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DEMAIN : revenir en arrière pour changer le futur

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Guillaume Musso Demain

 

« Demain »  Guillaume Musso

XO Editions (2013)

Remonter le temps et éviter les douleurs du présent : une option qui ouvrirait de multiples horizons. Le roman « Demain » de Guillaume Musso nous dévoile les côtés intéressants d’une telle éventualité tout en nous mettant en garde contre le revers de cette fortune.

Histoire d’amour et intrigue temporelle

Un veuf éploré et une jeune femme se fixent un rendez-vous dans un restaurant italien à Manhattan. Ils ont sympathisé à travers un échange d’emails, et ils ont hâte de se retrouver face à face. Toutefois, bien que tous deux se rendront au lieu-dit à l’heure prévue, cette rencontre n’aura jamais lieu…

Dans une interview, Guillaume Musso évoque le terrain très romanesque qu’offrent les nouvelles possibilités technologiques, notamment la communication par Internet. Il fait référence à un site où il est possible d’envoyer des messages dont la lecture est uniquement autorisée à partir d’une date précise (dans une semaine, un mois, un an…). Cet échange de messages avec possibilité de distorsion du temps et de l’espace l’a beaucoup inspiré pour ce roman.

Distorsion temporelle

Le temps : thème récurrent dans la fiction

« Ah si je pouvais remonter le temps et éviter tout le malheur qui nous est tombé dessus ! »

Nous entendons parfois cette supplique, nous la formulons souvent à voix basse, mais en vain. Est-ce pour cela que les romanciers ont tenté de pallier l’impossible en rédigeant des histoires où un retour dans le passé est envisageable pour corriger ses fautes, éviter un accident ou écarter une catastrophe ?

 

 

La machine à explorer le temps de H.G. Wells (1895) aurait ouvert la voie à la littérature de science-fiction dans laquelle le voyage temporel serait scientifiquement possible. Vers la fin du XIXe siècle, la science-fiction reprend en effet à son compte les thèmes de la littérature fantastique en y incluant les nouvelles évolutions scientifiques.

Toutefois, pour le protagoniste, l’exploration du passé s’avère souvent un échec. Il se rend compte qu’il lui est impossible d’échapper à son destin et/ou de modifier le funeste sort de l’humanité.

Le voyageur imprudent de Barjavel (1943)   pourra quant à lui modifier son avenir. Mais il se verra alors confronté à ce que l’on appelle le « paradoxe du grand-père » : si je tue mon grand-père, je n’existe plus, or si je n’existe plus, je ne peux remonter le temps pour tuer mon grand-père.

 

Les distorsions temporelles peuvent s’avérer infernales pour le protagoniste.  Dans la nouvelle Une nuit interminable de Pierre Boulle (parue dans le recueil Contes de l’absurde) (1953), le voyageur est condamné à revivre indéfiniment en boucle la même journée. Dans certains récits ou films, une telle boucle pourrait néanmoins servir le protagoniste dans la reconstruction de son identité et donc de son futur.

D’autres récits mettent en place des gardiens du temps chargés d’éviter les paradoxes temporels et d’interdire coûte que coûte toute intervention qui contaminerait l’équilibre du temps (cfr romans La patrouille du temps de P. Anderson (1955) et La fin de l’Eternité de I. Asimov  de I. Asimov (1965)

Ces exemples ont été cités par Laurent Labrune dans un article très intéressant paru dans la Revue française de psychanalyse 1997/05, T61, N5, Temporalité et science-fiction (ou le voyage dans le temps comme explorateur de la temporalité psychique) .

L’auteur y compare les diverses façons dont les romans de science-fiction traitent la distorsion temporelle comme autant de projections inconscientes de notre temporalité psychique.

Le thème du temps revient continuellement dans la littérature, mais aussi au cinéma et dans les séries télévisées, et les exemples sont nombreux. Vous connaissez certainement des récits du genre qui vous ont enchantés.

 

Temporalité dans la fiction, un thème bienfaisant ?

Les romans de science-fiction fascinent le lecteur qui a besoin de s’extirper de sa réalité pour trouver une issue de secours à ses soucis quotidiens. Le voyage dans le temps constitue une évasion inespérée.

En outre, si ce souhait de distorsion temporelle correspond plus ou moins à un désir de notre inconscient, alors le récit qui se joue du temps est libérateur et donc bienfaisant 🙂

Dans le roman de Guillaume Musso, le protagoniste pleure sa défunte épouse. L’expérience extraordinaire qu’il va vivre avec celle qu’il rencontre sur le réseau Internet lui ouvre une brèche inespérée, celle de surmonter l’épreuve du deuil en en supprimant la cause. Mais est-ce finalement pour un mieux ?

 

Roman coach sur la manipulation perverse

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Roman coach sur la manipulation au sein du couple

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Le roman coach : édition spéciale

 

La collection Roman Coach des Editions ESI a publié en mai 2018 le roman de

Barbara Kaufman « Le Courage de partir »,

un récit de 250 pages suivi d’un dossier de conseils pour sortir de l’emprise néfaste d’un conjoint manipulateur.

 

Récit d’une femme manipulée

Le lecteur entre dans la vie d’apparence heureuse de Jeanne, femme mariée, mère de deux enfants, travaillant dans une maison d’édition et toujours amoureuse de son époux. Pourtant au fil du récit, le beau rêve s’avère une toute autre réalité. Jeanne étouffe dans sa vie et son mal-être se transmet aussi à ses enfants. Elle s’interroge sur le comportement nocif de son mari. Serait-il à l’origine de ses tourments et de l’ambiance chaotique de la famille ?

 

Coaching pour quitter un pervers narcissique

Le dossier coaching qui suit le récit révèle les techniques de manipulation d’un pervers narcissique, principalement au niveau du couple. Des schémas apportent un éclairage sur les facettes de la manipulation, sur les niveaux de pathologie (petit manipulateur, manipulateur sévère à pervers narcissique ordinaire, pervers pathologique), sur les techniques de manipulation les plus courantes (dévalorisation, déstabilisation, isolement, etc.), sur les émotions et souffrances récurrentes, etc. De nombreux conseils sont apportés pour échapper à l’emprise malfaisante d’un conjoint ou d’une conjointe et trouver la voie d’une guérison intérieure.

 

Que penser du roman coach ?

J’avoue que ce roman coach a été une belle surprise. D’emblée cet ouvrage annonce la couleur de son objectif : coacher le lecteur vers un chemin de guérison. Le but n’est pas ici de faire de la grande littérature, mais plutôt d’écrire une fiction pour éclairer en connaissance de cause les côtés obscurs des relations humaines et trouver une sortie de secours pour celle ou celui qui les subit.

La visée thérapeutique du récit est clairement annoncée.

Et user de ce merveilleux outil qu’est le conte ou la fiction permet de se documenter agréablement sur le sujet.

Toutefois, contrairement à certains romans qui suivent le même objectif, mais avec peu de subtilité ou moins de franchise, cet ouvrage n’affiche pas d’arrière-goût insipide. Le récit joue sur la corde du suspense sans trop donner dans le format du roman de développement personnel. La lecture reste agréable et éveille l’empathie.

Par ailleurs, les conseils donnés dans la partie du dossier semblent judicieux et soulèvent le voile sur des comportements néfastes, tout en donnant des pistes pour s’y soustraire, voire pour aider un proche à se détacher d’une telle emprise.

 

Récit bienfaisant ?

« Le Courage de partir » de Barbara Kaufman est une fiction orientée coaching, mais une fiction tout de même, qui non seulement permet à de potentielles victimes de ne plus se sentir seules, mais leur apporte aussi dans le détail un programme pour améliorer leur vie.

 

Et vous ?

Avez-vous déjà lu de tels romans qui affichent clairement leur objectif coaching ? Qu’en pensez-vous ? N’hésitez pas à me faire parvenir vos témoignages.

 

 

Remèdes littéraires

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« Remèdes littéraires »

« Se soigner par les livres »

(traduction de la version anglaise « The Novel Cure, An A-Z of Literary  Remedies »

par Philippe Babo et Pascal Dupont, publiée chez JC Lattès en 2015)

 

Cet ouvrage de référence est l’oeuvre de Ella Berthoud et Susan Elderkin qui ont créé un service de bibliothérapie à la School of Life de Londres en 2008. La School of Life favorise le développement des compétences émotionnelles en amour, dans le travail, dans les relations avec soi et avec autrui. Sur le site de cette école, on peut se diriger vers une section « The Book of Life » où plusieurs chapitres traitent de bibliothérapie, notamment

Chapitre 22 : The importance of books (L’importance des livres)

Chapitre 28 : What is Literature for ? (A quoi sert la littérature ?)

Chapitre 41 : The Book that Understands you (Le livre qui vous comprend)

 

A la veille de la Toussaint, le thème de la mort et du deuil traverse nos vies et réveille nos souvenirs.

Quels sont les romans qui aident à traverser l’épreuve de la mort d’un être cher ?

Dans leur ouvrage, les deux auteures évoquent les cinq étapes du deuil identifiées par Elisabeth Kübler-Ross à la fin des années 60.

Un roman figure au menu pour chacune de ces étapes.

1. Déni ou état de choc :

La proposition de lecture proposée par les « Remèdes Littéraires » dans cette étape de déni est « Quand tu es parti » de Maggie O’Farrell 

Une femme se sauve après avoir vu quelque chose de choquant, puis elle tombe dans le coma, et des réminiscences du passé affluent dans son cerveau.

 

2. Colère :

Selon les conseils issus de l’ouvrage « Remèdes littéraires », rien de mieux pour extérioriser ce sentiment de colère que de lire « Incendiaire » de Chris Cleave 

Pour survivre à la douleur d’avoir perdu mari et fils dans un attentat, une femme écrit une longue lettre à Ben Laden.

 

3. Marchandage :

Une façon de négocier avec soi-même et le destin pour faire taire la souffrance serait perçue dans  « Extrêmement fort et incroyablement près » de Jonathan Safran Foer

Expliquer l’inexplicable, c’est ce que va tenter de faire un jeune garçon en cherchant la serrure pour la clef que lui a remise son père juste avant de mourir dans les attentats du World Trade Center.

4. Dépression :

Le sentiment le plus redouté est exploré dans « Tout ce que j’aimais » de Siri Hustvedt

Deux couples d’artistes amis qui vivent à New York  sont frappés par le destin qui les contraint à faire face à une grande douleur.

5. Acceptation :

Il faut parfois solder ses comptes avec la mort d’un être cher comme le découvre le narrateur de « D’ici là » de John Berger

L’auteur revoit des personnes disparues depuis longtemps, et il passe du temps avec les vivants et avec les morts.

 

Bonne lecture et bonne journée de Toussaint demain !