En passant

 

« QUAND ON LIT,

ON N’EST JAMAIS SEUL »

 

Chère lectrice, cher lecteur,

 

 

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« Quand on lit, on n’est jamais seul »

Lettre d’un amoureux des livres

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Jules Janin L'amour des livres

Conseils à un passionné de livres 

« L’amour des livres » par Jules Janin (1866)

Point de crainte !

Bien qu’ancien, le style de Janin se lit vite et bien !

« L’amour des livres » constitue l’écriture d’une lettre d’environ 43 pages (édition publiée) que vous pouvez trouver gratuitement en version écrite ou audio sur le net. Cette lettre s’adresse à un jeune bibliophile et lui prodigue des conseils pour la création d’une bibliothèque. Certes, les termes sont pompeux et vieillots, mais la lecture n’en est pas déplaisante pour autant.

Bien sûr, il nous est aujourd’hui difficile de partager les idées de Jules Janin relatives à l’apparence et au format des ouvrages de littérature, notamment lorsque l’auteur souligne l’importance à accorder aux « beaux livres » avec premières reliures, gravures de premier choix, éditions originales rejetant avec mépris les « imprimeries bâtardes », les « loques infectes » qui sentent l’écurie, le graillon et autres parfums…

« …comme toutes les passions bien senties et comprises, la passion des livres a sa coquetterie et son luxe. », se justifie l’auteur passionné du XIXe siècle.

Mais hormis ces quelques idées d’un autre âge (où les formats de poche bien pratiques, les éditions accessibles au grand nombre et les liseuses n’existaient pas encore), la liste des ouvrages cités et le style plutôt théâtral de l’auteur a de quoi nous réjouir.

 

Qui est Jules Janin ?

Jules Janin est un écrivain et journaliste français du XIXe siècle (1804-1874).  Il quitte rapidement le droit pour le journalisme et travaille pour des revues littéraires et des quotidiens comme le Figaro ou le Journal des Débats qu’il rejoindra comme critique pendant une quarantaine d’années. Il sera par ailleurs surnommé le « Prince des Critiques ».

Janin a laissé plusieurs écrits. Son talent d’écrivain se fera connaître dès la parution de l’un de ses premiers romans « L’Âne mort et la femme guillotinée » en 1827. Enfin, après plusieurs tentatives, Jules Janin sera finalement élu à l’Académie française en 1870.

Dans son analyse sur l’esprit critique de Jules Janin, Jacques Landrin précise : « La nostalgie du classicisme, qui perce à tout moment chez Janin, ne le fige pas dans la contemplation du passé; il sait accueillir avec sympathie les nouveautés, pourvu qu’elles n’offensent pas le bon sens. »(Cahiers de l’AIEF, Article de Jacques Landrin, 1983 « Jules Janin, témoin du théâtre romantique pp155-168).

L’amour des livres selon Janin

« Soyez donc le bienvenu, d’aimer si vite et si bien ces chers amis de la vie humaine, amis dévoués, reconnaissants, fidèles. Ils voyagent avec nous, ils nous suivent à la ville, à la campagne ; on emporte son livre au fond des bois, on le retrouve au coin du feu : « C’est proprement un charme ! ». Et Montesquieu a très bien dit qu’il ne savait pas de douleur si grande, qui ne fût soulagée un instant par la lecture d’un bon livre. »

Dans sa lettre, l’auteur détaille les différents types d’ouvrages littéraires, à commencer par la grammaire :

« Les belles-lettres, vous le savez, commencent à la grammaire, et comprennent dans leur ensemble excellent les oeuvres les plus délicates et les plus rares de l’esprit humain. Vous aurez donc un bon dictionnaire, tout bonnement le dictionnaire de l’Académie, et vous le placerez, sans honte et sans peur, de façon à l’avoir toujours sous la main. »

Après la grammaire il y a la rhétorique, et après la rhétorique, arrive la poésie, et notamment la poésie de l’antiquité grecque et romaine.

« Athènes et Rome sont, en effet, les deux grandes institutrices du genre humain. »

et l’auteur en réfère au bon mot de Montaigne qualifiant celle-ci de « bonne nourriture« .

Ensuite…

« Nous arrivons ainsi à nos chers et grands poètes français.

car selon Jules Janin,

 « Il est nécessaire, en effet, si vous voulez être un vrai lettré, que vous remontiez aux origines de la langue nationale. »

S’ensuivent les contes, les fables (cfr La Fontaine) et des grands romans…

« En fait de romans, on n’en lit guère ; ceux qu’on lit, quels chefs-d’oeuvre ! Zayde, Gil Blas, Don Quichotte, Manon Lescaut, Paul et Virginie… On les trouve encore assez facilement en édition originale… »

 

Satires et parodies comme moyens de consolation

 

« Il vous faut aussi, en belle condition, le Moyen de parvenir (de l’imprimerie de François Rabelois) , et la Satire Ménippée (1609), toutes choses indispensables, et d’une infinie consolation quand l’âge arrive où la journée est longue, où le temps est sombre, où l’homme, abandonné d’espérance et sevré de toute ambition, ne redoute, ici-bas, que le remords, moins encore, l’isolement et l’ennui. »

Jules Janin, bibliocoach avant l’heure ?

 

Les livres comme vecteurs de liens

« Les livres ont encore cela d’utile et de rare : ils nous lient d’emblée avec les plus honnêtes gens ; ils sont la conversation des esprits les plus distingués, l’ambition des âmes candides, le rêve ingénu des philosophes dans toutes les parties du monde ; parfois même ils donnent la renommée, une renommée impérissable, à des hommes qui seraient parfaitement inconnus sans leurs livres. « 

 

« La passion des livres est la pharmacie de l’âme »

C’est grâce à cette citation que je suis tombée sur Jules Janin et que j’ai voulu en savoir plus sur son oeuvre et sa vie.

J’espère vous avoir appris un peu plus sur cet homme de lettres d’un autre siècle qui vouait une réelle passion pour les beaux écrits.

« Ils vivent, ils respirent, ils enseignent, ils conseillent.  »

Vous avez bien entendu deviné ce que les « ils » représentent 🙂

« La passion des belles choses (après l’honneur de les faire), il n’y a pas de meilleure louange ! Elle atteste aux lettrés, race immortelle, que le propriétaire de ces beaux exemplaires était un homme heureux de peu, content de vivre, amoureux des belles choses, studieux, paisible,intelligent, se suffisant à soi-même, honorable, honoré, qui s’est entouré, jusqu’à la fin, des grands exemples, des sages conseils. »

… la pharmacie de l’âme…

« Au catalogue de ses livres, on connaît un homme ! Il est là dans sa sincérité. Voilà son rêve… et voilà ses amours ! »

Dis moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es….

 

Pour terminer, une conclusion extraite de cette lettre de Janin qui en prodigue beaucoup :

« Accordez-moi, Seigneur, disait un ancien, une maison pleine de livres, un jardin plein de fleurs ! Voulez-vous, disait-il encore, un abrégé de toutes les misères humaines : regardez un malheureux qui vend ses livres ! « 

 

Bonnes vacances et bonnes lectures à toutes et tous !

Bandes dessinées pour remonter le moral

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Les gens honnêtes de Durieux et Gibrat

« Les gens honnêtes »

de Christian Durieux et Jean-Pierre Gibrat

(Editions Dupuis, 2014-2016)

Les quatre tomes « Les gens honnêtes » m’ont tout particulièrement touchée, alors qu’habituellement, il faut l’avouer, je ne suis pas très friande de bandes dessinées. La mixité du texte et de l’image n’est pourtant pas pour me déplaire lorsque les personnages et leur démêlés se montrent attachants. Cette situation s’est précisément présentée à moi lors de la lecture de cette BD en quatre tomes.

Sur une note douce-amère, le récit en images nous entraîne dans les pérégrinations d’un quinquagénaire qui vient de perdre son emploi et se voit incapable de remonter la pente, d’autant plus que son épouse l’a quitté. Au fond du trou, il (re)découvre le monde qui l’entoure et puise ses forces dans l’amour et l’amitié. Si le premier tome nous la joue sur une note plus amère que douce, malgré de constantes touches d’humour, les trois autres tomes gagnent en optimisme. Le protagoniste reprend vaille que vaille son destin en main et la vie continue avec ses hauts et ses bas .

Une bande dessinée bienfaisante ?

L’humanité de Philippe, le protagoniste du récit, est au coeur même de ce récit tragi-comique. Le lecteur peut facilement s’identifier à ce personnage qui doit faire face à des problèmes privés et professionnels assez similaires à ceux d’un bon nombre de quinquas : retrouver un emploi après 50 ans, supporter les difficultés rencontrées par ses enfants adolescents, gérer sa propre situation amoureuse, s’occuper de ses parents vieillissants…

Bien entendu, certaines situations peuvent sembler rocambolesques, mais lorsque la dernière page est tournée, nous avons l’impression d’avoir cheminé longtemps avec Philippe au travers de déboires et de moments de bonheur tout à fait réalistes.

L’humour, remède miracle

Les touches d’humour pleuvent tout au long du récit et nous attendrissent sur le miroir des petits et grands tracas du quotidien. Le protagoniste boit aux sources de l’amour et de l’amitié qui lui tendent des perches pour se relever…

Même si ces perches ne sont pas toujours hum hum les plus adéquates ….  🙂 n’est-ce pas ?

Extrait du tome 2 « Les gens honnêtes »

Bande dessinée – littérature ?

La bande dessinée a l’avantage de toucher un large public. Les écrits, plus courts, sont facilement compréhensibles parce que supportés par des images. Textes et images captent plus vite l’attention du lecteur dont les yeux parcourent rapidement la page et s’accrochent facilement sur le fil d’un récit.

Or ces caractéristiques donnent souvent lieu aux préjugés que tente de définir Jacques Dürrenmatt dans son ouvrage « Bande dessinée et littérature » paru aux Editions Classiques Garnier en 2013

Selon l’auteur, les a priori fustigeant la bande dessinée reposent sur quatre points  : 1) ce genre littéraire se lirait trop rapidement 2) les descriptions relèveraient uniquement des images plutôt que du texte 3) le texte serait appauvri au profit d’une surenchère d’onomatopées et de signes expressifs comme les points d’exclamation etc. 4) la bande dessinée serait incapable de retranscrire les émotions des personnages.

Prenons ces points l’un après l’autre au regard de la bande dessinée de Durieux et Gibrat.

Lecture rapide :

Lire rapidement une histoire ne constitue pas vraiment un inconvénient ou un défaut de qualité. Au contraire, savoir qu’il ne faudra pas se concentrer plus de deux heures peut inciter celui qui ne veut pas y accorder trop de temps, à se plonger malgré tout dans le récit.

Quant aux bandes dessinées de Durieux et Gibrat, la lecture d’un ou deux tomes enjolivera facilement toute une soirée et redonnera du baume à l’âme au lecteur épuisé par ses soucis du quotidien.

Descriptions par l’image et non par le texte :

Certes, les images prennent une place très importante dans les bandes dessinées, mais c’est leur agencement qui en font des images vivantes et captivantes et c’est le texte ou l’absence de texte qui les colore et souligne leur qualité descriptive.

Les images des bandes dessinées de Durieux et Gibrat dépeignent avec justesse l’émotion que veut nous communiquer leurs auteurs. Mais c’est avant tout le texte qui nous permet de percevoir l’ampleur de ces émotions.

Texte apprauvri par un trop-plein d’onomatopées et de signes expressifs

La BD recourt à ces moyens d’expression sonore pour éviter les petites formules qui lient les phrases d’un texte que sont par exemple : « il s’écria », « gémit-il », « la voiture vrombit »… Les images constituent le support par lequel les parties du récit sont reliées entre elles. Les sons qui les ponctuent rendent ces images plus réalistes et vivantes.

La bande dessinée se définit comme un heureux mariage entre images et textes. Grâce aux images, le texte n’est pas appauvri, il devient simplement plus minimaliste. Un simple mot suffit à faire rire, ce qui serait plus difficile sans images.

La plupart des bandes dessinées revendiquent cette qualité, celles de Durieux et Gibrat ne font pas exception.

Incapable de retranscrire les émotions des personnages

S’il existe une époque qui se caractérise par une surabondance d’images, c’est bien la nôtre. Les multiples appareils de communication à notre disposition rivalisent de petites icones pour communiquer un sentiment ou une pensée. Les smileys envahissent la majorité de nos courriels pour transmettre en quelques clics l’émotion qui nous submerge. Alors que dire des dessins représentés avec art par les auteurs de bandes dessinées ?

En tous cas, les bandes dessinées de Durieux et Gibrat ne m’ont pas laissée indifférente et le partage d’émotions était bien présent en lisant les quatre tomes.

Conclusion

La bande dessinée constitue un genre littéraire particulier qui traduit des sentiments via ses propres canaux. Tout comme le roman, elle dispose d’atouts pour inviter le lecteur à adopter une perspective différente face à certaines difficultés, voire pour comprendre une situation donnée et/ou se sentir moins seul(e).

Certes, son abord peut apparaître plus aisé que celui d’un roman. Cela n’en fait pas pour autant un genre littéraire de moindre valeur.

En outre, une bande dessinée peut également se présenter comme une lecture bienfaisante, à condition toutefois qu’elle remplisse les mêmes conditions qu’un roman bienfaisant pour le lecteur qui doit pouvoir y trouver les outils nécessaires pour surmonter les aléas de son existence…

Bonnes lectures à toutes et tous !

Maladies et handicaps : ces lectures qui les racontent

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Lectures sur maladies et handicaps

Romans sur la maladie et le handicap

Plusieurs d’entre vous m’ont demandé de leur suggérer des romans sur la maladie ou le handicap, des histoires ou récits de vie dont la lecture pourrait les sortir de leur isolement face à la souffrance ou au sentiment de différence vis-à-vis d’autrui.

Voici une petite liste, bien entendu non exhaustive, de romans susceptibles de soulager mentalement une douleur :

Cancer et souffrance

« La Mort d’un apiculteur » de Lars Gustafsson

Au travers des carnets de note d’un ancien instituteur de campagne se livre le récit de celui qui se croit condamné à une mort prochaine parce qu’il est atteint du cancer. Il ne souhaite toutefois pas se faire soigner en milieu hospitalier et préfère rester avec son chien et ses abeilles pour goûter les derniers instants de vie et livrer bataille à la douleur. Roman bouleversant pour comprendre comment survivre à la douleur aussi atroce soit elle.

« Née sous les étoiles » de Nathanaëlle Arginthe

L’histoire vraie d’une fillette atteinte de cancer qui s’est battue courageusement contre la maladie pour finalement devenir médecin elle-même.

« La Mélodie des jours » de Lorraine Fouchet 

La vie de Lucie bascule lorsqu’elle apprend qu’elle a le cancer du sein. Pourtant tout n’est pas perdu, bien au contraire, cette maladie lui ouvrira d’autres horizons et lui fera connaître des personnes très attachantes. Vous trouverez plus d’informations à ce sujet dans une chronique précédente sur ce roman ici.

Réflexions autour du SIDA

« A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie » de Hervé Guibert 

« Le protocole compassionnel » de Hervé Guibert

« L’homme au chapeau rouge » de Hervé Guibert 

Trois tomes d’une trilogie sur le sida. L’auteur est passé maître de l’autofiction, un genre défini sur Wikipedia comme le  « croisement entre un récit réel de la vie de l’auteur et un récit fictif explorant une expérience vécue par celui-ci » .

Hervé Guibert y raconte l’irruption de la maladie dans sa vie personnelle et dans celle de ses proches, ainsi que toutes les conséquences physiques et mentales qui s’en sont suivies à une époque où le sida faisait encore de nombreuses victimes.

Handicaps physiques et différences visibles

« L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » de Nicholas Evans 

Ce récit nous raconte comment une jeune fille a perdu sa jambe dans un accident et comment elle reprend malgré tout goût à la vie.

« Wonder » de R.J. Palacio

L’histoire d’un enfant victime d’une malformation faciale qui doit affronter les autres et sa différence.

« L’art d’écouter les battements de coeur » de Jan-Philipp Sendker

L’histoire remplie d’espoir  à propos de laquelle vous trouverez une chronique précédente en cliquant ici.  Le récit parle de la rencontre de deux êtres qui souffrent d’un handicap physique.

Expérience de paralysie

« Palladium » de Boris Razon

L’auteur est victime du syndrome de Guillain-Barré, une maladie auto-immune du système nerveux, ayant entraîné sa paralysie totale pendant plus d’un mois. Il nous raconte cette expérience brutale dans son roman.

« Le Scaphandre et le papillon » de Jean-Dominique Bauby

Paralysie totale aussi pour l’auteur de ce roman qu’un accident vasculaire plonge brutalement dans le coma. Lorsqu’il en ressort, seul son esprit est encore vivant.  De son corps inerte, le clignement de son oeil gauche lui permettra de communiquer avec le monde. Grâce au mouvement calculé de cet oeil, il parviendra à faire écrire ce roman qui témoigne de cette expérience traumatisante.

Difficultés à vivre avec le diabète

« Dame Langouste » de Amélie Schoendoerffer

Témoignage d’une jeune fille née dans une famille de stars et souffrant de la maladie du diabète. Elle nous livre son expérience d’adolescente en proie avec les affres de la maladie et de son jeune âge, alors qu’elle souhaite seulement vivre « normalement ».

Cécité

« Soleil Noir » de Marie-José Auderset et Claude Lonfat

L’auteur a perdu la vue des suites d’une maladie génétique. Ses deux fils tentent de lui redonner goût à la vie. L’un des deux mourra et l’autre devra affronter la maladie. A son tour, le père aveugle veut rendre hommage à ses fils en écrivant ce roman par l’intermédiaire de la journaliste Marie-José Auderset. Récit bouleversant et plein de courage.

Autisme

« L’Empereur, c’est moi » de Hugo Horiot

En quelques pages, l’auteur nous raconte la souffrance qu’il a vécue comme enfant autiste Asperger. Il se replonge dans les pensées de ses jeunes années (quatre, huit, douze ans) lorsqu’il refusait de parler et se comportait d’une façon qu’autrui considérait comme « étrange », « différente ». Plus d’informations à propos de ce livre dans une chronique précédente que vous trouverez ici.

***

La plupart de ces romans témoignent d’expériences vécues par leur auteur ou par une personne de son entourage. L’authenticité des émotions et des pensées est bien présente, mais qui plus est, le vent de l’espoir souffle sur les mots,  un espoir non pas de guérir, mais de vivre heureux malgré la maladie ou le handicap.

J’espère que ces quelques pistes de lectures vous permettront de trouver un peu de réconfort. Si d’autres romans vous ont aidé(e)s ou ont aidé des proches souffrant d’une maladie ou d’un handicap, n’hésitez pas à m’envoyer une note que je publierai volontiers dans les commentaires ci-dessous.

Une excellente semaine !!!

 

Hommage littéraire pour les mamans

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« La promesse de l’aube » de Romain Gary

(Editions Gallimard, 1973, aussi en poche et en audio)

Ce roman « inspiré d’éléments autobiographiques », mais non autobiographique, met en lumière l’amour maternel inconditionnel et passionné de celle qui fut la mère de l’auteur-narrateur. Le récit présente cette maman comme une femme dévouée corps et âme à son fils qu’elle imagine prédestiné à un avenir prometteur .

La signification du titre « La promesse de l’aube » ?

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. »

La mère de l’auteur adore son fils plus que tout et elle est totalement convaincue qu’il deviendra un grand homme, un célèbre artiste ou diplomate qui séduira toutes les femmes. Elle le proclame haut et fort sur tous les toits, au grand dam de son jeune fils, bien souvent embarrassé par ces élans d’enthousiasme.

Elle se sacrifie et s’épuise dans diverses tâches pour qu’il puisse manger à sa faim et poursuivre toutes les études et formations artistiques dont elle le croit capable.

« Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. »

Peut-on reprocher à une maman ce trop plein d’amour ?

C’est la question que semble se poser continuellement l’auteur au souvenir des marques de tendresse et d’amour passionné de sa mère.

Certes, le fait d’avoir bénéficié de cet amour inconditionnel depuis son plus jeune âge lui complique la vie, car l’amour des autres femmes souffre inévitablement de la comparaison.

« Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’amour et vous avez sur vous de la documentation. »

Selon lui, l’amour d’une mère devrait se diriger vers plusieurs personnes au lieu de se focaliser sur un seul être. Le narrateur tentera d’ailleurs de trouver un compagnon à sa mère.

« Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine.”

Mais doit-on comparer l’amour maternel à un morceau de fromage dont chaque part devient de plus en plus petite en fonction du nombre croissant d’amateurs ? Ou faut-il plutôt voir cet amour comme une entité indivisible qui grandit au fur et à mesure que les êtres à aimer se multiplient ?

Reconnaissance et hommage à l’amour maternel

Les questionnements du narrateur constituent finalement des moyens efficaces pour nous rappeler que l’amour maternel, même s’il peut parfois gêner l’intéressé(e), représente un formidable atout de base et le plus fidèle compagnon de vie.

« Quelque chose de son courage était passé en moi et y est resté pour toujours. Aujourd’hui encore sa volonté et son courage continuent à m’habiter et me rendent la vie bien difficile, me défendant de désespérer. »

L’auteur utilise ici une figure de style (la méiose ?)  remplie d’humour (cfr « me rendent la vie bien difficile ») pour montrer que l’espoir, la volonté et le courage qu’il garde toujours au fond de lui proviennent en fait de sa mère.

D’ailleurs, l’auteur-narrateur n’a-t-il pas finalement atteint les objectifs visés par sa mère ? Ayant eu une brillante carrière de diplomate et obtenu le prix Goncourt à deux reprises (une fois sous le nom de Romain Gary et une autre fois sous celui d’Emile Ajar), l’auteur a réalisé toutes les promesses placées en lui par sa mère.

… même si le parcours pour y arriver ne fut pas toujours facile….

« Après avoir longuement hésité entre la peinture, la scène, le chant et la danse, je devais un jour opter pour la littérature, qui me paraissait le dernier refuge, sur cette terre, de tous ceux qui ne savent pas où se fourrer. »

L’humour comme arme

Romain Gary se moque souvent de lui-même et de ce qui lui arrive. Son humour tout au long de ce roman illumine le récit et lui confère des tonalités vivantes et authentiques. Il nous confie :

 « Instinctivement, sans influence littéraire apparente, je découvris l’humour, cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment même où il va vous tomber dessus. L’humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage; je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. Personne n’est jamais parvenu à m’arracher cette arme, et je la retourne d’autant plus volontiers contre moi-même, qu’à travers le « je » et le « moi », c’est à notre condition profonde que j’en ai. L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive. »

Pourquoi ne parle-t-on pas d’un roman autobiographique ?

« Attaqué par le réel sur tous les fronts, refoulé de toutes parts, me heurtant partout à mes limites, je pris l’habitude de me réfugier dans un monde imaginaire et à y vivre, à travers les personnages que j’inventais, une vie pleine de sens, de justice et de compassion. »

Le récit de vie du narrateur, bien que s’inspirant de faits réels, est relaté selon des modalités empruntées à l’imaginaire pour paradoxalement faire ressortir l’authenticité des émotions qui tissent l’ensemble de ces faits.

« … la création littéraire devint pour moi ce qu’elle est toujours, à ses grands moments d’authenticité, une feinte pour tenter d’échapper à l’intolérable, une façon de rendre l’âme pour demeurer vivant. »

Qu’est-ce qui est réel ?

Romain Gary est né en 1914 sous le nom de Roman Kacew. Il a séjourné plusieurs années à Wilno, ville russe devenue polonaise après la première guerre mondiale avant de devenir par la suite la ville de Vilnius en Lituanie. Après le départ de son père, sa mère et lui sont partis vivre quelques années à Varsovie avant de s’installer à Nice à partir de 1928. Car la France est un pays que la mère de Romain idéalise et dans lequel elle place toutes les ambitions pour son fils. Celui-ci obtient une licence de droit en 1938 tout en se formant à une carrière militaire. Il rejoindra par la suite les forces aériennes françaises libres durant la seconde guerre mondiale. Après la guerre, il entamera une carrière diplomatique au service de la France et deviendra un écrivain de renom .

Ayant publié des écrits sous plusieurs pseudonymes, Romain Gary est le seul auteur qui a remporté deux fois le prix Goncourt, d’abord pour Les racines du ciel en 1956 sous le nom de Romain Gary, et ensuite pour La vie devant soi en 1975 sous le pseudonyme de Emile Ajar (le nom « Ajar » qui signifie « braise » se réfère au nom d’actrice de sa mère).

ll faut dire que Romain Gary aime jongler avec les mystères et se jouer de ce que nous nommons « la réalité ».

Dans La promesse de l’aube, de nombreux éléments sont véridiques, mais des ingrédients imaginaires s’y mélangent pour contribuer à l’authenticité des émotions et des sentiments que souhaite nous partager l’auteur.

L’importance de la réalité dans la narration ?

Ma curiosité et mes recherches m’ont amenée à découvrir que malheureusement le point d’orgue final du roman n’était pas conforme à la réalité.

Et puis après ? Quelle importance ?

Cette donnée ne retire en rien le plaisir de cette lecture que je recommande à plus d’un titre. Le témoignage d’amour maternel, objectif premier et essentiel de ce récit, reste, quant à lui, authentique. C’est ce témoignage qui enrichit la narration et fait réfléchir le lecteur tout en l’émouvant jusqu’aux larmes.

« Je n’ai jamais imaginé qu’on pût être à ce point hanté par une voix, par des épaules, par un cou, par des mains. Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis. »

Joyeuse fête des mères !!!

 

Bienfaits de la lecture : avis controversés

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23 avril, journée mondiale du livre

 

Pourquoi la date du 23 avril a-t-elle été choisie par l’Unesco en 1995 pour fêter la littérature universelle ?

William Shakespeare, Miguel de Cervantès, Inca Garcilaso de la Vega sont décédés un 23 avril (ce fut pour les trois en 1616), et cette date correspond par ailleurs aussi à la date de décès ou de naissance d’autres auteurs connus.

L’origine de cette célébration annuelle vient d’Espagne où l’on a voulu dédier une journée en hommage à Cervantès, célèbre écrivain national, auteur de

L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche

Chaque année, une ville est désignée comme capitale mondiale du livre. En 2019, le choix s’est porté sur Sharjah, ville située à proximité de Dubai aux Emirats Arabes Unis.

Lecture

Photo d’une oeuvre artistique dans le quartier historique Al Fahidi à Dubai

« Quand on lit, on n’est jamais seul » 

Lire pour guérir

La lecture crée des liens entre les hommes, mais aussi entre le passé et le présent, elle ouvre des portes et met des mots sur des mondes et des émotions autrement difficiles à décrire. Surtout, la lecture accompagne et rompt la solitude existentielle dans laquelle chaque être humain se sent terriblement ancré.

La Lectrice

Quand je me sens seule, j’aime lire un roman où je partage des émotions et des aventures avec des compagnons qui ne me jugent pas. J’entre dans leur univers comme une petite souris et je comprends ce qu’ils ressentent, parce moi aussi, j’ai déjà éprouvé ce sentiment sans avoir pu l’exprimer ou le partager …

Le Sceptique

Tout le monde lit. Moi-même au travail, je lis des mails, des courriers, j’en écris d’autres. La lecture est partout. Je lis tellement que le soir, j’aime bien passer à autre chose….

La Lectrice

Lire un email reflète un échange entre deux personnes, ce qui en soi représente une bonne chose. Mais souvent, ton email requiert une réponse dans l’urgence de la vie professionnelle. Comme beaucoup de personnes, je suppose que tu es amené quotidiennement à jongler avec un grand nombre de messages via les réseaux sociaux, à organiser le planning de ta famille, à gérer ton agenda avec tes contacts et amis. Que de stress !

Lire un roman est une activité différente. Cela permet de se recentrer dans une autre dimension, de faire abstraction du reste, de s’apaiser. La lecture diminue le stress de la journée. C’est comme si tu te retirais dans un monde à part durant quelques minutes. Tu te détends et ton anxiété s’éloigne. Ton niveau de concentration s’améliore.

Le Sceptique

Quand je regarde la télévision, cela me calme aussi…

La Lectrice

Peut-être, mais ton cerveau est plus actif lors d’une séance de lecture et il améliore la mémoire qui doit retenir tous les détails de l’histoire sans l’aide visuelle des images.

Ainsi de nouvelles zones de contact se forment entre les neurones tout en consolidant celles qui existent déjà. En lisant, tu fais travailler les « muscles » de ta mémoire, et ces efforts persistent à long terme. A force d’exercer le cerveau, celui-ci conserve plus facilement toutes ses capacités.

Le Sceptique

Si je réalise des puzzles ou si je fais des mots croisés, cela fonctionne aussi non ?

La Lectrice

Bien sûr, ces activités sont également bienfaisantes pour le cerveau. Grâce à elles et à la lecture, tu développes tes capacités d’analyse et les jeux de mots te permettent d’enrichir ton vocabulaire.

La lecture possède toutefois l’atout supplémentaire d’améliorer ta façon d’agencer ces nouveaux mots ensemble et d’influencer avantageusement ton orthographe et ton style de rédaction.

Le Sceptique

Mais je ne me destine pas à un métier littéraire où la rédaction de textes sera valorisée. Je veux calculer, compter, prévoir, entreprendre…

Lire pour guérir

La Lectrice

Tout métier exige de connaître l’autre et de développer des relations sociales, que ce soit en tant qu’employeur, en tant qu’employé, en tant qu’acheteur, vendeur ou négociateur…

La lecture développe les qualités d’empathie. Quand tu lis, tu te mets à la place d’un narrateur ou d’un personnage fictif et tu ressens les émotions et les expériences d’autrui. Un récit bien ficelé et bien écrit te permet de comprendre ce que tu aurais peut-être plus de mal à appréhender d’une autre façon.

Du coup, ta vision du monde s’en trouve changée. Dans la vie de tous les jours, tu parviens plus facilement à t’adapter et à relever de nouveaux défis relationnels.

Le Sceptique

La lecture n’est-elle pas considérée comme une perte de temps nous empêchant d’effectuer les besognes quotidiennes ?

La Lectrice

Si certaines personnes te font cette remarque, demande leur d’évaluer le temps qu’elles passent sur internet et les réseaux sociaux et si celui-ci leur fait oublier la vaisselle ou la lessive. Si elles te confirment, alors tu sauras pourquoi elles t’ont posé cette question :-).

La lecture n’est pas une perte de temps si l’on considère les bienfaits qu’elle génère au quotidien : possibilité d’évasion, diminution du stress, amélioration des capacités cognitives, développement des connaissances, enrichissement du vocabulaire, augmentation du sentiment d’empathie et d’altruisme.

Réserve-toi au moins un quart d’heure par jour pour lire un roman ! Tu verras, ce temps ne te semblera pas « perdu ». Que du contraire !

Le Sceptique

Je suis presque convaincu, mais comment lire sans se ruiner ?

La Lectrice

As-tu déjà fréquenté les bibliothèques de ta ville, de ta région ?  Tu y trouves bon nombre de romans récemment publiés et que tu peux emprunter pour des sommes dérisoires.

De plus en plus d’ouvrages peuvent être lus sous forme d’ebooks et beaucoup sont en téléchargement gratuit sur internet. C’est surtout le cas pour les grands classiques de la littérature, mais tu peux trouver des ouvrages plus contemporains également.

Par ailleurs, les boîtes à livres commencent à se multiplier un peu partout, et tu y feras de belles découvertes pour le simple plaisir de la lecture.

Le sceptique qui n’en est plus un

Merci Lectrice ! Maintenant il me faut trouver un bon roman à lire.

Comment puis-je te remercier ?

La Lectrice

Sais-tu qu’en Catalogne, là où est née la célébration de cette journée du livre, il est de tradition en ce 23 avril d’offrir une rose pour tout achat de livre ?

Offre moi donc une fleur, cela me fera plaisir 🙂

Le nouveau Lecteur

Voici ma chère Lectrice !!!
Lire pour guérir

 

 

Soi-même – entre l’un et l’autre

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Roman "Désorientale" Négar Djavadi

« Désorientale » de Negar Djavadi

Editions Liana Levi 2016 

 

Roman coup de coeur qui mérite bien les différents prix dont il est le lauréat (Prix de l’Autre Monde 2016 – Prix du Style 2016 – Prix Emmanuel-Roblès 2017 – Prix Première 2017 – Prix littéraire de la Porte Dorée 2017 – Prix du Roman News 2017) !

L’auteure Negar Djavadi nous plonge dans l’histoire contemporaine de son pays, l’Iran, au travers du prisme d’une saga familiale, depuis son ancêtre féodal jusqu’à la narratrice, Kimiâ, que le lecteur retrouve dès la première page dans la salle d’attente de l’hôpital Cochin à Paris, et plus exactement au service de PMA (Procréation Médicalement Assistée).

Récit de mémoire, non linéaire et foisonnant

Le récit n’est pas une histoire chronologique de faits, mais se lit en suivant les digressions opérées par la mémoire et les souvenirs de la narratrice qui patiente en attendant sa visite chez son médecin. A la manière d’un conte persan où chaque anecdote s’ouvre sur une autre et se réinvente au gré des conteurs, la narratrice retrace le parcours de sa famille durant le 20e siècle en Iran. Plus particulièrement, elle relate celui de ses parents, opposants politiques à la fois au régime du Shah et à celui de Khomeiny, et qui ont été obligés de s’exiler en France avec leurs trois filles pour survivre.

Lorsqu’on demande à Negar Djavadi quel est le livre qui a changé sa vie dans une interview proposée sur YouTube par La Grande Librairie, elle cite le roman de Salman Rushdie « Les Enfants de Minuit » . Grâce à ce roman baroque et picaresque, elle a appris qu’on pouvait écrire autrement qu’en recourant à la façon linéaire de raconter des histoires. Elle s’en est inspirée pour écrire « Désorientale », un roman sur la mémoire orientale.

« Mais la vérité de la mémoire est singulière n’est-ce pas ? La mémoire sélectionne, élimine, exagère, minimise, glorifie, dénigre. Elle façonne sa propre version des événements, livre sa propre réalité. Hétérogène, mais cohérente. Imparfaite, mais sincère. »

Récit empreint de faits réels, mais non autobiographique

Il ne s’agit pas ici d’un témoignage relatant la vie de l’auteure. Ce n’est donc pas à proprement parler un récit autobiographique. Toutefois, ce roman s’inspire de plusieurs épisodes de sa propre vie : les parents de Negar Djavadi étaient également opposants aux régimes du Shah et de Khomeiny, et tout comme la narratrice Kimiâ, la romancière a dû fuir l’Iran à l’âge de 11 ans avec sa mère et sa soeur à travers les montagnes du Kurdistan pour rejoindre la France.

En outre, le roman retrace des faits marquants de l’histoire de l’Iran au 20e siècle, avec mention des dates et événements clefs. Il nous ouvre d’ailleurs les portes sur une vision de l’histoire de ce pays assez différente de celle relativement tronquée qui nous est rapportée en Europe.

Par exemple, l’évocation de l’époque encore féodale dans laquelle vivait l’arrière-grand-père de la narratrice rejoint une réalité méconnue. L’ancêtre – portant le nom assez comique de Montazemolmolk – vivait avec un harem d’une cinquantaine de femmes au début du 20e siècle !

Identité double ou trouble ?

Sara, la mère de la narratrice, était férue de culture française. Dès leur plus jeune âge, Kimiâ et ses soeurs ont suivi des cours de français. Leur exil en France ne s’apparente pas à un plongeon glacial dans une langue et culture totalement étrangères. Mais malgré tout, elles sont obligées de faire le deuil de leur appartenance persane et iranienne pour adopter une nouvelle vision, celle de l’Europe et de la France. C’est ce que l’auteure appelle la « désintégration », à savoir le chemin suivi par les personnes exilées qui doivent d’abord quitter peu à peu leurs repères culturels pour faire de la place à de nouveaux repères.

« Je suis devenue, comme sans doute tous ceux qui ont quitté leur pays, une autre. Un être qui s’est traduit dans d’autres codes culturels. D’abord pour survivre, puis pour dépasser la survie et se forger un avenir. Et comme il est généralement admis que quelque chose se perd dans la traduction, il n’est pas surprenant que nous ayons désappris, du moins partiellement, ce que nous étions, pour faire de la place à ce que nous sommes devenus. »

« Bientôt, mon prénom ne sera plus prononcé de la même manière, le « â » final deviendra « a » dans les bouches occidentales, se fermant pour toujours. Bientôt, je serai une « désorientale ». »

En raison de son appartenance aux deux cultures et également en raison de son homosexualité qui font d’elle un « être à part » dans les deux camps, la narratrice observe à distance les deux identités culturelles qui la définissent; elle les compare et voit la part sombre et la part lumineuse de chacune d’elles.

Elle identifie notamment les points communs comme l’importance de la maternité et une certaine incompréhension vis-à-vis de l’homosexualité, mais aussi par exemple la façon dont les sociétés écrasent la révolte de leur population respective, en les soumettant habilement au phénomène de l’attente : les gens attendent devant les administrations pour obtenir un visa, mais ils attendent aussi des nuits entières pour obtenir des tickets, le dernier smartphone etc. Ailleurs ils attendent la fin d’une guerre qui ravage leur pays.

Roman bienfaisant ?

A plus d’un titre, je recommande ce roman qui ouvre le débat sur la tolérance envers les étrangers, mais aussi et surtout envers tous ceux qui sont différents de la soi-disant « norme » dans leur façon de parler, de raconter, d’aimer, de fonder une famille, mais aussi d’écrire la petite et la grande histoire.

L’oeuvre regorge de personnages à la fois vibrants de sincérité et hauts en couleurs : j’ai déjà évoqué l’ancêtre, mais il ne faut pas oublier les autres membres de la famille, à commencer par les parents révolutionnaires de la narratrice, Sara et Darius, ainsi que la fratrie paternelle désignée par Oncle Numéro Un, Oncle Numéro Deux, etc., qui malgré cette désignation commune fait référence à des êtres ayant des personnalités propres et bien distinctes les unes des autres.

Le thème de l’identité est bien à l’oeuvre dans ce beau roman, questionné de toutes parts et évoqué de diverses manières. Car la question identitaire ne se pose pas seulement entre nations très éloignées d’un point de vue géographique. On retrouve ce thème aussi dans les différences, même mineures, entre pays voisins. La narratrice nous fait part d’observations très pertinentes à propos des Belges, des Néerlandais qui m’ont beaucoup amusée.

Par ailleurs, la question identitaire prend aussi sa place dans la façon dont nous nous positionnons au sein de la famille face à la maternité, à la vie de couple.

Il est évident qu’adopter des positions différentes ou étranges peuvent attirer des ennuis. Le fait d’aller au-delà de ce qui nous définit dans une identité prédéfinie pour en adopter ou se rapprocher d’une autre constitue toujours un risque ….qu’il est pourtant vital de courir pour éviter de mourir d’ennui…

« On a la vie de ses risques. Si on ne prend pas de risques, on subit. Et si on subit, on meurt, ne serait-ce que d’ennui. » (citation de la grand-mère de Kimiâ)

 

Le choix d’être mère ou non

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Et toi tu t'y mets quand ? Myriam Levain

« Et toi tu t’y mets quand ? » Myriam Levain

Editions Flammarion, 2018

Cet ouvrage autobiographique soulève les questions et problèmes rencontrés par les femmes

qui souhaitent s’affranchir des normes imposées par la société en matière de procréation et de maternité.

 

S’affranchir du modèle idéal

Myriam Levain nous raconte son propre parcours médicalisé, tout en mettant en lumière ses questions et celles d’autres femmes face au regard implacable d’une société qui voudrait leur imposer un modèle idéal.

« Nous sommes toutes deux d’accord sur le fait que les modèles féminins qui nous sont montrés depuis l’enfance sont toujours ceux de femmes ayant eu des enfants, comme si notre destin à toutes était inéluctablement d’être enceintes un jour.« 

Souhaitant s’accorder une chance de pouvoir un jour enfanter, la journaliste, qui n’a pas encore eu l’opportunité de devenir mère à 35 ans, décide de congeler ses ovocytes afin de préserver sa fertilité.

Son roman est étoffé de nombreux témoignages qui dévoilent au grand jour un problème trop rarement débattu sur le devant de la scène, à savoir celui de la liberté et du choix féminin en matière de procréation.

 

S’affranchir de l’horloge biologique

« A 20 ans, je répondais que je voulais des enfants, mais plus tard, quand je serais adulte. A 25 ans, je répondais que je voulais des enfants, mais plus tard, quand j’aurais un vrai boulot. A 30 ans, je répondais que je voulais des enfants, mais plus tard, quand j’aurais rencontré le bon mec.
Aujourd’hui, j’ai 35 ans et plus tard, c’est maintenant. »

A l’heure actuelle, les avancées de la médecine permettent de prélever et de congeler des ovocytes lorsque ceux-ci sont encore suffisamment sains pour aboutir à une potentielle grossesse. En effet, à partir de 35 ans, le taux de fertilité d’une femme décline sensiblement.

Dès lors, si pour un tas de raisons qui lui sont propres, une femme décide de retarder le moment de se consacrer à une grossesse et à l’éducation de futurs enfants, elle devrait pouvoir disposer librement de l’opportunité de s’affranchir de son horloge biologique grâce à la médecine….

 

Une démarche médicale pas toujours autorisée

Cependant, la procédure médicale permettant le prélèvement et la congélation des ovocytes n’est pas encore autorisée en France pour les femmes lesbiennes ou les femmes célibataires qui souhaitent  s’accorder un délai supplémentaire avant de donner la vie. Ces femmes doivent donc faire appel à des services pratiqués à l’étranger, comme l’a fait Myriam Levain.

A cette exigence particulièrement pénible pour la population féminine française s’ajoutent toutes les contraintes médicales inhérentes à la procédure, parmi lesquelles une disponibilité à toute épreuve durant un laps de temps déterminé. Le prélèvement d’ovocytes reste une démarche pénible physiquement et mentalement dont la charge est un peu allégée lorsque la loi l’autorise à l’intérieur du pays.

 

Regard de la société

Extrait du roman de Myriam Levain "Et toi tu t'y mets quand ?"

 

Reste à se libérer du regard de la société, ce qui constitue souvent l’une des épreuves les plus difficiles dans une démarche de procréation médicalement assistée, d’autant plus si le pays dans lequel tu vis ne reconnaît pas à la femme le droit de pouvoir décider du moment où elle souhaite enfanter.

 

Avec son roman, Myriam Levain plaide en faveur du droit des femmes de pouvoir disposer librement de leur corps en matière de procréation médicalement assistée, et ceci quelle que soit leur situation maritale ou familiale.

 

Se différencier des normes du genre

 « Plus facile à dire qu’à faire, surtout quand le regard des autres leur rappelle constamment qu’elles n’ont toujours pas coché la case « maman » bien qu’elles aient validé toutes les autres.« 

Prendre une décision qui va à l’encontre de tous les modèles sociaux n’est pas chose facile. Décider d’être mère à quarante ans, vouloir s’engager pleinement dans sa carrière professionnelle et y prendre plaisir avant d’envisager toute future grossesse, voire décider ne pas avoir d’enfants du tout représentent des choix qui ne sont pas encore bien perçus en société, d’autant plus si la société continue de faire peser la grosse partie de la charge parentale sur la mère.

Dans ce contexte, Myriam Levain remet aussi en cause l’égalité hommes-femmes :

« J’ai soudain le sentiment que je vais pouvoir emprunter à mon rythme le chemin de la maternité, quitte à ne jamais l’emprunter du tout :
je ne suis sûre de rien, mais je veux me laisser toutes les possibilités ouvertes.
Exactement comme mes amis hommes pas encore papas« 

 

Conclusion : roman bienfaisant ?

Un ouvrage autobiographique féminin dévoilant un problème qui touche de plus en plus de femmes constitue un véritable soulagement pour celles qui sont confrontées à toutes les questions de procréation à un âge plus avancé que la « normale », mais également à toutes les questions de maternité dans un sens beaucoup plus large.

Myriam Levain nous fait part de son expérience lorsqu’elle décide de s’accorder une chance supplémentaire de pouvoir enfanter un jour. Cette expérience l’a conduite à élargir le débat sur toutes les réflexions concernant le droit pour les femmes de choisir sa place dans la société en tant que mère ou en tant que femme sans enfant.

Il est en effet impératif que change le regard de la société face aux femmes qui ont décidé de ne pas donner naissance à un bébé ou de le faire à un moment plus opportun pour elles, mais qui ne correspond pas forcément aux normes idéales.

Voici en guise de conclusion une petite vidéo sur le roman par Myriam Levain :

 

50e anniversaire de la Foire du Livre de Bruxelles : vous y étiez aussi ?

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Foire du livre à Bruxelles 2019

La foire du livre n’est-elle pas un véritable lieu d’échanges ?

Malgré la foule (plus de 72 000 visiteurs en quatre jours) et la chaleur ambiante, quel plaisir de parcourir ce week-end les allées remplies de livres du site de Tour & Taxis, de pouvoir écouter en direct les auteurs et éditeurs parler littérature, et surtout d’échanger sur les différents thèmes abordés dans les ouvrages.

La Flandre était à l’honneur de cette 50e édition de la Foire du Livre de Bruxelles permettant ainsi un rapprochement des cultures flamandes et francophones sous le sceau bienveillant de la littérature.

Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié les deux-trois heures passées dans cet endroit magique qui invite à la lecture, mais aussi à l’écoute et à l’échange.

Entretien avec Maxime Calligaro et Jean Quatremer animé par Hubert Artus

Les auteurs les plus connus sont sollicités par de grandes files d’admirateurs avides d’une dédicace ou d’une photographie.

Dédicaces avec Amélie Nothomb

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’autres auteurs vous invitent à découvrir leurs oeuvres et attisent votre curiosité de lecteur… J’en ai croisé quelques-uns et j’espère vous parler prochainement de leurs romans.

Quant aux nombreuses maisons d’édition, elles nous présentent leur univers livresque et les ouvrages de leurs auteurs…. comme ici, la maison d’édition EDILIVRE :

Maison EDILIVRE

 

Bonne lecture à toutes et tous !

 

LIRE POUR GUERIR D’UNE PEINE DE COEUR

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Lire à la Saint-Valentin ! 

 

Au programme de cette semaine : fête de la Saint-Valentin ou fête des amoureux !

De nombreux romans racontent l’amour, la passion… et, bien entendu, toutes les peines qui y sont liées.

Quels sont les plus beaux romans d’amour ?

Le plus beau roman d’amour est celui qui répond à notre besoin romantique du moment. Un récit évoquant les premiers émois durant les années de collège deviendra la plus belle histoire d’amour de certains adolescents. Plus tard, le roman qui parlera des (més)aventures conjugales correspondra davantage aux besoins du lecteur soucieux de trouver un écho à ses propres expériences. Plus tard encore, la perte de l’être cher trouvera quelque consolation dans les récits des protagonistes confrontés au deuil de l’âme soeur.

Alors, c’est toi, lectrice et lecteur, qui as toutes les clefs en main pour décider quel est ton plus beau roman d’amour, celui qui a marqué ta vie sentimentale en t’apportant le réconfort nécessaire ou en te guidant au mieux dans ta propre vie sentimentale.

 

Des histoires d’amour qui surpassent les chroniques personnelles

Il est vrai que certains romans d’amour ont marqué l’histoire de la littérature et continuent de séduire celles et ceux qui recherchent des récits où l’amour tient la place du protagoniste principal. Ces récits empreints de romantisme et d’aventures héroïques ne ressemblent pas vraiment au quotidien du lecteur en mal d’amour. Pourtant, celui-ci pourra y trouver une résonance par rapport à ses propres sentiments, voire une échappatoire bienvenue pour célébrer l’amour en bonne compagnie.

Parmi les plus belles histoires d’amour de la littérature, citons par exemple :

« Roméo et Juliette » de William Shakespeare 

N’est-ce pas le grand classique par excellence, le récit que tout le monde connaît pour en avoir entendu parler à l’école ou pour l’avoir vu au théâtre ou au cinéma ? Mais combien ont lu le roman de Shakespeare et son intrigue amoureuse ? Au 16e siècle, Shakespeare s’est inspiré d’histoires d’amour tragiques remontant à l’Antiquité, ainsi que d’un conte italien pour rédiger ce chef d’oeuvre dramatique dont le thème principal est l’amour.

« L’amour,c’est la fumée qu’exhalent les soupirs,
Attisé, c’est le feu dans les yeux des amants,
Contrarié, c’est la mer que viennent grossir leurs larmes.
qu’est-il encore ? Une folie des plus sages,
Le fiel qui étouffe et le miel qui nous sauve.« 

 

« Raison et sentiments »  ou

« Orgueil et préjugés » de Jane Austen

Jane Austen est une femme de lettres anglaise (1775-1817) qui aurait elle-même subi les affres d’une déception sentimentale. Un échange de courriers avec sa soeur Cassandra laisse à penser que Jane était amoureuse d’un jeune Irlandais, Tom Lefroy. Durant les deux années que durèrent leurs rencontres, Jane Austen écrivit notamment les deux romans cités ici. Après le mariage de Tom Lefroy avec une autre femme, Jane Austen n’écrira plus pendant une dizaine d’années. Le récit de sa mésaventure amoureuse nous incite à en deviner la raison.

Le film « Becoming Jane » (2007) de Julian Jarrold s’est inspiré de cette histoire d’amour.

« Quelques heures de conversation suffisent à deux créatures raisonnables pour épuiser tous les sujets qu’elles peuvent avoir en commun, mais il en est différemment entre amoureux. Entre eux, nul sujet n’est jamais épuisé, aucune chose n’est jamais dite, si elle ne l’a répété au moins vingt fois. » (Raison et sentiments)

 

« Jane Eyre » de Charlotte Brontë ou

« Les Hauts de Hurle-Vent » de Emily Brontë

La famille Brontë a connu des moments  sombres et très douloureux, mais les oeuvres écrites de la fratrie ont survécu à travers les siècles. Les romans des soeurs Brontë sont mondialement connus et appréciés. L’omniprésence de la nature dans tous ses états reflète les sentiments, les passions et les tourments des personnages de leurs romans respectifs, ainsi que ceux qui ébranlaient sans nul doute la vie des soeurs Brontë.

« Si tout le reste périssait et que lui demeurât, je continuerais d’exister; mais si tout le reste demeurait et que lui fût anéanti, l’univers me deviendrait complètement étranger, je n’aurais plus l’air d’en faire partie » (Les Hauts de Hurle-Vent)

 

« Autant en emporte de le vent » de Margaret Mitchell

La trame de cette histoire d’amour se déroule durant la guerre de Sécession en Amérique (1861-1865), les protagonistes s’aiment à contretemps, se trompant sur leurs propres sentiments et ceux d’autrui.

« Je vous aime Scarlett. En dépit de vous, de moi et de ce stupide monde qui s’écroule, je vous aime. »

 

 « L’Ecume des jours » de Boris Vian

Publié en 1947, le roman de Boris Vian se décrit à la fois comme un conte enchanteur et comme une poignante histoire d’amour onirique où la maladie et la mort entrent par effraction.

« Le plus clair de mon temps, je le passe à l’obscurcir, parce que la lumière me gêne. »

« On se rappelle beaucoup mieux les bons moments; alors, à quoi servent les mauvais? »

 

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé », disait Lamartine

Certes, mais Paul Desalmand disait aussi « Il n’y a vraiment que deux choses qui puissent faire changer un être humain : un grand amour ou la lecture d’un grand livre ».

Alors faute d’amour, ou si Cupidon nous joue de vilains tours, trouvons donc vite le beau livre qui nous réconciliera avec la vie.

 

Quel roman choisir pour soulager sa peine de coeur du moment ?

 

Livres pour surmonter les peines de coeur

« Lire pour guérir d’une peine de coeur »

de Nathalie Cailteux

 

De nombreuses recherches dans ma mémoire de lectrice m’ont aidée à réaliser cette compilation qui regroupe 24 propositions de lectures susceptibles de remonter le moral à celles et ceux qui souffrent d’un chagrin d’amour.

Si tant est bien sûr que l’on puisse catégoriser les peines de coeur, cet ouvrage répertorie des romans en fonction de diverses peines sentimentales (chagrin passionné et/ou platonique durant la jeunesse, effritement de l’amour au sein du couple, rupture sentimentale, peine de coeur au masculin, souffrance après un deuil …). Loin de moi l’idée de couvrir tout le champ des déboires sentimentaux, mais j’espère vraiment que ces lectures aideront le plus grand nombre d’entre vous.

Vous noterez que les livres cités appartiennent à une variété de genres (fresques romanesques, récits humoristiques, ouvrages classiques, romans modernes, y compris un roman faisant partie de l’Oulipo); mon objectif était de viser autant que possible plusieurs affinités littéraires.

Vos avis et commentaires sur Amazon ou sur ce blog seront bien entendu très appréciés.

Bonne lecture à toutes et tous ! et bonne Saint-Valentin !