage édifiant qui vous apprendra mille détails sur les origines de ces histoires, ainsi que sur la vie de leur auteur respectif. Ce livre est très agréable à lire et écrit de main de maître par l’auteur de  « Vendredi ou les Limbes du Pacifique » (Grand Prix du roman de l’Académie française en 1967) et « Le Roi des Aulnes » (prix Goncourt en 1970).

Vous trouverez aussi une édition revue et augmentée chez Folio (2007)

Si j’évoque cette lecture, ce n’est pas au titre de « roman bienfaisant », mais parce qu’elle traite de tous ces récits pour la jeunesse qui renferment en eux de véritables vertus bienfaisantes. Car les enfants ont besoin de comprendre le monde qui les entoure, un monde souvent injuste et cruel. Tout comme les adultes, ils ont aussi besoin de libérer leurs émotions par le biais d’une lecture bienfaisante, adaptée à leur âge.

Dans sa psychanalyse des contes de fées, Bruno Bettelheim (1903-1990), pédagogue et psychologue américain d’origine autrichienne, disait « Bien loin de manifester des exigences, le conte de fées rassure, donne de l’espoir pour l’avenir et contient la promesse d’une conclusion heureuse« .

Joyeuse fête de Saint-Nicolas à tous les enfants !

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PETITE PUB D’OCCASION

Pas d’inspiration pour Saint-Nicolas ou le Père Noël ?

Il était une fois un conte pour aider les enfants à se brosser les dents….

« La Souris Milledent » de Nathalie Cailteux et Elodie Launois est sur Amazon.

La différence SOCIALE

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Les différences sociales… sont celles qui vous écartent de ce terme terriblement subjectif qu’est la « normalité » dans une société. Vous trouverez sur ce site quelques livres qui en parlent et, je l’espère, vous donneront la force d’affirmer votre individualité.

Je vous propose quelques lectures dans la catégorie « Thème de la différence » que vous trouverez dans la colonne située à droite sur ce blog, notamment des articles sur les romans suivants :

Juliette Jourdan « Le choix de Juliette »
Virginie Mouzot « Une femme sans qualités »
Judith Uyterlinde « Chronique d’un désir d’enfant »
Paolo Giordona « La solitude des nombres premiers »
Paulo Coelho « Véronika décide de mourir »
Philippe Delerm « Quelque chose en lui de Bartleby »
Duong Thu Huong « Les Collines d’Eucalyptus »
Jack London « Martin Eden »
– Pierre Lemaitre « Au revoir là-haut »
Olivier Bourdeaut « En attendant Bojangles »
Jean-Paul Didierlaurent « Le liseur du 6h27 »
Daniel Pennac « Chagrin d’école »
Laetitia Colombani « La tresse »
Myriam Levain « Et toi tu t’y mets quand ? »

« Désorientale » de Negar Djavadi

« La salle de bal » de Anna Hope

Mais peut-être connaissez-vous également des livres sur ce thème ? N’hésitez pas à partager vos expériences ….