Archives de Catégorie: Thème de la DIFFERENCE

Qu’elle soit physique, sociale ou culturelle, la différence nous isole. Ce problème peut être mis en évidence dans une histoire réelle ou fictive

Maladies et handicaps : ces lectures qui les racontent

Par défaut

Lectures sur maladies et handicaps

Romans sur la maladie et le handicap

Plusieurs d’entre vous m’ont demandé de leur suggérer des romans sur la maladie ou le handicap, des histoires ou récits de vie dont la lecture pourrait les sortir de leur isolement face à la souffrance ou au sentiment de différence vis-à-vis d’autrui.

Voici une petite liste, bien entendu non exhaustive, de romans susceptibles de soulager mentalement une douleur :

Cancer et souffrance

« La Mort d’un apiculteur » de Lars Gustafsson

Au travers des carnets de note d’un ancien instituteur de campagne se livre le récit de celui qui se croit condamné à une mort prochaine parce qu’il est atteint du cancer. Il ne souhaite toutefois pas se faire soigner en milieu hospitalier et préfère rester avec son chien et ses abeilles pour goûter les derniers instants de vie et livrer bataille à la douleur. Roman bouleversant pour comprendre comment survivre à la douleur aussi atroce soit elle.

« Née sous les étoiles » de Nathanaëlle Arginthe

L’histoire vraie d’une fillette atteinte de cancer qui s’est battue courageusement contre la maladie pour finalement devenir médecin elle-même.

« La Mélodie des jours » de Lorraine Fouchet 

La vie de Lucie bascule lorsqu’elle apprend qu’elle a le cancer du sein. Pourtant tout n’est pas perdu, bien au contraire, cette maladie lui ouvrira d’autres horizons et lui fera connaître des personnes très attachantes. Vous trouverez plus d’informations à ce sujet dans une chronique précédente sur ce roman ici.

Réflexions autour du SIDA

« A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie » de Hervé Guibert 

« Le protocole compassionnel » de Hervé Guibert

« L’homme au chapeau rouge » de Hervé Guibert 

Trois tomes d’une trilogie sur le sida. L’auteur est passé maître de l’autofiction, un genre défini sur Wikipedia comme le  « croisement entre un récit réel de la vie de l’auteur et un récit fictif explorant une expérience vécue par celui-ci » .

Hervé Guibert y raconte l’irruption de la maladie dans sa vie personnelle et dans celle de ses proches, ainsi que toutes les conséquences physiques et mentales qui s’en sont suivies à une époque où le sida faisait encore de nombreuses victimes.

Handicaps physiques et différences visibles

« L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » de Nicholas Evans 

Ce récit nous raconte comment une jeune fille a perdu sa jambe dans un accident et comment elle reprend malgré tout goût à la vie.

« Wonder » de R.J. Palacio

L’histoire d’un enfant victime d’une malformation faciale qui doit affronter les autres et sa différence.

« L’art d’écouter les battements de coeur » de Jan-Philipp Sendker

L’histoire remplie d’espoir  à propos de laquelle vous trouverez une chronique précédente en cliquant ici.  Le récit parle de la rencontre de deux êtres qui souffrent d’un handicap physique.

Expérience de paralysie

« Palladium » de Boris Razon

L’auteur est victime du syndrome de Guillain-Barré, une maladie auto-immune du système nerveux, ayant entraîné sa paralysie totale pendant plus d’un mois. Il nous raconte cette expérience brutale dans son roman.

« Le Scaphandre et le papillon » de Jean-Dominique Bauby

Paralysie totale aussi pour l’auteur de ce roman qu’un accident vasculaire plonge brutalement dans le coma. Lorsqu’il en ressort, seul son esprit est encore vivant.  De son corps inerte, le clignement de son oeil gauche lui permettra de communiquer avec le monde. Grâce au mouvement calculé de cet oeil, il parviendra à faire écrire ce roman qui témoigne de cette expérience traumatisante.

Difficultés à vivre avec le diabète

« Dame Langouste » de Amélie Schoendoerffer

Témoignage d’une jeune fille née dans une famille de stars et souffrant de la maladie du diabète. Elle nous livre son expérience d’adolescente en proie avec les affres de la maladie et de son jeune âge, alors qu’elle souhaite seulement vivre « normalement ».

Cécité

« Soleil Noir » de Marie-José Auderset et Claude Lonfat

L’auteur a perdu la vue des suites d’une maladie génétique. Ses deux fils tentent de lui redonner goût à la vie. L’un des deux mourra et l’autre devra affronter la maladie. A son tour, le père aveugle veut rendre hommage à ses fils en écrivant ce roman par l’intermédiaire de la journaliste Marie-José Auderset. Récit bouleversant et plein de courage.

Autisme

« L’Empereur, c’est moi » de Hugo Horiot

En quelques pages, l’auteur nous raconte la souffrance qu’il a vécue comme enfant autiste Asperger. Il se replonge dans les pensées de ses jeunes années (quatre, huit, douze ans) lorsqu’il refusait de parler et se comportait d’une façon qu’autrui considérait comme « étrange », « différente ». Plus d’informations à propos de ce livre dans une chronique précédente que vous trouverez ici.

***

La plupart de ces romans témoignent d’expériences vécues par leur auteur ou par une personne de son entourage. L’authenticité des émotions et des pensées est bien présente, mais qui plus est, le vent de l’espoir souffle sur les mots,  un espoir non pas de guérir, mais de vivre heureux malgré la maladie ou le handicap.

J’espère que ces quelques pistes de lectures vous permettront de trouver un peu de réconfort. Si d’autres romans vous ont aidé(e)s ou ont aidé des proches souffrant d’une maladie ou d’un handicap, n’hésitez pas à m’envoyer une note que je publierai volontiers dans les commentaires ci-dessous.

Une excellente semaine !!!

 

Soi-même – entre l’un et l’autre

Par défaut

Roman "Désorientale" Négar Djavadi

« Désorientale » de Negar Djavadi

Editions Liana Levi 2016 

 

Roman coup de coeur qui mérite bien les différents prix dont il est le lauréat (Prix de l’Autre Monde 2016 – Prix du Style 2016 – Prix Emmanuel-Roblès 2017 – Prix Première 2017 – Prix littéraire de la Porte Dorée 2017 – Prix du Roman News 2017) !

L’auteure Negar Djavadi nous plonge dans l’histoire contemporaine de son pays, l’Iran, au travers du prisme d’une saga familiale, depuis son ancêtre féodal jusqu’à la narratrice, Kimiâ, que le lecteur retrouve dès la première page dans la salle d’attente de l’hôpital Cochin à Paris, et plus exactement au service de PMA (Procréation Médicalement Assistée).

Récit de mémoire, non linéaire et foisonnant

Le récit n’est pas une histoire chronologique de faits, mais se lit en suivant les digressions opérées par la mémoire et les souvenirs de la narratrice qui patiente en attendant sa visite chez son médecin. A la manière d’un conte persan où chaque anecdote s’ouvre sur une autre et se réinvente au gré des conteurs, la narratrice retrace le parcours de sa famille durant le 20e siècle en Iran. Plus particulièrement, elle relate celui de ses parents, opposants politiques à la fois au régime du Shah et à celui de Khomeiny, et qui ont été obligés de s’exiler en France avec leurs trois filles pour survivre.

Lorsqu’on demande à Negar Djavadi quel est le livre qui a changé sa vie dans une interview proposée sur YouTube par La Grande Librairie, elle cite le roman de Salman Rushdie « Les Enfants de Minuit » . Grâce à ce roman baroque et picaresque, elle a appris qu’on pouvait écrire autrement qu’en recourant à la façon linéaire de raconter des histoires. Elle s’en est inspirée pour écrire « Désorientale », un roman sur la mémoire orientale.

« Mais la vérité de la mémoire est singulière n’est-ce pas ? La mémoire sélectionne, élimine, exagère, minimise, glorifie, dénigre. Elle façonne sa propre version des événements, livre sa propre réalité. Hétérogène, mais cohérente. Imparfaite, mais sincère. »

Récit empreint de faits réels, mais non autobiographique

Il ne s’agit pas ici d’un témoignage relatant la vie de l’auteure. Ce n’est donc pas à proprement parler un récit autobiographique. Toutefois, ce roman s’inspire de plusieurs épisodes de sa propre vie : les parents de Negar Djavadi étaient également opposants aux régimes du Shah et de Khomeiny, et tout comme la narratrice Kimiâ, la romancière a dû fuir l’Iran à l’âge de 11 ans avec sa mère et sa soeur à travers les montagnes du Kurdistan pour rejoindre la France.

En outre, le roman retrace des faits marquants de l’histoire de l’Iran au 20e siècle, avec mention des dates et événements clefs. Il nous ouvre d’ailleurs les portes sur une vision de l’histoire de ce pays assez différente de celle relativement tronquée qui nous est rapportée en Europe.

Par exemple, l’évocation de l’époque encore féodale dans laquelle vivait l’arrière-grand-père de la narratrice rejoint une réalité méconnue. L’ancêtre – portant le nom assez comique de Montazemolmolk – vivait avec un harem d’une cinquantaine de femmes au début du 20e siècle !

Identité double ou trouble ?

Sara, la mère de la narratrice, était férue de culture française. Dès leur plus jeune âge, Kimiâ et ses soeurs ont suivi des cours de français. Leur exil en France ne s’apparente pas à un plongeon glacial dans une langue et culture totalement étrangères. Mais malgré tout, elles sont obligées de faire le deuil de leur appartenance persane et iranienne pour adopter une nouvelle vision, celle de l’Europe et de la France. C’est ce que l’auteure appelle la « désintégration », à savoir le chemin suivi par les personnes exilées qui doivent d’abord quitter peu à peu leurs repères culturels pour faire de la place à de nouveaux repères.

« Je suis devenue, comme sans doute tous ceux qui ont quitté leur pays, une autre. Un être qui s’est traduit dans d’autres codes culturels. D’abord pour survivre, puis pour dépasser la survie et se forger un avenir. Et comme il est généralement admis que quelque chose se perd dans la traduction, il n’est pas surprenant que nous ayons désappris, du moins partiellement, ce que nous étions, pour faire de la place à ce que nous sommes devenus. »

« Bientôt, mon prénom ne sera plus prononcé de la même manière, le « â » final deviendra « a » dans les bouches occidentales, se fermant pour toujours. Bientôt, je serai une « désorientale ». »

En raison de son appartenance aux deux cultures et également en raison de son homosexualité qui font d’elle un « être à part » dans les deux camps, la narratrice observe à distance les deux identités culturelles qui la définissent; elle les compare et voit la part sombre et la part lumineuse de chacune d’elles.

Elle identifie notamment les points communs comme l’importance de la maternité et une certaine incompréhension vis-à-vis de l’homosexualité, mais aussi par exemple la façon dont les sociétés écrasent la révolte de leur population respective, en les soumettant habilement au phénomène de l’attente : les gens attendent devant les administrations pour obtenir un visa, mais ils attendent aussi des nuits entières pour obtenir des tickets, le dernier smartphone etc. Ailleurs ils attendent la fin d’une guerre qui ravage leur pays.

Roman bienfaisant ?

A plus d’un titre, je recommande ce roman qui ouvre le débat sur la tolérance envers les étrangers, mais aussi et surtout envers tous ceux qui sont différents de la soi-disant « norme » dans leur façon de parler, de raconter, d’aimer, de fonder une famille, mais aussi d’écrire la petite et la grande histoire.

L’oeuvre regorge de personnages à la fois vibrants de sincérité et hauts en couleurs : j’ai déjà évoqué l’ancêtre, mais il ne faut pas oublier les autres membres de la famille, à commencer par les parents révolutionnaires de la narratrice, Sara et Darius, ainsi que la fratrie paternelle désignée par Oncle Numéro Un, Oncle Numéro Deux, etc., qui malgré cette désignation commune fait référence à des êtres ayant des personnalités propres et bien distinctes les unes des autres.

Le thème de l’identité est bien à l’oeuvre dans ce beau roman, questionné de toutes parts et évoqué de diverses manières. Car la question identitaire ne se pose pas seulement entre nations très éloignées d’un point de vue géographique. On retrouve ce thème aussi dans les différences, même mineures, entre pays voisins. La narratrice nous fait part d’observations très pertinentes à propos des Belges, des Néerlandais qui m’ont beaucoup amusée.

Par ailleurs, la question identitaire prend aussi sa place dans la façon dont nous nous positionnons au sein de la famille face à la maternité, à la vie de couple.

Il est évident qu’adopter des positions différentes ou étranges peuvent attirer des ennuis. Le fait d’aller au-delà de ce qui nous définit dans une identité prédéfinie pour en adopter ou se rapprocher d’une autre constitue toujours un risque ….qu’il est pourtant vital de courir pour éviter de mourir d’ennui…

« On a la vie de ses risques. Si on ne prend pas de risques, on subit. Et si on subit, on meurt, ne serait-ce que d’ennui. » (citation de la grand-mère de Kimiâ)

 

Le choix d’être mère ou non

Par défaut

Et toi tu t'y mets quand ? Myriam Levain

« Et toi tu t’y mets quand ? » Myriam Levain

Editions Flammarion, 2018

Cet ouvrage autobiographique soulève les questions et problèmes rencontrés par les femmes

qui souhaitent s’affranchir des normes imposées par la société en matière de procréation et de maternité.

 

S’affranchir du modèle idéal

Myriam Levain nous raconte son propre parcours médicalisé, tout en mettant en lumière ses questions et celles d’autres femmes face au regard implacable d’une société qui voudrait leur imposer un modèle idéal.

« Nous sommes toutes deux d’accord sur le fait que les modèles féminins qui nous sont montrés depuis l’enfance sont toujours ceux de femmes ayant eu des enfants, comme si notre destin à toutes était inéluctablement d’être enceintes un jour.« 

Souhaitant s’accorder une chance de pouvoir un jour enfanter, la journaliste, qui n’a pas encore eu l’opportunité de devenir mère à 35 ans, décide de congeler ses ovocytes afin de préserver sa fertilité.

Son roman est étoffé de nombreux témoignages qui dévoilent au grand jour un problème trop rarement débattu sur le devant de la scène, à savoir celui de la liberté et du choix féminin en matière de procréation.

 

S’affranchir de l’horloge biologique

« A 20 ans, je répondais que je voulais des enfants, mais plus tard, quand je serais adulte. A 25 ans, je répondais que je voulais des enfants, mais plus tard, quand j’aurais un vrai boulot. A 30 ans, je répondais que je voulais des enfants, mais plus tard, quand j’aurais rencontré le bon mec.
Aujourd’hui, j’ai 35 ans et plus tard, c’est maintenant. »

A l’heure actuelle, les avancées de la médecine permettent de prélever et de congeler des ovocytes lorsque ceux-ci sont encore suffisamment sains pour aboutir à une potentielle grossesse. En effet, à partir de 35 ans, le taux de fertilité d’une femme décline sensiblement.

Dès lors, si pour un tas de raisons qui lui sont propres, une femme décide de retarder le moment de se consacrer à une grossesse et à l’éducation de futurs enfants, elle devrait pouvoir disposer librement de l’opportunité de s’affranchir de son horloge biologique grâce à la médecine….

 

Une démarche médicale pas toujours autorisée

Cependant, la procédure médicale permettant le prélèvement et la congélation des ovocytes n’est pas encore autorisée en France pour les femmes lesbiennes ou les femmes célibataires qui souhaitent  s’accorder un délai supplémentaire avant de donner la vie. Ces femmes doivent donc faire appel à des services pratiqués à l’étranger, comme l’a fait Myriam Levain.

A cette exigence particulièrement pénible pour la population féminine française s’ajoutent toutes les contraintes médicales inhérentes à la procédure, parmi lesquelles une disponibilité à toute épreuve durant un laps de temps déterminé. Le prélèvement d’ovocytes reste une démarche pénible physiquement et mentalement dont la charge est un peu allégée lorsque la loi l’autorise à l’intérieur du pays.

 

Regard de la société

Extrait du roman de Myriam Levain "Et toi tu t'y mets quand ?"

 

Reste à se libérer du regard de la société, ce qui constitue souvent l’une des épreuves les plus difficiles dans une démarche de procréation médicalement assistée, d’autant plus si le pays dans lequel tu vis ne reconnaît pas à la femme le droit de pouvoir décider du moment où elle souhaite enfanter.

 

Avec son roman, Myriam Levain plaide en faveur du droit des femmes de pouvoir disposer librement de leur corps en matière de procréation médicalement assistée, et ceci quelle que soit leur situation maritale ou familiale.

 

Se différencier des normes du genre

 « Plus facile à dire qu’à faire, surtout quand le regard des autres leur rappelle constamment qu’elles n’ont toujours pas coché la case « maman » bien qu’elles aient validé toutes les autres.« 

Prendre une décision qui va à l’encontre de tous les modèles sociaux n’est pas chose facile. Décider d’être mère à quarante ans, vouloir s’engager pleinement dans sa carrière professionnelle et y prendre plaisir avant d’envisager toute future grossesse, voire décider ne pas avoir d’enfants du tout représentent des choix qui ne sont pas encore bien perçus en société, d’autant plus si la société continue de faire peser la grosse partie de la charge parentale sur la mère.

Dans ce contexte, Myriam Levain remet aussi en cause l’égalité hommes-femmes :

« J’ai soudain le sentiment que je vais pouvoir emprunter à mon rythme le chemin de la maternité, quitte à ne jamais l’emprunter du tout :
je ne suis sûre de rien, mais je veux me laisser toutes les possibilités ouvertes.
Exactement comme mes amis hommes pas encore papas« 

 

Conclusion : roman bienfaisant ?

Un ouvrage autobiographique féminin dévoilant un problème qui touche de plus en plus de femmes constitue un véritable soulagement pour celles qui sont confrontées à toutes les questions de procréation à un âge plus avancé que la « normale », mais également à toutes les questions de maternité dans un sens beaucoup plus large.

Myriam Levain nous fait part de son expérience lorsqu’elle décide de s’accorder une chance supplémentaire de pouvoir enfanter un jour. Cette expérience l’a conduite à élargir le débat sur toutes les réflexions concernant le droit pour les femmes de choisir sa place dans la société en tant que mère ou en tant que femme sans enfant.

Il est en effet impératif que change le regard de la société face aux femmes qui ont décidé de ne pas donner naissance à un bébé ou de le faire à un moment plus opportun pour elles, mais qui ne correspond pas forcément aux normes idéales.

Voici en guise de conclusion une petite vidéo sur le roman par Myriam Levain :

 

Le souffle des questions identitaires à travers un roman puissant

Par défaut

« L’Art de perdre »

Alice Zeniter

Editions Flammarion (2017)

 

Lauréat du prix Goncourt des Lycéens en 2017, ce volumineux roman retrace sur trois générations le parcours d’une famille algérienne kabyle.  Naïma, la narratrice remonte le fil de ce récit depuis les années 1930. A cette époque, son grand-père Ali fait fortune avec ses deux frères dans la production d’huile d’olive grâce à la découverte inattendue d’un pressoir.

Les événements historiques mettront peu à peu un terme à la prospérité familiale. Soupçonnée de faire partie de ce que l’on nomme les « harkis » – à savoir les traîtres à la solde de l’armée française – une partie de la famille se verra condamnée à fuir l’Algérie après l’indépendance.

Hamid, le fils aîné de Ali et père de Naïma, découvrira dans son enfance la vie miséreuse des camps qui furent aménagés en France pour les Algériens.  Finalement placée dans une cité H.L.M., la famille tentera de s’adapter à sa nouvelle situation en faisant face à la montée du racisme.

Naïma qui n’a connu que la France, terre d’accueil de sa famille, se heurte au silence de ses parents lorsqu’elle essaie de remonter le fil de son histoire. Elle voudrait se sentir française tout en revendiquant ses racines algériennes. Mais les attentats perpétrés durant la dernière décennie restent encore autant d’obstacles à l’intégration définitive des siens.

A-t-elle définitivement perdu l’Algérie, ce pays qu’elle ne connaît pas et dont elle ne maîtrise ni la langue ni les coutumes ?

Le titre  assez énigmatique « L’Art de perdre » s’inspire d’un poème d’Elizabeth Bishop selon lequel la vie est un apprentissage de la perte à tous les niveaux; il faut pouvoir apprendre à perdre ses clés, sa maison, son pays …

Roman bienfaisant ?

Cette fresque romanesque évoque avec justesse les difficultés liées à l’intégration dans une perspective intimiste qui parlera à beaucoup de monde. Le récit nous rappelle, ou nous fait connaître, les ressentis et les non-dits d’une famille fuyant son pays, génération après génération.

Alice Zeniter dénonce l’emploi des étiquettes comme « harki » ou « musulman ». Dans l’interview ci-après, elle nous confie que l’emploi d’une étiquette peut amputer quelqu’un de toute l’ampleur d’une vie. Parce qu’Ali a combattu pendant la seconde guerre mondiale pour les Français et parce qu’il a dû faire un choix à un moment donné durant la guerre en Algérie, il est taxé de « harki », ce qui entraînera des conséquences irréversibles pour lui et sa descendance.

Je vous recommande ce beau roman, car il éveille les consciences et appelle à la compréhension et à la tolérance. En plus d’être bien écrit et bien documenté au niveau historique, il s’inscrit dans des problématiques actuelles autour de la question identitaire. N’hésitez pas non plus à écouter l’auteur en parler dans l’interview de l’émission La Grande Librairie.

 

 

Difficile de parler du sentiment amoureux

Par défaut

« Le dernier amour d’Attila Kiss » de Julia Kerninon

Editions du Rouergue, 2016

« Le Meilleur des amis » de Sean Rose

Editions Actes Sud, 2017

 

Finalistes du Prix Horizon 2008 récompensant tous les deux ans le meilleur second roman d’un jeune auteur, « Le dernier amour d’Attila Kiss » de Julia Kerninon et « Le Meilleur des amis » de Sean Rose décortiquent tous les deux le thème de l’amour avec force ellipses qui révèlent la qualité flottante et le caractère difficilement descriptible des émotions amoureuses.

Julia Kerninon dévoile les balbutiements d’un rapport amoureux entre un homme d’une cinquantaine d’années issu d’un milieu pauvre de Hongrie et une jeune Autrichienne, fille d’aristocrate. L’auteur évoque l’art de l’amour comme un art de guerre où les parties dévoilent peu à peu leurs stratégies . En toile de fond se démarquent les différences sociales (riche – pauvre) et les différences culturelles (Autriche-Hongrie) qui séparent les protagonistes.

Les différences culturelles apparaissent aussi dans « Le Meilleur des amis », car le narrateur est de mère asiatique et exilée. D’une certaine façon, il trouve le réconfort de sa différence dans l’amitié, et ensuite dans l’amour qu’il entretient avec la promise de son meilleur ami. Amitié, amour et trahison rythment ce récit dont le point de départ est un rendez-vous tardif dans un château bordelais où affluent les souvenirs qui en construisent petit à petit la trame.

 

Romans bienfaisants ?

Le printemps qui nous arrive enfin se décline comme la saison des amours...

Bien que le sentiment amoureux reste difficile à raconter, force est de constater que ces deux auteurs parviennent, chacun avec leur talent propre, à nous en décrire des aspects familiers.

Sean Rose met en scène un décor qui fluctue dans l’espace et dans le temps comme une métaphore des vibrations amoureuses et sentimentales qui traversent l’existence.

La toile de fond historique entre l’Autriche et la Hongrie tissée par Julia Kerninon est prétexte à décrire l’ambivalence de toute relation intime qui se construit.

 

 

 

Ces histoires courtes et magnifiquement tournées mettent des mots sur des émotions amoureuses souvent difficiles à comprendre, à décrire, à vivre. Le décryptage et la reconnaissance de tels sentiments procèdent du caractère bienfaisant de ces lectures.

 

Se reconstruire suite à des blessures familiales…

Par défaut

 

« DELIVRANCES » de Toni Morrison

« God Help the Child » Trad. française par Christine Laferrière

Ed. Christian Bourgeois (2015) – Audiolib (2016)

 

La grande romancière afro-américaine, Toni Morrison (née en 1931 !) a écrit une histoire qui aborde de façon condensée ses thèmes fétiches : le racisme envers les gens de couleur aux USA, l’enfance et la famille, le mal-être et la renaissance grâce à l’amour.

Lorsque Lulla vient au monde, sa couleur très noire choque ses parents mulâtres. Son père quitte le foyer et sa mère l’élève sans véritable amour.  Devenue une belle jeune femme, elle a changé de nom et fait carrière dans les cosmétiques. Un jour, elle décide de réparer une faute commise dans son enfance vis-à-vis d’une personne qu’elle a condamnée à la prison dans le seul but de conquérir l’amour de sa mère. Au même moment, sa relation amoureuse vacille. Son amant Booker tente lui aussi d’échapper aux traumatismes de son enfance…

Les chapitres se succèdent rapidement et entremêlent les points de vue narratifs : celui de Lulla, de son amant Booker, de sa mère, de sa meilleure amie, etc. Le style d’écriture de Toni Morrison contient des ingrédients du « réalisme magique » où certains éléments surnaturels mineurs pénètrent dans la réalité familière. Ainsi par exemple, Lulla voit-elle son corps de femme redevenir celui d’un enfant.

Roman bienfaisant ?

Une vie qui débute sans amour ne peut se racheter que grâce à l’amour, non seulement l’amour qu’on reçoit, mais aussi celui qu’on apprend à donner à autrui. C’est en quelque sorte le message de Toni Morrison. Et son récit en est porteur. La plume originale et succincte de l’auteure sonne juste, le déroulement des pensées des divers protagonistes démontre une vision mâture de l’âme humaine. Ce roman, proche du récit initiatique, s’achève sur une note optimiste bienfaisante.

Ci-dessous l’interview de Christine Laferrière qui a traduit le roman en français et nous parle de cet ouvrage …

 

 

UN NOUVEAU SITE VIENT DE NAÎTRE,

IL S’AGIT DU PENDANT ANGLAIS DE LIREPOURGUERIR

« READTOHEAL« 

Le dernier article parle  du roman de Kathryn Stockett « The Help »
qui évoque aussi le racisme noir/blanc dans la société américaine

Sous le sapin : des romans ADOS bienfaisants

Par défaut

 

Interview exclusive du Père Noël !

Lors d’une interview exclusive, le Père Noël m’a avoué : « Je suis un grand lecteur. Grâce aux livres, je m’évade, je me cultive, j’ouvre mes pensées à autrui, je découvre d’autres perspectives, d’autres façons de voir et de sentir les choses, je me rassure aussi lorsque le livre mets des mots sur des sentiments que j’ai du mal à percer…« .

Après un temps de réflexion, il sourit et dit  « Invitons nos jeunes à découvrir ou à redécouvrir ce plaisir afin qu’ils puissent, eux aussi, profiter des bienfaits de la lecture !« 

De fait, sa hotte magique regorge de petits paquets rectangulaires…

Parmi les livres qu’il conseille tout particulièrement à la jeunesse de 13 ans et plus, j’en retiens quelques-uns, notamment trois ouvrages faisant partie d’une sélection d’oeuvres pour un prix littéraire décerné par un jury d’adolescents : le Prix Farniente.

Ma fille qui participe depuis deux ans à ce jury, a validé le choix du Père Noël.

 

« Quelqu’un qu’on aime » de Séverine Vidal

Matt, jeune père d’une fillette de 18 mois, et son grand-père touché par la maladie d’Alzheimer partent tous les trois en voyage sur les routes à bord d’un grand van. lls acceptent d’emmener avec eux un adolescent en fugue, ainsi qu’une jeune femme qui a décidé de tout plaquer. Le road movie est prétexte pour décortiquer les relations qui se nouent entre les personnages. Un livre drôle, émouvant et plein d’espoir !

Editions Sarbacane (2015) – 288 page

 

« Les petits orages » de Marie Chartres

Rencontre entre un jeune garçon, paralysé à la jambe suite à un accident dont il se sent responsable, et un Indien de la réserve de Pine Ridge. Leur amitié se joue sur l’acceptation de leur fragilité et différence respectives. Cette belle histoire évoque le thème de la culpabilité et la façon d’y remédier en continuant à vivre !

Editions L’Ecole des Loisirs  (2016) – 278 pages 

 

 

« Très vite ou jamais » de Rita Falk

Un accident de moto plonge un adolescent dans le coma. Son meilleur ami Jan lui écrit des lettres dans lesquels il lui décrit les événements de la vie qui s’écoulent durant son absence, dans l’espoir que celui-ci puisse retrouver le fil de son histoire une fois réveillé. Mais plus le temps passe, plus le désespoir gagne les proches de l’adolescent. Ce livre aborde les thèmes de l’amitié, de la loyauté, du deuil.

Editions Magnard (2016) – 224 pages 

 

Quand la pâtisserie donne sens à la vie…

Par défaut

« Les délices de Tokyo » de Durian Sukegawa

Editions Albin Michel (2016) – traduction par Myriam Dartois-Ako

Livre de Poche (2017) – Lauréat du Prix des Lecteurs 2017

Roman adapté au cinéma par Naomi Kawase

 

Au Japon, Sentaro confectionne et vend des dorayakis, une pâtisserie japonaise à base de haricots rouges. Il a accepté ce travail pour rembourser une dette, mais ne prend aucun plaisir à son travail. Un jour, une vieille dame lui propose son aide. Malgré lui, il reconnaît qu’elle a le mérite de réaliser une excellente pâte à dorayakis qui attire de plus en plus de clients, parmi lesquels beaucoup de jeunes étudiantes. La vieille dame tissera des liens d’amitié avec l’une d’entre elles.

Sa façon lente et conscencieuse de préparer la pâte contraint Sentaro à apprendre la patience, l’écoute de l’autre et la puissance des choses simples. Pourtant, la vieille dame cache un lourd secret qui l’obligera à mettre un terme à leur collaboration.

Ce lourd secret, je ne vais pas vous le livrer ici, mais sachez qu’il souligne la peur de la différence et l’intolérance du monde vis-à-vis de cette différence.

Roman bienfaisant ?

Ce récit tout en poésie rappelle le plaisir des petites choses comme la confection d’une pâtisserie ou l’observation de la beauté des feuilles d’un arbre. L’histoire respire cette pleine conscience du temps présent et encourage le lecteur à en profiter également. Cette attitude débordant de générosité a aidé la vieille dame à affronter les pires difficultés que réserve parfois l’existence, notamment face à un deuil ou une séparation, ou encore lorsque le monde se détourne de vous parce que vous portez la marque d’une différence.

Je vous recommande la lecture de ce roman qui a le mérite d' »apaiser » tout en évoquant parfums et saveurs culinaires.

Thème de la différence physique : ce récit soulève des réflexions sur la différence et les conséquences désastreuses qu’elle entraîne dans la vie des personnes concernées.

Thème de la vieillesse : les personnes âgées et malades sont ici des guides spirituels qui communiquent leur sagesse aux plus jeunes.

 

Voici un aperçu du film basé sur ce roman de Durian Sukegawa :

 

 

 

« La Tresse » de vos chroniques littéraires

Par défaut

« La tresse » de Laetitia Colombani

Editions Grasset (2017)

Trois femmes (une « Intouchable » d’Inde, une ouvrière d’Italie et une femme d’affaires du Canada), trois destinées très différentes, trois séries de chapitres qui s’entrecroisent pour aboutir à ce beau roman où, à force de lutter et de persévérer, ces trois femmes vont sans le savoir tisser une tresse qui liera leur destin respectif.

Roman plein d’optimisme dans lequel l’énergie véhiculée par le devenir de ces femmes se transmet par delà le texte à une grande partie du lectorat qui salue l’écriture fluide et agréable de Laetitia Colombani.

Ce récit peut être considéré comme roman bienfaisantcar il transmet une lueur d’espoir et de fraternité tout en racontant l’injustice qui perdure dans nos sociétés et en évoquant la thématique de la différence sociale et culturelle.

Une idée m’est passée par la tête à la lecture de ce roman et de son titre si bien choisi : tresser  un fil entre les nombreuses chroniques relevées sur les blogs WordPress. Car il faut bien le reconnaître, beaucoup d’articles ont été publiés sur ce premier roman de Laetitia Colombani.

J’y ai noté des commentaires très positifs, des avis plus nuancés et quelques points de vue négatifs. Beaucoup de  lectrices (lecteurs?) sont tombées sous le charme de ce roman, d’autres ont trouvé qu’il était un bon roman à lire pour l’été, mais sans plus. Certain(e)s ont mis en évidence une préférence pour une histoire plutôt qu’une autre. Certain(e)s ont trouvé que la psychologie des personnages manquait de profondeur. D’autres encore ont souligné l’optimisme qui se reflète à travers ce récit. Plusieurs ont également souligné le caractère « féministe » de ce récit, caractère par ailleurs réfuté par d’autres lectrices/lecteurs.

Cette multitude d’avis reflète ce que j’ai toujours pensé : il n’existe pas de lecture universelle qui sera perçue de manière identique par tous les lecteurs. Qui plus est, une lecture peut plaire et déplaire à la même personne selon le moment où elle pénètre dans la vie de cette personne.

Quoi qu’il en soit, l’expérience m’a plu et je souhaite mentionner ci-après les liens vers ces divers articles.

 

Des bulles et des mots             /&/&/&/            Brize                    /&/&/&/        La tête en claire

My pretty books      /&/&/&/      Petit pingouin vert

L’ourse bibliophile      /&/&/&/            Pause Earl Grey                /&/&/&/       Mon rêve d’été

Les lectures de Caro      /&/&/&/    Mes échappées livresques

Chronicroqueuse de livres      /&/&/&/        Marie lit en pyjama        /&/&/&/        A livre ouvert

Les tribulations d’une accro à la lecture                 /&/&/&/               Popcorn and Gibberish

Madame Ourse         /&/&/&/           Anouklibrary        /&/&/&/        The Eden of books

Tribulations d’une quinqua                /&/&/&/                              Agathe the book

A la page des livres     /&/&/&/     Lutin rêveur       /&/&/&/     A touch of blue…Marine

Au bordel culturel                  /&/&/&/            La Voleuse de Marque-Pages

Girl kissed by fire        /&/&/&/          Alice, Page 53           /&/&/&/                 Fée moi lire

Carnet parisien        /&/&/&/           BettieRose books

Pepparshoes – Sorbet Kiwi    /&/&/&/    Ma toute petite culture    /&/&/&/   Caroline Doudet (L’Irrégulière)

 

Ma tresse n’est pas terminée…. d’autres chroniques sur ce roman  peuvent s’ajouter à cette série… Désolée par avance pour celles que je n’ai pas remarquées au préalable.

A très bientôt !!!

 

 

Cancre : un destin irrémédiable?

Par défaut

« CHAGRIN D’ECOLE » de Daniel Pennac

Editions Gallimard, 2007 – Version poche chez Folio, 2009

Prix Renaudot en 2007

L’écrivain français Daniel Pennac se base sur sa propre histoire en tant que « mauvais » élève pour décrypter les sentiments et les attitudes affluant autour de ces jeunes cancres qui pratiquent la différence au sein de leur classe, de leur école, de leur famille, voire de la société.

Devenu professeur de littérature, l’auteur reconnaît que son sauvetage s’est opéré grâce à quelques esprits avisés qui ont su lui redonner confiance en lui . »Puis vint mon premier sauveur. Un professeur de français… »

« Car il y avait la lecture. Je ne savais pas, alors, qu’elle me sauverait. »

Ce récit éclairé et bien écrit allie les souvenirs de l’auteur à des réflexions sur l’enseignement, la famille, la société d’hier et celle d’aujourd’hui, l’ère des moyens de communication sophistiqués.

Daniel Pennac n’hésite pas à dévoiler ses trucs pour éveiller l’intérêt de ses élèves, pour leur (re)donner le goût d’apprendre et de s’instruire.

« Le savoir est d’abord charnel. Ce sont nos oreilles et nos yeux qui le captent, notre bouche qui le transmet. Certes, il nous vient des livres, mais les livres sortent de nous. Ca fait du bruit, une pensée, et le goût de lire est un héritage du besoin de dire.« 

Roman bienfaisant ?

Ce roman autobiographique soulève des réflexions justes et pointues sur la situation de nos adolescents, et plus particulièrement sur celle de ceux que l’on qualifie de « cancres » parce qu’ils ne s’adaptent pas aux normes de notre enseignement et de notre société, parce qu’ils sont d i f f é r e n t s.

« La naissance de la délinquance, c’est l’investissement secret de toutes les facultés de l’intelligence dans la ruse. »

Un récit agréable à lire et que je recommande tout particulièrement aux enseignants, ainsi qu’aux parents d’enfants en âge scolaire.