Archives de Catégorie: Thème du DEUIL

L’abîme du deuil est d’autant plus profond lorsque l’on s’y sent seul et abandonné.

AU REVOIR PAPA !

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Je suis debout au bord de la plage

Un voilier passe dans la brise du matin et part vers l’océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.
Quelqu’un à mon côté dit :
« Il est parti ! »
Parti ? Vers où ?
Parti de mon regard. C’est tout…
Son mât est toujours aussi haut,
Sa coque a toujours la force de porter sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi,
Pas en lui.
Et juste au moment où quelqu’un près de moi dit : « il est parti ! »
Il en est d’autres qui, le voyant poindre à l’horizon et venir vers eux,
S’exclament avec joie :
« Le voilà ! »…
C’est cela la mort.
Il n’y a pas de morts,
il y a des vivants sur les deux rives.

(William Blake)

PERDRE SA MOITIE, et puis ? « L’Exception » de Audur Ava Olafsdottir

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« L’Exception » de Audur Ava Olafsdottir

Tout semble se dérouler à la perfection au sein du couple formé par Maria, Floki et leurs adorables jumeaux. Pourtant en ce soir de réveillon, Floki  annonce de façon inattendue à son épouse qu’il a décidé de la quitter pour un collègue et ami avec lequel il fait des recherches sur la théorie du chaos. Le chaos, c’est précisément ce que Maria va endurer après ce départ pour le moins surprenant et déstabilisant; non seulement elle découvre les penchants homosexuels de son mari, mais sa vie à elle est littéralement amputée de sa moitié.

Le choc de la séparation, le bouleversement du quotidien qui s’ensuit, et peu à peu la reconstruction de l’épouse sont disséqués à travers les détails parfois cocasses que nous livre la talentueuse plume de cette auteure islandaise, Audur Ava Olafsdottir.

Le lecteur apprend à connaître les familiers du couple, notamment la voisine naine qui semble-t-il, serait écrivain et une psychologue pour le couple, ou encore le père géniteur qui apparaît subrepticement dans la vie de Maria.

D’une facture à la fois minimaliste tout en n’omettant pas le détail qui s’inscrit au coeur même du vécu, ce roman original constitue une lecture agréable, sereine et revigorante pour tous ceux qui affrontent une brusque séparation ou un deuil.

Les gens refusent de regarder en face ce monde truffé d’éclats de verre et d’admettre qu’une souffrance profonde aiguise la perception et donne de la valeur à l’existence

Décrit sur le quatrième de couverture comme « le grand roman de la déconstruction et de la reconstruction narcissique à la portée du commun des mortels », ce récit a aussi le mérite de nous faire voyager au sein des paysages d’un pays nordique peu connu, l’Islande.

Face au MAL, l’action solidaire évoquée dans « LA PESTE » d’Albert Camus

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« LA PESTE » d’Albert Camus

Qui n’a jamais entendu parler de ce classique de la littérature française ? Paru en 1947 au lendemain de la seconde guerre mondiale, le récit chronologique de cette épidémie est souvent interprété comme une allégorie de la montée du nazisme en Europe. L’auteur lui-même ne renie pas cette interprétation.

L’histoire du roman se situe en 1940 dans la ville d’Oran en Algérie où se déclare une épidémie de peste qui finit par isoler la ville du reste du monde et à obliger les habitants à s’investir d’une manière ou d’une autre pour survivre au fléau.

Face à ce malheur survenu inopinément – à ce « mal abstrait » qui prend peu à peu les contours de la peste – vont se manifester les réactions humaines les plus diverses, depuis le sacrifice  et le don de soi pour le bien-être et la survie de son prochain… jusqu’à la recherche égoïste du profit aux dépens d’autrui. Diverses figures de la société sont décrites ici et l’on suit leur parcours, leur dérive, leur grandeur comme leur bassesse.

Selon une étude critique sur un site que je vous recommande ici, la peste représente une forme concrète du mal existentiel qui emprisonne chaque homme dans sa condition humaine et l’empêche de s’adapter à des situations nouvelles.

Pourquoi placer ce roman parmi les ouvrages qui traitent du thème du deuil ?

Parler de l’emprisonnement de la condition humaine ou de la destinée des hommes soulève naturellement la question de la finitude de l’existence.

Pour survivre, pour s’adapter, ou tout simplement pour faire le deuil de la routine et de l’existence sans fin et sans heurt qu’il n’obtiendra jamais, l’homme possède une arme : sa liberté d’action et sa liberté de participation à l’amélioration de la condition humaine.

Pour Camus, l’homme doit continuellement se battre contre la souffrance humaine, contre le mal existentiel qui frappe tout un chacun et ainsi révéler la nature exemplaire de sa condition.

Un roman qui fait du bien ?

La lecture du roman ne permet pas l’évasion dans un univers plein de rêve… Si vous cherchez de l’humour, de la distraction, de la légèreté, passez votre chemin. « La peste » n’est pas pour vous maintenant.

Par contre, si vous souhaitez vous engager dans une réflexion profonde sur la condition humaine, ses limites, ses entraves, mais aussi ses possibilités de survivre et d’affronter son destin, fût-il terrible, alors LA PESTE de Albert Camus constitue un roman à lire, voire à analyser pour en retirer le fruit de sa quintessence.

… « Mais qu’est-ce que ça veut dire la peste?
C’est la vie voilà tout.« …

Chers lecteurs ou lectrices de ce blog, si vous connaissez des romans classiques bienfaisants, n’hésitez pas à m’en faire part en m’envoyant vos témoignages grâce au formulaire ci-après …. Merci d’avance !

ON PEUT VIVRE PLUS D’UNE VIE « Le manoir de Tyneford » de Natasha Solomons

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« Le manoir de Tyneford » de Natasha Solomons

Ce roman paru aux éditions Calmann-Lévy en 2012 est maintenant également publié par Le livre de Poche et fait partie de la sélection du prix des lecteurs 2014.

L’histoire racontée par la narratrice débute à Vienne, juste avant la seconde guerre mondiale. Juive autrichienne de 19 ans, originaire d’un milieu aisé, Elise est envoyée pour des raisons de sécurité en Angleterre.  Elle doit quitter sa famille, son rang social pour entrer en tant que domestique au service d’une grande propriété du Dorset, à Tyneford.

Le changement est brutal, elle doit petit à petit faire le deuil de sa vie choyée et entourée par l’affection des siens à mesure que la guerre éclate et que les interdictions restreignent de plus en plus la liberté des Juifs d’Europe. Malgré tout, elle réapprend à vivre dans son nouveau milieu, à s’attacher à d’autres personnes, à reconstruire une nouvelle vie. Son parcours sera ponctué de séparations et de deuils, mais la vie (avec son lot de joies et de peines) reprend toujours sur de nouvelles bases.

Ce roman me semble tout à fait adapté aux personnes qui sont confrontées à des situations de deuil, non seulement le deuil face à la perte de personnes proches, mais également le deuil dans son sens le plus large, à savoir la perte de certaines habitudes de vie qui semblent pourtant éternelles.

« Mais la guerre gronde et le monde change. Elise aussi doit changer. C’est à Tyneford pourtant qu’elle apprendra qu’on peut vivre plus d’une vie et aimer plus d’une fois«  (cfr quatrième de couverture Livre de Poche)

Chose supplémentaire non négligeable, « Le manoir de Tyneford » est un roman qui est très agréable à lire et ne manque pas de suspense.

Selon les notes de l’auteur,  le lieu-dit Tyneford a été inspiré par l’endroit protégé et l’histoire d’un village fantôme de Tyneham sur la côte de Dorset où le manoir élisabéthain était considéré comme l’un des plus beaux d’Angleterre.

 

 

 

RETROUVER LE BIEN-ÊTRE PAR LA LECTURE : Nina Sankovitch « Tolstoy and the purple chair »

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Une fois n’est pas coutume ! Je vous présente ici un roman écrit en anglais « TOLSTOY and the PURPLE CHAIR – My Year of Magical Reading » de NINA SANKOVITCH.

Envahie par la tristesse après le décès de sa soeur aînée, Nina Sankovitch décide de se donner les moyens de s’en sortir. Elle va relever un défi qui lui tient particulièrement à coeur et qui devrait l’aider à faire son deuil : pendant un an, elle lira un livre par jour et en fera chaque fois la critique sur son blog.

Dans ce roman éloquent et plein de tendresse, elle évoque par le biais de ses lectures sa relation avec son entourage, son passé, sa famille et bien entendu sa soeur défunte. Les romans apparaissent comme le miroir de ses propres émotions et l’incitent à réfléchir sur le véritable sens et devenir de la vie. L’année de lecture qu’elle s’impose avec plaisir constitue pour elle une véritable année de thérapie, le genre de thérapie dont je suis friande et que je vous conseille également.

Si je devais mettre en avant un roman pour faire l’éloge de la bibliothérapie, c’est sans nul doute celui-ci que je choisirais !

Je reprends la citation d’un journaliste O, The Oprach Magazine mentionnée sur la couverture du roman « Anyone who has ever sought refuge in literature will identify with Tolystoy and the Purple Chair » (celui qui a un jour cherché refuge dans la littérature se retrouvera dans Tolstoy and the Purple Chair).

DEUIL, POESIE, AMOUR DES LIVRES « L’homme-joie » de Christian Bobin

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« L’homme-joie » de Christian Bobin paru aux éditions L’Iconoclaste.

Une fois n’est pas coutume. Cette œuvre n’est pas le récit d’une aventure ou d’une histoire, mais un condensé d’émotions et de poésie où l’auteur dresse  le portrait d’êtres chers qu’il a perdus (son père, son épouse pour laquelle il écrit une longue lettre sur du papier bleu),où  il évoque aussi des rencontres  (la gitane Maria) et des figures artistiques (Soulages pour la peinture, Gould pour la musique).

Entre chaque chapitre, Christian Bobin écrit à la main une pensée lumineuse qui le traverse. Au travers de celles-ci on sent chez lui un indéfectible amour de la lecture et de l’écriture.

Son livre commence par « Ecrire, c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l’ouvrir » et s’achève sur le verso de la couverture par « J’ai rêvé d’un livre qu’on ouvrirait comme on pousse la grille d’un jardin abandonné ».

L’auteur  compare le livre idéal à une eau rafraîchissante et apaisante.

« Mon idéal de vie c’est un livre et mon idéal de livre c’est une eau glacée comme celle qui sortait de la gueule du lion d’une fontaine sur une route du Jura, un été. …L’eau fila dans mon corps jusqu’au cœur où elle éteignit le feu de l’abandon qui le ravageait…. La gueule du lion je la cherche chaque fois que j’ouvre un livre…»p93

Il ne cache pas son addiction à la lecture…

« J’ai lu plus de livres qu’un alcoolique boit de bouteilles. Je ne peux m’éloigner d’eux plus d’un jour. Leurs lenteurs ont des manières de guérisseur. »p113

N’est-ce pas là une véritable apologie de la bibliothérapie ?

Sur le DEUIL « Rose » de Tatiana de Rosnay

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« Rose » de Tatiana de Rosnay paru aux éditions Héloïse d’Ormesson, en format poche chez « Le livre de poche », mais également sous format audio comme représenté ci-contre et lu par Nathalie Hons

Personnellement, j’ai « écouté » ce roman épistolaire qui m’a beaucoup émue (bien que je ne sois pas une Parisienne) et dont le récit se déroule durant le second empire (durant la seconde moitié du 19ème siècle) alors que le baron Hausmann entreprend de gigantesques travaux de réaménagement de la capitale française.
La narratrice, Rose, écrit à feu son mari des lettres dans lesquelles elle lui relate ses impressions et son vécu après la disparition de ce dernier et face aux travaux entrepris par le baron Hausmann . Non seulement, Rose doit faire le deuil du Paris de sa jeunesse, de la maison familiale de son mari condamnée à disparaître et qu’elle s’est engagée à défendre corps et âme, mais Rose doit également faire le deuil de personnes tant chéries  parmi lesquelles son époux et un petit garçon.

Rose raconte à son mari comment deux personnes de son entourage lui ont redonné goût à la vie, notamment par les fleurs et par les livres.

Ici encore la lecture reste un garant de bien-être. Voici quelques citations extraites de ce roman :

« J’étais animée d’une faim nouvelle, et certains jours, j’étais véritablement vorace. Le besoin de lire s’emparait de moi exerçait sa délicieuse et grisante emprise. Plus je lisais, plus j’avais faim. »

« En tant que lecteur, il faut faire confiance à l’auteur, au poète. Ils savent comment s’y prendre pour nous extirper de notre vie ordinaire et nous envoyer tanguer dans un autre monde dont nous n’avions même pas soupçonné l’existence. C’est ce que font les auteurs de talent. »

« Le livre m’attendait sur la petite table devant le fauteuil et je me ruais dessus. Expliquer ce que j’éprouvais en lisant me paraît difficile, mais je vais m’y efforcer. Vous, grand lecteur, devriez me comprendre. C’était comme si je me trouvais en un lieu où nul ne pouvait me troubler, m’atteindre. Je devenais insensible aux bruits autour de moi. »

Ecrit dans un langage qui fait référence à cette époque, « Rose » de Tatiana de Rosnay prend le lecteur par les sentiments et démontre comment une dame a fait face à diverses épreuves de la vie, à commencer par la disparition des êtres qui lui sont chers jusqu’à la disparition quasi totale de son paysage quotidien et finalement la perte de tous les repères de sa vie. Un deuil total !

DEUIL du compagnon : « La délicatesse » de David Foenkinos

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« La délicatesse » de David Foenkinos, paru en format poche aux éditions Folio raconte comment une jeune femme mariée perd brutalement son époux dans un accident et comment peu à peu elle reconstruit une vie de couple avec un homme totalement différent. Ce roman rappelle l’atmosphère du film « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain », peut-être un peu dû au fait qu’Audrey Tautou joue le rôle principal dans le film inspiré par ce roman, mais certainement aussi à cause des multiples digressions d’apparence anodines qui ponctuent le récit donnant de l’importance à certains détails du quotidien. Une façon différente d’aborder un sujet très lourd, le deuil du compagnon/époux lorsque l’on est en pleine force de l’âge. Roman agréable à lire, parfois drôle et d’une certaine manière, apaisant.

Thème du DEUIL : « Rien ne s’oppose à la nuit » de Delphine de Vigan

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« Rien ne s’oppose à la nuit » de Delphine de Vigan paru aux éditions JCLattès a figuré longtemps au box-office des meilleures ventes de livres fin 2011.

L’auteur y retrace le portrait de sa mère qui vient de mourir. Elle souhaite lui rendre un dernier hommage par sa plume en tentant de comprendre les raisons du profond malaise qui a perturbé sa vie. Originaire d’une famille nombreuse marquée par les tragédies et le poids de lourdes failles, Lucile a dérivé vers une pathologie mentale qui finira par avoir raison d’elle.

Delphine de Vigan ne cesse de remettre en cause la vérité de ses propos d’écrivain. Questionnant tour à tour tous les membres de sa famille, elle tente de faire toute la lumière sur le portrait de sa mère. En vain, car toute réalité est multiple et dépend du regard toujours différent que chacun porte sur celle-ci. Dans cet ultime élan vers sa mère que l’auteur décrit comme « hésitant et inabouti », on décèle une féroce envie de communiquer une dernière fois avec la défunte, teintée de culpabilité et d’angoisse.

Partagée entre son désir de rendre hommage à cette femme qu’elle aimait profondément et la peur de trahir sa mémoire par sa plume, en passant à côté de la vérité, Delphine de Vigan revient continuellement au cours de son récit sur son statut d’écrivain et l’angoisse qui en découle :

 » En attendant je pèse chaque mot, je ne cesse de revenir en arrière, je corrige, je précise, je nuance, je jette « 

ou encore

 » Je ne peux ignorer combien le livre que je suis en train d’écrire me perturbe. L’agitation de mon sommeil en est la preuve tangible « .

En écrivant la biographie de sa mère, l’auteur tente en vain de retrouver l’origine de la souffrance qui semble avoir perturbé la vie de celle-ci, de percer le secret de son âme.

 » Un matin, je me suis levée et j’ai pensé qu’il fallait que j’écrive, dussé-je m’attacher à ma chaise, et que je continue de chercher, même dans la certitude de ne jamais trouver de réponse. « 

Cette difficulté à retracer toute la vérité, difficulté et incertitude sans cesse soulignées par ces sortes de parenthèses d’écrivain rendent le récit d’autant plus sincère et attachant, d’autant plus nuancé et plus proche de la réalité toujours multiple.

 » Telles que j’écris ces phrases, telles que je les juxtapose, je donne à voir ma vérité. Elle n’appartient qu’à moi « 

confiera l’écrivain.

Préparez-vous donc à sortir vos mouchoirs, car l’écriture de Delphine de Vigan émeut le cœur de ses lecteurs. Un superbe roman à conseiller pour ceux ou celles qui subissent les affres du deuil d’un parent.

 

DEUIL « Memento Mori » de Muriel Spark

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« Memento Mori » (Rappelez-vous que vous devez mourir) de Muriel Spark, traduction disponible aux éditions du Serpent à Plumes.

Ecrit en 1959, ce roman met en scène « la mort » sous forme d’appels téléphoniques anonymes adressés à des personnes âgées dans la société londonienne de l’époque. La voix, le ton, les paroles prononcées varient en fonction de celui qui reçoit le coup de fil. Une façon de décrire l’après-vie en rapport avec la vie menée ici-bas. Une façon originale d’appréhender la mort autrement.