Archives de Catégorie: Thème des RELATIONS FAMILIALES

Les relations au sein de la famille sont souvent chaotiques et douleureuses

« Ne changez pas son nom. Il est le dernier des nôtres »

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« Le dernier des nôtres »

de Adélaïde de Clermont-Tonnerre

 

Editions Grasset (2016) – Grand Prix du roman de l’Académie française 2016
Le Livre de Poche (2017) – Audiolib (2017)

 

Ce très beau roman se déroule sur deux époques et dans deux lieux différents.

Le premier récit commence à Manhattan au début des années 70, lorsqu’un jeune homme, Werner, tombe amoureux d’une jeune femme belle, riche et énigmatique;

Le second récit a lieu à Dresde à la fin de la guerre lorsque sous les bombardements, une femme meurt en accouchant d’un bébé dans d’atroces souffrances.

Bien entendu, les deux récits ont un dénominateur commun, il s’agit du « dernier des nôtres« , et le lecteur découvrira petit à petit les liens qui sous-tendent ces deux intrigues, en particulier lorsque le passé méconnu des origines de Werner fera surface d’une façon tout à fait inattendue.

Sous les traits d’une oeuvre romantique à suspense, l’auteur nous plonge dans les méandres de la grande Histoire en évoquant les tragédies et les horreurs de la seconde guerre mondiale. Elle revient sur les conséquences de ces drames sur le long terme, notamment au sein des familles concernées.

Le thème de la culpabilité familiale est au coeur de la narration et noue en quelque sorte les deux intrigues.

Dans l’interview de la version Audiolib du roman, l’auteur Adélaïde de Clermont-Tonnerre s’interroge « Est-on coupable des actes de nos parents ? ». La réponse ne semble pas si évidente, et la façon dont nous agissons est parfois, bien malgré nous, imprégnée du passé de nos aïeux.

Et c’est en raison de ce poids de culpabilité familiale que les deux jeunes protagonistes affronteront les affres d’un amour très contrarié.

Roman bienfaisant ?

Il s’agit d’abord d’un superbe moment d’évasion, écrit, comme le souhaitait l’auteur, avec une plume fluide et captivante.

Dans ce sens, le roman  est déjà bienfaisant puisqu’il permet d’oublier ses soucis personnels.

Mais cette histoire ouvre également la réflexion sur les liens qui se tissent entre le passé, le présent et le futur et sur le besoin de chacun de découvrir ses origines pour mieux se connaître.

Notons aussi qu’au-delà de la tragédie et des péripéties des protagonistes, certaines lueurs d’espoir restent en veille, et tout particulièrement la puissance des liens d’amitié qui facilite l’affrontement avec le sort funeste. 

Roman bonbon pour moi, je vous le recommande et vous promet un excellent moment de lecture !

 

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Anorexie et culpabilité familiale … SOBIBOR…

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« SOBIBOR » de Jean Molla

Editions Gallimard Jeunesse (2003)

version poche chez Folio (2011)

 

« Sobibor« , dont le titre fait référence à un camp d’extermination durant la seconde guerre mondiale, est un roman pour la jeunesse, écrit de façon à ménager les effets sur le jeune lectorat qui peut ainsi prendre plus facilement du recul face aux thématiques abordées.

En effet, le récit se veut polyphonique : deux points de vue s’y succèdent en alternance, celui d’une jeune fille de notre époque souffrant d‘anorexie et celui d’un  ancien collaborateur des SS qui raconte son expérience en tant que membre organisateur d’un camp de concentration nazi.

Résumé de l’intrigue

Emma, la narratrice, est une adolescente anorexique. Son récit débute lorsqu’elle commet un délit de vol. Elle nous raconte sa maladie et revient sur les événements qui l’ont provoquée. Une nuit, elle a surpris sa grand-mère prononçant dans son sommeil d’étranges mots comme « Sobibor ».   L’adolescente suspecte un terrible secret en découvrant l’origine du mot « Sobibor ». Après le décès de sa grand-mère, elle tombe par hasard sur le journal intime d’un certain Jacques, ancien collaborateur français à la solde de l’Allemagne nazie et chargé de veiller au bon fonctionnement du camp « Sobibor ».

Je n’en dirai pas plus …

Roman pour la jeunesse

Un cours en ligne très intéressant sur la littérature de jeunesse (que je recommande vivement à tous les amateurs du genre lorsque ce cours en ligne sera proposé une seconde fois) m’a permis de détecter dans ce roman des caractéristiques propres à la littérature de jeunesse, notamment

  • des remarques explicatives concernant des faits ou personnages historiques du 20ème siècle, ainsi que la traduction de termes polonais ou allemands.
  • le JE narrateur aussi bien du point de vue de l’héroïne adolescente qui est la narratrice principale, que du point de vue du collaborateur SS qui raconte son récit dans un journal intime
  • un récit polyphonique, avec une perspective principale juvénile et une certaine distanciation dans le temps (journal intime datant de plus de 50 ans),
  • l’auteur n’entre pas dans les détails trop sordides

Roman bienfaisant ?

L’extermination des Juifs par les nazis y est relatée par le prisme des « méchants », chose moins courante, mais qui rend l’approche intéressante et soulève des réflexions sur le sens de la culpabilité et de la responsabilité dans les atrocités commises.

La Shoah est abordée par le biais de l’anorexie dont souffre la narratrice adolescente, ce qui crée un parallèle visuel entre les corps décharnés des prisonniers des camps nazis et ceux des personnes anorexiques.

Très beau roman, plein de mérites et qui plaira à tout public. L’évocation de sujets lourds, comme l’anorexie et les camps de concentration nazis, est facilitée par les moyens littéraires mis en oeuvre pour la jeunesse.

Mais notons que ces moyens permettent également une meilleure appréhension des thématiques par les adultescar il faut l’avouer, nous les adultes, réfléchissons parfois de façon étroite et puérile face à des problèmes mal connus…

 

Les pommes, toujours les pommes… « A l’orée du verger » de Tracy Chevalier

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« A l’orée du verger » de Tracy Chevalier

Editions La Table Ronde / Quai Voltaire 2016

Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff

Le récit se déroule en Amérique entre 1830 et 1860 et relate les déboires d’une famille de colons venus s’installer dans l’Ohio au coeur du Black Swamp, un terrain marécageux où ils essaient de cultiver des pommiers. Aux difficultés économiques de leur situation précaire et solitaire s’ajoutent les malheurs qui frappent leur famille (décès d’enfants, alcoolisme) et surtout les relations de plus en plus tendues entre le père et la mère. Un jour, tout bascule et Robert, le petit dernier, s’enfuit du Black Swamp pour trouver refuge ailleurs et oublier son passé. Il traverse le pays d’est en ouest, cherche sa voie et devient assistant botaniste chargé d’envoyer des graines et plants d’arbres géants vers le vieux monde.

La passion pour les arbres est le fil conducteur de ce très beau roman qui mêle suspense et faits/personnages historiques au thème universel de la complexité des relations familiales.

Roman bienfaisant ?

Roman passionnant qui retient très vite l’attention du lecteur. L’auteur superpose plusieurs angles de narration tout en y insérant le genre épistolaire. La passion pour les arbres et pour la culture des pommiers transcende le récit et lui donne une saveur bien appropriée à ces mois d’automne.

Mais le côté bienfaisant du roman vient surtout du thème abordé : les relations familiales chaotiques à l’origine de sentiments de frustration, de culpabilité, de jalousie et de haine. Ces sentiments marquent beaucoup de familles et le lecteur sera soulagé de les reconnaître ailleurs que chez les siens.

Les arbres font figure de métaphores dans l’exploitation du thème abordé. Ils sont toujours présents aux moments clés de l’histoire et Robert retrouve parmi eux une sorte de sérénité, bien qu’il leur reconnaisse un statut tout à fait différent de celui de l’être humain …..

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Sortir du conflit intergénérationnel avec « Un fils en or » de Shilpi Somaya Gowda

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« Un fils en or » de Shilpi Somaya Gowda

Editions Mercure de France, 2016

Traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche

Un beau roman dont on entend à juste titre beaucoup de bien et qui met en évidence plusieurs thèmes parmi lesquels les conflits culturels et intergénérationnels.

L’histoire 

Originaire d’une famille terrienne prospère, fortement ancrée dans les valeurs traditionnelles et ancestrales, Anil, un jeune Indien est contraint de quitter son pays pour poursuivre ses études de médecine aux Etats-Unis d’Amérique.

Après le décès de son père et bien qu’il soit éloigné du foyer familial, il lui incombe, en tant qu’aîné de sa fratrie, des obligations qu’il jugera parfois trop lourdes à supporter.

Pour le jeune Anil commence une longue aventure parsemée d’embûches (choc des cultures, racisme) et de rencontres – bonnes et mauvaises –  qui l’amèneront à faire la part des choses en adoptant les meilleurs atouts proposés par son pays natal et son pays d’adoption.

En parallèle avec l’histoire du jeune homme se déploie également le récit du destin tragique de Leena, la fille d’un pauvre métayer qui a partagé son enfance avec Anil. Appartenant à la gente féminine, ainsi qu’à une caste inférieure, Leena doit suivre la volonté de ses parents et s’unir avec celui qu’ils ont choisi pour elle. Pourtant elle ne sera ni aimée, ni respectée dans sa belle-famille et devra subir toutes sortes d’humiliations pour ne pas couvrir ses parents de honte et de déshonneur.

 Histoire bienfaisante ?

Le récit est porteur d’espoir malgré les difficultés rencontrées par les deux jeunes gens, malgré les conflits entre générations aussi bien en Inde qu’aux USA, malgré les conflits entre la modernité et les traditions, entre la culture indienne ancestrale et la culture américaine capitaliste. Comment faire plaisir à ses parents tout en suivant sa propre voie ? Comment concilier les pratiques ancestrales avec les besoins d’un monde en pleine évolution ? 

  est une histoire très agréable à lire et met en lumière le courage des gens qui doivent affronter leurs traditions et leur famille  pour accéder au bonheur et/ou qui ont dû se familiariser avec une culture inconnue.

 

La grande littérature peut-elle aider à renouer des liens brisés ? « La poupée de Kafka » de Fabrice Colin

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La poupée de Kafka de Fabrice Colin

« La poupée de Kafka » de Fabrice Colin

Editions Actes Sud, 2016

L’écrivain français Fabrice Colin a eu l’idée géniale de baser l’histoire de son roman sur une énigme littéraire autour de Franz Kafka. L’anecdote fut relatée par Dora Diamant, la dernière compagne de Kafka, mais jusqu’à présent, aucune preuve matérielle n’a pu étayer ses dires.

Grand écrivain tchèque de langue allemande et de confession juive, Kafka (1883-1924) aurait écrit durant l’automne 1923 à Berlin des lettres pour consoler une fillette désespérée d’avoir perdu sa poupée. Quotidiennement pendant trois semaines, il lui aurait remis des missives qu’il écrivait au nom de cette fameuse poupée. Grâce aux lettres, la peine de la petite fille était apaisée, car la poupée lui assurait qu’elle l’aimait toujours, bien qu’elle ait choisi de voyager pour explorer le monde et finalement convoler en justes noces .

Dans le roman de Fabrice Colin , la protagoniste Julie Spieler entretient des relations chaotiques avec son père, professeur de littérature allemande et adorateur d’un écrivain qui a pris une place trop importante au sein de la famille, cet écrivain étant bien entendu Kafka. La jeune femme a pourtant subi l’influence paternelle et se met à la recherche de l’énigmatique fillette à la poupée. Toujours vivante, celle-ci se débat avec des souvenirs qui la hantent et qui remontent au temps de la Shoah durant la seconde guerre mondiale.

Franz Kafka

De même que les mots des lettres écrites par Kafka auraient soulagé la tristesse d’une fillette au début du siècle dernier, de même la littérature et la figure emblématique de ce grand écrivain ont rétabli dans cette histoire contemporaine des liens tendus et brisés entre une jeune fille et son père, ainsi qu’entre une vieille dame et ses fantômes du passé.

C’est autour de ces trois histoires qu’évolue la narration de ce récit habilement menée par la plume de l’auteur.

Kafka, aussi désigné dans le récit comme le  « Célibataire » et qui avait exploité le thème de la solitude dans ses écrits, devient par le biais de son oeuvre littéraire la figure qui rétablira les liens brisés entre les individus.

Vous trouverez si vous le souhaitez une analyse intelligente et fouillée de ce roman  en suivant ici le lien du blog littéraire d’Emmanuelle Caminade.

Histoire bienfaisante ?

Très belle histoire où se mélangent réalité et rêve, horreur et humour et qui se lit facilement tout en éveillant l’envie de se replonger dans les écrits de Franz Kafka. Ce récit pointe le doigt sur les difficultés de communiquer au sein d’une famille et de surmonter ses démons. Si l’être humain reste par définition limité par sa finitude et sa solitude, il doit faire en sorte de jeter le plus de ponts possibles entre lui et les autres.

Et devinez quel est le pont le plus efficace mis en valeur par Franz Kafka et Fabrice Colin  ? …. la L I T T E R A T U R E

Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. - Franz Kafka

Moment d’évasion garanti ! « Le Livre des Baltimore » de Joël Dicker

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« Le Livre des Baltimore » de Joël Dicker

Je classe ce roman dans la catégorie de mes romans bonbons parce que :

  1. la lecture est facile, agréable et accessible au grand nombre, cet auteur a vraiment du talent pour captiver un public de 7 à 77 ans
  2. le suspense est présent tout au long du récit si bien que les 500 pages défilent sans attendre devant les yeux impatients du lecteur
  3. le récit met en scène un des thèmes familiaux les plus récurrents : la jalousie, la rivalité et l’envie entre frères ou cousins – qui ne se reconnaît pas dans ces sentiments ?

Le narrateur, Marcus Goldman, a passé son enfance et sa jeunesse en vouant une admiration sans bornes envers son oncle, sa tante et ses deux cousins. Pourtant « un drame » est survenu – drame dont le lecteur aura seulement connaissance après avoir lu le roman jusqu’à la fin –  et peu à peu le narrateur apprend à connaître ou à reconnaître les ombres d’un tableau qui lui semblait pourtant sans failles.

Après l’énorme succès  de  son précédent roman « La Vérité sur l’Affaire Harry Québert », l’écrivain suisse trentenaire Joël Dicker revient sur la scène littéraire et médiatique avec « Le Livre des Baltimore ». Flash-back, suspense, tension latente tout au long du récit, il est clair que l’auteur sait user avec talent des moyens pour tenir ses lecteurs en haleine…. et franchement, on s’y laisse prendre et c’est avec plaisir que nos pensées se laissent emporter par cette histoire, tout comme elles se laisseraient embarquer par un bon film au cinéma. Moment d’évasion garanti et bienfaisant !

Le succès a ses revers et Joël Dicker essuie quelques critiques… mais il le fait avec élégance ici dans l’émission de Laurent Ruquier :

 

 

Pour ma part, j’ai retenu ce passage qui met l’accent sur le travail de l’écrivain en tant que scénariste :

« Ecrire un livre, c’est comme ouvrir une colonie de vacances. Votre vie, d’ordinaire solitaire et tranquille, est soudain chahutée par une multitude de personnages qui arrivent un jour sans crier gare et viennent chambouler votre existence. Ils arrivent un matin, à bord d’un grand bus dont ils descendent bruyamment, tout excités qu’ils sont du rôle qu’ils ont obtenu. Et vous devez faire avec, vous devez vous en occuper, vous devez les nourrir, vous devez les loger. Vous êtes responsable de tout. Parce que vous, vous êtes l’écrivain« 

et par celui-ci qui parle du pouvoir des livres…..

« Pourquoi j’écris ? Parce que les livres sont plus forts que la vie. Ils en sont la plus belle des revanches. Ils sont les témoins de l’inviolable muraille de notre esprit, de l’imprenable forteresse de notre mémoire. »

Le Livre des Baltimore

Rester au lit ! Une option possible pour cette Journée de la Femme ???

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« La femme qui décida de passer une année au lit »

de Sue Townsend

Ses enfants partis de la maison pour faire leurs études, son mari, absent pour le travail, Eva se met au lit. Elle y restera toute une année.

Son attitude a de quoi surprendre. Sa famille proche ne la comprend pas et pense qu’elle fait une dépression. La rumeur se répand, des voisins et amis lui rendent visite, les médias commencent à en parler et chacun y va de sa propre interprétation.

Au fil du récit, nous pénétrons dans la vie des gens hauts en couleurs qui font partie de l’entourage d’Eva, à commencer par son mari infidèle, ses enfants (des jumeaux) insupportablement doués et asociaux, une mère et une belle-mère excentriques. D’autres personnages entrent peu à peu dans la vie d’Eva et certains d’entre eux se montreront plus humains et bienveillants que les membres de sa propre famille.

« La gentillesse, c’est quand on dit de gentils mensonges, pour ne pas faire de mal avec des mots qui sont vrais. »

Eva veut se donner le temps de regarder sa vie en face, ses chagrins, ses déceptions. Elle se penche sur son passé et tente de découvrir le sens de la vie.

« Lorsqu’elle déverrouillait la lourde porte de la bibliothèque et pénétrait dans l’espace feutré de la salle de lecture, avec la lumière du matin tombant des hautes fenêtres qui éclairait les livres sagement alignés sur les étagères, elle éprouvait une telle joie qu’elle aurait même accepté de travailler sans être payée. »

Et si le sens de la vie venait de la bienveillance des êtres humains qui nous entourent…?

Sue Townsend

 

Roman bienfaisant ?

Lors de sa parution, ce roman a été encensé par la critique. Sous des allures de littérature chick lit, l’histoire se révèle beaucoup plus profonde qu’elle n’y paraît au premier regard. Avec un côté burlesque très présent, ce récit divertit autant qu’il dérange en soulevant des questions sur la société moderne et les relations familiales. Outre la possibilité de se relaxer en s’évadant dans cette aventure totalement rocambolesque, le côté réconfortant n’apparaît qu’au regard de la conclusion, car seule la bienveillance d’autrui sauvera la mise à Eva.

En guise de conclusion, je vous invite ici à visionner les commentaires de la traductrice française, Fabienne Duvigneau.

 

Le jeunesse du coeur a ses raisons que la raison d’état ne connaît pas…. « ANTIGONE »

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« ANTIGONE » de Jean Anouilh

J’ai envie de vous parler de la tragédie grecque de Sophocle (441 av. J.C.) revisitée sous la plume de Jean Anouilh et dont la première représentation se déroula au théâtre de l’Atelier à Paris durant l’occupation en février 1944.

Voici pour rappel le pitch : Les fils d’Oedipe se sont entretués devant Thèbes et leur oncle, le roi Créon, a émis un édit interdisant sous peine de mort d’enterrer le corps de Polynice, qualifié de traître. Antigone veut pourtant donner une sépulture à son frère et brave l’interdiction royale. Créon tente de la sauver en la ramenant à la raison, mais l’orgueil de la jeune fille l’empêche de céder aux propositions de son oncle et elle est condamnée à mourir emmurée.

La pièce met en scène plusieurs face-à-face dont celui d’Antigone et de son oncle Créon. Nous y retrouvons une fougueuse Antigone qui ne veut pas se laisser dominer par la raison d’état, qui veut dire « non ». Devant elle, le roi Créon, décrit par Sophocle comme un dictateur, apparaît ici dans la version d’Anouilh comme un homme voué à la solitude et à l’incompréhension de sa famille à cause de ses obligations royales.

L’éternel débat entre la jeunesse et l’âge mûr, la passion et la raison, les sentiments et le sens du devoir, l’individu et la société….

En allant plus loin, ce roman – que je classe parmi les classiques – remet en lumière la difficulté des relations entre générations, qui plus est, des relations familiales où l’affrontement entre générations est le plus virulent.

Un roman bienfaisant ?

Ce beau texte remet en perspective nos diverses approches vis-à-vis de ce mythe et de ses protagonistes. Il pourrait  même être intéressant de vérifier si les avis et les sentiments divergent selon l’âge avec lequel on aborde ce récit, et si cet âge influe sur le parti pris pour Antigone ou pour Créon…

Je tiens à ajouter un petit complément à cet article, histoire de redonner un peu de confiance dans l’humanité en ces temps difficiles :

Le beau roman de Sorj Chalandon « Le quatrième mur« 
qui a par ailleurs remporté le Prix des Lecteurs du  Livre de Poche 2015  (ex aequo avec  « Une vie entre deux océans » de M.L. Stedman)  relate l’aventure d’un homme qui croyait possible et a tenté de faire jouer la pièce de théâtre « Antigone d’Anouilh » à Beyrouth par des acteurs/actrices issus des divers camps qui s’affrontaient et s’entretuaient au quotidien….

Une telle foi en l’être humain et en sa capacité à surmonter l’adversité dans un objectif artistique commun, cela vaut le détour !

L’évocation du thème de l’ADOPTION « Esprit d’Hiver » de Laura Kasischke et « Mudwoman » de Joyce Carol Oates

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« Esprit d’Hiver » de Laura Kasischke

et

« Mudwoman » de Joyce Carol Oates

Je viens de lire ces deux romans qui font partie respectivement de la sélection du prix des lecteurs du Livre de Poche 2015 et du prix des lecteurs des éditions Points 2015, deux jurys auxquels j’ai le grand bonheur de participer cette année. J’en profite d’ailleurs pour remercier les personnes des deux maisons d’édition qui m’ont accordé leur confiance pour cette mission de jurée.

Les deux romans mentionnés dans cette chronique ont un point commun : ils évoquent le thème de l’adoption d’une fillette. Si la trame diffère d’un récit à l’autre, un malaise est palpable dans les deux cas et nous est décrit avec beaucoup de talent.

Dans « Esprit d’Hiver« , quelque chose d’oppressant survient le jour de Noël alors que mère et fille adoptive attendent l’arrivée des invités qui ne viendront jamais en raison de la météo. Le regard de la mère guide la narration.

 « Prendre connaissance des horreurs de ce monde et ne plus y penser ensuite, ce n’est pas du refoulement. C’est une libération. »

Dans « Mudwoman« , la protagoniste se livre à un combat mental déchirant pour retrouver son identité enfouie sous des couches de convenances et de faux semblants destinés à lui faire oublier l’indicible. Ici ce sont les pensées de la fille adoptive qui sert de fil conducteur au roman.

« Il est très difficile de triompher quand on n’est pas aimé, au sens le plus profond, le plus intime et le plus indulgent du mot. Il est très difficile de triompher de toute manière, mais sans amour, c’est à peu près impossible. »

Dans les deux récits, les parents adoptifs sont bienveillants et souhaitent protéger leur enfant tout en se protégeant eux mêmes. Dans les deux cas, les enfants seront sources à la fois de bonheur et de souffrance pour leurs parents adoptifs.

Des romans bienfaisants ? Âmes sensibles, s’abstenir, car les récits sont loin d’être joyeux.

Âmes en quête de reconnaissance  quant aux relations parent-enfant, n’hésitez pas à vous plonger dans ces histoires qui tout en vous procurant de très bons moments de lecture, vous permettront également de mettre des mots sur des sentiments parfois éloignés de ces convenances qui dictent toujours la bonne façon de penser et d’aimer.

PERDRE SA MOITIE, et puis ? « L’Exception » de Audur Ava Olafsdottir

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« L’Exception » de Audur Ava Olafsdottir

Tout semble se dérouler à la perfection au sein du couple formé par Maria, Floki et leurs adorables jumeaux. Pourtant en ce soir de réveillon, Floki  annonce de façon inattendue à son épouse qu’il a décidé de la quitter pour un collègue et ami avec lequel il fait des recherches sur la théorie du chaos. Le chaos, c’est précisément ce que Maria va endurer après ce départ pour le moins surprenant et déstabilisant; non seulement elle découvre les penchants homosexuels de son mari, mais sa vie à elle est littéralement amputée de sa moitié.

Le choc de la séparation, le bouleversement du quotidien qui s’ensuit, et peu à peu la reconstruction de l’épouse sont disséqués à travers les détails parfois cocasses que nous livre la talentueuse plume de cette auteure islandaise, Audur Ava Olafsdottir.

Le lecteur apprend à connaître les familiers du couple, notamment la voisine naine qui semble-t-il, serait écrivain et une psychologue pour le couple, ou encore le père géniteur qui apparaît subrepticement dans la vie de Maria.

D’une facture à la fois minimaliste tout en n’omettant pas le détail qui s’inscrit au coeur même du vécu, ce roman original constitue une lecture agréable, sereine et revigorante pour tous ceux qui affrontent une brusque séparation ou un deuil.

Les gens refusent de regarder en face ce monde truffé d’éclats de verre et d’admettre qu’une souffrance profonde aiguise la perception et donne de la valeur à l’existence

Décrit sur le quatrième de couverture comme « le grand roman de la déconstruction et de la reconstruction narcissique à la portée du commun des mortels », ce récit a aussi le mérite de nous faire voyager au sein des paysages d’un pays nordique peu connu, l’Islande.