Archives de Catégorie: * Bibliothérapie en général

Selection de poèmes pour maman

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Sélection de poèmes pour la fête des mères

célébrée aujourd’hui en Belgique

 

 

Je prenais la main de ma mère
Pour la serrer dans les deux miennes
Comme l’on prend une lumière
Pour s’éclairer quand les nuits viennent .

Ses ongles étaient tant usés,
Sa peau quelquefois sombre et rêche.
Pourtant, je la tenais serrée
Comme on le fait sur une prêche.

Ma mère était toujours surprise
De me voir prendre ainsi sa main.
Elle me regardait, pensive
Me demandant si j’avais faim.

Et, n’osant lui dire à quel point
Je l’aimais, je la laissais
Retirer doucement sa main
Pour me verser un bol de lait.

Maurice Carême (1899-1978), poète et écrivain belge

 

Après un si joyeux festin,
Zélés sectateurs de Grégoire,
Mes amis, si, le verre en main
Nous voulons chanter, rire et boire,
Pourquoi s’adresser à Bacchus ?
Dans une journée aussi belle
Mes amis, chantons en  » chorus « 
À la tendresse maternelle. (Bis.)

Un don pour nous si précieux,
Ce doux protecteur de l’enfance,
Ah ! c’est une faveur des cieux
Que Dieu donna dans sa clémence.
D’un bien pour l’homme si charmant
Nous avons ici le modèle ;
Qui ne serait reconnaissant
À la tendresse maternelle ? (Bis.)

Arrive-t-il quelque bonheur ?
Vite, à sa mère on le raconte ;
C’est dans son sein consolateur
Qu’on cache ses pleurs ou sa honte.
A-t-on quelques faibles succès,
On ne triomphe que pour elle
Et que pour répondre aux bienfaits
De la tendresse maternelle. (Bis.)

Ô toi, dont les soins prévoyants,
Dans les sentiers de cette vie
Dirigent mes pas nonchalants,
Ma mère, à toi je me confie.
Des écueils d’un monde trompeur
Écarte ma faible nacelle.
Je veux devoir tout mon bonheur
À la tendresse maternelle. (Bis.)-

Alfred de Musset (écrit à l’âge de 14 ans) (1810-1857)

Il a plu des mots ce matin
Ils sont tombés dans mon jardin.
Des mots très fous
Qui font la roue,
Des mots d’amour
Tout en velours,
Des mots très doux,
Des mots pour toi.
Et tout le jour, d
ans le secret,
Je t’en ferai des bouquets.

Il y a plus de fleurs
Pour ma mère, en mon coeur,
Que dans tous les vergers ;

Plus de merles rieurs
Pour ma mère, en mon coeur,
Que dans le monde entier ;

Et bien plus de baisers
Pour ma mère, en mon coeur,
Qu’on en pourrait donner.

Maurice Carême

 

 Ô Claire, Suzanne, Adolphine,
Ma Mère, qui m’étiez divine,

Comme les Maries, et qu’enfant,
J’adorais dès le matin blanc

Qui se levait là, près de l’eau,
Dans l’embrun gris monté des flots,

Du fleuve qui chantait matines
À voix de cloches dans la bruine ;

Ô ma Mère, avec vos yeux bleus,
Que je regardais comme cieux,

Penchés sur moi tout de tendresse,
Et vos mains elles, de caresses,

Lorsqu’en vos bras vous me portiez
Et si douce me souriiez,

Pour me donner comme allégresse
Du jour venu qui se levait,
[…] 

Max Elskamp , (1862-1931), poète symboliste belge

Que dire d’une mère,
Qui n’a pas été dit,
Prières et mille vers,
Encore on en écrit.

Mais c’est pour toi, maman,
Que ces mots, tendrement,
Défilent sous mes yeux,
Sans trêve, comme un jeu ;

Et souviens toi, maman,
Quand nous étions enfants,
Tu peignais nos cheveux,
Et essuyais nos yeux.

Si peine et désarroi
Viennent frapper chez toi,
Tu les laisses entrer
Sans jamais rechigner ;

Et jamais ton visage
Ne m’a montré de larmes
Et la vie qui défile,
Laisse ton cœur sans ride ;

Alors, dis-moi ma mère,
Quel donc est ton secret,
Rends-moi les idées claires…
Es-tu donc une fée ?

Cathy Barges , autrice française (1975-)

Maman
Il y a longtemps
Je n’étais pas grand
Et je t’aimais déjà maman.
Mais aujourd’hui,
J’ai bien grandi
Et je t’aime encore autant maman.
Et demain quand
Je serai géant
Je t’aimerai encore toujours maman.
Christian Merveille (1949-), chanteur, auteur, compositeur belge
J’ai de toi une image
Qui ne vit qu’en mon cœur.
Là, tes traits sont si purs
Que tu n’as aucun âge.

Là, tu peux me parler
Sans remuer les lèvres,
Tu peux me regarder
Sans ouvrir les paupières.

Et lorsque le malheur
M’attend sur le chemin,
Je le sais par ton cœur
Qui bat contre le mien. 

Maurice Carême 

 

Bonne fête à toutes les mamans du monde !

 

 

Plaidoyer pour les livres et l’écologie

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En hommage à l’auteur Luis Sepulveda, décédé le 16 avril 2020 des suites d’une infection au Covid 19, je « reblogue » cet article que j’avais publié sur ce blog en novembre 2016 au sujet de son oeuvre phare « Le vieux qui lisait les romans d’amour »

Lire pour guérir

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« Le vieux qui lisait des romans d’amour »

de Luis Sepúlveda

1992, traduit de l’espagnol par François Maspero

Editions Metailié (140 pages), Editions Seuil (120 pages)  ou  Audiolib

Mon souci avec ce beau roman bienfaisant – qui a par ailleurs remporté succès commercial et prix littéraires et a été adapté au cinéma en 2001 – est de le placer dans une catégorie spécifique de mon blog de bibliothérapie.

Le titre évoque le thème de la vieillesse, mais avec un côté surprenant et rassurant. Le héros, Antonio José Bolivar Proano, est un homme plutôt âgé. Etant donné qu’il connaît la forêt amazonienne comme sa poche, on lui demande de retrouver le coupable (homme ou animal) qui a assassiné un chasseur blanc. L’énergie et l’intelligence déployées par cet homme d’expérience sont admirables. Chapeau pour le troisième âge !

Le thème de l’injustice est également abordé dans ce roman, parce que les anti-héros…

Voir l’article original 212 mots de plus

Roman épistolaire, source de bien-être

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Illustration roman épistolaire

 

Le roman épistolaire, source bienfaisante ?

 

Genre littéraire mettant en lumière les pensées des personnages au travers de leur correspondance, le roman épistolaire donne l’illusion au lecteur d’être au plus proche de leur intimité. La narration s’articule et se révèle autour de lettres échangées entre les protagonistes, que ceux-ci soient deux ou même plusieurs. Au lieu de passer d’un chapitre à un autre, le lecteur poursuit son histoire d’une missive à la suivante, et va de découvertes en découvertes par le biais du prisme des différents points de vue et remises en question.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire au vu des contraintes (réalisme, multiplication des voix, discontinuité du récit, difficulté formelle) qui lui sont imposées, le roman épistolaire dispose d’une belle variété de possibilités pour tenir son lecteur en haleine et lui donner envie de poursuivre sa lecture.  Le talent d’un écrivain se mesure donc à la virtuosité avec laquelle il fera vivre l’intrigue par les diverses tonalités dans l’écriture de ce genre.

 

Authenticité apparente, récit morcelé et plaisir de reconstruction

Le roman épistolaire doit emmener le lecteur au coeur d’une intrigue vraisemblable où celui-ci peut se reconnaître ou du moins reconnaître une réalité qui existe. Les lettres doivent donc mentionner une date et un lieu pour apparaître crédibles.

Par ailleurs, le lecteur se retrouve en situation de voyeurisme vis-à-vis des pensées avouées par les protagonistes qui échangent une correspondance. En même temps, il est appelé à reconstruire une réalité vraisemblable sur base de ce récit morcelé par les diverses lettres qui composent le roman.

La lecture du roman épistolaire fait grandement appel à l’imagination du lecteur, ce qui, dans le meilleur des cas, en accroît son plaisir.

 

Le roman épistolaire et son histoire

Même si quelques oeuvres de l’Antiquité et du Moyen Âge font référence au sein de la littérature épistolaire, la date de naissance du roman épistolaire correspondrait, selon les spécialistes, à l’année 1669 avec les « Lettres portugaises« , un recueil reprenant les lettres d’une religieuse portugaise à un officier français et qui aurait été écrite par Gabriel de Guilleragues.    
Mais c’est au XVIIIe siècle que le roman épistolaire connaît son apogée, notamment avec les oeuvres suivantes qui sont devenues les modèles du genre :

  • « Lettres persanes » de Montesquieu (1721)
  • « La Nouvelle Héloïse » de Rousseau (1761)
  • « Les Liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos (1782)

 

Romans épistolaires contemporains

Qu’en est-il des romans épistolaires aujourd’hui ? A vrai dire, il en existe de nombreux, et beaucoup d’ouvrages valent le détour d’une lecture.

Voici trois exemples de romans épistolaires que je qualifierais de « bienfaisants » et qui par ailleurs placent le récit dans un cadre historique assez proche, celui de la seconde guerre mondiale.

– « L’appartement du dessous » de Florence Herrlemann

Florence Herrlemann L'appartement du dessous

Ce roman épistolaire, publié par les éditions Albin Michel en 2019, fait partie des cinq romans sélectionnés pour le Prix Horizon 2020 qui a lieu tous les deux ans à Marche-en-Famenne en Belgique.

Ce prix littéraire, présidé par l’écrivain Armel Job, récompense l’auteur d’un deuxième roman grâce au vote de lecteurs, organisés en comités de lecture, qui sont appelés à choisir leur favori parmi les « deuxièmes romans » en lice. Lors de la journée de vote, les lecteurs peuvent rencontrer les auteurs et débattre avec eux.

La cinquième édition du Prix Horizon aurait dû avoir lieu le 16 mai 2020, mais sera reportée à une date ultérieure au vu des circonstances liées à la pandémie de coronavirus.

 

 

 

Que nous raconte ce roman épistolaire ? Lorsqu’une jeune femme vient s’installer dans l’appartement d’un immeuble parisien, la vieille Hectorine qui habite dans l’appartement du dessus s’empresse de lui déposer une lettre de bienvenue. C’est le début d’une longue correspondance jetant un lien insolite et de plus en plus intrigant entre ces deux femmes qu’un seul étage sépare, mais qui ne se croiseront pourtant jamais. Hectorine, en retraçant une partie de son histoire qui a traversé la seconde guerre, révélera peu à peu un douloureux secret à sa voisine et correspondante.

Roman bienfaisant ? Véritable coup de foudre pour ce roman qui met en avant les bienfaits de l’amitié, de la communication sincère et de la parole qui délivre.

– « Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » de Mary Ann Shaffer & Annie Barrows

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

Publiée aux USA en 2008 et en France en 2009, cette fiction historique épistolaire connut un succès mondial peu de temps après le décès de Mary Ann Shaffer (1934-2008) qui en fut la co-auteure avec sa nièce Annie Barrows (1962-).

L’adaptation cinématographique du roman est apparue sur les écrans en 2018.

Le récit se déroule principalement à Guernesey où vivent la plupart des personnes qui vont développer une relation épistolaire avec une jeune femme anglaise à la fin de la seconde guerre mondiale. Au fil des courriers qui s’échangent, Juliet, la jeune femme, se passionnera pour l’histoire de ce club de lecture créé pendant la guerre pour justifier une violation du couvre-feu allemand. Les membres de ce club lui confieront leur expérience de l’occupation allemande à Guernesey et le lien personnel qu’ils ont chacun développé avec la littérature.

 

Roman bienfaisant ?  Ce roman a été apprécié pour l’humanité véhiculée au coeur des événements tragiques de l’époque, pour les notes d’humour, ainsi que pour la tension qui sous-tend l’intrigue tout au long de l’échange épistolaire. Sans oublier le principal : ce roman fait également l’éloge de la littérature et de ses bienfaits.

– « Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles » de Suzanne Hayes et Loretta Nyhan
Petites recettes de bonheur pour les temps difficiles

 

Elles se sont rencontrées sur le blog de Loretta et ont fait le pari de co-écrire ce roman épistolaire sans jamais se rencontrer, tout comme les protagonistes de leur récit qui, sans se connaître, vont nouer une amitié grâce à un échange de correspondance initié alors que leurs époux et proches respectifs sont partis combattre en Europe durant la seconde guerre mondiale.

Malgré les temps difficiles, l’optimisme est de rigueur dans la complicité qui unit ces deux femmes face à l’adversité grâce à cette relation épistolaire. Elles y échangent des recettes, des potins, des conseils de jardinage, ainsi que des secrets intimes.

 

 

 

 

Roman bienfaisant ? Lorsque le bonheur, doublé d’une dose d’optimisme, veut trouver la lumière au milieu de la tristesse et de la morosité ambiantes, il y parvient… même s’il doit user de l’écriture bienveillante et de la voie postale pour arriver à ses fins….

Ce roman vous le prouvera, surtout avec un titre qui fait naturellement écho aux temps difficiles que nous vivons actuellement….

 

Meilleurs voeux de bonheur, santé et lectures !

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Meilleurs voeux de bonheur, santé et lectures

Cette année 2020 s’annonce belle et riche en lectures bienfaisantes.

Rendez-vous sur ce blog afin de partager de nouvelles expériences littéraires

qui donnent du baume au coeur,

éloignent les soucis du quotidien,

 favorisent la compréhension de soi et des autres

et finalement, contribuent au bien-être que tous nous recherchons…

 

A TRES BIENTÔT, CHERS LECTEURS !!!!!

Le livre comme objet d’art et de connaissance

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Nathalie Cailteux

Ouvre un livre, c’est lui qui t’ouvrira 

Proverbe chinois

Chers amis lecteurs,

Voici arrivé le temps des bons voeux, mais également celui des retrouvailles, des réconciliations, des bonnes résolutions…  Parmi ces dernières, n’oubliez pas la lecture de cette oeuvre littéraire qui déjà attend avec impatience que vous lui portiez toute votre attention.

Bien souvent, le livre se révèle comme un guide, un ami, le compagnon de nos âmes esseulées. Il serait donc dommage de s’en priver.

« Qui veut se connaître, qu’il ouvre un livre »

est une citation de l’écrivain, critique et éditeur français Jean Paulhan nous incitant à réfléchir sur le pouvoir bienfaisant de la lecture dans nos vies.

Comprendre ses émotions, ses sentiments, savoir les repérer et les définir, et surtout, ne plus se considérer comme la seule personne au monde à les éprouver, c’est vers cela que la lecture d’un roman peut nous conduire.

En lisant, nous laissons tomber toutes les barrières de sécurité que nous érigeons habituellement devant les autres (Qu’est-ce qu’il me veut celui-là, ne devrait-il pas regarder ce qui se passe chez lui ?). Au contraire, les mots et phrases d’un récit se propagent sans obstacle entre les interstices de notre coeur et de notre raison et illuminent souvent nos angles obscurs et incompréhensibles.

« Pour voyager loin, il n’y a pas meilleur navire qu’un livre »

nous dit la poétesse américaine Emily Dickinson

Si se connaître est une tâche difficile, comprendre les émotions d’autrui se révèle encore plus ardu. La lecture de bons romans peut nous aider à ouvrir notre coeur à autrui et à faciliter la compréhension de ses actes et pensées. Notre empathie prend force et vigueur, rabaissant ainsi au plus bas notre seuil inné d’intolérance et de peur face à l’inconnu.

« L’art, c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme »

citation de l’écrivain français André Malraux.

Par oeuvre d’art, on entend une oeuvre faite de la main de l’homme et destinée à toucher les sens, les émotions et l’intellect du public. En ce sens, le livre comme objet d’art renvoie à son objectif premier, encourager la véritable relation avec autrui, et ceci au-delà des mots qui le constituent.

 

Ces derniers jours, j’ai rencontré deux artistes belges de talent qui font du livre un véritable objet d’art.

Guy Deltour

Guy Deltour, sculpteurGuy Deltour, sculpteur

Guy Deltour, sculpteur   Ce passionné de sculpture s’est lancé dans la création de livres en terre cuite et en pierre bleue.

Sur le site de Guy Deltour, vous découvrirez comment l’artiste a insufflé une autre vie au livre.

« Il a créé la Biblioterre, une collection de mille et une pièces que vous pourrez assembler et combiner comme bon vous semble dans sa salle d’exposition à Ciergnon en Belgique. »

www.labiblioterre.be

 

 

 

Paul Peters

Paul PetersPaul Peeters  Passionné par le bois depuis son enfance,  Paul Peters travaille ce matériau pour en extraire toutes sortes d’objets, en ce compris des livres.

« Le livre fermé contient le « Savoir ». Le livre ouvert dispense le « Savoir », comme la Souffleuse de pissenlit des Editions Larousse :« je sème à tout vent ». Les pages bougent, volent, libèrent leur contenu à qui veut, à tout vent !  » 

www.paul-peeters.be

 

 

« Une maison sans livres est comme un corps sans âme »

dixit Ciceron

Que vos livres soient en papier, en bois, en pierre ou en terre cuite, parsemez-en vos maisons, les graines qui en surgiront seront toujours de bon conseil….

 

Titrés pour Noël, avec des anges, des lettres et de la neige

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Lecture de Noël

Des nouvelles/contes/histoires pour illuminer Noël

Le temps de Noël n’est pas toujours de tout repos.  Lorsque vient enfin un moment propice pour se ménager quelques instants au coin du feu et que le confortable fauteuil nous fait de grands signes d’approche, une courte pause lecture reste plus que bienvenue.

Mais que lire le temps d’une courte pause ? Pourquoi pas une nouvelle, un conte, un court roman au titre évocateur de saison ?

Allons vite voir ce que le Père Noël nous réserve….

I. Les nouvelles

La nouvelle se définit en général comme un récit assez court (mais que veut dire court ?), centré autour d’un seul événement et contenant peu de personnages.

Des nouvelles à lire pour améliorer sa capacité d’empathie à Noël

Certains recueils de nouvelles parviennent à susciter l’empathie du lecteur pour des personnages qui vivent un quotidien morose, parfois morbide et violent. C’est le cas du très beau recueil de nouvelles de Patrice Juiff « La taille d’un ange » publié chez Albin Michel en 2008 et lauréat de plusieurs prix.

Des enfants, adolescents, adultes dans la déroute, partagés entre bons et mauvais sentiments se battent dans la grisaille de leur vie pour y faire entrer un peu de lumière. L’auteur réussit un coup de force magistral avec ce recueil qui a le mérite d’éveiller chez les lecteurs un sentiment d’attachement et d’empathie pour tous ces êtres dans la détresse.

Des nouvelles pour voyager autrement, loin des a priori

Laissez-moi vous présenter ce recueil de 7 nouvelles de Pema Tseden « Neige » paru en 2013 aux éditions Philippe Picquier. L’auteur tibétain nous y présente le Tibet d’aujourd’hui, loin des folklores et préjugés, un Tibet où le peuple est à la fois ancré dans ses traditions séculaires et en pleine mutation, avec comme arrière-plan l’emprise chinoise. Ces nouvelles traduites en partie du tibétain et en partie du chinois regorgent de poésie et de sagesse.

 

II. Les contes

D’emblée, le mot « conte » fait rejaillir des souvenirs d’enfance, lorsque le regard plongé dans les illustrations des contes de Perrault, Grimm ou Andersen, nous écoutions nos proches nous raconter les récits imaginaires peuplés de fées, démons et sorcières.

Le conte utilise en effet très souvent le merveilleux et le fantastique pour véhiculer un message moral ou philosophique.

Si d’aventure l’univers de J.R.R. Tolkien vous enchante, n’hésitez pas à vous procurer « Lettres du père Noël » , un ouvrage publié en 2004 chez Christian Bourgeois, puis chez Pocket en 2013.

Entre 1920 et 1943, Tolkien a envoyé une trentaine de lettres à ses quatre enfants prétendant que celles-ci venaient du Pôle Nord et étaient écrites de la main du Père Noël ou de l’Ours Polaire. La moitié d’entre elles ont été traduites en français et relatent les aventures du vieil homme en robe rouge, ainsi que ses démêlés avec les gobelins. Cet ouvrage contient également de belles illustrations et plaira très certainement aux petits et grands amateurs du genre.

III. Autres histoires dans l’esprit de Noël…

Inspirées de faits réels

Si d’aventure, le réel vous attire plus que le surnaturel ou le fantastique, mais que la magie de Noël ne vous est toutefois pas indifférente, alors je vous conseille de lire le recueil des « Belles histoires du temps de Noël » de Marc Pasteger publié en 2006 aux éditions L’Archipel avec une préface de Patrick Poivre d’Arvor. Ces trente récits sont inspirés de faits réels et choisis par l’auteur pour nous transporter dans le merveilleux de la fête de Noël.

Selon la mention de l’éditeur, une partie des recettes de ce livre sera versée à l’association Les amis de la Maison de Solenn-Maison des Adolescents.

Inspirées de la foi chrétienne

Dans le roman « Noëls pour un enfant perdu » de Roger Bichelberger   publié en 2006 chez Albin Michel, un petit garçon disparaît alors que les services sociaux menaçaient de le retirer à son père adoptif. Les habitants du village se mobilisent, et bien qu’ayant négligé les rites religieux depuis longtemps, ils décident de renouer avec les pratiques chrétiennes oubliées pour conjurer le sort et leur angoisse.

Pleines de bons sentiments

Les « Petites douceurs pour l’Âme » de Jack Canfield et Mark Victor Hansen, , publié en 2003 aux éditions Michel Lafon est un recueil de 80 histoires « qui réchauffent le coeur et remontent le moral ».

Il s’agit de petits récits remplis de bons sentiments que l’on peut savourer à l’envi au gré de ses humeurs. Les auteurs nous recommandent de prendre le temps de bien digérer ces histoires une à une, de partager celles qui nous interpellent, voire de mettre en action certaines idées.

Ci-après voici l’une de ces petites histoires bienfaisantes :

« Le texte qui suit est gravé sur la tombe d’un évêque anglican du XIIe siècle dans les cryptes de l’abbaye de Westminster :
Quand j’étais jeune et libre et doté d’une imagination sans frein, je rêvais de changer le monde. Devenu plus sage avec les années, je compris que le monde ne changerait pas, alors je réduisis quelque peu mes visées et décidai de ne changer que mon pays. Mais lui aussi semblait immuable.
En approchant de la vieillesse, suprême et désespérée tentative, je décidai de ne changer que ma famille, ceux dont j’étais le plus proche, hélas! ils ne voulaient rien entendre.
Et maintenant, étendu sur mon lit de mort, je comprends soudain : si seulement je m’étais changé moi-même, alors à mon exemple ma famille aurait aussi changé.
De leur inspiration et de leur encouragement, j’aurais tiré la force d’améliorer mon pays et qui sait, j’aurais peut-être changé le monde.

                                                                                                                                                                                                                     Anonyme »

D’ores et déjà,

je vous souhaite à toutes et à tous

de très joyeuses fêtes de fin d’année….

et à très très bientôt ….

 

 

A l’assaut du bonheur de LIRE !

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Les gens heureux lisent et boivent du café

« Les gens heureux lisent et boivent du café »

Agnès Martin-Lugand

Editions Michel Lafon (2013), Pocket (2014)

Tragédie d’une libraire

Beaucoup d’entre vous ont déjà lu ou re-connaissent ce roman qui a eu un grand succès relayé par les nouveaux médias. L’histoire raconte les aléas d’une jeune femme libraire qui doit se reconstruire après avoir tragiquement perdu son mari et sa petite fille dans un accident de la route.

Ce récit « feel good »  est divertissant et très agréable à lire. Il s’agit d’un roman à la portée d’un large public qui partagera les émotions de l’héroïne Diane et pourra peut-être s’y reconnaître. Les personnages secondaires sont assez bien typés, et le tout baigne dans une ambiance sympathique, parfois teintée d’humour.

Les gens heureux lisent-ils vraiment ?

Le titre du livre interpelle la lectrice que je suis, mais n’est pas vraiment développé en tant que thématique dans le récit. Bien sûr, la protagoniste principale adore les livres, elle est libraire, et lorsque le destin lui joue un très méchant tour, elle se détourne de son métier et s’isole en s’enfonçant dans la dépression.  Elle reviendra dans sa librairie plus tard, lorsque le ciel changera de couleur pour elle et lorsque les ombres se seront quelque peu dissipées.

Le retour aux livres et à la lecture est-il pour autant synonyme de bonheur retrouvé ?

Parmi les choses qui rendent les gens heureux, on mentionne souvent la faculté de pouvoir se déconnecter du monde extérieur pour revenir à une meilleure écoute de soi et des autres.

La méditation, le retour à la nature, la contemplation d’une oeuvre d’art, l’ouverture aux sensations et aux émotions de tout son être constituent de bons moyens pour y parvenir. La lecture en fait également partie, car elle ouvre l’esprit à un échange avec autrui et à une réflexion sur soi-même.

Au bonheur de lire ou lire pour le bonheur

Pourquoi lit-on des romans ou des fictions ?

1. pour se divertir et s’évader : c’est sans doute la première réponse qui revient le plus souvent lorsque se pose la question « Pourquoi lisez-vous ? » . Bien sûr, pour se divertir ! C’est comme lorsque nous avons envie d’aller au cinéma, de sortir en boîte, de faire la fête. L’objectif est de s’éloigner du quotidien, de retrouver des amis, de se déconnecter du train train, de faire autre chose.
Parmi de nombreux exemples, citons : « La Vérité sur l’Affaire Harry Québert » de Joël Dicker
ou encore « Le Livre des Baltimore » du même auteur, qui constituent des moments d’évasion garantis !

2. pour voyager sans aucun risque : nous sommes tous enclins à apprendre et à découvrir d’autres horizons, qu’ils soient géographiques, temporels ou émotionnels. La peur nous freine bien souvent dans ces élans. Peur de l’autre, peur de l’inconnu. Grâce à la lecture, nous pouvons rester bien tranquillement dans notre fauteuil tout en parcourant divers coins du monde. Nous avons aussi la possibilité de nous connecter à d’autres époques et de plonger dans l’atmosphère de celles-ci. Enfin et surtout, nous pouvons entrer dans l’esprit d’une autre personne et accompagner ses pensées et ses réflexions, voire y reconnaître nos propres émotions.

Parmi de nombreux exemples, citons :
« Une Odyssée américaine » de Jim Harrison
Ce roman raconte le périple d’un sexagénaire, qui après avoir été plaqué par sa femme, décide de tout quitter et de prendre la route pour explorer l’un après l’autre les différents états américains.

« Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire » de Jonas Jonasson.
Ce roman, à l’instar du récit américain « Forrest Gump », relate les extraordinaires péripéties et rencontres d’un centenaire, aujourd’hui pensionnaire de maison de retraite, qui a traversé tout le 20e siècle d’est en ouest.

“ Ouvrir un livre c’est comme hisser la voile, le début du départ. ”
Éric Orsenna

 

3. pour sortir de la solitude : la rencontre avec les personnages d’un récit est toujours enrichissante et stimulante. N’avez-vous jamais ressenti cette irrésistible envie de retrouver en fin de journée la lecture d’un récit, interrompue la veille parce qu’il fallait bien dormir ? Vous y pensez souvent durant votre journée et vous vous réjouissez d’avance de connaître la suite du récit… C’est un peu comme retrouver un vieil ami avec lequel partager ses pensées et ses sentiments.

Parmi de nombreux exemples, citons :  « Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows qui se décline sous forme de roman épistolaire grâce auquel nous apprenons à connaître la vie de tous les membres d’un club littéraire.

“ Lire, c’est vivre sans frontière et sans horloge.
La lecture est un partage universel : celui qui lit, n’est jamais seul.
Michèle Gazier

 

4. pour se laisser surprendre et submerger par des émotions (cela fait du bien) : il est prouvé que l’effet cathartique est bénéfique sur la santé mentale. Dès lors pleurer, rire, avoir peur par le biais d’une histoire provoquent une brèche libératrice pour un flux d’émotions qui resteraient autrement bloquées en nous et pourraient peut-être donner lieu à certaines pathologies.

A titre d’exemples, je vous renvoie à ma chronique sur les thrillers qui peuvent être sources de bien-être.

 

5. pour apprendre : nombreux sont les récits qui, outre le fait de nous faire frissonner, nous transmettent des connaissances sur les aléas d’un métier, les déboires d’une époque, la façon d’entretenir certaines plantes ou d’apprivoiser certains animaux, les souffrances liées à une maladie etc. La connaissance reste une ouverture sur le monde qui nous entoure et génère l’empathie pour celles et ceux qui en détiennent certaines clefs et peuvent s’en accommoder ou s’en servir le cas échéant.
Je pense par exemple à ce roman « L’Empreinte de toute chose » d’Elizabeth Gilbert qui aborde sous forme d’un beau récit le thème de l’évolution des espèces et de la botanique à une époque où la place de la femme érudite restait à définir.

6. pour apprivoiser les mots, la grammaire et le style d’une langue :  il est parfois agréable de se laisser porter par une phrase dont les mots vous guident avec justesse sur la corde sensible d’une émotion. Waouh ! Cette expression nous semble alors si belle et si bien agencée. En tant que lecteurs, nous en restons admiratifs et peut-être l’utiliserons-nous plus tard à bon escient.
Les romans d’Amélie Nothomb revisitent d’une manière jouissive notre vocabulaire et questionnent les mots de notre langage. Les romans rédigés par des membres de l’OULIPO (Ouvroir de Littérature Potentielle) sont pour leur part toujours en quête de nouvelles règles formelles destinées à encourager la création. Mais outre ces exemples, chaque plume peut donner lieu à des phrases marquantes, bien tournées et qui font briller certaines idées. A nous d’en profiter !

7. pour vivre deux, trois, quatre fois plus.… : J’ai le bonheur de vivre trois vies : le quotidien,  la lecture d’un récit en soirée et l’écoute d’un roman sur cassette audio dans les embouteillages…

“ Lire, pour vivre plusieurs fois.”
Alexandre Jardin

8. pour guérir bien sûr 🙂 car en lisant, on ne se sent plus seul, on ouvre son esprit sans contrainte à autrui et à une réflexion sur soi-même, on est dans le partage et l’émotion bienfaisante.

Se rafraîchir en lisant

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« L’Echappée belle » de Anna Gavalda

Editions Le Dilettante, 2009

Un livre comme une bouffée d’oxygène, ça existe !

Il fait actuellement chaud, très chaud dans beaucoup de pays, même dans ceux qui n’y sont pas spécialement habitués, comme la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas, le nord de la France…

Au risque de fondre sur place, mieux vaut se réfugier dans un coin à l’ombre, avec un ventilateur et une bouteille d’eau… sans bouger … en lisant pour s’évader au loin…. Mais que lire ? … si possible une lecture rafraîchissante bien sûr !

Je me souviens de la lecture d’un roman-nouvelle d’Anna Gavalda que je considérais à l’époque comme une véritable bouffée d’oxygène, « L’Echappée belle » . Ce roman fut ré-édité chez Le Dilettante en 2009 alors qu’il était issu d’une première écriture en 2001 récompensant les adhérents de France Loisirs.

De quoi parle-t-on dans ce roman ?

« L’Echappée belle » comme son titre l’indique raconte l’escapade d’une fratrie de quatre trentenaires qui s’offrent le luxe de quitter durant quelques heures leur vie d’adulte cabossée pour retrouver l’insouciance de leurs jeunes années. Sur le point d’assister à un mariage de famille, l’aîné et ses deux sœurs décident de planter là soucis personnels, belle-sœur acariâtre, cousins et cousines pour rejoindre le petit dernier de la fratrie, resté comme guide saisonnier dans un château en pleine campagne.

Avec cette acuité qui la caractérise, Anna Gavalda décrit les mimiques, névroses et petits gestes anodins par le biais des pensées parfois mesquines, mais toujours sincères de sa narratrice, la sœur cadette de la fratrie. Cette dernière passe une bonne partie du livre à se déchaîner pour notre grand plaisir sur sa belle-sœur « chieuse » et trop rigide à son goût. Et de constater gaiement après le départ de celle-ci que « l’ambiance était revenue. Nous avions réussi à éjecter l’alien hors du vaisseau spatial ». Restera alors à goûter pleinement à la petite virée bucolique entre frères et sœurs sur fond musical permanent teinté de nostalgie.

Qu’il est bon d’adhérer pendant le temps que durera la lecture de ce court roman aux points de vue  « bobos » de ces quatre faux jeunes en manque d’insouciance, qui se démènent chacun à leur manière dans leurs relations amoureuses respectives, et qui sont pourtant tellement ordinaires. Mais aussi qu’il est bon de survoler l’ordinaire qui nous emprisonne tous grâce à cette échappée légère et distrayante à souhait !

Pourquoi ce livre rafraîchit-il ?

On a comparé ce petit roman à une bulle de savon, un bonbon ou une pâtisserie à déguster et c’est vraiment le sentiment qui nous envahit à la lecture de ce texte drôle et spontané qui apporte avec lui une bouffée d’oxygène coquine dans un quotidien stressant où fraîcheur et franchise n’ont pas toujours la cote.

Sur le portail lexical du CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), le terme « rafraîchir » renvoie à de nombreuses utilisations que ce soit au sens propre ou figuré. Etonnamment, les trois premiers synonymes les plus courants de « rafraîchir » sont « ranimer », « réconforter » et « réparer ».

Si la glace et l’eau froide nous rafraîchissent parce qu’elles contribuent à descendre la température de notre corps ou à apaiser notre soif, une oeuvre littéraire peut nous rafraîchir également en calmant notre inquiétude, en nous revigorant. A ce propos, je reprends ici la citation de Flaubert mentionnée dans l’article du CNRTL : Des œuvres comme Ruy-Blas vous rafraîchissent le sang! Cela vous sort de la crasse littéraire qui nous entoure (Flaub.Corresp.,1879, p. 252).

La lecture de certains livres convie une impression de fraîcheur, de jeunesse ou de pureté. Elle peut rafraîchir notre coeur ou notre âme. Elle peut aussi rafraîchir notre mémoire en évoquant des souvenirs similaires et communs au narrateur et au lecteur.

D’autres oeuvres rafraîchissantes ?

Il en existe beaucoup, et comme toujours, un livre rafraîchissant pour un lecteur ne le sera pas automatiquement pour un autre. Tout dépend de la fraîcheur recherchée.

Si celle-ci est synonyme d’évasion et de légèreté, il ne faut pas hésiter à se plonger dans des romans « feel good » dont les couvertures, à elles seules, donnent une impression de fraîcheur avec leurs couleurs vives et pétillantes et leurs joyeux dessins. Si le récit est bien ficelé, l’histoire revigore l’esprit par la même occasion et lui donne des clefs pour remettre à neuf sa propre vie, voire pour la « rafraîchir ».

Si la fraîcheur signifie pour vous une prise de distance avec le quotidien rébarbatif ou la vie terrestre tellement « normale », alors pourquoi ne pas opter pour des romans fantaisistes, voire des romans de science-fiction ?

Lorsque la distance implique de trouver des réponses à de grosses questions existentielles, vous aurez le choix parmi de nombreux ouvrages en tous genres. Il vous suffit de déceler le sujet qui éveille votre intérêt ou vous pose problème et de rechercher les histoires qui traitent de celui-ci. Penchez-vous alors plutôt sur les récits dont les protagonistes font montre de quelque chose qui vous ressemble ou vous interpelle, ceci afin de pouvoir vous identifier plus facilement à eux et de comprendre au mieux leur cheminement.

Maintenant si vous avez réellement besoin d’une fraîcheur physique – comme c’est sans nul doute le cas ces derniers jours, je vous recommande le roman initiatique de Richard Bach, « Jonathan Livingston le goéland » , traduit par Pierre Clostermann et incluant des photographies de Russell Munson. Rien que la vision de cette couleur bleue fait rêver et nous apporte un peu de fraîcheur… Vous trouverez une petite chronique au sujet de ce roman en cliquant ici.

Par contre, si vraiment vous voulez vous enfoncer dans les tréfonds de la canicule estivale et ressentir les délires de la sécheresse qui accablent une communauté rurale du sud-est de l’Australie, n’hésitez pas à vous immerger dans l’excellent roman de Jane Harper « Canicule », qui fut traduit en français par Renaud Bombard et remporta le Prix des Lecteurs du Livre de poche en 2018 dans la catégorie des polars.

Parfois cela fait du bien de savoir que nous ne sommes pas les seuls à souffrir de la chaleur…

Dernières recommandations

Il me reste à vous souhaiter de bonnes lectures et à vous recommander de vous hydrater en suffisance en cette période de canicule.

Si vous en avez l’occasion, plongez dans un bain d’eau rafraîchissante tout en vous plongeant dans une histoire tout aussi rafraîchissante !!!

 

Lettre d’un amoureux des livres

Par défaut

Jules Janin L'amour des livres

Conseils à un passionné de livres 

« L’amour des livres » par Jules Janin (1866)

Point de crainte !

Bien qu’ancien, le style de Janin se lit vite et bien !

« L’amour des livres » constitue l’écriture d’une lettre d’environ 43 pages (édition publiée) que vous pouvez trouver gratuitement en version écrite ou audio sur le net. Cette lettre s’adresse à un jeune bibliophile et lui prodigue des conseils pour la création d’une bibliothèque. Certes, les termes sont pompeux et vieillots, mais la lecture n’en est pas déplaisante pour autant.

Bien sûr, il nous est aujourd’hui difficile de partager les idées de Jules Janin relatives à l’apparence et au format des ouvrages de littérature, notamment lorsque l’auteur souligne l’importance à accorder aux « beaux livres » avec premières reliures, gravures de premier choix, éditions originales rejetant avec mépris les « imprimeries bâtardes », les « loques infectes » qui sentent l’écurie, le graillon et autres parfums…

« …comme toutes les passions bien senties et comprises, la passion des livres a sa coquetterie et son luxe. », se justifie l’auteur passionné du XIXe siècle.

Mais hormis ces quelques idées d’un autre âge (où les formats de poche bien pratiques, les éditions accessibles au grand nombre et les liseuses n’existaient pas encore), la liste des ouvrages cités et le style plutôt théâtral de l’auteur a de quoi nous réjouir.

 

Qui est Jules Janin ?

Jules Janin est un écrivain et journaliste français du XIXe siècle (1804-1874).  Il quitte rapidement le droit pour le journalisme et travaille pour des revues littéraires et des quotidiens comme le Figaro ou le Journal des Débats qu’il rejoindra comme critique pendant une quarantaine d’années. Il sera par ailleurs surnommé le « Prince des Critiques ».

Janin a laissé plusieurs écrits. Son talent d’écrivain se fera connaître dès la parution de l’un de ses premiers romans « L’Âne mort et la femme guillotinée » en 1827. Enfin, après plusieurs tentatives, Jules Janin sera finalement élu à l’Académie française en 1870.

Dans son analyse sur l’esprit critique de Jules Janin, Jacques Landrin précise : « La nostalgie du classicisme, qui perce à tout moment chez Janin, ne le fige pas dans la contemplation du passé; il sait accueillir avec sympathie les nouveautés, pourvu qu’elles n’offensent pas le bon sens. »(Cahiers de l’AIEF, Article de Jacques Landrin, 1983 « Jules Janin, témoin du théâtre romantique pp155-168).

L’amour des livres selon Janin

« Soyez donc le bienvenu, d’aimer si vite et si bien ces chers amis de la vie humaine, amis dévoués, reconnaissants, fidèles. Ils voyagent avec nous, ils nous suivent à la ville, à la campagne ; on emporte son livre au fond des bois, on le retrouve au coin du feu : « C’est proprement un charme ! ». Et Montesquieu a très bien dit qu’il ne savait pas de douleur si grande, qui ne fût soulagée un instant par la lecture d’un bon livre. »

Dans sa lettre, l’auteur détaille les différents types d’ouvrages littéraires, à commencer par la grammaire :

« Les belles-lettres, vous le savez, commencent à la grammaire, et comprennent dans leur ensemble excellent les oeuvres les plus délicates et les plus rares de l’esprit humain. Vous aurez donc un bon dictionnaire, tout bonnement le dictionnaire de l’Académie, et vous le placerez, sans honte et sans peur, de façon à l’avoir toujours sous la main. »

Après la grammaire il y a la rhétorique, et après la rhétorique, arrive la poésie, et notamment la poésie de l’antiquité grecque et romaine.

« Athènes et Rome sont, en effet, les deux grandes institutrices du genre humain. »

et l’auteur en réfère au bon mot de Montaigne qualifiant celle-ci de « bonne nourriture« .

Ensuite…

« Nous arrivons ainsi à nos chers et grands poètes français.

car selon Jules Janin,

 « Il est nécessaire, en effet, si vous voulez être un vrai lettré, que vous remontiez aux origines de la langue nationale. »

S’ensuivent les contes, les fables (cfr La Fontaine) et des grands romans…

« En fait de romans, on n’en lit guère ; ceux qu’on lit, quels chefs-d’oeuvre ! Zayde, Gil Blas, Don Quichotte, Manon Lescaut, Paul et Virginie… On les trouve encore assez facilement en édition originale… »

 

Satires et parodies comme moyens de consolation

 

« Il vous faut aussi, en belle condition, le Moyen de parvenir (de l’imprimerie de François Rabelois) , et la Satire Ménippée (1609), toutes choses indispensables, et d’une infinie consolation quand l’âge arrive où la journée est longue, où le temps est sombre, où l’homme, abandonné d’espérance et sevré de toute ambition, ne redoute, ici-bas, que le remords, moins encore, l’isolement et l’ennui. »

Jules Janin, bibliocoach avant l’heure ?

 

Les livres comme vecteurs de liens

« Les livres ont encore cela d’utile et de rare : ils nous lient d’emblée avec les plus honnêtes gens ; ils sont la conversation des esprits les plus distingués, l’ambition des âmes candides, le rêve ingénu des philosophes dans toutes les parties du monde ; parfois même ils donnent la renommée, une renommée impérissable, à des hommes qui seraient parfaitement inconnus sans leurs livres. « 

 

« La passion des livres est la pharmacie de l’âme »

C’est grâce à cette citation que je suis tombée sur Jules Janin et que j’ai voulu en savoir plus sur son oeuvre et sa vie.

J’espère vous avoir appris un peu plus sur cet homme de lettres d’un autre siècle qui vouait une réelle passion pour les beaux écrits.

« Ils vivent, ils respirent, ils enseignent, ils conseillent.  »

Vous avez bien entendu deviné ce que les « ils » représentent 🙂

« La passion des belles choses (après l’honneur de les faire), il n’y a pas de meilleure louange ! Elle atteste aux lettrés, race immortelle, que le propriétaire de ces beaux exemplaires était un homme heureux de peu, content de vivre, amoureux des belles choses, studieux, paisible,intelligent, se suffisant à soi-même, honorable, honoré, qui s’est entouré, jusqu’à la fin, des grands exemples, des sages conseils. »

… la pharmacie de l’âme…

« Au catalogue de ses livres, on connaît un homme ! Il est là dans sa sincérité. Voilà son rêve… et voilà ses amours ! »

Dis moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es….

 

Pour terminer, une conclusion extraite de cette lettre de Janin qui en prodigue beaucoup :

« Accordez-moi, Seigneur, disait un ancien, une maison pleine de livres, un jardin plein de fleurs ! Voulez-vous, disait-il encore, un abrégé de toutes les misères humaines : regardez un malheureux qui vend ses livres ! « 

 

Bonnes vacances et bonnes lectures à toutes et tous !