Archives Mensuelles: avril 2016

La grande littérature peut-elle aider à renouer des liens brisés ? « La poupée de Kafka » de Fabrice Colin

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La poupée de Kafka de Fabrice Colin

« La poupée de Kafka » de Fabrice Colin

Editions Actes Sud, 2016

L’écrivain français Fabrice Colin a eu l’idée géniale de baser l’histoire de son roman sur une énigme littéraire autour de Franz Kafka. L’anecdote fut relatée par Dora Diamant, la dernière compagne de Kafka, mais jusqu’à présent, aucune preuve matérielle n’a pu étayer ses dires.

Grand écrivain tchèque de langue allemande et de confession juive, Kafka (1883-1924) aurait écrit durant l’automne 1923 à Berlin des lettres pour consoler une fillette désespérée d’avoir perdu sa poupée. Quotidiennement pendant trois semaines, il lui aurait remis des missives qu’il écrivait au nom de cette fameuse poupée. Grâce aux lettres, la peine de la petite fille était apaisée, car la poupée lui assurait qu’elle l’aimait toujours, bien qu’elle ait choisi de voyager pour explorer le monde et finalement convoler en justes noces .

Dans le roman de Fabrice Colin , la protagoniste Julie Spieler entretient des relations chaotiques avec son père, professeur de littérature allemande et adorateur d’un écrivain qui a pris une place trop importante au sein de la famille, cet écrivain étant bien entendu Kafka. La jeune femme a pourtant subi l’influence paternelle et se met à la recherche de l’énigmatique fillette à la poupée. Toujours vivante, celle-ci se débat avec des souvenirs qui la hantent et qui remontent au temps de la Shoah durant la seconde guerre mondiale.

Franz Kafka

De même que les mots des lettres écrites par Kafka auraient soulagé la tristesse d’une fillette au début du siècle dernier, de même la littérature et la figure emblématique de ce grand écrivain ont rétabli dans cette histoire contemporaine des liens tendus et brisés entre une jeune fille et son père, ainsi qu’entre une vieille dame et ses fantômes du passé.

C’est autour de ces trois histoires qu’évolue la narration de ce récit habilement menée par la plume de l’auteur.

Kafka, aussi désigné dans le récit comme le  « Célibataire » et qui avait exploité le thème de la solitude dans ses écrits, devient par le biais de son oeuvre littéraire la figure qui rétablira les liens brisés entre les individus.

Vous trouverez si vous le souhaitez une analyse intelligente et fouillée de ce roman  en suivant ici le lien du blog littéraire d’Emmanuelle Caminade.

Histoire bienfaisante ?

Très belle histoire où se mélangent réalité et rêve, horreur et humour et qui se lit facilement tout en éveillant l’envie de se replonger dans les écrits de Franz Kafka. Ce récit pointe le doigt sur les difficultés de communiquer au sein d’une famille et de surmonter ses démons. Si l’être humain reste par définition limité par sa finitude et sa solitude, il doit faire en sorte de jeter le plus de ponts possibles entre lui et les autres.

Et devinez quel est le pont le plus efficace mis en valeur par Franz Kafka et Fabrice Colin  ? …. la L I T T E R A T U R E

Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. - Franz Kafka

Moment d’évasion garanti ! « Le Livre des Baltimore » de Joël Dicker

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« Le Livre des Baltimore » de Joël Dicker

Je classe ce roman dans la catégorie de mes romans bonbons parce que :

  1. la lecture est facile, agréable et accessible au grand nombre, cet auteur a vraiment du talent pour captiver un public de 7 à 77 ans
  2. le suspense est présent tout au long du récit si bien que les 500 pages défilent sans attendre devant les yeux impatients du lecteur
  3. le récit met en scène un des thèmes familiaux les plus récurrents : la jalousie, la rivalité et l’envie entre frères ou cousins – qui ne se reconnaît pas dans ces sentiments ?

Le narrateur, Marcus Goldman, a passé son enfance et sa jeunesse en vouant une admiration sans bornes envers son oncle, sa tante et ses deux cousins. Pourtant « un drame » est survenu – drame dont le lecteur aura seulement connaissance après avoir lu le roman jusqu’à la fin –  et peu à peu le narrateur apprend à connaître ou à reconnaître les ombres d’un tableau qui lui semblait pourtant sans failles.

Après l’énorme succès  de  son précédent roman « La Vérité sur l’Affaire Harry Québert », l’écrivain suisse trentenaire Joël Dicker revient sur la scène littéraire et médiatique avec « Le Livre des Baltimore ». Flash-back, suspense, tension latente tout au long du récit, il est clair que l’auteur sait user avec talent des moyens pour tenir ses lecteurs en haleine…. et franchement, on s’y laisse prendre et c’est avec plaisir que nos pensées se laissent emporter par cette histoire, tout comme elles se laisseraient embarquer par un bon film au cinéma. Moment d’évasion garanti et bienfaisant !

Le succès a ses revers et Joël Dicker essuie quelques critiques… mais il le fait avec élégance ici dans l’émission de Laurent Ruquier :

http://www.dailymotion.com/video/x398mh1_joel-dicker-on-n-est-pas-couche-10-octobre-2015-onpc_tv#.VwErquOM_Ps.wordpress

 

 

Pour ma part, j’ai retenu ce passage qui met l’accent sur le travail de l’écrivain en tant que scénariste :

« Ecrire un livre, c’est comme ouvrir une colonie de vacances. Votre vie, d’ordinaire solitaire et tranquille, est soudain chahutée par une multitude de personnages qui arrivent un jour sans crier gare et viennent chambouler votre existence. Ils arrivent un matin, à bord d’un grand bus dont ils descendent bruyamment, tout excités qu’ils sont du rôle qu’ils ont obtenu. Et vous devez faire avec, vous devez vous en occuper, vous devez les nourrir, vous devez les loger. Vous êtes responsable de tout. Parce que vous, vous êtes l’écrivain« 

et par celui-ci qui parle du pouvoir des livres…..

« Pourquoi j’écris ? Parce que les livres sont plus forts que la vie. Ils en sont la plus belle des revanches. Ils sont les témoins de l’inviolable muraille de notre esprit, de l’imprenable forteresse de notre mémoire. »

Le Livre des Baltimore