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L’abîme du deuil est d’autant plus profond lorsque l’on s’y sent seul et abandonné.

Bandes dessinées pour remonter le moral

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Les gens honnêtes de Durieux et Gibrat

« Les gens honnêtes »

de Christian Durieux et Jean-Pierre Gibrat

(Editions Dupuis, 2014-2016)

Les quatre tomes « Les gens honnêtes » m’ont tout particulièrement touchée, alors qu’habituellement, il faut l’avouer, je ne suis pas très friande de bandes dessinées. La mixité du texte et de l’image n’est pourtant pas pour me déplaire lorsque les personnages et leur démêlés se montrent attachants. Cette situation s’est précisément présentée à moi lors de la lecture de cette BD en quatre tomes.

Sur une note douce-amère, le récit en images nous entraîne dans les pérégrinations d’un quinquagénaire qui vient de perdre son emploi et se voit incapable de remonter la pente, d’autant plus que son épouse l’a quitté. Au fond du trou, il (re)découvre le monde qui l’entoure et puise ses forces dans l’amour et l’amitié. Si le premier tome nous la joue sur une note plus amère que douce, malgré de constantes touches d’humour, les trois autres tomes gagnent en optimisme. Le protagoniste reprend vaille que vaille son destin en main et la vie continue avec ses hauts et ses bas .

Une bande dessinée bienfaisante ?

L’humanité de Philippe, le protagoniste du récit, est au coeur même de ce récit tragi-comique. Le lecteur peut facilement s’identifier à ce personnage qui doit faire face à des problèmes privés et professionnels assez similaires à ceux d’un bon nombre de quinquas : retrouver un emploi après 50 ans, supporter les difficultés rencontrées par ses enfants adolescents, gérer sa propre situation amoureuse, s’occuper de ses parents vieillissants…

Bien entendu, certaines situations peuvent sembler rocambolesques, mais lorsque la dernière page est tournée, nous avons l’impression d’avoir cheminé longtemps avec Philippe au travers de déboires et de moments de bonheur tout à fait réalistes.

L’humour, remède miracle

Les touches d’humour pleuvent tout au long du récit et nous attendrissent sur le miroir des petits et grands tracas du quotidien. Le protagoniste boit aux sources de l’amour et de l’amitié qui lui tendent des perches pour se relever…

Même si ces perches ne sont pas toujours hum hum les plus adéquates ….  🙂 n’est-ce pas ?

Extrait du tome 2 « Les gens honnêtes »

Bande dessinée – littérature ?

La bande dessinée a l’avantage de toucher un large public. Les écrits, plus courts, sont facilement compréhensibles parce que supportés par des images. Textes et images captent plus vite l’attention du lecteur dont les yeux parcourent rapidement la page et s’accrochent facilement sur le fil d’un récit.

Or ces caractéristiques donnent souvent lieu aux préjugés que tente de définir Jacques Dürrenmatt dans son ouvrage « Bande dessinée et littérature » paru aux Editions Classiques Garnier en 2013

Selon l’auteur, les a priori fustigeant la bande dessinée reposent sur quatre points  : 1) ce genre littéraire se lirait trop rapidement 2) les descriptions relèveraient uniquement des images plutôt que du texte 3) le texte serait appauvri au profit d’une surenchère d’onomatopées et de signes expressifs comme les points d’exclamation etc. 4) la bande dessinée serait incapable de retranscrire les émotions des personnages.

Prenons ces points l’un après l’autre au regard de la bande dessinée de Durieux et Gibrat.

Lecture rapide :

Lire rapidement une histoire ne constitue pas vraiment un inconvénient ou un défaut de qualité. Au contraire, savoir qu’il ne faudra pas se concentrer plus de deux heures peut inciter celui qui ne veut pas y accorder trop de temps, à se plonger malgré tout dans le récit.

Quant aux bandes dessinées de Durieux et Gibrat, la lecture d’un ou deux tomes enjolivera facilement toute une soirée et redonnera du baume à l’âme au lecteur épuisé par ses soucis du quotidien.

Descriptions par l’image et non par le texte :

Certes, les images prennent une place très importante dans les bandes dessinées, mais c’est leur agencement qui en font des images vivantes et captivantes et c’est le texte ou l’absence de texte qui les colore et souligne leur qualité descriptive.

Les images des bandes dessinées de Durieux et Gibrat dépeignent avec justesse l’émotion que veut nous communiquer leurs auteurs. Mais c’est avant tout le texte qui nous permet de percevoir l’ampleur de ces émotions.

Texte apprauvri par un trop-plein d’onomatopées et de signes expressifs

La BD recourt à ces moyens d’expression sonore pour éviter les petites formules qui lient les phrases d’un texte que sont par exemple : « il s’écria », « gémit-il », « la voiture vrombit »… Les images constituent le support par lequel les parties du récit sont reliées entre elles. Les sons qui les ponctuent rendent ces images plus réalistes et vivantes.

La bande dessinée se définit comme un heureux mariage entre images et textes. Grâce aux images, le texte n’est pas appauvri, il devient simplement plus minimaliste. Un simple mot suffit à faire rire, ce qui serait plus difficile sans images.

La plupart des bandes dessinées revendiquent cette qualité, celles de Durieux et Gibrat ne font pas exception.

Incapable de retranscrire les émotions des personnages

S’il existe une époque qui se caractérise par une surabondance d’images, c’est bien la nôtre. Les multiples appareils de communication à notre disposition rivalisent de petites icones pour communiquer un sentiment ou une pensée. Les smileys envahissent la majorité de nos courriels pour transmettre en quelques clics l’émotion qui nous submerge. Alors que dire des dessins représentés avec art par les auteurs de bandes dessinées ?

En tous cas, les bandes dessinées de Durieux et Gibrat ne m’ont pas laissée indifférente et le partage d’émotions était bien présent en lisant les quatre tomes.

Conclusion

La bande dessinée constitue un genre littéraire particulier qui traduit des sentiments via ses propres canaux. Tout comme le roman, elle dispose d’atouts pour inviter le lecteur à adopter une perspective différente face à certaines difficultés, voire pour comprendre une situation donnée et/ou se sentir moins seul(e).

Certes, son abord peut apparaître plus aisé que celui d’un roman. Cela n’en fait pas pour autant un genre littéraire de moindre valeur.

En outre, une bande dessinée peut également se présenter comme une lecture bienfaisante, à condition toutefois qu’elle remplisse les mêmes conditions qu’un roman bienfaisant pour le lecteur qui doit pouvoir y trouver les outils nécessaires pour surmonter les aléas de son existence…

Bonnes lectures à toutes et tous !

DEMAIN : revenir en arrière pour changer le futur

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Guillaume Musso Demain

 

« Demain »  Guillaume Musso

XO Editions (2013)

Remonter le temps et éviter les douleurs du présent : une option qui ouvrirait de multiples horizons. Le roman « Demain » de Guillaume Musso nous dévoile les côtés intéressants d’une telle éventualité tout en nous mettant en garde contre le revers de cette fortune.

Histoire d’amour et intrigue temporelle

Un veuf éploré et une jeune femme se fixent un rendez-vous dans un restaurant italien à Manhattan. Ils ont sympathisé à travers un échange d’emails, et ils ont hâte de se retrouver face à face. Toutefois, bien que tous deux se rendront au lieu-dit à l’heure prévue, cette rencontre n’aura jamais lieu…

Dans une interview, Guillaume Musso évoque le terrain très romanesque qu’offrent les nouvelles possibilités technologiques, notamment la communication par Internet. Il fait référence à un site où il est possible d’envoyer des messages dont la lecture est uniquement autorisée à partir d’une date précise (dans une semaine, un mois, un an…). Cet échange de messages avec possibilité de distorsion du temps et de l’espace l’a beaucoup inspiré pour ce roman.

Distorsion temporelle

Le temps : thème récurrent dans la fiction

« Ah si je pouvais remonter le temps et éviter tout le malheur qui nous est tombé dessus ! »

Nous entendons parfois cette supplique, nous la formulons souvent à voix basse, mais en vain. Est-ce pour cela que les romanciers ont tenté de pallier l’impossible en rédigeant des histoires où un retour dans le passé est envisageable pour corriger ses fautes, éviter un accident ou écarter une catastrophe ?

 

 

La machine à explorer le temps de H.G. Wells (1895) aurait ouvert la voie à la littérature de science-fiction dans laquelle le voyage temporel serait scientifiquement possible. Vers la fin du XIXe siècle, la science-fiction reprend en effet à son compte les thèmes de la littérature fantastique en y incluant les nouvelles évolutions scientifiques.

Toutefois, pour le protagoniste, l’exploration du passé s’avère souvent un échec. Il se rend compte qu’il lui est impossible d’échapper à son destin et/ou de modifier le funeste sort de l’humanité.

Le voyageur imprudent de Barjavel (1943)   pourra quant à lui modifier son avenir. Mais il se verra alors confronté à ce que l’on appelle le « paradoxe du grand-père » : si je tue mon grand-père, je n’existe plus, or si je n’existe plus, je ne peux remonter le temps pour tuer mon grand-père.

 

Les distorsions temporelles peuvent s’avérer infernales pour le protagoniste.  Dans la nouvelle Une nuit interminable de Pierre Boulle (parue dans le recueil Contes de l’absurde) (1953), le voyageur est condamné à revivre indéfiniment en boucle la même journée. Dans certains récits ou films, une telle boucle pourrait néanmoins servir le protagoniste dans la reconstruction de son identité et donc de son futur.

D’autres récits mettent en place des gardiens du temps chargés d’éviter les paradoxes temporels et d’interdire coûte que coûte toute intervention qui contaminerait l’équilibre du temps (cfr romans La patrouille du temps de P. Anderson (1955) et La fin de l’Eternité de I. Asimov  de I. Asimov (1965)

Ces exemples ont été cités par Laurent Labrune dans un article très intéressant paru dans la Revue française de psychanalyse 1997/05, T61, N5, Temporalité et science-fiction (ou le voyage dans le temps comme explorateur de la temporalité psychique) .

L’auteur y compare les diverses façons dont les romans de science-fiction traitent la distorsion temporelle comme autant de projections inconscientes de notre temporalité psychique.

Le thème du temps revient continuellement dans la littérature, mais aussi au cinéma et dans les séries télévisées, et les exemples sont nombreux. Vous connaissez certainement des récits du genre qui vous ont enchantés.

 

Temporalité dans la fiction, un thème bienfaisant ?

Les romans de science-fiction fascinent le lecteur qui a besoin de s’extirper de sa réalité pour trouver une issue de secours à ses soucis quotidiens. Le voyage dans le temps constitue une évasion inespérée.

En outre, si ce souhait de distorsion temporelle correspond plus ou moins à un désir de notre inconscient, alors le récit qui se joue du temps est libérateur et donc bienfaisant 🙂

Dans le roman de Guillaume Musso, le protagoniste pleure sa défunte épouse. L’expérience extraordinaire qu’il va vivre avec celle qu’il rencontre sur le réseau Internet lui ouvre une brèche inespérée, celle de surmonter l’épreuve du deuil en en supprimant la cause. Mais est-ce finalement pour un mieux ?

 

Remèdes littéraires

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« Remèdes littéraires »

« Se soigner par les livres »

(traduction de la version anglaise « The Novel Cure, An A-Z of Literary  Remedies »

par Philippe Babo et Pascal Dupont, publiée chez JC Lattès en 2015)

 

Cet ouvrage de référence est l’oeuvre de Ella Berthoud et Susan Elderkin qui ont créé un service de bibliothérapie à la School of Life de Londres en 2008. La School of Life favorise le développement des compétences émotionnelles en amour, dans le travail, dans les relations avec soi et avec autrui. Sur le site de cette école, on peut se diriger vers une section « The Book of Life » où plusieurs chapitres traitent de bibliothérapie, notamment

Chapitre 22 : The importance of books (L’importance des livres)

Chapitre 28 : What is Literature for ? (A quoi sert la littérature ?)

Chapitre 41 : The Book that Understands you (Le livre qui vous comprend)

 

A la veille de la Toussaint, le thème de la mort et du deuil traverse nos vies et réveille nos souvenirs.

Quels sont les romans qui aident à traverser l’épreuve de la mort d’un être cher ?

Dans leur ouvrage, les deux auteures évoquent les cinq étapes du deuil identifiées par Elisabeth Kübler-Ross à la fin des années 60.

Un roman figure au menu pour chacune de ces étapes.

1. Déni ou état de choc :

La proposition de lecture proposée par les « Remèdes Littéraires » dans cette étape de déni est « Quand tu es parti » de Maggie O’Farrell 

Une femme se sauve après avoir vu quelque chose de choquant, puis elle tombe dans le coma, et des réminiscences du passé affluent dans son cerveau.

 

2. Colère :

Selon les conseils issus de l’ouvrage « Remèdes littéraires », rien de mieux pour extérioriser ce sentiment de colère que de lire « Incendiaire » de Chris Cleave 

Pour survivre à la douleur d’avoir perdu mari et fils dans un attentat, une femme écrit une longue lettre à Ben Laden.

 

3. Marchandage :

Une façon de négocier avec soi-même et le destin pour faire taire la souffrance serait perçue dans  « Extrêmement fort et incroyablement près » de Jonathan Safran Foer

Expliquer l’inexplicable, c’est ce que va tenter de faire un jeune garçon en cherchant la serrure pour la clef que lui a remise son père juste avant de mourir dans les attentats du World Trade Center.

4. Dépression :

Le sentiment le plus redouté est exploré dans « Tout ce que j’aimais » de Siri Hustvedt

Deux couples d’artistes amis qui vivent à New York  sont frappés par le destin qui les contraint à faire face à une grande douleur.

5. Acceptation :

Il faut parfois solder ses comptes avec la mort d’un être cher comme le découvre le narrateur de « D’ici là » de John Berger

L’auteur revoit des personnes disparues depuis longtemps, et il passe du temps avec les vivants et avec les morts.

 

Bonne lecture et bonne journée de Toussaint demain !

Lorsque les mots prennent le pouvoir avec LA VOLEUSE DE LIVRES

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La Voleuse de Livres

Markus Zusak

(traduction française par Marie-France Girod, Editions Oh! 2007, Pocket 2008)

 

Devenu best-seller international, ce superbe roman atypique est paru pour la première fois en Australie en 2005. Il relate l’histoire d’une fillette allemande, Liesel Meminger, durant la seconde guerre mondiale. Le narrateur est pour le moins original puisqu’il s’agit de la Mort. En pleine effervescence à cette époque, la Mort croise plusieurs fois la route de Liesel, et elle est attirée – et même « touchée » – par son destin tragique.

Le jeune frère de Liesel meurt d’une vilaine toux dans le train qui les conduit vers leur nouveau foyer d’accueil. Lors de l’enterrement, la fillette vole son premier livre « Le Manuel du Fossoyeur » tombé par hasard sur le sol. Grâce à cet ouvrage, elle apprend à lire avec l’aide bienveillante de son père adoptif, un homme bon et généreux. Dans son village d’accueil près de Munich, elle croise toutes sortes de personnes à jamais marquées par les affres de la guerre, notamment un jeune Juif qui cherche refuge auprès de ses parents d’accueil.

Liesel découvre aussi le pouvoir des mots utilisés à des fins malheureuses – comme le fit Hitler avec sa propagande nazie – mais également à des fins heureuses, lorsque par exemple la lecture de récits parvient à apaiser l’angoisse des réfugiés dans un abri lors des bombardements.

« Bientôt elle fut entourée de mille morceaux de mots. Les mots. Pourquoi fallait-il qu’ils existent?  Sans eux, il n’y aurait rien de tout cela. Sans les mots, le führer ne serait rien. Il n’y aurait pas de prisonnier boitillant. Il n’y aurait pas besoin de consolation et de subterfuge pour les réconforter.« 

Roman bienfaisant ?

Souvenons-nous de la comédie dramatique italienne « La vie est belle » écrite et réalisée par Roberto Benigni en 1997. Ce conte philosophique traitait de la déportation des Juifs durant la seconde guerre mondiale avec une intention de dédramatiser la réalité grâce à la joie de vivre et à l’humour du comédien. Celui-ci prétendait que le germe de l’espoir pouvait se nicher jusque dans l’horreur.

« La Voleuse de Livres »  se présente aussi comme un conte. Toutefois, l’espoir ne trouve pas ses racines dans la joie de vivre et l’humour du protagoniste, mais dans les mots, à condition bien sûr que ceux-ci tombent entre de bonnes mains.

Plongés dans l’ambiance malsaine qui règne partout, en ce compris du côté allemand où se déroule le récit, les personnages sont soumis aux circonstances malveillantes de l’époque :  à la dictature hitlérienne, à la pauvreté et à la famine, à la culpabilité, aux interdictions d’aider les Juifs, au risque de délation, à la méfiance vis-à-vis de la littérature … Toutefois, la générosité et le courage des êtres humains restent  présents malgré la crainte face au régime totalitaire. Rien n’est perdu lorsque l’entraide et l‘altruisme persistent et usent des mots à bon escient…

La guerre entraîne aussi de nombreux décès, celui des fils, époux et pères morts au combat, celui des victimes de bombardements ennemis, celui des persécutés du régime… Mais le récit aborde le thème de la mort sous un angle original, puisque la mort est personnifiée et nous semble dès lors moins démoniaque.

« Je n’ai pas de faux, ni de faucille. 
Je ne porte une robe noire à capuche que lorsqu’il fait froid.
Et je n’ai pas cette tête de squelette que vous semblez prendre plaisir à m’attribuer. Vous voulez savoir à quoi je ressemble vraiment? Je vais vous aider. Allez chercher un miroir pendant que je poursuis.« 

La Mort devient presque une entité sympathique grâce aux mots du récit.

En retour, la Mort reconnaît le pouvoir des mots qui font la magie de cette histoire.

« J’aurais aimé parler à la voleuse de livres de la violence et de la beauté, mais qu’aurais-je pu dire qu’elle ne savait déjà à ce sujet ? J’aurais aimé lui expliquer que je ne cesse de surestimer et de sous-estimer l’espèce humaine, et qu’il est rare que je l’estime tout simplement. J’aurais voulu lui demander comment la même chose pouvait être à la fois si laide et si magnifique, et ses mots et ses histoires si accablants et si étincelants.« 

***

Ci-après la bande-annonce du film américano-allemand réalisé par Brian Percival en 2013 et qui s’inspire de ce roman bouleversant :

« Quiconque oublie le temps cesse de vieillir. … »

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L’oubli triomphe du temps, ennemi de la mémoire.

Car le temps, en définitive, ne guérit toutes les blessures qu’en s’alliant à l’oubli.

« Le goût des pépins de pomme »

Katharina Hagena

Version originale allemande « Der Geschmack von Apfelkernen » (2008-2009)

Traduction française par Bernard Kreiss

aux éditions Anne Carrière (2010), Audiolib (2010), Le Livre de Poche (2011)

***

Trois générations de femmes ressurgissent dans la mémoire de la narratrice après le décès de Bertha, sa grand-mère. Unique petite-fille en vie, Iris hérite de la maison familiale. Après l’enterrement, les trois filles – sa mère et ses deux tantes – lui laisseront la clef de la maison. A elle maintenant de décider si elle gardera la maison ou si elle la mettra en vente.

Durant ces quelques jours de réflexion, Iris parcourt les endroits de la maison et du jardin et redécouvre les saveurs de sa jeunesse. La jeune femme se remémore les récits et tragédies vécus par les générations précédentes, les histoires qu’on lui a racontées, mais aussi les événements et les drames qu’elle a elle-même vécus et interprétés. Elle pense à sa grand-mère qui, durant ses dernières années, avait totalement perdu le fil de sa mémoire…

Iris se raconte son histoire familiale et peut-être la réinvente-t-elle pour se rassurer et trouver une stabilité dans le flot des souvenirs :

« Les histoires que l’on me racontait étaient-elles plus vraies que celles que je fabriquais moi-même à partir de souvenirs épars, de suppositions et de choses apprises en écoutant aux portes ? Les histoires inventées devenaient parfois vraies au fur et à mesure, et nombre d’histoires inventaient la vérité. »

Le thème de la mémoire et de l’oubli est abordé sous divers angles, d’une façon que je trouve originale et lumineuse.

  • La narratrice tente de recréer son histoire familiale avec des bribes de souvenirs. En même temps, elle construit sa propre histoire dans le présent, car elle va devoir faire des choix pour l’avenir. Sa rencontre avec un ami de jeunesse pimente le présent.
  • Le passage incessant du présent au passé conjugué à toutes les époques rend l’histoire très vivante et captive le lecteur
  • Le récit de ces trois générations de femmes se déroule en Allemagne, et il est également imprégné de l’histoire peu glorieuse du pays durant les années de guerre
  • Bertha la grand-mère représente une sorte de « métaphore » des rapports entre l’oubli et la mémoire. Même si elle n’a pas choisi sa maladie, sa perte de mémoire la préserve des sentiments de tristesse, de regret, de remords.

Roman bienfaisant ?

J’ai classé ce roman dans la rubrique qui aborde le thème du deuil.  Souvent, en se rémémorant des souvenirs, nous faisons le deuil des bons moments passés et des personnes qui ne sont plus de ce monde. Il y a comme un constat de perte dans tous les cas. En même temps, nous reconstruisons une sorte de réalité qui nous arrange parmi le flot de nos souvenirs, et ceci afin de museler les remords.

La narratrice dit elle-même que

« A partir d’une certaine quantité de souvenirs, chacun devait finir par en être saturé. L’oubli n’était donc lui-même qu’une forme de souvenir. Si l’on n’oubliait rien, on ne pourrait pas non plus se souvenir de quoi que ce soit. Les souvenirs sont des îles qui flottent dans l’océan de l’oubli ».

et

« J’en déduisis que l’oubli n’est pas seulement une forme de souvenir, mais que le souvenir est aussi une forme de l’oubli ».

Il s’agit ici du récit de la vie de femmes confrontées à des joies, souffrances et malheurs. Ces femmes, dont Iris se fait l’écho, ont pourtant surmonté, chacune à leur manière, les difficultés de l’existence. Le roman de Katharina Hagena, , tout en transmettant le goût et la saveur du terroir rural, est à la fois empreint de nostalgie et de soleil. Sa lecture ne manque pas de mettre à l’honneur le plaisir et le goût de vivre.

 

Sous le sapin : des romans ADOS bienfaisants

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Interview exclusive du Père Noël !

Lors d’une interview exclusive, le Père Noël m’a avoué : « Je suis un grand lecteur. Grâce aux livres, je m’évade, je me cultive, j’ouvre mes pensées à autrui, je découvre d’autres perspectives, d’autres façons de voir et de sentir les choses, je me rassure aussi lorsque le livre mets des mots sur des sentiments que j’ai du mal à percer…« .

Après un temps de réflexion, il sourit et dit  « Invitons nos jeunes à découvrir ou à redécouvrir ce plaisir afin qu’ils puissent, eux aussi, profiter des bienfaits de la lecture !« 

De fait, sa hotte magique regorge de petits paquets rectangulaires…

Parmi les livres qu’il conseille tout particulièrement à la jeunesse de 13 ans et plus, j’en retiens quelques-uns, notamment trois ouvrages faisant partie d’une sélection d’oeuvres pour un prix littéraire décerné par un jury d’adolescents : le Prix Farniente.

Ma fille qui participe depuis deux ans à ce jury, a validé le choix du Père Noël.

 

« Quelqu’un qu’on aime » de Séverine Vidal

Matt, jeune père d’une fillette de 18 mois, et son grand-père touché par la maladie d’Alzheimer partent tous les trois en voyage sur les routes à bord d’un grand van. lls acceptent d’emmener avec eux un adolescent en fugue, ainsi qu’une jeune femme qui a décidé de tout plaquer. Le road movie est prétexte pour décortiquer les relations qui se nouent entre les personnages. Un livre drôle, émouvant et plein d’espoir !

Editions Sarbacane (2015) – 288 page

 

« Les petits orages » de Marie Chartres

Rencontre entre un jeune garçon, paralysé à la jambe suite à un accident dont il se sent responsable, et un Indien de la réserve de Pine Ridge. Leur amitié se joue sur l’acceptation de leur fragilité et différence respectives. Cette belle histoire évoque le thème de la culpabilité et la façon d’y remédier en continuant à vivre !

Editions L’Ecole des Loisirs  (2016) – 278 pages 

 

 

« Très vite ou jamais » de Rita Falk

Un accident de moto plonge un adolescent dans le coma. Son meilleur ami Jan lui écrit des lettres dans lesquels il lui décrit les événements de la vie qui s’écoulent durant son absence, dans l’espoir que celui-ci puisse retrouver le fil de son histoire une fois réveillé. Mais plus le temps passe, plus le désespoir gagne les proches de l’adolescent. Ce livre aborde les thèmes de l’amitié, de la loyauté, du deuil.

Editions Magnard (2016) – 224 pages 

 

Interview d’une auteure au roman bienfaisant « Il y a des siècles que je t’aime »

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« Il y a des siècles que je t’aime« 

Elisabeth Demouy

Editeur : Chapitre.com, 2015

L’épreuve du deuil entraîne souvent des questionnements sur la finitude de l’existence, sur  le rôle de notre vie, sur l’après-vie… Différentes réponses existent et nous sommes tous en quête de celle qui nous convient le mieux. Dans son premier roman, Elisabeth Demouy nous propose une option réconfortante pour surmonter la perte d’un être cher.

Je remercie l’auteure d’avoir bien voulu répondre à mes questions après cette belle et intéressante lecture.

LirepourguérirElisabeth Demouy, dans ce premier roman « Il y a des siècles que je t’aime », vous abordez le thème du deuil. Le bonheur d’un jeune couple est brisé par la mort tragique de la femme, Catherine, qui perd la vie dans un accident de voiture. Maxime, son compagnon, va devoir affronter cette épreuve brutale qui l’anéantit. Pouvez-vous nous décrire les différentes étapes de sa démarche qui procèdent du roman initiatique tel que vous le définissez ?

Elisabeth DemouyMa définition du roman initiatique, c’est une lecture qui inspire, qui fait réfléchir. Qui initie le lecteur en ouvrant des portes vers d’autres consciences. Le genre de lecture qui donne parfois envie de refermer le livre entre deux chapitres ou deux pages, pour mieux intégrer son contenu. J’ai choisi le thème fort de la perte d’un être cher comme tremplin d’accès à une dimension plus vaste. Car dans la mort se trouve aussi la renaissance, c’est une transmutation d’énergie. C’est le cheminement d’un homme qui perd sa femme d’un tragique accident dans la fleur de l’âge. Ce drame inacceptable l’entraînera dans une quête de vérité qui le mènera bien au-delà de la compréhension de la mort de son âme sœur. Composé en trois parties – le deuil, la reconstruction et la quête spirituelle – il s’adresse à tout le monde.

LirepourguérirVous évoquez dans votre roman le principe de réincarnation des âmes. Est-ce une croyance à laquelle vous adhérez depuis toujours ou vous est-elle apparue comme évidente après une expérience qui vous a marquée ?

La réincarnation est pour moi une évidence. Les innombrables récits d’expérience de mort imminente (également connus sous le nom de NDE), sont là pour en attester. Cela explique le cas des enfants qui se mettent à parler dans une langue étrangère ou des personnes qui sont attirés par un pays, un lieu ou une ville et qui s’aperçoivent sur place qu’ils connaissent l’endroit comme leur poche, alors qu’ils n’y ont jamais mis un pied.

Lirepourguérir :  Pourquoi, selon vous, la croyance en la survie des âmes peut-elle être source de bien-être dans la vie de tous les jours ?

Elisabeth DemouyN’est-ce pas plus agréable de se dire que l’âme est éternelle plutôt que de croire que l’on n’a que cette vie pour tout expérimenter ? Selon le Dalaï Lama, nous aurions eu d’innombrables vies… Ce qui laisse le temps à l’âme de mûrir et d’évoluer. Choisir de croire à la réincarnation permet d’être plus serein et moins dans le jugement – de soi-même comme des autres.

Lirepourguérir :  Pour les lecteurs qui n’adhèrent pas à la théorie de la réincarnation des âmes –  voire à leur survie après la mort – pensez-vous que votre roman puisse déclencher un processus de mieux-être après le décès d’un proche ? Par exemple, en soulignant le bienfait des rencontres humaines bienveillantes comme c’est le cas dans votre roman.

Elisabeth DemouyJe l’espère ! Bien évidemment que les rencontres sont importantes. Je crois qu’on ne rencontre personne par hasard. Dans cette histoire, la belle-sœur de Maxime, lui recommande une psychologue, qui s’avérera très importante dans son processus d’ouverture. Avant la mort de son âme sœur, Maxime était tout ce qu’il y a de plus cartésien : en suivant sa quête de vérité, j’invite le lecteur à réfléchir sur sa propre vision de l’existence.

Un roman triste mais lumineux !

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« Les derniers jours de Rabbit Hayes »

Anna McPartlin

Editions Cherche Midi, 2016  (traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec)

Une couverture plutôt joyeuse pour aborder un thème très sombre, celui du deuil, de la souffrance incurable et de la séparation imminente avec un être cher.

L’auteur, Anna McPartlin est une ancienne humoriste irlandaise devenue romancière.  « Les derniers jours de Rabbit Hayes » est le premier de ses romans à être traduit en français.

L’histoire raconte les neuf derniers jours de Mia, surnommée Rabbit, une quadragénaire en phase terminale d’un cancer généralisé. Elle sait qu’elle va mourir et ses proches parents et amis le pressentent également : sa mère, son père, sa fille Juliet, âgée de 12 ans et qu’elle a élevée seule,  sa soeur aînée et son frère qui est revenu d’Amérique, ainsi que sa meilleure amie Marjorie.  Chacun gère à sa façon cette terrible épreuve. Les chapitres sont divisés entre les pensées et réminiscences des uns et des autres; c’est ainsi que les souvenirs et expériences affluent pour refléter tous les liens affectifs qui ont tissé la toile du destin de Rabbit Hayes.

 

Roman bienfaisant ?

Cette lecture est extrêmement touchante parce que

  • d’une part, elle est très réaliste : la souffrance physique de Rabbit n’est pas dissimulée et les attitudes maladroitement humaines des proches ne sont en rien atténuées. L’auteur a voulu décrire avec une lucidité attendrissante les comportements de gens comme vous et moi qui se retrouvent un jour anéantis face à la mort prochaine de leur fille, mère, soeur, tante ou amie.
  • d’autre part, ce récit est empreint d’humour et d’amour, ce qui le rend terriblement attachant. Les caractères trempés, les travers et les gaffes des uns et des autres ponctuent les événements et surtout, l’amour entre ces gens illumine la tragédie et lui donne une nouvelle perspective réconfortante.

Alors, oui, il s’agit pour moi d’un roman bienfaisant pour les personnes touchées par le deuil, le cancer au stade ultime, la séparation avec un proche. Bien sûr, les souffrances liées à une expérience similaire pourront ressurgir à la lecture de ce drame, mais cette résurgence se produira à la façon d’une catharsis salutaire.

Il faut également souligner le caractère « complet » de ce récit dans le sens où les diverses perspectives face à l’appréhension du décès imminent ne concernent pas seulement les parents et amis de Rabbit, mais Rabbit elle-même, qui nous donne son point de vue sur sa situation à la limite de la mort.

***

Pour finir, je vous mets ci-après le lien vers une vidéo où l’auteur Anna McPartlin nous parle de son roman. Le dialogue est en anglais et les sous-titres en alllemand, mais je vous ai fait une grossière traduction française ci-dessous si vous avez des difficultés à comprendre :

 

Traduction française de l’interview de Anna McPartlin :

« « Les derniers jours de Rabbit Hayes » relate les neuf derniers jours de la vie d’une femme, Rabbit. Elle a 40 ans et nous faisons sa connaissance alors qu’elle se rend avec sa mère dans une maison de soins où elle finira ses jours.

A première vue, cela semble très déprimant, mais en réalité, l’idée ici est de célébrer la vie. Il s’agit d’un roman sur la joie et le bonheur, sur la famille, l’amour, l’amitié et toutes ces belles choses de la vie – c’est aussi la raison pour laquelle il est si difficile de lâcher prise, car la vie est merveilleuse.

Ce récit s’inspire de beaucoup d’événements de ma propre vie. Ma mère entra en maison de soins à  42 ans, l’âge que j’ai actuellement. A l’époque, j’avais 11 ans, un peu comme la fille de Rabbit dans le roman. Il y a donc plusieurs parallèles.

Mais il s’agit tout de même d’une autre histoire. Alors que Rabbit souffre de cancer, ma mère avait la sclérose en plaques, une maladie à plus longue échéance. Toutefois, le temps que l’on passe avec des gens malades alors qu’il devient un facteur problématique – parce qu’il se fait rare – ce temps devient terriblement important. Et je pense que cette urgence temporelle imprègne l’histoire de ce roman.

J’aime tous les protagonistes de ce roman. Toutefois, j’ai une préférence pour Molly, la mère de Rabbit, qui incarne tout ce que j’apprécie tellement chez les robustes mères irlandaises : elle n’accepte aucun refus, elle est à la fois comique, intelligente et chaleureuse. Elle adore sa famille et ferait n’importe quoi pour elle.

Si le lecteur doit retenir quelque chose de ce roman, je souhaite que ce soit ceci : la vie doit être vécue et il ne faut pas craindre la mort qui représente juste une grande inconnue. Et là où il y a de l’amour, le bonheur est présent. »

 

Mémoire défaillante, un thriller psychologique pour en parler

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« AVANT D’ALLER DORMIR »

J.S. Watson

Ce thriller psychologique raconte le désespoir, mais aussi l’instinct de survie d’une femme amnésique qui se réveille tous les matins en ayant oublié son passé, et notamment ses vingt dernières années. Elle ne se reconnaît pas dans la glace et ne parvient pas à identifier l’homme qui dort à ses côtés et qui prétend être son mari.

Un médecin la contacte tous les matins et lui indique l’endroit où elle a caché le journal intime dans lequel elle note ce qu’elle vit au fil des jours. Ce précieux outil l’accompagne au quotidien pour l’aider à retrouver les bribes de son passé et dissiper son désarroi toujours renouvelé. Peu à peu lui apparaissent pourtant des incohérences entre ce qu’elle écrit, ce qu’on lui raconte, et le peu dont elle se souvient…

Outre la tension latente qui sous-tend ce roman et tient le lecteur en haleine, l’importance de la mémoire et des souvenirs dans l’identité humaine est mise en avant tout au long du récit :

« Que sommes-nous d’autre que la somme de nos souvenirs?« 

La protagoniste veut retrouver les souvenirs qui la définissent en tant qu’être humain, même si ceux-ci sont douloureux…

« Tout ce que je veux, c’est me sentir normale. Vivre comme tout le monde, avec des expériences enrichissantes, chaque jour donnant forme au suivant. Je veux mûrir, apprendre des choses et accumuler du savoir.« 

Des réflexions s’échangent sur l’histoire personnelle telle que vécue et perçue par chacun d’entre nous, et par là même, sur le tissu de souvenirs qui prend forme au gré de nos besoins pour forger le socle de notre existence :

« Nous changeons toujours les faits, nous réécrivons toujours l’histoire pour nous rendre la vie facile, pour la faire coïncider avec la version des événements que nous préférons. Nous le faisons automatiquement. Nous inventons des souvenirs. Sans y penser. Si nous nous répétons suffisamment souvent que quelque chose a eu lieu, nous finissons par le croire, et ensuite nous pouvons nous en souvenir.« 

Roman bienfaisant ?

Ce thriller aborde les troubles cérébraux liés à la mémoire. Beaucoup d’entre nous connaissent une personne atteinte d’un de ces disfonctionnements de la mémoire. Il s’agit souvent de personnes âgées, mais pas toujours. La communication avec ces personnes peut s’avérer difficile, il faut faire preuve de beaucoup d’empathie et d’amour pour pouvoir suivre le cheminement de leurs pensées confuses.

Le roman prend ici la position du malade et rend compte de sa détresse face à son cerveau défaillant.

« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre

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« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre

... un titre qui convient bien à ce jour de Toussaint....

Lauréat de plusieurs prix littéraires en 2013, dont le prestigieux Prix Goncourt, le roman de Pierre Lemaitre relate avec talent les tragiques péripéties de deux rescapés de la première guerre mondiale. Bien qu’issus de milieux sociaux différents, ils vont unir leur destinée dans un effort commun de survie aux sombres et amers lendemains du carnage des tranchées.

Sont abordées dans ce roman diverses thématiques, parmi lesquelles :

la différence sociale qui imprégnait fortement les relations humaines à cette époque, et a fortiori les relations entre militaires

« Il confirme l’adage selon lequel le véritable danger pour le militaire, ce n’est pas l’ennemi, mais la hiérarchie. »

l’injustice ressentie par les rescapés de la guerre,

« Le pays tout entier était saisi d’une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants »

mais aussi le deuil vis-à-vis d’un fils que son père regrette – hélas trop tard – d’avoir « mal » aimé

« L’immensité de sa peine était décuplée par le fait qu’au fond, c’était la première fois qu’Edouard existait pour lui. Il comprenait soudain combien, obscurément, à contrecœur, il avait aimé ce fils ; il le comprenait le jour où il prenait conscience de cette réalité intolérable qu’il ne le reverrait jamais plus. »

Outre les protagonistes principaux, les personnages secondaires sont superbement décrits, leur psychologie finement ciselée par la plume de l’auteur.

J’ai écouté ce roman lu par l’auteur lui-même. Pierre Lemaitre nous confie avoir écrit ce livre comme une histoire racontée, ce qui explique certaines incursions de l’auteur dans la narration telles que « je vous l’avais bien dit… ». Un certain humour transparaît également dans ces incursions, apportant un peu de légèreté au côté sombre du récit.

Ecouter lire ce roman me semble une option très intéressante et je dois avouer avoir été rapidement captivée par cette narration orale, d’autant plus que Pierre Lemaitre s’avère un talentueux lecteur à voix haute.

Roman bienfaisant ?

Roman d’évasion permettant de relativiser nos soucis, les injustices et les deuils que nous sommes tous appelés à endurer.

Valeur littéraire ?

Le roman a mérité ses prix à plus d’un titre. Dans l’interview avec l’auteur en fin de récit, il mentionne ses nombreuses sources d’inspiration littéraire parmi lesquelles des maîtres classiques comme Marcel Proust, Balzac, Diderot, Homère etc.