Archives de Catégorie: Thème des RELATIONS FAMILIALES

Les relations au sein de la famille sont souvent chaotiques et douleureuses

ROMAN CHORAL pour aborder une thématique complexe

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« Ainsi résonne l’écho infini des montagnes »

Khaled Hosseini

Traduction française par Valérie Bourgeois « And the Mountains Echoed »

(Editions Belfond (2013), France Loisirs (2014), 10×18 (2014), Audiolib (2014) – lu par Mathieu Buscatto)

 

Après le fameux « Les Cerfs-Volants de Kaboul » (2005) et « Mille soleils splendides » (2007), l’auteur américain d’origine afghane Khaled Hosseini nous revient avec un roman choral profondément touchant, dont le titre s’inspire d’un poème de William Blake « Chanson de Nourrice ».

L’histoire de « Ainsi résonne l’écho infini des montagnes »  débute dans un petit village afghan vers 1950, lorsqu’un garçon de dix ans, Abdullah, et sa soeur chérie de trois ans, Pari, sont séparés l’un de l’autre, car leur père a pris la décision de confier son unique fille aux bons soins d’une famille fortunée de Kaboul. Cette douloureuse séparation est à l’origine de ce récit fleuve qui emmène le lecteur au travers du prisme historique de la seconde moitié du 20e siècle depuis l’Afghanistan jusqu’en France, en passant par les Etats-Unis et une petite île grecque. Tour à tour divers personnages plus ou moins liés avec la fratrie confient directement ou indirectement leur cheminement et leurs émois, apportant ainsi leur pierre à l’édifice de cette narration qui navigue subtilement et justement dans les profondeurs de l’âme humaine.

« Quand on a vécu aussi longtemps que moi, on constate que la cruauté et la bienveillance ne sont que des nuances d’une même couleur. »

« On gagne à faire preuve d’humilité et de charité au moment de juger le coeur d’autrui. »

« C’est drôle, Markos, mais les gens se trompent souvent. Ils pensent vivre en fonction de ce qu’ils veulent. Mais ce qui les guide, en fait, c’est ce dont ils ont peur. Ce qu’ils ne veulent pas. »

La thématique complexe et récurrente des relations familiales constitue le fil conducteur du récit. A plusieurs reprises, la narration adopte la perspective d’un personnage en proie à une certaine culpabilité envers un proche handicapé, faible ou malheureux pour lequel il fait pourtant preuve de dévouement.

Le sujet de l’adoption est également abordé avec des conséquences positives ou négatives selon le degré de générosité et d’amour avec lequel l’enfant est pris en charge.

La maladie, le handicap, la vieillesse et la mort rythment les divers angles de la narration, apportant avec eux leur lot de peines, mais également des élans de courage, de soutien et d’affection.

« L’acceptation qui a pris forme lentement au fil des ans, comme les rochers d’une falaise sculptés par les assauts répétés des marées. »

Enfin, l’auteur dresse le tableau de son pays, l’Afghanistan, en rappelant les souffrances et les injustices subies par ses habitants durant les dernières décennies.

« Que vous dire, monsieur Markos, des années qui ont suivi? Vous connaissez bien l’histoire récente de ce pays assiégé. Il est inutile que je ressasse pour vous une période si sombre (…).
Je peux la résumer en un mot: la guerre. Ou plutôt, des guerres. Pas une, pas deux, mais de multiples guerres, à la fois grandes et petites, justes et injustes, avec sans cesse des acteurs différents dans les rôles des bons et des méchants – ou supposés tels -, chaque nouveau héros vous rendant de plus en plus nostalgique de l’ancien félon. Les noms changeaient, tout comme les visages, et je crache sur chacun d’eux sans distinction (…) »

Roman bienfaisant ?

Lorsqu’un auteur décrit avec autant de talent les ressorts de l’âme humaine, lorsqu’il parle de l’existence humaine, non pas avec les deux seules nuances que sont le blanc et le noir, mais avec une palette infinie de couleurs qui résonnent en nous…. comme l’écho infini des montagnes...alors oui, il s’agit d’un roman bienfaisant qui évoque sans parti pris des sentiments connus et ancrés dans nos vies.

« Il inventait des histoires. Comme ça, sur-le-champ. Il dévoilait alors une propension à l’imagination et au rêve qui surprenait toujours Abdullah. Leur père ne lui semblait jamais plus présent, plus vivant, plus à nu et plus sincère que lorsqu’il s’exprimait ainsi, comme si ses contes étaient autant de minuscules fenêtres ouvertes sur son monde opaque et impénétrable. »

 

 

Secrets de famille sous la surface lisse du lac

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« SUMMER » de Monica Sabolo

Editions JC Lattès (2017)

 

La journaliste et écrivaine française Monica Sabolo signe un beau roman d’ambiance s’inspirant de l’atmosphère oppressante des récits de la romancière américaine Laura Kasischke.

Au cours d’un pique-nique entre amies près du Lac Léman, une jeune fille Summer se volatilise en s’enfuyant dans les fougères. Elle ne reparaîtra plus.

Vingt-cinq ans plus tard, cette douloureuse disparition vient perturber son frère cadet Benjamin qui confie ses souvenirs à un médecin psychiatre. Le récit, dont Benjamin est le narrateur, fait des allers-retours entre l’avant et l’après de cet été fatidique pour tenter d’en retrouver un sens.

« Son départ semblait confirmer le message de l’univers: les gens disparaissent de nos vies, c’est ainsi que cela se passe. Certains sont là pour toujours, d’autres, généralement ceux que vous aimez le plus, se volatilisent les uns après les autres, sans explication, ils sont là ensuite ils ne le sont plus, et le monde poursuit sa route, indifférent, à la façon d’un organisme primaire constitué d’eau et de vide se propulsant dans un espace également constitué d’eau et de vide, ou d’un cœur aveugle, translucide, entièrement dédié à sa pulsation. »

L’évocation des eaux stagnantes et obscures du lac revient sans cesse dans le récit comme une métaphore récurrente de l’inconscient collectif duquel émergent les angoisses de Benjamin. La surface lisse du lac reflète le vernis social qui a étouffé non seulement l’ampleur de la tragédie, mais également les émotions contre lesquelles ses parents semblent s’être battus. Mais sous cette surface, le narrateur patauge et se noie dans les profondeurs obscures de l’âme humaine.

« C’est ainsi que cela a toujours été, dans le monde de mes parents : le vernis social et de politesse étouffe les émotions, comme des insectes dans un bocal de verre. »

« Je me penche au-dessus du muret, mon visage se reflète dans l’eau sombre. Le clapotis contre la pierre, une histoire murmurée à mon oreille, entre des draps. Il y a des ombres, juste sous la surface.« 

Roman bienfaisant ? 

Dans  qui figurait en lice du Prix Goncourt 2017, l’auteur explore les secrets de famille en s’insinuant dans l’esprit perturbé du fils cadet qui poursuit sa quête de réponses et s’interroge sur la vie de ses parents et de sa soeur.  Le lac Léman se transforme en une vision métaphorique de l’âme humaine dans laquelle suffoque et se noie l’esprit du narrateur. Qu’est-il arrivé à sa soeur ?  Kidnappée ? Noyée ? Partie ?

Pourquoi ses parents ont-ils réagi de la sorte ?

Les phrases joliment tournées de ce récit renvoient à des émotions et des interrogations qui nous parlent, surtout lorsqu’il s’agit de vouloir donner un sens à l’attitude de nos proches.

Certaines questions restent sans réponse, car l’existence n’est pas toujours capable d’en donner.

« Le secret c’est de raconter une histoire à laquelle les gens ont envie de croire, n’importe laquelle. Les hommes ne veulent pas savoir, ils veulent croire, une fois que vous avez compris ça…« 

Si vous aimez les thrillers psychologiques, n’hésitez pas à vous plonger dans cette histoire qui vous tiendra en haleine et fera probablement écho à certains ressentis.

Pour compléter cette chronique, je vous invite à écouter ci-après une interview de Monica Sabolo au sujet de son roman :

 

 

 

 

Se reconstruire suite à des blessures familiales…

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« DELIVRANCES » de Toni Morrison

« God Help the Child » Trad. française par Christine Laferrière

Ed. Christian Bourgeois (2015) – Audiolib (2016)

 

La grande romancière afro-américaine, Toni Morrison (née en 1931 !) a écrit une histoire qui aborde de façon condensée ses thèmes fétiches : le racisme envers les gens de couleur aux USA, l’enfance et la famille, le mal-être et la renaissance grâce à l’amour.

Lorsque Lulla vient au monde, sa couleur très noire choque ses parents mulâtres. Son père quitte le foyer et sa mère l’élève sans véritable amour.  Devenue une belle jeune femme, elle a changé de nom et fait carrière dans les cosmétiques. Un jour, elle décide de réparer une faute commise dans son enfance vis-à-vis d’une personne qu’elle a condamnée à la prison dans le seul but de conquérir l’amour de sa mère. Au même moment, sa relation amoureuse vacille. Son amant Booker tente lui aussi d’échapper aux traumatismes de son enfance…

Les chapitres se succèdent rapidement et entremêlent les points de vue narratifs : celui de Lulla, de son amant Booker, de sa mère, de sa meilleure amie, etc. Le style d’écriture de Toni Morrison contient des ingrédients du « réalisme magique » où certains éléments surnaturels mineurs pénètrent dans la réalité familière. Ainsi par exemple, Lulla voit-elle son corps de femme redevenir celui d’un enfant.

Roman bienfaisant ?

Une vie qui débute sans amour ne peut se racheter que grâce à l’amour, non seulement l’amour qu’on reçoit, mais aussi celui qu’on apprend à donner à autrui. C’est en quelque sorte le message de Toni Morrison. Et son récit en est porteur. La plume originale et succincte de l’auteure sonne juste, le déroulement des pensées des divers protagonistes démontre une vision mâture de l’âme humaine. Ce roman, proche du récit initiatique, s’achève sur une note optimiste bienfaisante.

Ci-dessous l’interview de Christine Laferrière qui a traduit le roman en français et nous parle de cet ouvrage …

 

 

UN NOUVEAU SITE VIENT DE NAÎTRE,

IL S’AGIT DU PENDANT ANGLAIS DE LIREPOURGUERIR

« READTOHEAL« 

Le dernier article parle  du roman de Kathryn Stockett « The Help »
qui évoque aussi le racisme noir/blanc dans la société américaine

Sous le sapin : des romans ADOS bienfaisants

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Interview exclusive du Père Noël !

Lors d’une interview exclusive, le Père Noël m’a avoué : « Je suis un grand lecteur. Grâce aux livres, je m’évade, je me cultive, j’ouvre mes pensées à autrui, je découvre d’autres perspectives, d’autres façons de voir et de sentir les choses, je me rassure aussi lorsque le livre mets des mots sur des sentiments que j’ai du mal à percer…« .

Après un temps de réflexion, il sourit et dit  « Invitons nos jeunes à découvrir ou à redécouvrir ce plaisir afin qu’ils puissent, eux aussi, profiter des bienfaits de la lecture !« 

De fait, sa hotte magique regorge de petits paquets rectangulaires…

Parmi les livres qu’il conseille tout particulièrement à la jeunesse de 13 ans et plus, j’en retiens quelques-uns, notamment trois ouvrages faisant partie d’une sélection d’oeuvres pour un prix littéraire décerné par un jury d’adolescents : le Prix Farniente.

Ma fille qui participe depuis deux ans à ce jury, a validé le choix du Père Noël.

 

« Quelqu’un qu’on aime » de Séverine Vidal

Matt, jeune père d’une fillette de 18 mois, et son grand-père touché par la maladie d’Alzheimer partent tous les trois en voyage sur les routes à bord d’un grand van. lls acceptent d’emmener avec eux un adolescent en fugue, ainsi qu’une jeune femme qui a décidé de tout plaquer. Le road movie est prétexte pour décortiquer les relations qui se nouent entre les personnages. Un livre drôle, émouvant et plein d’espoir !

Editions Sarbacane (2015) – 288 page

 

« Les petits orages » de Marie Chartres

Rencontre entre un jeune garçon, paralysé à la jambe suite à un accident dont il se sent responsable, et un Indien de la réserve de Pine Ridge. Leur amitié se joue sur l’acceptation de leur fragilité et différence respectives. Cette belle histoire évoque le thème de la culpabilité et la façon d’y remédier en continuant à vivre !

Editions L’Ecole des Loisirs  (2016) – 278 pages 

 

 

« Très vite ou jamais » de Rita Falk

Un accident de moto plonge un adolescent dans le coma. Son meilleur ami Jan lui écrit des lettres dans lesquels il lui décrit les événements de la vie qui s’écoulent durant son absence, dans l’espoir que celui-ci puisse retrouver le fil de son histoire une fois réveillé. Mais plus le temps passe, plus le désespoir gagne les proches de l’adolescent. Ce livre aborde les thèmes de l’amitié, de la loyauté, du deuil.

Editions Magnard (2016) – 224 pages 

 

« Ne changez pas son nom. Il est le dernier des nôtres »

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« Le dernier des nôtres »

de Adélaïde de Clermont-Tonnerre

 

Editions Grasset (2016) – Grand Prix du roman de l’Académie française 2016
Le Livre de Poche (2017) – Audiolib (2017)

 

Ce très beau roman se déroule sur deux époques et dans deux lieux différents.

Le premier récit commence à Manhattan au début des années 70, lorsqu’un jeune homme, Werner, tombe amoureux d’une jeune femme belle, riche et énigmatique;

Le second récit a lieu à Dresde à la fin de la guerre lorsque sous les bombardements, une femme meurt en accouchant d’un bébé dans d’atroces souffrances.

Bien entendu, les deux récits ont un dénominateur commun, il s’agit du « dernier des nôtres« , et le lecteur découvrira petit à petit les liens qui sous-tendent ces deux intrigues, en particulier lorsque le passé méconnu des origines de Werner fera surface d’une façon tout à fait inattendue.

Sous les traits d’une oeuvre romantique à suspense, l’auteur nous plonge dans les méandres de la grande Histoire en évoquant les tragédies et les horreurs de la seconde guerre mondiale. Elle revient sur les conséquences de ces drames sur le long terme, notamment au sein des familles concernées.

Le thème de la culpabilité familiale est au coeur de la narration et noue en quelque sorte les deux intrigues.

Dans l’interview de la version Audiolib du roman, l’auteur Adélaïde de Clermont-Tonnerre s’interroge « Est-on coupable des actes de nos parents ? ». La réponse ne semble pas si évidente, et la façon dont nous agissons est parfois, bien malgré nous, imprégnée du passé de nos aïeux.

Et c’est en raison de ce poids de culpabilité familiale que les deux jeunes protagonistes affronteront les affres d’un amour très contrarié.

Roman bienfaisant ?

Il s’agit d’abord d’un superbe moment d’évasion, écrit, comme le souhaitait l’auteur, avec une plume fluide et captivante.

Dans ce sens, le roman  est déjà bienfaisant puisqu’il permet d’oublier ses soucis personnels.

Mais cette histoire ouvre également la réflexion sur les liens qui se tissent entre le passé, le présent et le futur et sur le besoin de chacun de découvrir ses origines pour mieux se connaître.

Notons aussi qu’au-delà de la tragédie et des péripéties des protagonistes, certaines lueurs d’espoir restent en veille, et tout particulièrement la puissance des liens d’amitié qui facilite l’affrontement avec le sort funeste. 

Roman bonbon pour moi, je vous le recommande et vous promet un excellent moment de lecture !

 

Anorexie et culpabilité familiale … SOBIBOR…

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« SOBIBOR » de Jean Molla

Editions Gallimard Jeunesse (2003)

version poche chez Folio (2011)

 

« Sobibor« , dont le titre fait référence à un camp d’extermination durant la seconde guerre mondiale, est un roman pour la jeunesse, écrit de façon à ménager les effets sur le jeune lectorat qui peut ainsi prendre plus facilement du recul face aux thématiques abordées.

En effet, le récit se veut polyphonique : deux points de vue s’y succèdent en alternance, celui d’une jeune fille de notre époque souffrant d‘anorexie et celui d’un  ancien collaborateur des SS qui raconte son expérience en tant que membre organisateur d’un camp de concentration nazi.

Résumé de l’intrigue

Emma, la narratrice, est une adolescente anorexique. Son récit débute lorsqu’elle commet un délit de vol. Elle nous raconte sa maladie et revient sur les événements qui l’ont provoquée. Une nuit, elle a surpris sa grand-mère prononçant dans son sommeil d’étranges mots comme « Sobibor ».   L’adolescente suspecte un terrible secret en découvrant l’origine du mot « Sobibor ». Après le décès de sa grand-mère, elle tombe par hasard sur le journal intime d’un certain Jacques, ancien collaborateur français à la solde de l’Allemagne nazie et chargé de veiller au bon fonctionnement du camp « Sobibor ».

Je n’en dirai pas plus …

Roman pour la jeunesse

Un cours en ligne très intéressant sur la littérature de jeunesse (que je recommande vivement à tous les amateurs du genre lorsque ce cours en ligne sera proposé une seconde fois) m’a permis de détecter dans ce roman des caractéristiques propres à la littérature de jeunesse, notamment

  • des remarques explicatives concernant des faits ou personnages historiques du 20ème siècle, ainsi que la traduction de termes polonais ou allemands.
  • le JE narrateur aussi bien du point de vue de l’héroïne adolescente qui est la narratrice principale, que du point de vue du collaborateur SS qui raconte son récit dans un journal intime
  • un récit polyphonique, avec une perspective principale juvénile et une certaine distanciation dans le temps (journal intime datant de plus de 50 ans),
  • l’auteur n’entre pas dans les détails trop sordides

Roman bienfaisant ?

L’extermination des Juifs par les nazis y est relatée par le prisme des « méchants », chose moins courante, mais qui rend l’approche intéressante et soulève des réflexions sur le sens de la culpabilité et de la responsabilité dans les atrocités commises.

La Shoah est abordée par le biais de l’anorexie dont souffre la narratrice adolescente, ce qui crée un parallèle visuel entre les corps décharnés des prisonniers des camps nazis et ceux des personnes anorexiques.

Très beau roman, plein de mérites et qui plaira à tout public. L’évocation de sujets lourds, comme l’anorexie et les camps de concentration nazis, est facilitée par les moyens littéraires mis en oeuvre pour la jeunesse.

Mais notons que ces moyens permettent également une meilleure appréhension des thématiques par les adultescar il faut l’avouer, nous les adultes, réfléchissons parfois de façon étroite et puérile face à des problèmes mal connus…

 

Les pommes, toujours les pommes… « A l’orée du verger » de Tracy Chevalier

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« A l’orée du verger » de Tracy Chevalier

Editions La Table Ronde / Quai Voltaire 2016

Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff

Le récit se déroule en Amérique entre 1830 et 1860 et relate les déboires d’une famille de colons venus s’installer dans l’Ohio au coeur du Black Swamp, un terrain marécageux où ils essaient de cultiver des pommiers. Aux difficultés économiques de leur situation précaire et solitaire s’ajoutent les malheurs qui frappent leur famille (décès d’enfants, alcoolisme) et surtout les relations de plus en plus tendues entre le père et la mère. Un jour, tout bascule et Robert, le petit dernier, s’enfuit du Black Swamp pour trouver refuge ailleurs et oublier son passé. Il traverse le pays d’est en ouest, cherche sa voie et devient assistant botaniste chargé d’envoyer des graines et plants d’arbres géants vers le vieux monde.

La passion pour les arbres est le fil conducteur de ce très beau roman qui mêle suspense et faits/personnages historiques au thème universel de la complexité des relations familiales.

Roman bienfaisant ?

Roman passionnant qui retient très vite l’attention du lecteur. L’auteur superpose plusieurs angles de narration tout en y insérant le genre épistolaire. La passion pour les arbres et pour la culture des pommiers transcende le récit et lui donne une saveur bien appropriée à ces mois d’automne.

Mais le côté bienfaisant du roman vient surtout du thème abordé : les relations familiales chaotiques à l’origine de sentiments de frustration, de culpabilité, de jalousie et de haine. Ces sentiments marquent beaucoup de familles et le lecteur sera soulagé de les reconnaître ailleurs que chez les siens.

Les arbres font figure de métaphores dans l’exploitation du thème abordé. Ils sont toujours présents aux moments clés de l’histoire et Robert retrouve parmi eux une sorte de sérénité, bien qu’il leur reconnaisse un statut tout à fait différent de celui de l’être humain …..

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Sortir du conflit intergénérationnel avec « Un fils en or » de Shilpi Somaya Gowda

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« Un fils en or » de Shilpi Somaya Gowda

Editions Mercure de France, 2016

Traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche

Un beau roman dont on entend à juste titre beaucoup de bien et qui met en évidence plusieurs thèmes parmi lesquels les conflits culturels et intergénérationnels.

L’histoire 

Originaire d’une famille terrienne prospère, fortement ancrée dans les valeurs traditionnelles et ancestrales, Anil, un jeune Indien est contraint de quitter son pays pour poursuivre ses études de médecine aux Etats-Unis d’Amérique.

Après le décès de son père et bien qu’il soit éloigné du foyer familial, il lui incombe, en tant qu’aîné de sa fratrie, des obligations qu’il jugera parfois trop lourdes à supporter.

Pour le jeune Anil commence une longue aventure parsemée d’embûches (choc des cultures, racisme) et de rencontres – bonnes et mauvaises –  qui l’amèneront à faire la part des choses en adoptant les meilleurs atouts proposés par son pays natal et son pays d’adoption.

En parallèle avec l’histoire du jeune homme se déploie également le récit du destin tragique de Leena, la fille d’un pauvre métayer qui a partagé son enfance avec Anil. Appartenant à la gente féminine, ainsi qu’à une caste inférieure, Leena doit suivre la volonté de ses parents et s’unir avec celui qu’ils ont choisi pour elle. Pourtant elle ne sera ni aimée, ni respectée dans sa belle-famille et devra subir toutes sortes d’humiliations pour ne pas couvrir ses parents de honte et de déshonneur.

 Histoire bienfaisante ?

Le récit est porteur d’espoir malgré les difficultés rencontrées par les deux jeunes gens, malgré les conflits entre générations aussi bien en Inde qu’aux USA, malgré les conflits entre la modernité et les traditions, entre la culture indienne ancestrale et la culture américaine capitaliste. Comment faire plaisir à ses parents tout en suivant sa propre voie ? Comment concilier les pratiques ancestrales avec les besoins d’un monde en pleine évolution ? 

  est une histoire très agréable à lire et met en lumière le courage des gens qui doivent affronter leurs traditions et leur famille  pour accéder au bonheur et/ou qui ont dû se familiariser avec une culture inconnue.

 

La grande littérature peut-elle aider à renouer des liens brisés ? « La poupée de Kafka » de Fabrice Colin

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La poupée de Kafka de Fabrice Colin

« La poupée de Kafka » de Fabrice Colin

Editions Actes Sud, 2016

L’écrivain français Fabrice Colin a eu l’idée géniale de baser l’histoire de son roman sur une énigme littéraire autour de Franz Kafka. L’anecdote fut relatée par Dora Diamant, la dernière compagne de Kafka, mais jusqu’à présent, aucune preuve matérielle n’a pu étayer ses dires.

Grand écrivain tchèque de langue allemande et de confession juive, Kafka (1883-1924) aurait écrit durant l’automne 1923 à Berlin des lettres pour consoler une fillette désespérée d’avoir perdu sa poupée. Quotidiennement pendant trois semaines, il lui aurait remis des missives qu’il écrivait au nom de cette fameuse poupée. Grâce aux lettres, la peine de la petite fille était apaisée, car la poupée lui assurait qu’elle l’aimait toujours, bien qu’elle ait choisi de voyager pour explorer le monde et finalement convoler en justes noces .

Dans le roman de Fabrice Colin , la protagoniste Julie Spieler entretient des relations chaotiques avec son père, professeur de littérature allemande et adorateur d’un écrivain qui a pris une place trop importante au sein de la famille, cet écrivain étant bien entendu Kafka. La jeune femme a pourtant subi l’influence paternelle et se met à la recherche de l’énigmatique fillette à la poupée. Toujours vivante, celle-ci se débat avec des souvenirs qui la hantent et qui remontent au temps de la Shoah durant la seconde guerre mondiale.

Franz Kafka

De même que les mots des lettres écrites par Kafka auraient soulagé la tristesse d’une fillette au début du siècle dernier, de même la littérature et la figure emblématique de ce grand écrivain ont rétabli dans cette histoire contemporaine des liens tendus et brisés entre une jeune fille et son père, ainsi qu’entre une vieille dame et ses fantômes du passé.

C’est autour de ces trois histoires qu’évolue la narration de ce récit habilement menée par la plume de l’auteur.

Kafka, aussi désigné dans le récit comme le  « Célibataire » et qui avait exploité le thème de la solitude dans ses écrits, devient par le biais de son oeuvre littéraire la figure qui rétablira les liens brisés entre les individus.

Vous trouverez si vous le souhaitez une analyse intelligente et fouillée de ce roman  en suivant ici le lien du blog littéraire d’Emmanuelle Caminade.

Histoire bienfaisante ?

Très belle histoire où se mélangent réalité et rêve, horreur et humour et qui se lit facilement tout en éveillant l’envie de se replonger dans les écrits de Franz Kafka. Ce récit pointe le doigt sur les difficultés de communiquer au sein d’une famille et de surmonter ses démons. Si l’être humain reste par définition limité par sa finitude et sa solitude, il doit faire en sorte de jeter le plus de ponts possibles entre lui et les autres.

Et devinez quel est le pont le plus efficace mis en valeur par Franz Kafka et Fabrice Colin  ? …. la L I T T E R A T U R E

Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. - Franz Kafka

Moment d’évasion garanti ! « Le Livre des Baltimore » de Joël Dicker

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« Le Livre des Baltimore » de Joël Dicker

Je classe ce roman dans la catégorie de mes romans bonbons parce que :

  1. la lecture est facile, agréable et accessible au grand nombre, cet auteur a vraiment du talent pour captiver un public de 7 à 77 ans
  2. le suspense est présent tout au long du récit si bien que les 500 pages défilent sans attendre devant les yeux impatients du lecteur
  3. le récit met en scène un des thèmes familiaux les plus récurrents : la jalousie, la rivalité et l’envie entre frères ou cousins – qui ne se reconnaît pas dans ces sentiments ?

Le narrateur, Marcus Goldman, a passé son enfance et sa jeunesse en vouant une admiration sans bornes envers son oncle, sa tante et ses deux cousins. Pourtant « un drame » est survenu – drame dont le lecteur aura seulement connaissance après avoir lu le roman jusqu’à la fin –  et peu à peu le narrateur apprend à connaître ou à reconnaître les ombres d’un tableau qui lui semblait pourtant sans failles.

Après l’énorme succès  de  son précédent roman « La Vérité sur l’Affaire Harry Québert », l’écrivain suisse trentenaire Joël Dicker revient sur la scène littéraire et médiatique avec « Le Livre des Baltimore ». Flash-back, suspense, tension latente tout au long du récit, il est clair que l’auteur sait user avec talent des moyens pour tenir ses lecteurs en haleine…. et franchement, on s’y laisse prendre et c’est avec plaisir que nos pensées se laissent emporter par cette histoire, tout comme elles se laisseraient embarquer par un bon film au cinéma. Moment d’évasion garanti et bienfaisant !

Le succès a ses revers et Joël Dicker essuie quelques critiques… mais il le fait avec élégance ici dans l’émission de Laurent Ruquier :

 

 

Pour ma part, j’ai retenu ce passage qui met l’accent sur le travail de l’écrivain en tant que scénariste :

« Ecrire un livre, c’est comme ouvrir une colonie de vacances. Votre vie, d’ordinaire solitaire et tranquille, est soudain chahutée par une multitude de personnages qui arrivent un jour sans crier gare et viennent chambouler votre existence. Ils arrivent un matin, à bord d’un grand bus dont ils descendent bruyamment, tout excités qu’ils sont du rôle qu’ils ont obtenu. Et vous devez faire avec, vous devez vous en occuper, vous devez les nourrir, vous devez les loger. Vous êtes responsable de tout. Parce que vous, vous êtes l’écrivain« 

et par celui-ci qui parle du pouvoir des livres…..

« Pourquoi j’écris ? Parce que les livres sont plus forts que la vie. Ils en sont la plus belle des revanches. Ils sont les témoins de l’inviolable muraille de notre esprit, de l’imprenable forteresse de notre mémoire. »

Le Livre des Baltimore