En passant

 

« QUAND ON LIT,

ON N’EST JAMAIS SEUL »

 

Chère lectrice, cher lecteur,

 

 

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« Quand on lit, on n’est jamais seul »

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Autobiographies qui font réfléchir

Par défaut

« Le Son du Silence » de H.J. Lim

(Albin Michel, 2016 et Le Livre de Poche, 2018)

« Le Journal de Myriam » de Myriam Rawick

(Fayard, 2017 et Le Livre de Poche, 2018)

 

Cette année, j’ai la chance de participer au jury du prix des lecteurs du Livre de Poche dans une toute nouvelle catégorie, celle des « Documents et Essais ».

Parmi les 7 ouvrages sélectionnés, deux témoignages ont retenu mon attention parce qu’ils racontent le parcours difficile et atypique de jeunes adolescentes de notre époque.

« Le son du silence » relate à la première personne le destin d’une enfant prodige sud-coréenne qui quitte ses parents et son pays à l’âge de douze ans pour poursuivre ses études de piano en France. Lorsqu’elle s’envole depuis l’aéroport de Séoul en 1999, elle ne parle pas un mot de français. Elle devra surmonter épreuves, humiliations et jalousies avant d’obtenir enfin la reconnaissance internationale de son talent musical. Elle fera aussi de belles rencontres et se laissera guider et inspirer par la spiritualité du bouddhisme.

« Le journal de Myriam » est celui d’une enfant vivant en Syrie, à Alep entre 2011 et 2017. Myriam a sept ans en 2012 lorsque débutent les premiers tirs, puis les bombes, les restrictions, les départs forcés, la disparition d’êtres chers. Au fil des semaines et des mois, Myriam raconte le quotidien de sa famille obligée de vivre sous le joug de la peur et le poids des restrictions.

 

De ces deux ouvrages et des voix qui les portent émane pourtant une force sereine puisée soit dans les petits gestes du quotidien pour Myriam, soit dans l’inébranlable foi en la puissance de la musique pour Lim.

L’injustice dont elles souffrent chacune à titre différent ne leur enlèvera pas leur générosité, car elles n’hésitent pas à venir en aide à ceux qui en subissent encore davantage les outrances.

De leur ouvrage respectif se manifeste une puissante volonté d’utiliser les mots pour témoigner de leur destin.

Romans bienfaisants ?

Bien que racontant des parcours très différents, ces ouvrages autobiographiques représentent tous deux une belle leçon de vie et de courage !

  • Pour Lim, la persévérance et le courage de s’approprier son destin malgré l’exil qui en découle et les nombreuses difficultés  
  • Pour Myriam, la grande capacité de résilience et le courage de faire face au sort tragique et inexorable issu des affres de la guerre 

 

 

 

 

ROMAN CHORAL pour aborder une thématique complexe

Par défaut

« Ainsi résonne l’écho infini des montagnes »

Khaled Hosseini

Traduction française par Valérie Bourgeois « And the Mountains Echoed »

(Editions Belfond (2013), France Loisirs (2014), 10×18 (2014), Audiolib (2014) – lu par Mathieu Buscatto)

 

Après le fameux « Les Cerfs-Volants de Kaboul » (2005) et « Mille soleils splendides » (2007), l’auteur américain d’origine afghane Khaled Hosseini nous revient avec un roman choral profondément touchant, dont le titre s’inspire d’un poème de William Blake « Chanson de Nourrice ».

L’histoire de « Ainsi résonne l’écho infini des montagnes »  débute dans un petit village afghan vers 1950, lorsqu’un garçon de dix ans, Abdullah, et sa soeur chérie de trois ans, Pari, sont séparés l’un de l’autre, car leur père a pris la décision de confier son unique fille aux bons soins d’une famille fortunée de Kaboul. Cette douloureuse séparation est à l’origine de ce récit fleuve qui emmène le lecteur au travers du prisme historique de la seconde moitié du 20e siècle depuis l’Afghanistan jusqu’en France, en passant par les Etats-Unis et une petite île grecque. Tour à tour divers personnages plus ou moins liés avec la fratrie confient directement ou indirectement leur cheminement et leurs émois, apportant ainsi leur pierre à l’édifice de cette narration qui navigue subtilement et justement dans les profondeurs de l’âme humaine.

« Quand on a vécu aussi longtemps que moi, on constate que la cruauté et la bienveillance ne sont que des nuances d’une même couleur. »

« On gagne à faire preuve d’humilité et de charité au moment de juger le coeur d’autrui. »

« C’est drôle, Markos, mais les gens se trompent souvent. Ils pensent vivre en fonction de ce qu’ils veulent. Mais ce qui les guide, en fait, c’est ce dont ils ont peur. Ce qu’ils ne veulent pas. »

La thématique complexe et récurrente des relations familiales constitue le fil conducteur du récit. A plusieurs reprises, la narration adopte la perspective d’un personnage en proie à une certaine culpabilité envers un proche handicapé, faible ou malheureux pour lequel il fait pourtant preuve de dévouement.

Le sujet de l’adoption est également abordé avec des conséquences positives ou négatives selon le degré de générosité et d’amour avec lequel l’enfant est pris en charge.

La maladie, le handicap, la vieillesse et la mort rythment les divers angles de la narration, apportant avec eux leur lot de peines, mais également des élans de courage, de soutien et d’affection.

« L’acceptation qui a pris forme lentement au fil des ans, comme les rochers d’une falaise sculptés par les assauts répétés des marées. »

Enfin, l’auteur dresse le tableau de son pays, l’Afghanistan, en rappelant les souffrances et les injustices subies par ses habitants durant les dernières décennies.

« Que vous dire, monsieur Markos, des années qui ont suivi? Vous connaissez bien l’histoire récente de ce pays assiégé. Il est inutile que je ressasse pour vous une période si sombre (…).
Je peux la résumer en un mot: la guerre. Ou plutôt, des guerres. Pas une, pas deux, mais de multiples guerres, à la fois grandes et petites, justes et injustes, avec sans cesse des acteurs différents dans les rôles des bons et des méchants – ou supposés tels -, chaque nouveau héros vous rendant de plus en plus nostalgique de l’ancien félon. Les noms changeaient, tout comme les visages, et je crache sur chacun d’eux sans distinction (…) »

Roman bienfaisant ?

Lorsqu’un auteur décrit avec autant de talent les ressorts de l’âme humaine, lorsqu’il parle de l’existence humaine, non pas avec les deux seules nuances que sont le blanc et le noir, mais avec une palette infinie de couleurs qui résonnent en nous…. comme l’écho infini des montagnes...alors oui, il s’agit d’un roman bienfaisant qui évoque sans parti pris des sentiments connus et ancrés dans nos vies.

« Il inventait des histoires. Comme ça, sur-le-champ. Il dévoilait alors une propension à l’imagination et au rêve qui surprenait toujours Abdullah. Leur père ne lui semblait jamais plus présent, plus vivant, plus à nu et plus sincère que lorsqu’il s’exprimait ainsi, comme si ses contes étaient autant de minuscules fenêtres ouvertes sur son monde opaque et impénétrable. »

 

 

Secrets de famille sous la surface lisse du lac

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« SUMMER » de Monica Sabolo

Editions JC Lattès (2017)

 

La journaliste et écrivaine française Monica Sabolo signe un beau roman d’ambiance s’inspirant de l’atmosphère oppressante des récits de la romancière américaine Laura Kasischke.

Au cours d’un pique-nique entre amies près du Lac Léman, une jeune fille Summer se volatilise en s’enfuyant dans les fougères. Elle ne reparaîtra plus.

Vingt-cinq ans plus tard, cette douloureuse disparition vient perturber son frère cadet Benjamin qui confie ses souvenirs à un médecin psychiatre. Le récit, dont Benjamin est le narrateur, fait des allers-retours entre l’avant et l’après de cet été fatidique pour tenter d’en retrouver un sens.

« Son départ semblait confirmer le message de l’univers: les gens disparaissent de nos vies, c’est ainsi que cela se passe. Certains sont là pour toujours, d’autres, généralement ceux que vous aimez le plus, se volatilisent les uns après les autres, sans explication, ils sont là ensuite ils ne le sont plus, et le monde poursuit sa route, indifférent, à la façon d’un organisme primaire constitué d’eau et de vide se propulsant dans un espace également constitué d’eau et de vide, ou d’un cœur aveugle, translucide, entièrement dédié à sa pulsation. »

L’évocation des eaux stagnantes et obscures du lac revient sans cesse dans le récit comme une métaphore récurrente de l’inconscient collectif duquel émergent les angoisses de Benjamin. La surface lisse du lac reflète le vernis social qui a étouffé non seulement l’ampleur de la tragédie, mais également les émotions contre lesquelles ses parents semblent s’être battus. Mais sous cette surface, le narrateur patauge et se noie dans les profondeurs obscures de l’âme humaine.

« C’est ainsi que cela a toujours été, dans le monde de mes parents : le vernis social et de politesse étouffe les émotions, comme des insectes dans un bocal de verre. »

« Je me penche au-dessus du muret, mon visage se reflète dans l’eau sombre. Le clapotis contre la pierre, une histoire murmurée à mon oreille, entre des draps. Il y a des ombres, juste sous la surface.« 

Roman bienfaisant ? 

Dans  qui figurait en lice du Prix Goncourt 2017, l’auteur explore les secrets de famille en s’insinuant dans l’esprit perturbé du fils cadet qui poursuit sa quête de réponses et s’interroge sur la vie de ses parents et de sa soeur.  Le lac Léman se transforme en une vision métaphorique de l’âme humaine dans laquelle suffoque et se noie l’esprit du narrateur. Qu’est-il arrivé à sa soeur ?  Kidnappée ? Noyée ? Partie ?

Pourquoi ses parents ont-ils réagi de la sorte ?

Les phrases joliment tournées de ce récit renvoient à des émotions et des interrogations qui nous parlent, surtout lorsqu’il s’agit de vouloir donner un sens à l’attitude de nos proches.

Certaines questions restent sans réponse, car l’existence n’est pas toujours capable d’en donner.

« Le secret c’est de raconter une histoire à laquelle les gens ont envie de croire, n’importe laquelle. Les hommes ne veulent pas savoir, ils veulent croire, une fois que vous avez compris ça…« 

Si vous aimez les thrillers psychologiques, n’hésitez pas à vous plonger dans cette histoire qui vous tiendra en haleine et fera probablement écho à certains ressentis.

Pour compléter cette chronique, je vous invite à écouter ci-après une interview de Monica Sabolo au sujet de son roman :

 

 

 

 

Le « silence » peut tuer

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« Majda en août »

Samira Sedira

Editions du Rouergue (2016)

 

Majda est la seule fille au sein d’une famille maghrébine qui compte plusieurs garçons. Ses capacités intellectuelles lui promettent un bel avenir, mais au seuil de l’adolescence, certains amis de l’aîné de ses frères lui font subir un traumatisme que sa famille jugera bon de dissimuler sous silence.

Le poids de ce silence et de ces non-dits auront raison de l’état mental et psychique de Majda. A l’âge de 45 ans, elle se réfugie chez ses parents et remonte le fil de ses souvenirs.

Roman bienfaisant ?

Ce roman fait partie des six finalistes du Prix Horizon du deuxième roman organisé par la ville de Marche-en-Famenne (Belgique) et présidé par l’écrivain Armel Job.

Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié « Majda en août », car le roman dégage une puissance évocatrice ancrée dans une réalité qui se rencontre dans tous les milieux, à commencer par le milieu familial.

Le style succinct, et peut-être expressément froid – malgré la chaleur du mois d’août ! –  de ce roman contribue à démontrer tout ce que le silence peut engendrer comme malheur, surtout au sein d’une famille. Les non-dits et le fait de ne pas reconnaître une personne en tant que victime constituent une sérieuse entrave à sa guérison et à un espoir d’épanouissement futur.

Alors roman bienfaisant ? Oui oui grâce aux réflexions qu’il suscite. La fin ne laisse pas indifférent, au contraire, elle contrarie le lecteur, et c’est tant mieux.

Car cette contrariété est peu de chose face à celle que doit éprouver Majda…

Majda a acquis un don d’empathie qui l’a incitée à exercer une activité sociale. Elle retrouve dans les livres l’écho de son malheur :

« Majda avait un don absolu pour comprendre le malheur, et cela dès l’adolescence. Les livres qu’elle dévorait fourmillaient d’histoires malheureuses. Il y avait toujours, dans un livre, l’évocation de sa propre histoire, la preuve que l’humanité partage les mêmes maux, la même désolation, la même impuissance à consoler ses peines. Il y avait toujours dans un livre, un mot, une phrase, quelque chose qui la réconciliait avec cette impuissance.« 

 

 

Chère Maman

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Dans les affaires de mes parents, j’ai retrouvé un vieil ouvrage datant de 1938 « Livre de lecture à l’usage du degré supérieur des écoles primaires »

par Ch. et G. Screvens, Inspecteurs de l’Enseignement primaire (2e édition)

publié par la maison d’édition A. De Boeck à Bruxelles.

A la page 78, un poème de Th. Giard : « Maman »

Aujourd’hui, en hommage à toutes les mamans du monde,

et parce les mots d’une poésie forment souvent un dessert bienfaisant , voici ce beau texte …

 

MAMAN.

Il est un mot d’enfant tout simple mais si beau
Que son parfum demeure en nous jusqu’au tombeau.
Dès que le nouveau-né veut exprimer qu’il aime,
Qu’il vit, qu’il est heureux, il le trouve lui-même,
Le dit et le redit, le gazouille sans fin.
C’est un mot tout mouillé de tendresse et de faim.
Nul ne peut l’oublier : l’aïeul qui, malgré l’âge,
L’entend chanter en lui, voit comme un mirage,
Tout au fond de son coeur usé de souvenir,
Le passé radieux lentement revenir.

Maman ! ce mot se dit ainsi qu’une prière
Maman ! c’est le premier regard plein de lumière
Qui se glisse en notre âme et prépare nos yeux
A supporter l’azur éblouissant des cieux.
C’est le sourire éclos parmi le matin rose.
Maman ! c’est le baiser éperdu qui se pose,
Tout vibrant de douleur encor, mais triomphant,
Pour la première fois sur le front de l’enfant,
Sur ce front nu, veiné, ce creuset d’espérance,
Qui contient tout entier déjà le ciel immense.

Le soldat, cet enfant que grandit le devoir,
En tombant sur le champ de bataille le crie
Comme s’il contenait à lui seul la patrie;
Le criminel qui pleure au fond de sa prison,
Et se sent à jamais perdu sans horizon,
Sans soutien, puisque tout ici-bas l’abandonne,
Sait encor murmurer ce saint mot qui pardonne,
Qui console, malgré les hommes et la loi.
Comme s’il contenait en lui-même la foi.

Th. Giard

 

 

 

 

Le souffle des questions identitaires à travers un roman puissant

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« L’Art de perdre »

Alice Zeniter

Editions Flammarion (2017)

 

Lauréat du prix Goncourt des Lycéens en 2017, ce volumineux roman retrace sur trois générations le parcours d’une famille algérienne kabyle.  Naïma, la narratrice remonte le fil de ce récit depuis les années 1930. A cette époque, son grand-père Ali fait fortune avec ses deux frères dans la production d’huile d’olive grâce à la découverte inattendue d’un pressoir.

Les événements historiques mettront peu à peu un terme à la prospérité familiale. Soupçonnée de faire partie de ce que l’on nomme les « harkis » – à savoir les traîtres à la solde de l’armée française – une partie de la famille se verra condamnée à fuir l’Algérie après l’indépendance.

Hamid, le fils aîné de Ali et père de Naïma, découvrira dans son enfance la vie miséreuse des camps qui furent aménagés en France pour les Algériens.  Finalement placée dans une cité H.L.M., la famille tentera de s’adapter à sa nouvelle situation en faisant face à la montée du racisme.

Naïma qui n’a connu que la France, terre d’accueil de sa famille, se heurte au silence de ses parents lorsqu’elle essaie de remonter le fil de son histoire. Elle voudrait se sentir française tout en revendiquant ses racines algériennes. Mais les attentats perpétrés durant la dernière décennie restent encore autant d’obstacles à l’intégration définitive des siens.

A-t-elle définitivement perdu l’Algérie, ce pays qu’elle ne connaît pas et dont elle ne maîtrise ni la langue ni les coutumes ?

Le titre  assez énigmatique « L’Art de perdre » s’inspire d’un poème d’Elizabeth Bishop selon lequel la vie est un apprentissage de la perte à tous les niveaux; il faut pouvoir apprendre à perdre ses clés, sa maison, son pays …

Roman bienfaisant ?

Cette fresque romanesque évoque avec justesse les difficultés liées à l’intégration dans une perspective intimiste qui parlera à beaucoup de monde. Le récit nous rappelle, ou nous fait connaître, les ressentis et les non-dits d’une famille fuyant son pays, génération après génération.

Alice Zeniter dénonce l’emploi des étiquettes comme « harki » ou « musulman ». Dans l’interview ci-après, elle nous confie que l’emploi d’une étiquette peut amputer quelqu’un de toute l’ampleur d’une vie. Parce qu’Ali a combattu pendant la seconde guerre mondiale pour les Français et parce qu’il a dû faire un choix à un moment donné durant la guerre en Algérie, il est taxé de « harki », ce qui entraînera des conséquences irréversibles pour lui et sa descendance.

Je vous recommande ce beau roman, car il éveille les consciences et appelle à la compréhension et à la tolérance. En plus d’être bien écrit et bien documenté au niveau historique, il s’inscrit dans des problématiques actuelles autour de la question identitaire. N’hésitez pas non plus à écouter l’auteur en parler dans l’interview de l’émission La Grande Librairie.