Archives de Catégorie: ROMANS POUR RELATIVISER

Prenons soin de notre liberté !

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« La servante écarlate »

Margaret Atwood

Traduction française par Sylviane Rue (The Handmaid’s Tale)

Publié en 1985 et traduit en français en 1987

Editions Robert Laffont (2017)

 

Ce récit dystopique se déroule dans un pays totalitaire (autrefois les Etats-Unis d’Amérique) où la religion domine la politique et où les femmes sont divisées en cinq classes : les Epouses d’hommes appartenant aux instances dirigeantes (classe dominante), les Marthas qui entretiennent les foyers, les Ouvrières, les Tantes qui forment les Servantes et enfin les Servantes Ecarlates, seules femmes encore capables de procréer dans un monde où la pollution a réduit le taux de natalité de façon catastrophique.

Ces servantes portent des vêtements rouges, ainsi qu’un prénom se composant du nom de l’homme qui est tenu de les féconder en présence de sa propre épouse lors des journées fertiles. Les punitions et les exécutions publiques vis-à-vis des rebelles sont légion au sein de cette dictature. Pour ne pas sombrer, la protagoniste principale du récit, qui est une servante écarlate, se réfugie dans les souvenirs d’un passé qui ressemble à notre présent.

L’histoire de Margaret Atwood a reçu plusieurs récompenses et a été adaptée au cinéma dans un film americano-allemand réalisé par Volker Schlöndorff en 1990, et récemment dans une série américaine réalisée en 2017 dont la troisième saison est en cours de préparation.

Thèmes abordés :

  • asservissement des femmes
  • suppression de la liberté d’expression, de croyance, de plaisir, bref de la liberté tout court
  • vision écologique

Au vu des actualités, ainsi que des avertissements lancés par la nature, le monde décrit par la romancière n’est plus un futur improbable. Ce n’est donc pas un hasard non plus que le roman publié en 1985 réapparaisse maintenant sur le devant de la scène avec la série américaine éponyme.

Auteur :

La romancière canadienne Margaret Atwood est née à Ottawa en 1939 et nous prenons plaisir à écouter son interview dans l’émission canadienne ci-après du 12 novembre 2017

 

 

Roman bienfaisant ?

Ce récit suscite très certainement des questions sur notre avenir et sur celui de nos enfants. Il est bienfaisant dans le sens où il pointe le doigts sur ce que nous devons à tout prix préserver et protéger : notre liberté et celle d’autrui, et bien sûr notre environnement naturel.

Se plonger dans une telle lecture, c’est aussi relativiser nos petits soucis quotidiens en nous disant que : nous avons encore la chance de pouvoir choisir, de pouvoir travailler, de pouvoir aimer…

 

 

Autobiographies qui font réfléchir

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« Le Son du Silence » de H.J. Lim

(Albin Michel, 2016 et Le Livre de Poche, 2018)

« Le Journal de Myriam » de Myriam Rawick

(Fayard, 2017 et Le Livre de Poche, 2018)

 

Cette année, j’ai la chance de participer au jury du prix des lecteurs du Livre de Poche dans une toute nouvelle catégorie, celle des « Documents et Essais ».

Parmi les 7 ouvrages sélectionnés, deux témoignages ont retenu mon attention parce qu’ils racontent le parcours difficile et atypique de jeunes adolescentes de notre époque.

« Le son du silence » relate à la première personne le destin d’une enfant prodige sud-coréenne qui quitte ses parents et son pays à l’âge de douze ans pour poursuivre ses études de piano en France. Lorsqu’elle s’envole depuis l’aéroport de Séoul en 1999, elle ne parle pas un mot de français. Elle devra surmonter épreuves, humiliations et jalousies avant d’obtenir enfin la reconnaissance internationale de son talent musical. Elle fera aussi de belles rencontres et se laissera guider et inspirer par la spiritualité du bouddhisme.

« Le journal de Myriam » est celui d’une enfant vivant en Syrie, à Alep entre 2011 et 2017. Myriam a sept ans en 2012 lorsque débutent les premiers tirs, puis les bombes, les restrictions, les départs forcés, la disparition d’êtres chers. Au fil des semaines et des mois, Myriam raconte le quotidien de sa famille obligée de vivre sous le joug de la peur et le poids des restrictions.

 

De ces deux ouvrages et des voix qui les portent émane pourtant une force sereine puisée soit dans les petits gestes du quotidien pour Myriam, soit dans l’inébranlable foi en la puissance de la musique pour Lim.

L’injustice dont elles souffrent chacune à titre différent ne leur enlèvera pas leur générosité, car elles n’hésitent pas à venir en aide à ceux qui en subissent encore davantage les outrances.

De leur ouvrage respectif se manifeste une puissante volonté d’utiliser les mots pour témoigner de leur destin.

Romans bienfaisants ?

Bien que racontant des parcours très différents, ces ouvrages autobiographiques représentent tous deux une belle leçon de vie et de courage !

  • Pour Lim, la persévérance et le courage de s’approprier son destin malgré l’exil qui en découle et les nombreuses difficultés  
  • Pour Myriam, la grande capacité de résilience et le courage de faire face au sort tragique et inexorable issu des affres de la guerre 

 

 

 

 

« …C’est une histoire de poux, d’errance et de sainteté… »

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« Frère des astres« 

Julien Delmaire

Editions Grasset (2016) – Le Livre de Poche (2018)

Dans ce roman, l’auteur s’est librement inspiré du récit de la vie de Benoît-Joseph Labre (1748-1783), né à Amettes dans le nord de la France et canonisé en 1881. Renvoyé pour diverses raisons de la vie monacale à laquelle il aspirait, Benoît-Joseph Labre a trouvé sa vocation religieuse en parcourant les routes d’Europe tel un pèlerin mendiant, mais tout en restant dévoué et charitable vis-à-vis des plus pauvres que lui.

Le Benoît du récit de Julien Delmaire est également né à Amettes, mais à la fin du 20e siècle et dans une famille où les « fins de mois sont souvent en pente raide ». Il se sent attiré par le mystère de la foi. Devenu adulte, il quitte le cocon familial et se lance sur un chemin d’errance et de piété à travers la France. Ses pérégrinations de chapelles en cathédrales, de bourgades en capitales sont ponctuées de rencontres improbables et relatées sur un rythme littéraire qui enchante la lecture. Les descriptions scandées en petites phrases évoquent des scènes soit miséreuses soit grandioses que le lecteur n’aura aucun mal à se représenter .

Le cadre historique de ce cheminement fait partie intégrante du décor. Benoît habite une époque et un pays, et l’auteur a le don d’évoquer avec très peu de mots des situations particulières connues, ainsi que des événements aisément identifiables qui ont envahi l’actualité voici plus de deux décennies (le génocide au Rwanda, la marche blanche à Bruxelles…).

Roman bienfaisant ?

Il est clair que personne n’envie le parcours que s’impose Benoît. Qui voudrait passer la nuit dehors, sale et affamé ?

Pourtant Benoît fait montre d’une joie de vivre à toute épreuve et cela, peu de gens peuvent s’en arroger le don. Lorsque Benoît est emmené par les policiers auprès d’un psychiatre, celui-ci conclut « Vous savez, c’est la première fois que je rencontre quelqu’un d’heureux. »

Benoît a faim, il a froid en hiver, il est sale, mais il est heureux. Difficile de se mettre à la place de cet être profondément humain et en plein accord avec toutes les manifestations de la vie. L’expérience racontée de ce bonheur dans l’errance et la pauvreté a de quoi changer notre façon d’être et de penser le monde.

Joyeuses Pâques à toutes et tous !

 

RELATIVISEZ vos soucis en LISANT ce récit poignant…

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BAKHITA de Véronique Olmi

Editions Albin Michel, 2017

Prix du Roman Fnac 2017 – Grand Prix des blogueurs littéraires 2017

 

Véronique Olmi dresse une poignante biographie de cette personne énigmatique née en 1869 dans la province du Darfour au Soudan et qui fut enlevée et torturée dans son enfance pour approvisionner les réseaux d’esclaves. Après des années de souffrance, son destin la conduit par chance entre les mains d’un consul italien qui l’emmène avec lui dans la province de Venise. D’esclave, elle devient domestique pour finalement demander à entrer dans les ordres chez les religieuses canossiennes. Son parcours atypique et sa couleur de peau feront d’elle un emblème de propagande pour servir la grandeur de l’Italie au début du 20e siècle.

Elle sera béatifiée en 1992 et canonisée par Jean-Paul II en 2000.

La première partie du récit décrit le terrible parcours de cette enfant du Darfour à qui les mauvais traitements ont fait oublier son véritable prénom. Elle n’aura de cesse de retrouver les siens, ce qui l’aidera à survivre au pire.

La seconde partie est dédiée à sa vie en Italie, aux conflits intérieurs et extérieurs qu’elle devra affronter pour entrer dans la vie religieuse et s’y conformer.

Roman bienfaisant ?

Raconter la vie d’une personne sous forme de roman est selon moi la meilleure façon d’imprégner la mémoire des gens. Sans doute peu de lecteurs avaient-ils une connaissance préalable de l’histoire tragique de cette religieuse noire. Grâce au roman de Véronique Olmi, grâce aussi à sa plume qui tient le lecteur en haleine, nous découvrons les affres d’une destinée dont le début ressemble à un véritable cauchemar.

Et si le sort a été clément envers Bakhita à un moment donné de sa vie, ce ne fut hélas pas le cas pour un grand nombre d’autres enfants ou adultes voués à l’esclavage et dont l’auteure nous évoque une partie des tourments.

Une telle lecture permet donc de relativiser ses propres soucis personnels et d’apprécier le haut degré de résilience de Bakhita face aux violentes épreuves qui ont marqué ses premières années et qui ne l’ont toutefois pas empêchée de s’ouvrir à autrui.

Ci-après, je vous invite à écouter une interview de la romancière Véronique Olmi lors de l’émission « La Grande Librairie » du 6 octobre 2017.

Elle y parle de son roman qui fut non sans raison couronné de succès et applaudi par les blogueurs littéraires…

 

« Vous qui vivez en toute quiétude, bien au chaud dans vos maisons…. »

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….premières phrases du roman

« Si c’est un homme » de Primo Levi

Editions Julliard pour traduction française, 1987

Editions Pocket, 1988 – Audiolib (2015)

Le chef d’oeuvre autobiographique de cet écrivain juif italien est mondialement connu et continue de marquer les esprits. Témoignage réaliste et poignant sur l’expérience d’un rescapé des camps d’extermination, le roman « Si c’est un homme » est devenu une référence majeure dans la littérature du genre.

Emprisonné et déporté au camp de Auschwitz début 1944, Primo Levi y restera jusqu’en janvier 1945, lorsque le camp sera libéré par les Soviétiques. Son récit autobiographique fut publié en 1947 par une petite maison d’édition italienne, mais ne connut le succès que bien plus tard.

 

Roman bienfaisant ?

Il est clair que les récits sur la Shoah restent des expériences de lecture douloureuse. Dans le roman de Primo Levi , la violence des actes de barbarie est pourtant d’une autre nature que celle que l’on retrouve dans des romans tels que « Holocauste » de Gerald Green ou « Au nom de tous les miens » de Martin Gray etc…où les persécutions ont décimé une ou plusieurs familles, séparé et assassiné leurs membres dans des conditions inimaginables. La douleur tragique et émotionnelle des séparations et des exécutions sommaires est moins présente dans le récit de Primo Levi.

Ici, la cruauté et la déshumanisation  des prisonniers sont décrites comme la conséquence d’une terrible machine organisée et planifiée par le régime nazi. Les gardiens  soumettent les prisionniers aux règlements du camp et suivent eux-mêmes les directives de leur hiérarchie. Les procédures de distribution des rations alimentaires, de sélection des prisionniers, d’interminables attentes pour obtenir des soins, d’imposition de règles sanitaires absurdes sont autant d’expériences qui affament, affaiblissent, déshumanisent et tuent les nombreuses victimes des camps de concentration.

Primo Levi raconte aussi, avec les yeux du scientifique qu’il était, comment et pourquoi certains prisionniers ont réussi à survivre, à quoi il fallait faire attention, ce qui était toléré ou non …  Sa survie personnelle, il pense la devoir d’abord au fait d’être arrivé au camp lorsque les pénuries de main-d’oeuvre ont réduit les exécutions arbitraires des prisonniers, ensuite parce qu’il a eu la chance d’être choisi pour travailler dans des conditions plus optimales, et finalement parce qu’en raison d’une maladie, il a évité de justesse les longues marches de la mort auxquelles très peu de prisonniers ont survécu.

En conclusion, lire « Si c’est un homme » de Primo Levi, c’est aussi et surtout se rendre compte que nous avons de la chance de ne pas avoir subi un tel supplice, c’est aussi et surtout se rappeler qu’il faut éviter à tout prix la répétition de ces horreurs... cfr les premières phrases de Primo Levi…

  • Vous qui vivez en toute quiétude,
  • Bien au chaud dans vos maisons,
  • Vous qui trouvez le soir en rentrant
  • La table mise et des visages amis,
  • Considérez si c’est un homme
  • Que celui qui peine dans la boue,
  • Qui ne connaît pas de repos,
  • Qui se bat pour un quignon de pain,
  • Qui meurt pour un oui pour un non.
  • Considérez si c’est une femme
  • Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
  • Et jusqu’à la force de se souvenir,
  • Les yeux vides et le sein froid
  • Comme une grenouille en hiver.
  • N’oubliez pas que cela fut,
  • Non ne l’oubliez pas…

 

 

 

« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre

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« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre

... un titre qui convient bien à ce jour de Toussaint....

Lauréat de plusieurs prix littéraires en 2013, dont le prestigieux Prix Goncourt, le roman de Pierre Lemaitre relate avec talent les tragiques péripéties de deux rescapés de la première guerre mondiale. Bien qu’issus de milieux sociaux différents, ils vont unir leur destinée dans un effort commun de survie aux sombres et amers lendemains du carnage des tranchées.

Sont abordées dans ce roman diverses thématiques, parmi lesquelles :

la différence sociale qui imprégnait fortement les relations humaines à cette époque, et a fortiori les relations entre militaires

« Il confirme l’adage selon lequel le véritable danger pour le militaire, ce n’est pas l’ennemi, mais la hiérarchie. »

l’injustice ressentie par les rescapés de la guerre,

« Le pays tout entier était saisi d’une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants »

mais aussi le deuil vis-à-vis d’un fils que son père regrette – hélas trop tard – d’avoir « mal » aimé

« L’immensité de sa peine était décuplée par le fait qu’au fond, c’était la première fois qu’Edouard existait pour lui. Il comprenait soudain combien, obscurément, à contrecœur, il avait aimé ce fils ; il le comprenait le jour où il prenait conscience de cette réalité intolérable qu’il ne le reverrait jamais plus. »

Outre les protagonistes principaux, les personnages secondaires sont superbement décrits, leur psychologie finement ciselée par la plume de l’auteur.

J’ai écouté ce roman lu par l’auteur lui-même. Pierre Lemaitre nous confie avoir écrit ce livre comme une histoire racontée, ce qui explique certaines incursions de l’auteur dans la narration telles que « je vous l’avais bien dit… ». Un certain humour transparaît également dans ces incursions, apportant un peu de légèreté au côté sombre du récit.

Ecouter lire ce roman me semble une option très intéressante et je dois avouer avoir été rapidement captivée par cette narration orale, d’autant plus que Pierre Lemaitre s’avère un talentueux lecteur à voix haute.

Roman bienfaisant ?

Roman d’évasion permettant de relativiser nos soucis, les injustices et les deuils que nous sommes tous appelés à endurer.

Valeur littéraire ?

Le roman a mérité ses prix à plus d’un titre. Dans l’interview avec l’auteur en fin de récit, il mentionne ses nombreuses sources d’inspiration littéraire parmi lesquelles des maîtres classiques comme Marcel Proust, Balzac, Diderot, Homère etc.

Ecrit en 1948, « 1984 » de George Orwell … toujours d’actualité en 2015

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« 1984 » de George Orwell

en format livre(438 pages)

…. ou

en format audio (15 heures d’écoute)

Personnellement, j’en ai écouté une partie et j’en ai lu une autre …. parce que totalement immergée dans ce roman phare, je ne pouvais attendre d’être de nouveau assise au volant de ma voiture pour connaître la suite de l’histoire. Il a fallu que le soir venu, je retrouve le livre papier pour dévorer quelques chapitres supplémentaires.

Nul doute que beaucoup d’entre vous ont déjà lu ce grand classique, et tout particulièrement au cours de vos années scolaires. Je vous conseille de vous plonger ou de vous replonger dans cette lecture qui est toujours d’actualité parce qu’elle met en évidence les dérives du totalitarisme et l’annihilation de tout esprit de liberté et d’individualité qui est le propre de l’être humain.

BIG BROTHER  File:1984-Big-Brother.jpg personnage symbolique du roman de George Orwell est devenu une sorte de métaphore utilisée dans le langage courant –  peut-être plus que jamais aujourd’hui – pour dénoncer toute atteinte à la vie privée.

Dans « 1984 » Big Brother incarne le chef d’un parti auquel la population est soumise en actes et en pensées, y compris Winston Smith, notre personnage principal dont on suit l’évolution des pensées et des doutes quant à la valeur de cet état policier tout-puissant.

Un roman bienfaisant ?

oui  parce qu’il permet de s’évader dans un ailleurs qui – heureusement – est chez nous encore différent de notre quotidien

oui parce qu’il permet de relativiser nos soucis : nos pensées ne sont pas encore surveillées, nous avons le choix de ne pas exposer notre vie privée …à condition de ne pas nous compromettre sur  les réseaux sociaux

oui parce que ce roman fait réfléchir et nous permet peut-être aussi d’agir pour préserver notre liberté de penser

et pour finir je vous laisse écouter George Orwell lui-même, un visionnaire ?

LE PIRE EXISTE « Kinderzimmer » de Valentine Goby

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« Kinderzimmer » de Valentine Goby

Afin d’inaugurer la section « ROMANS POUR RELATIVISER » que j’ai récemment ajoutée à ce blog,  je tiens à vous présenter un roman admirable qui m’a tout particulièrement marquée, celui de Valentine Goby « Kinderzimmer » paru en août 2013 aux éditions Actes Sud.

L’histoire, bien que fictive, nous raconte une indicible réalité, rarement évoquée dans les récits sur les camps de concentration nazis.

Sans langue de bois, avec des phrases sèches et un style où transparaît l’urgence, une ancienne déportée se remémore le quotidien vécu dans le camp de Ravensbrück. Son destin se démarque de celui de ses congénères par le fait qu’elle est enceinte, qu’elle accouchera dans ce camp de concentration et devra confier son poupon aux soins de la Kinderzimmer, sorte de pouponnière miséreuse où les nouveaux-nés franchissent rarement le seuil des 3 mois d’existence…

L’espoir véhiculé par ce roman terriblement touchant réside dans les liens de solidarité entre les déportées, la dignité avec laquelle elles font face à l’enfer et à la mort, la force de vie qui ne tarit jamais, et cela même au comble du malheur et de la barbarie humaine.

« Mila pose sa gamelle.Elle dit:
-J’ai faim, c’est pas une vie.
Et Teresa rigole:
-Ah oui? C’est quoi la vie? C’est où?
-C’est dehors dit Mila.C’est acheter du pain à la boulangerie,vendre des partitions de musique,embrasser ton père et ton frère le matin, repasser une robe, aller danser avec Lisette, faire du riz au lait…
Teresa se marre.
-Tu n’y es pas! Être vivant, elle dit, c’est se lever, se nourrir, se laver, laver sa gamelle, c’est faire les gestes qui préservent, et puis pleurer l’absence, la coudre à sa propre existence.Me parle pas de boulangerie, de robe, de baisers, de musique! Vivre c’est ne pas devancer la mort, à Ravensbrück comme ailleurs. Ne pas mourir avant la mort, se tenir debout dans l’intervalle mince entre le jour et la nuit, et personne ne sait quand elle viendra. Le travail d’humain est le même partout, à Paris, à Cracovie, à Tombouctou, depuis la nuit des temps, et jusqu’à Ravensbrück. Il n’y a pas de différence. »

Je vous invite également à regarder la vidéo interview de Valentine Goby qui nous présente son roman (lauréat de quelques prix littéraires, dont le Prix des Libraires 2014). L’auteur confie notamment s’être inspirée de rares témoignages de personnes qui ont connu la pouponnière de Ravensbrück, et même qui y sont nées  …