Archives de Catégorie: Thème de la SOUFFRANCE

Le thème de la souffrance abordé dans les romans peut aider à lui concéder une véritable existence

Se rafraîchir en lisant

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« L’Echappée belle » de Anna Gavalda

Editions Le Dilettante, 2009

Un livre comme une bouffée d’oxygène, ça existe !

Il fait actuellement chaud, très chaud dans beaucoup de pays, même dans ceux qui n’y sont pas spécialement habitués, comme la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas, le nord de la France…

Au risque de fondre sur place, mieux vaut se réfugier dans un coin à l’ombre, avec un ventilateur et une bouteille d’eau… sans bouger … en lisant pour s’évader au loin…. Mais que lire ? … si possible une lecture rafraîchissante bien sûr !

Je me souviens de la lecture d’un roman-nouvelle d’Anna Gavalda que je considérais à l’époque comme une véritable bouffée d’oxygène, « L’Echappée belle » . Ce roman fut ré-édité chez Le Dilettante en 2009 alors qu’il était issu d’une première écriture en 2001 récompensant les adhérents de France Loisirs.

De quoi parle-t-on dans ce roman ?

« L’Echappée belle » comme son titre l’indique raconte l’escapade d’une fratrie de quatre trentenaires qui s’offrent le luxe de quitter durant quelques heures leur vie d’adulte cabossée pour retrouver l’insouciance de leurs jeunes années. Sur le point d’assister à un mariage de famille, l’aîné et ses deux sœurs décident de planter là soucis personnels, belle-sœur acariâtre, cousins et cousines pour rejoindre le petit dernier de la fratrie, resté comme guide saisonnier dans un château en pleine campagne.

Avec cette acuité qui la caractérise, Anna Gavalda décrit les mimiques, névroses et petits gestes anodins par le biais des pensées parfois mesquines, mais toujours sincères de sa narratrice, la sœur cadette de la fratrie. Cette dernière passe une bonne partie du livre à se déchaîner pour notre grand plaisir sur sa belle-sœur « chieuse » et trop rigide à son goût. Et de constater gaiement après le départ de celle-ci que « l’ambiance était revenue. Nous avions réussi à éjecter l’alien hors du vaisseau spatial ». Restera alors à goûter pleinement à la petite virée bucolique entre frères et sœurs sur fond musical permanent teinté de nostalgie.

Qu’il est bon d’adhérer pendant le temps que durera la lecture de ce court roman aux points de vue  « bobos » de ces quatre faux jeunes en manque d’insouciance, qui se démènent chacun à leur manière dans leurs relations amoureuses respectives, et qui sont pourtant tellement ordinaires. Mais aussi qu’il est bon de survoler l’ordinaire qui nous emprisonne tous grâce à cette échappée légère et distrayante à souhait !

Pourquoi ce livre rafraîchit-il ?

On a comparé ce petit roman à une bulle de savon, un bonbon ou une pâtisserie à déguster et c’est vraiment le sentiment qui nous envahit à la lecture de ce texte drôle et spontané qui apporte avec lui une bouffée d’oxygène coquine dans un quotidien stressant où fraîcheur et franchise n’ont pas toujours la cote.

Sur le portail lexical du CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), le terme « rafraîchir » renvoie à de nombreuses utilisations que ce soit au sens propre ou figuré. Etonnamment, les trois premiers synonymes les plus courants de « rafraîchir » sont « ranimer », « réconforter » et « réparer ».

Si la glace et l’eau froide nous rafraîchissent parce qu’elles contribuent à descendre la température de notre corps ou à apaiser notre soif, une oeuvre littéraire peut nous rafraîchir également en calmant notre inquiétude, en nous revigorant. A ce propos, je reprends ici la citation de Flaubert mentionnée dans l’article du CNRTL : Des œuvres comme Ruy-Blas vous rafraîchissent le sang! Cela vous sort de la crasse littéraire qui nous entoure (Flaub.Corresp.,1879, p. 252).

La lecture de certains livres convie une impression de fraîcheur, de jeunesse ou de pureté. Elle peut rafraîchir notre coeur ou notre âme. Elle peut aussi rafraîchir notre mémoire en évoquant des souvenirs similaires et communs au narrateur et au lecteur.

D’autres oeuvres rafraîchissantes ?

Il en existe beaucoup, et comme toujours, un livre rafraîchissant pour un lecteur ne le sera pas automatiquement pour un autre. Tout dépend de la fraîcheur recherchée.

Si celle-ci est synonyme d’évasion et de légèreté, il ne faut pas hésiter à se plonger dans des romans « feel good » dont les couvertures, à elles seules, donnent une impression de fraîcheur avec leurs couleurs vives et pétillantes et leurs joyeux dessins. Si le récit est bien ficelé, l’histoire revigore l’esprit par la même occasion et lui donne des clefs pour remettre à neuf sa propre vie, voire pour la « rafraîchir ».

Si la fraîcheur signifie pour vous une prise de distance avec le quotidien rébarbatif ou la vie terrestre tellement « normale », alors pourquoi ne pas opter pour des romans fantaisistes, voire des romans de science-fiction ?

Lorsque la distance implique de trouver des réponses à de grosses questions existentielles, vous aurez le choix parmi de nombreux ouvrages en tous genres. Il vous suffit de déceler le sujet qui éveille votre intérêt ou vous pose problème et de rechercher les histoires qui traitent de celui-ci. Penchez-vous alors plutôt sur les récits dont les protagonistes font montre de quelque chose qui vous ressemble ou vous interpelle, ceci afin de pouvoir vous identifier plus facilement à eux et de comprendre au mieux leur cheminement.

Maintenant si vous avez réellement besoin d’une fraîcheur physique – comme c’est sans nul doute le cas ces derniers jours, je vous recommande le roman initiatique de Richard Bach, « Jonathan Livingston le goéland » , traduit par Pierre Clostermann et incluant des photographies de Russell Munson. Rien que la vision de cette couleur bleue fait rêver et nous apporte un peu de fraîcheur… Vous trouverez une petite chronique au sujet de ce roman en cliquant ici.

Par contre, si vraiment vous voulez vous enfoncer dans les tréfonds de la canicule estivale et ressentir les délires de la sécheresse qui accablent une communauté rurale du sud-est de l’Australie, n’hésitez pas à vous immerger dans l’excellent roman de Jane Harper « Canicule », qui fut traduit en français par Renaud Bombard et remporta le Prix des Lecteurs du Livre de poche en 2018 dans la catégorie des polars.

Parfois cela fait du bien de savoir que nous ne sommes pas les seuls à souffrir de la chaleur…

Dernières recommandations

Il me reste à vous souhaiter de bonnes lectures et à vous recommander de vous hydrater en suffisance en cette période de canicule.

Si vous en avez l’occasion, plongez dans un bain d’eau rafraîchissante tout en vous plongeant dans une histoire tout aussi rafraîchissante !!!

 

Prêt(e) pour le changement ?

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La vie en mieux de Anna Gavalda

La vie en mieux

 de Anna Gavalda

(Editions Le Dilettante, 2014, Audiolib, 2014, J’ai Lu, 2015)

Les deux nouvelles de ce recueil ressemblent à une ode au changement de vie. La plume vivante de la romancière française Anna Gavalda crée directement un lien d’empathie – ou du moins de bienveillance –  avec les protagonistes en proie au questionnement existentiel si caractéristique de notre époque. Ceci étant, la littérature regorge de récits où le thème du changement est évoqué.

Deux courtes histoires :

Dans l’ouvrage de Anna Gavalda, deux jeunes gens, Mathilde et Yann, connaissent des parcours de vie médiocre et sans grande saveur. Un événement assez anodin, lié à une rencontre, les bouscule et les incite à opter pour un autre chemin plus épanouissant. Chacun de leur côté, les protagonistes se remettent en question et décident de tout changer, préférant « se tromper de vie plutôt que de n’en vivre aucune ».

Thème récurrent en littérature : changer de vie

Qu’il soit forcé ou choisi, qu’il se déroule dans la sphère privée ou professionnelle, le changement de vie constitue un sujet de prédilection pour les auteurs de fictions ou d’ouvrages de développement personnel.

Pourquoi un tel engouement pour ce thème ?

Nous sommes tous des êtres de projet, souvent en demande et rarement en adéquation avec notre propre situation. L’envie est une caractéristique propre à l’être humain : c’est ce qui le fait bouger et c’est ce qui fait avancer le monde dans lequel il habite.

Littérature classique : l’ascension sociale et l’idéal romantique comme moteurs de changement

L’attrait pour la richesse et la reconnaissance sociale est un moteur prédominant du changement dans la littérature classique :

Dans « Le rouge et le noir » de Stendhal, Julien Sorel tente de s’élever au-dessus de la condition sociale de ses parents charpentiers.

Dans « Martin Eden » de Jack London, les motivations de réussite sociale de Martin sont similaires.

Ce désir de changement est aussi intimement lié à un idéal sentimental. Mais le prix à payer reste souvent désastreux. Ces deux fresques littéraires montrent que le changement de vie souhaité aura le mérite d’aboutir à une meilleure connaissance de soi, ainsi qu’à une estimation toute relative de l’importance accordée à la richesse et à la réussite sociale.

Dans  « Madame Bovary » de Gustave Flaubert, le désir de changement qui parasite la vie d’Emma Bovary vient en grande partie de ses lectures qui la noient dans un idéal romantique illusoire. On connaît la fin tragique qui en découle…

Que disent les fictions contemporaines à propos du changement ?

Les multiples ouvrages de développement personnel montrent à quel point la quête de bonheur et d’épanouissement personnel est devenue l’objectif essentiel de toute existence. Les enjeux des siècles précédents ont évolué, et avec eux, les codes sociaux qui en découlent. Nous ne vivons plus dans une société où franchir les barrières entre les classes sociales constitue un exploit héroïque et séduisant.

Aujourd’hui, les chaînes de l’existence sont différentes et les questions sur le changement le sont tout autant : une femme peut-elle faire carrière en renonçant à sa place dans la famille ? un cadre avec un bon salaire peut-il décider de tout plaquer pour se lancer dans une expédition écologique ou humanitaire ? peut-on troquer une carrière de salarié réconfortante contre une carrière d’artiste sans garantie de sécurité ? un homme ou une femme peuvent-ils décider de renoncer au confort d’une première vie conjugale pour revenir à une vie de célibat ?

Ces questions sont soulevées dans certains romans, parfois même dans des thrillers pour lesquels le changement de vie constitue un véritable ressort narratif. Il s’agit avant tout de retrouver ses propres valeurs, son propre moi, indépendamment des critères « raisonnables et sensés » qui exhortent à l’immobilité.

Dans  « La femme qui fuit » de Anaïs Barbeau-Lavalette, l’auteur trace le portrait de sa grand-mère qui a abandonné ses deux enfants pour suivre sa propre voie.

Dans « Demain il fera beau » de Céline Rouillé, une femme de quarante ans décide d’ouvrir un gîte en Normandie et doit surmonter plusieurs obstacles parmi lesquels la décision de son mari de ne pas la suivre dans son nouveau projet.

Dans « Eldorado » de Laurent Gaudé, le thème des migrants est abordé avec celui de la quête d’un rêve au péril de la vie. Un surveillant des côtes optera pour un changement afin de venir en aide à ces migrants.

Dans « L’homme qui voulait vivre sa vie » de Douglas Kennedy, le protagoniste est un homme apparemment comblé, pourtant il se sent l’imposteur de sa vie, et profite d’un coup du destin pour changer d’identité et réaliser un rêve de jeunesse en devenant photographe.

Dans « Hector veut changer de vie » de François Lelord, le psychiatre Hector – que l’on retrouve dans d’autres romans de la même série –  est confronté à des patients qui veulent tous changer de vie. Lui-même ne se pose-t-il pas les mêmes questions ?

Dans  « J’ai fait un voeu » de Allison Morgan, la narratrice frôle la mort et décide de réaliser ses rêves d’enfance, même si cela implique de renoncer à sa vie « parfaite » actuelle.

Dans « Demain est un autre jour » de Lori Nelson Spielman, la protagoniste retrouve la liste de ses souhaits énumérés à l’âge de 14 ans et se voit contrainte de les réaliser pour obtenir la part d’héritage que lui lègue sa mère

Cette série de romans sur le changement est loin d’être exhaustive, il existe beaucoup d’ouvrages qui évoquent ce sujet, parmi lesquels une grande majorité de fictions feel-good, ainsi que des livres de développement personnel que je n’ai pas cités ici. Le lecteur en quête de réponses trouvera sans nul doute un réconfort dans l’un de ces récits.

Il est à noter que le moteur du changement vient souvent d’une impulsion extérieure ou d’un événement marquant (un deuil, un choc émotionnel), sorte de secousse qui met le pied à l’étrier de la personne désireuse de ne pas continuer sur une route toute tracée.

Changer fait peur et constitue un processus douloureux, semé d’embûches. Mais si la vie était simple, cela se saurait, n’est-ce pas ?

En guise de conclusion, je vous invite à regarder une petite vidéo sur Caroline Vigneaux qui a arrêté sa carrière d’avocate pour devenir humoriste. Dans une interview du 13 juin 2017, elle concède que sur son lit de mort, elle préférerait se dire qu’elle a fait une connerie en changeant de métier, plutôt que se demander ce qu’aurait été sa vie, si elle avait osé le changement….

 

 

Anorexie et culpabilité familiale … SOBIBOR…

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« SOBIBOR » de Jean Molla

Editions Gallimard Jeunesse (2003)

version poche chez Folio (2011)

 

« Sobibor« , dont le titre fait référence à un camp d’extermination durant la seconde guerre mondiale, est un roman pour la jeunesse, écrit de façon à ménager les effets sur le jeune lectorat qui peut ainsi prendre plus facilement du recul face aux thématiques abordées.

En effet, le récit se veut polyphonique : deux points de vue s’y succèdent en alternance, celui d’une jeune fille de notre époque souffrant d‘anorexie et celui d’un  ancien collaborateur des SS qui raconte son expérience en tant que membre organisateur d’un camp de concentration nazi.

Résumé de l’intrigue

Emma, la narratrice, est une adolescente anorexique. Son récit débute lorsqu’elle commet un délit de vol. Elle nous raconte sa maladie et revient sur les événements qui l’ont provoquée. Une nuit, elle a surpris sa grand-mère prononçant dans son sommeil d’étranges mots comme « Sobibor ».   L’adolescente suspecte un terrible secret en découvrant l’origine du mot « Sobibor ». Après le décès de sa grand-mère, elle tombe par hasard sur le journal intime d’un certain Jacques, ancien collaborateur français à la solde de l’Allemagne nazie et chargé de veiller au bon fonctionnement du camp « Sobibor ».

Je n’en dirai pas plus …

Roman pour la jeunesse

Un cours en ligne très intéressant sur la littérature de jeunesse (que je recommande vivement à tous les amateurs du genre lorsque ce cours en ligne sera proposé une seconde fois) m’a permis de détecter dans ce roman des caractéristiques propres à la littérature de jeunesse, notamment

  • des remarques explicatives concernant des faits ou personnages historiques du 20ème siècle, ainsi que la traduction de termes polonais ou allemands.
  • le JE narrateur aussi bien du point de vue de l’héroïne adolescente qui est la narratrice principale, que du point de vue du collaborateur SS qui raconte son récit dans un journal intime
  • un récit polyphonique, avec une perspective principale juvénile et une certaine distanciation dans le temps (journal intime datant de plus de 50 ans),
  • l’auteur n’entre pas dans les détails trop sordides

Roman bienfaisant ?

L’extermination des Juifs par les nazis y est relatée par le prisme des « méchants », chose moins courante, mais qui rend l’approche intéressante et soulève des réflexions sur le sens de la culpabilité et de la responsabilité dans les atrocités commises.

La Shoah est abordée par le biais de l’anorexie dont souffre la narratrice adolescente, ce qui crée un parallèle visuel entre les corps décharnés des prisonniers des camps nazis et ceux des personnes anorexiques.

Très beau roman, plein de mérites et qui plaira à tout public. L’évocation de sujets lourds, comme l’anorexie et les camps de concentration nazis, est facilitée par les moyens littéraires mis en oeuvre pour la jeunesse.

Mais notons que ces moyens permettent également une meilleure appréhension des thématiques par les adultescar il faut l’avouer, nous les adultes, réfléchissons parfois de façon étroite et puérile face à des problèmes mal connus…

 

Un roman triste mais lumineux !

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« Les derniers jours de Rabbit Hayes »

Anna McPartlin

Editions Cherche Midi, 2016  (traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec)

Une couverture plutôt joyeuse pour aborder un thème très sombre, celui du deuil, de la souffrance incurable et de la séparation imminente avec un être cher.

L’auteur, Anna McPartlin est une ancienne humoriste irlandaise devenue romancière.  « Les derniers jours de Rabbit Hayes » est le premier de ses romans à être traduit en français.

L’histoire raconte les neuf derniers jours de Mia, surnommée Rabbit, une quadragénaire en phase terminale d’un cancer généralisé. Elle sait qu’elle va mourir et ses proches parents et amis le pressentent également : sa mère, son père, sa fille Juliet, âgée de 12 ans et qu’elle a élevée seule,  sa soeur aînée et son frère qui est revenu d’Amérique, ainsi que sa meilleure amie Marjorie.  Chacun gère à sa façon cette terrible épreuve. Les chapitres sont divisés entre les pensées et réminiscences des uns et des autres; c’est ainsi que les souvenirs et expériences affluent pour refléter tous les liens affectifs qui ont tissé la toile du destin de Rabbit Hayes.

 

Roman bienfaisant ?

Cette lecture est extrêmement touchante parce que

  • d’une part, elle est très réaliste : la souffrance physique de Rabbit n’est pas dissimulée et les attitudes maladroitement humaines des proches ne sont en rien atténuées. L’auteur a voulu décrire avec une lucidité attendrissante les comportements de gens comme vous et moi qui se retrouvent un jour anéantis face à la mort prochaine de leur fille, mère, soeur, tante ou amie.
  • d’autre part, ce récit est empreint d’humour et d’amour, ce qui le rend terriblement attachant. Les caractères trempés, les travers et les gaffes des uns et des autres ponctuent les événements et surtout, l’amour entre ces gens illumine la tragédie et lui donne une nouvelle perspective réconfortante.

Alors, oui, il s’agit pour moi d’un roman bienfaisant pour les personnes touchées par le deuil, le cancer au stade ultime, la séparation avec un proche. Bien sûr, les souffrances liées à une expérience similaire pourront ressurgir à la lecture de ce drame, mais cette résurgence se produira à la façon d’une catharsis salutaire.

Il faut également souligner le caractère « complet » de ce récit dans le sens où les diverses perspectives face à l’appréhension du décès imminent ne concernent pas seulement les parents et amis de Rabbit, mais Rabbit elle-même, qui nous donne son point de vue sur sa situation à la limite de la mort.

***

Pour finir, je vous mets ci-après le lien vers une vidéo où l’auteur Anna McPartlin nous parle de son roman. Le dialogue est en anglais et les sous-titres en alllemand, mais je vous ai fait une grossière traduction française ci-dessous si vous avez des difficultés à comprendre :

 

Traduction française de l’interview de Anna McPartlin :

« « Les derniers jours de Rabbit Hayes » relate les neuf derniers jours de la vie d’une femme, Rabbit. Elle a 40 ans et nous faisons sa connaissance alors qu’elle se rend avec sa mère dans une maison de soins où elle finira ses jours.

A première vue, cela semble très déprimant, mais en réalité, l’idée ici est de célébrer la vie. Il s’agit d’un roman sur la joie et le bonheur, sur la famille, l’amour, l’amitié et toutes ces belles choses de la vie – c’est aussi la raison pour laquelle il est si difficile de lâcher prise, car la vie est merveilleuse.

Ce récit s’inspire de beaucoup d’événements de ma propre vie. Ma mère entra en maison de soins à  42 ans, l’âge que j’ai actuellement. A l’époque, j’avais 11 ans, un peu comme la fille de Rabbit dans le roman. Il y a donc plusieurs parallèles.

Mais il s’agit tout de même d’une autre histoire. Alors que Rabbit souffre de cancer, ma mère avait la sclérose en plaques, une maladie à plus longue échéance. Toutefois, le temps que l’on passe avec des gens malades alors qu’il devient un facteur problématique – parce qu’il se fait rare – ce temps devient terriblement important. Et je pense que cette urgence temporelle imprègne l’histoire de ce roman.

J’aime tous les protagonistes de ce roman. Toutefois, j’ai une préférence pour Molly, la mère de Rabbit, qui incarne tout ce que j’apprécie tellement chez les robustes mères irlandaises : elle n’accepte aucun refus, elle est à la fois comique, intelligente et chaleureuse. Elle adore sa famille et ferait n’importe quoi pour elle.

Si le lecteur doit retenir quelque chose de ce roman, je souhaite que ce soit ceci : la vie doit être vécue et il ne faut pas craindre la mort qui représente juste une grande inconnue. Et là où il y a de l’amour, le bonheur est présent. »

 

Place à du « coaching » sous forme de roman !

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« Ta deuxième vie commence

quand tu comprends que tu n’en as qu’une »

de Raphaëlle Giordano

Editions Eyrolles 2015, Editions de la Loupe, 2016

Raphaëlle Giordano est spécialiste en développement personnel et en coaching créatif.

Ce premier roman met en scène sous forme de récit la relation d’accompagnement entre un coach – appelé  le « routinologue » – et Camille, une femme qui essaie de retrouver bien-être et joie de vivre tout en se débarrassant de la morosité chronique qui gangrène sa vie, son humeur et ses relations.

 « Constatant qu’un nombre croissant de personnes possédant tout pour être heureuses sans finalement parvenir à l’être se trouvaient en proie à une forme de morosité chronique, Raphaëlle Giordano a créé un métier essentiel. Ni psy, ni coach, le routinologue est un expert en accompagnement dans l’art de retrouver le bonheur perdu ! »

Les ressorts de cette histoire tournent essentiellement autour des trucs et astuces visant à améliorer son regard sur la vie et ils s’adressent à tout un chacun : comment retrouver une image positive de soi, comment améliorer ses relations avec son entourage, avec son époux, avec ses enfants, comment s’épanouir dans sa vie professionnelle…

L’auteur fait référence à des principes de coaching, s’inspire de citations de grands auteurs et, par l’intermédiaire de l’action ciblée du « routinologue », accompagne sa protagoniste vers la conquête de son bonheur.

Roman bienfaisant ?

Il ne s’agit pas à proprement parler d’une oeuvre de littérature qui recourt à la catharsis et agit comme un libérateur d’émotions, car l’objectif visé semble tout autre.

Dans ce roman feel-good, Raphaëlle Giordano a tout simplement voulu faire passer par le biais d’un récit de grands principes de développement personnel (méthode SMART, pensée positive, principe de l’ancrage positif etc.) parce qu’il est plus facile, plus agréable et plus compréhensible de lire une histoire que de se plonger dans un ouvrage documentaire et explicatif. 

Qui plus est, le lecteur retiendra aisément les trucs qui ont conquis la protagoniste, une protagoniste à laquelle il peut d’ailleurs s’identifier : il s’agit d’une épouse et mère de famille qui bosse à temps partiel dans une société où elle ne s’épanouit pas vraiment et qui a du mal à trouver un peu de temps pour elle et sa famille…bref, un profil assez récurrent dans nos sociétés.

Peut-être connaissez-vous d’autres romans de ce genre ?

Mémoire défaillante, un thriller psychologique pour en parler

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« AVANT D’ALLER DORMIR »

J.S. Watson

Ce thriller psychologique raconte le désespoir, mais aussi l’instinct de survie d’une femme amnésique qui se réveille tous les matins en ayant oublié son passé, et notamment ses vingt dernières années. Elle ne se reconnaît pas dans la glace et ne parvient pas à identifier l’homme qui dort à ses côtés et qui prétend être son mari.

Un médecin la contacte tous les matins et lui indique l’endroit où elle a caché le journal intime dans lequel elle note ce qu’elle vit au fil des jours. Ce précieux outil l’accompagne au quotidien pour l’aider à retrouver les bribes de son passé et dissiper son désarroi toujours renouvelé. Peu à peu lui apparaissent pourtant des incohérences entre ce qu’elle écrit, ce qu’on lui raconte, et le peu dont elle se souvient…

Outre la tension latente qui sous-tend ce roman et tient le lecteur en haleine, l’importance de la mémoire et des souvenirs dans l’identité humaine est mise en avant tout au long du récit :

« Que sommes-nous d’autre que la somme de nos souvenirs?« 

La protagoniste veut retrouver les souvenirs qui la définissent en tant qu’être humain, même si ceux-ci sont douloureux…

« Tout ce que je veux, c’est me sentir normale. Vivre comme tout le monde, avec des expériences enrichissantes, chaque jour donnant forme au suivant. Je veux mûrir, apprendre des choses et accumuler du savoir.« 

Des réflexions s’échangent sur l’histoire personnelle telle que vécue et perçue par chacun d’entre nous, et par là même, sur le tissu de souvenirs qui prend forme au gré de nos besoins pour forger le socle de notre existence :

« Nous changeons toujours les faits, nous réécrivons toujours l’histoire pour nous rendre la vie facile, pour la faire coïncider avec la version des événements que nous préférons. Nous le faisons automatiquement. Nous inventons des souvenirs. Sans y penser. Si nous nous répétons suffisamment souvent que quelque chose a eu lieu, nous finissons par le croire, et ensuite nous pouvons nous en souvenir.« 

Roman bienfaisant ?

Ce thriller aborde les troubles cérébraux liés à la mémoire. Beaucoup d’entre nous connaissent une personne atteinte d’un de ces disfonctionnements de la mémoire. Il s’agit souvent de personnes âgées, mais pas toujours. La communication avec ces personnes peut s’avérer difficile, il faut faire preuve de beaucoup d’empathie et d’amour pour pouvoir suivre le cheminement de leurs pensées confuses.

Le roman prend ici la position du malade et rend compte de sa détresse face à son cerveau défaillant.

Panne de moelle osseuse « JOURNAL D’UN VAMPIRE EN PYJAMA » de Mathias Malzieu

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« JOURNAL D’UN VAMPIRE EN PYJAMA »

de Mathias Malzieu

Editions Albin Michel, 2016

Musicien, chanteur et compositeur (membre du groupe Dionysos), Mathias Malzieu a également écrit plusieurs romans.

En 2013, atteint d’une aplasie médullaire (sorte de dysfonctionnement de la moelle osseuse), il est hospitalisé sous haute surveillance médicale et son système immunitaire est complètement affaibli.

« Le journal d’un vampire en pyjama » raconte le parcours d’un combattant pour la survie depuis le diagnostic de sa maladie jusqu’à la convalescence, environ un an plus tard.

« Désormais, j’aurai besoin du sang des autres pour vivre. C’est officiel, je suis devenu un vampire. »

Pour échapper à un quotidien terriblement dur à supporter, Mathias Malzieu s’évade par la pensée en lisant et en écrivant.

« Puisque je suis prisonnier de mon propre corps, je dois plus que jamais apprendre à m’évader par la pensée« 

« Ma seule possibilité de résister, c’est d’écrire. L’urgence fait pousser les graines de livres en moi. Je les arrose toutes et m’applique à penser que je vais trouver mon haricot magique pour crever le plafond de l’hôpital.« 

La quatrième de couverture, joliment tournée, fait référence à ce besoin d’évasion par l’écriture d’un journal intime.

Mathias Malzieu

Roman bienfaisant ?

Lorsqu’une maladie nous tombe dessus et nous contraint à mettre entre parenthèses une vie insouciante et heureuse, le choc est dur, il faut s’adapter, vivre au jour le jour, se battre contre le sort pour espérer retrouver l’état d’avant. Nous avons tous connu les affres d’une grippe ou affection qui nous oblige  à rester au lit et à interrompre nos activités durant quelque temps. Lorsqu’il s’agit d’une maladie grave qui met en danger notre vie elle-même,  le traumatisme moral s’accroît considérablement. C’est ce qui s’est passé pour Mathias Malzieu.

Dans , il nous relate son quotidien avec la maladie, avec la mort aussi, mais il le fait en maniant une plume élégante, imagée et empreinte de beaucoup d’humour .

L’écriture de son journal, qui était pour lui une façon de résister au mauvais coup du destin, peut devenir une lecture bienfaisante pour une personne qui souffre physiquement dans la solitude et l’incompréhension. Car en effet, l’écoute des peines d’autrui aide à relativiser et à vaincre les siennes…. Vous en doutez ?

Livre-réconfort sur le cancer du sein « La mélodie des jours » de Lorraine Fouchet

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« La mélodie des jours »

de Lorraine Fouchet

Jolie fromagère approchant la trentaine, Lucie vit seule avec sa fille en Provence. Lorsqu’elle apprend qu’elle a le cancer du sein, sa vie bascule…  En plus de l’énorme angoisse de laisser sa fille de 11 ans seule sur terre se succèdent les déboires de l’analyse et du traitement du cancer, les salles d’attente remplies d’autres malades, l’opération, les rayons…

Afin de partager ses inquiétudes, Lucie s’inscrit via internet sur le « site des voisins » et se confie à des inconnus qui, comme elle, tentent d’obtenir un peu de réconfort dans l’anonymat d’un voisinage pourtant bien présent. C’est ainsi qu’elle fait la connaissance d’un certain Charlie qui lui remonte le moral en lui recommandant notamment d’écouter certaines musiques classiques…

« Il se passe quelque chose, la musique est plus forte que ma peine, elle m’entraîne, elle me roule, elle m’anéantit puis me sauve, elle me transporte dans une autre dimension où il n’y a plus ni cancer, ni angoisse, ni mort. Cette nuit, Mozart a écrit pour moi.« 

Pourtant ce Charlie bienveillant et plein d’empathie s’avère assez déroutant…

Lucie fera d’autres belles rencontres : la vietnamienne Maïli qui recherche désespérément du travail, Darius, un chirurgien iranien qui souhaiterait exercer son métier en France, ainsi qu’une vieille dame, Alberte, enseignante à la retraite et originaire de Corse qui lui dira à propos de son cancer :

« On vit beaucoup mieux après… Quand le temps aura passé, vous regarderez cette terrible épreuve comme un coup de poignard dans le contrat de la joie. ».

Léa, la fille de Lucie, également inscrite sur le « site des voisins », s’est liée d’amitié avec Seb, dont les parents adoptifs sont en train de se séparer et qui souffre du rhume de hanche.

La découverte du roman Jonathan Livingston le Goéland donne lieu à une conversation sur la liberté de l’imagination entre Lucie et sa fille Léa :

« — On peut pas voler, puisqu’on n’a pas d’ailes !

— Bien sûr que si, par la pensée, la lecture, la musique, la peinture, la photo. Notre corps a des contraintes physiques mais notre imagination n’est restreinte par rien. »

Nous suivons avec beaucoup de tendresse, à travers le prisme de Lucie et de deux ou trois autres protagonistes, les petites histoires des uns et des autres. Il en ressort beaucoup d’humanité, énormément de partage et de générosité dans les échanges entre personnes en quête de compréhension et d’amitié. Sur le « site des voisins », chacun se livre dans l’anonymat sous un pseudonyme, mais le désir de créer des liens véritables est bien présent.

Roman bienfaisant ?

Lorraine Fouchet, médecin et romancière, a écrit cette histoire pour redonner du courage à une amie frappée par le cancer du sein.

Regorgeant d’optimisme et de bons sentiments, ce récit évoque aussi dans les détails le combat au quotidien des femmes qui souffrent de cette maladie. Mais il parle également d’entraide, d’amitié, d’amour, ainsi que d’un moyen moderne pour favoriser les rencontres, le fameux « site des voisins », que l’auteur nous invite à découvrir pour illustrer son roman : www.sitedesvoisins.fr

Et si  l’écoute de la lecture de ce roman vous tente, il vous sera possible d’apprécier en direct les morceaux de musique choisis et recommandés par Charlie….

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Roman développement personnel « Le jour où j’ai appris à vivre » de Laurent Gounelle

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« Le jour où j’ai appris à vivre » de Laurent Gounelle

Les romans de Laurent Gounelle ont ceci de très appréciable : accessibles à tous, ils communiquent un message universel, positif et bienfaisant par le biais d’une histoire.

Lorsqu’une bohémienne annonce à Jonathan  qu’il va bientôt mourir, toute sa vie et ses certitudes s’effondrent. Il prend quelques jours de congé pour se réfugier dans la paisible demeure de sa tante Margie. Celle-ci lui transmet de précieux conseils de vie, ou disons-le en termes modernes, lui procure des séances de coaching personnel pour reprendre en main sa destinée.

Autour de ce protagoniste principal, d’autres personnages se débattent avec leurs propres soucis et crises existentielles. Un lien ténu ou plus fort relie ces divers caractères qui prendront chacun un envol différent à la fin du roman.

Retenons quelques citations de ce récit apaisant à lire :

« Bien vivre, c’est se préparer à mourir sans regrets »

« Le monde est la résultante de nos actes individuels. Se changer soi-même est la seule voie vers un monde meilleur. Un monde meilleur où il fait bon vivre. »

« Avec la vitesse, on perd en émotion ce que l’on gagne en sensation »

« Nous sommes des êtres complets et la nature nous amène à le ressentir profondément, alors que la société crée en nous le manque. Elle sait nous faire croire et nous faire ressentir qu’il nous manque quelque chose pour être heureux. Elle nous interdit d’être satisfaits de ce que nous avons, de ce que nous sommes. Elle ne cesse de nous faire croire que nous sommes incomplets.« 

Valeur bienfaisante ?

Si vous doutez de tout et surtout si vous doutez de vous, de vos capacités, de votre confiance, lisez ce récit qui, bien que sous une apparence assez simpliste, met des mots sur des vérités qu’il est toujours bon de relire ou de ré-entendre.

La citation (de Bouddha) qui introduit ce roman m’a tout particulièrement interpellée :

Celui qui est le maître de lui-même est plus grand que celui qui est maître du monde

Pour finir, voici une interview de l’auteur sur son dernier ouvrage :

Pour les âmes esseulées, direction « L’ATELIER DES MIRACLES » de Valérie Tong Cuong

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« L’atelier des miracles » de Valérie Tong Cuong

Avec sa banderole « Prix de l’optimisme », ce roman a tout de suite attiré mon attention…

Dans cette histoire, nous suivons le parcours de trois personnes issues de mondes différents, mais qui subissent au même moment des expériences traumatisantes : Mariette, professeur harcelée par ses élèves et par son mari, Millie, rongée par un passé qu’elle tente d’effacer de sa mémoire, Mike, ex-militaire devenu SDF. Ces trois protagonistes font la rencontre d’un homme providentiel, Jean, directeur d’une maison d’accueil dont l’objectif est de remettre sur pied les gens perdus comme eux, les âmes esseulées…

« Mais nous avons tous besoin d’un cercle, même restreint, c’est humain. Savez-vous que les gens seuls meurent plus tôt ? Ils meurent de ne pas avoir d’échange. Ils meurent de ne rien dire. Ils ne demandent rien, on ne leur donne rien, alors ils meurent – et on est impuissant. »

Bien que cet atelier des miracles leur apporte réconfort et soutien pendant un certain temps et constitue un tremplin évident pour leur futur, il s’avère vite que la perfection n’y est pas au rendez-vous. Jean le bienfaiteur, lui-même, cache ses failles et ses blessures… Dès lors, il deviendra de plus en plus évident pour les trois rescapés qu’il leur faut apprendre à trouver en eux-mêmes l’énergie vitale et la force de se reconstruire. Malgré tout, l’atelier des miracles leur aura appris une chose essentielle qu’ils pourront apprécier à sa juste valeur :  « l’entraide ».

Un livre qui fait du bien  ?

Ce roman mérite le prix de l’optimisme qui lui a été attribué. En évoquant des destinées aussi différentes que celle d’un SDF ou d’une bourgeoise, le récit montre que toute vie est parsemée d’embûches. Toutefois, la rencontre entre les gens, l’entraide, l’empathie, mais aussi l’énergie nécessaire pour s’accepter soi-même et affronter les défis du quotidien constituent les ingrédients principaux pour atteindre le bonheur. L’atelier des miracles se définit comme une sorte de cheminement vers cette reconnaissance de soi et cette ouverture à autrui, même si le prix à payer est parfois élevé.