Archives de Catégorie: Thème de la DIFFERENCE

Qu’elle soit physique, sociale ou culturelle, la différence nous isole. Ce problème peut être mis en évidence dans une histoire réelle ou fictive

Quand la pâtisserie donne sens à la vie…

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« Les délices de Tokyo » de Durian Sukegawa

Editions Albin Michel (2016) – traduction par Myriam Dartois-Ako

Livre de Poche (2017) – Lauréat du Prix des Lecteurs 2017

Roman adapté au cinéma par Naomi Kawase

 

Au Japon, Sentaro confectionne et vend des dorayakis, une pâtisserie japonaise à base de haricots rouges. Il a accepté ce travail pour rembourser une dette, mais ne prend aucun plaisir à son travail. Un jour, une vieille dame lui propose son aide. Malgré lui, il reconnaît qu’elle a le mérite de réaliser une excellente pâte à dorayakis qui attire de plus en plus de clients, parmi lesquels beaucoup de jeunes étudiantes. La vieille dame tissera des liens d’amitié avec l’une d’entre elles.

Sa façon lente et conscencieuse de préparer la pâte contraint Sentaro à apprendre la patience, l’écoute de l’autre et la puissance des choses simples. Pourtant, la vieille dame cache un lourd secret qui l’obligera à mettre un terme à leur collaboration.

Ce lourd secret, je ne vais pas vous le livrer ici, mais sachez qu’il souligne la peur de la différence et l’intolérance du monde vis-à-vis de cette différence.

Roman bienfaisant ?

Ce récit tout en poésie rappelle le plaisir des petites choses comme la confection d’une pâtisserie ou l’observation de la beauté des feuilles d’un arbre. L’histoire respire cette pleine conscience du temps présent et encourage le lecteur à en profiter également. Cette attitude débordant de générosité a aidé la vieille dame à affronter les pires difficultés que réserve parfois l’existence, notamment face à un deuil ou une séparation, ou encore lorsque le monde se détourne de vous parce que vous portez la marque d’une différence.

Je vous recommande la lecture de ce roman qui a le mérite d' »apaiser » tout en évoquant parfums et saveurs culinaires.

Thème de la différence physique : ce récit soulève des réflexions sur la différence et les conséquences désastreuses qu’elle entraîne dans la vie des personnes concernées.

Thème de la vieillesse : les personnes âgées et malades sont ici des guides spirituels qui communiquent leur sagesse aux plus jeunes.

 

Voici un aperçu du film basé sur ce roman de Durian Sukegawa :

 

 

 

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« La Tresse » de vos chroniques littéraires

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« La tresse » de Laetitia Colombani

Editions Grasset (2017)

Trois femmes (une « Intouchable » d’Inde, une ouvrière d’Italie et une femme d’affaires du Canada), trois destinées très différentes, trois séries de chapitres qui s’entrecroisent pour aboutir à ce beau roman où, à force de lutter et de persévérer, ces trois femmes vont sans le savoir tisser une tresse qui liera leur destin respectif.

Roman plein d’optimisme dans lequel l’énergie véhiculée par le devenir de ces femmes se transmet par delà le texte à une grande partie du lectorat qui salue l’écriture fluide et agréable de Laetitia Colombani.

Ce récit peut être considéré comme roman bienfaisantcar il transmet une lueur d’espoir et de fraternité tout en racontant l’injustice qui perdure dans nos sociétés et en évoquant la thématique de la différence sociale et culturelle.

Une idée m’est passée par la tête à la lecture de ce roman et de son titre si bien choisi : tresser  un fil entre les nombreuses chroniques relevées sur les blogs WordPress. Car il faut bien le reconnaître, beaucoup d’articles ont été publiés sur ce premier roman de Laetitia Colombani.

J’y ai noté des commentaires très positifs, des avis plus nuancés et quelques points de vue négatifs. Beaucoup de  lectrices (lecteurs?) sont tombées sous le charme de ce roman, d’autres ont trouvé qu’il était un bon roman à lire pour l’été, mais sans plus. Certain(e)s ont mis en évidence une préférence pour une histoire plutôt qu’une autre. Certain(e)s ont trouvé que la psychologie des personnages manquait de profondeur. D’autres encore ont souligné l’optimisme qui se reflète à travers ce récit. Plusieurs ont également souligné le caractère « féministe » de ce récit, caractère par ailleurs réfuté par d’autres lectrices/lecteurs.

Cette multitude d’avis reflète ce que j’ai toujours pensé : il n’existe pas de lecture universelle qui sera perçue de manière identique par tous les lecteurs. Qui plus est, une lecture peut plaire et déplaire à la même personne selon le moment où elle pénètre dans la vie de cette personne.

Quoi qu’il en soit, l’expérience m’a plu et je souhaite mentionner ci-après les liens vers ces divers articles.

 

Des bulles et des mots             /&/&/&/            Brize                    /&/&/&/        La tête en claire

My pretty books      /&/&/&/      Petit pingouin vert

L’ourse bibliophile      /&/&/&/            Pause Earl Grey                /&/&/&/       Mon rêve d’été

Les lectures de Caro      /&/&/&/    Mes échappées livresques

Chronicroqueuse de livres      /&/&/&/        Marie lit en pyjama        /&/&/&/        A livre ouvert

Les tribulations d’une accro à la lecture                 /&/&/&/               Popcorn and Gibberish

Madame Ourse         /&/&/&/           Anouklibrary        /&/&/&/        The Eden of books

Tribulations d’une quinqua                /&/&/&/                              Agathe the book

A la page des livres     /&/&/&/     Lutin rêveur       /&/&/&/     A touch of blue…Marine

Au bordel culturel                  /&/&/&/            La Voleuse de Marque-Pages

Girl kissed by fire        /&/&/&/          Alice, Page 53           /&/&/&/                 Fée moi lire

Carnet parisien        /&/&/&/           BettieRose books

Pepparshoes – Sorbet Kiwi    /&/&/&/    Ma toute petite culture    /&/&/&/   Caroline Doudet (L’Irrégulière)

 

Ma tresse n’est pas terminée…. d’autres chroniques sur ce roman  peuvent s’ajouter à cette série… Désolée par avance pour celles que je n’ai pas remarquées au préalable.

A très bientôt !!!

 

 

Cancre : un destin irrémédiable?

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« CHAGRIN D’ECOLE » de Daniel Pennac

Editions Gallimard, 2007 – Version poche chez Folio, 2009

Prix Renaudot en 2007

L’écrivain français Daniel Pennac se base sur sa propre histoire en tant que « mauvais » élève pour décrypter les sentiments et les attitudes affluant autour de ces jeunes cancres qui pratiquent la différence au sein de leur classe, de leur école, de leur famille, voire de la société.

Devenu professeur de littérature, l’auteur reconnaît que son sauvetage s’est opéré grâce à quelques esprits avisés qui ont su lui redonner confiance en lui . »Puis vint mon premier sauveur. Un professeur de français… »

« Car il y avait la lecture. Je ne savais pas, alors, qu’elle me sauverait. »

Ce récit éclairé et bien écrit allie les souvenirs de l’auteur à des réflexions sur l’enseignement, la famille, la société d’hier et celle d’aujourd’hui, l’ère des moyens de communication sophistiqués.

Daniel Pennac n’hésite pas à dévoiler ses trucs pour éveiller l’intérêt de ses élèves, pour leur (re)donner le goût d’apprendre et de s’instruire.

« Le savoir est d’abord charnel. Ce sont nos oreilles et nos yeux qui le captent, notre bouche qui le transmet. Certes, il nous vient des livres, mais les livres sortent de nous. Ca fait du bruit, une pensée, et le goût de lire est un héritage du besoin de dire.« 

Roman bienfaisant ?

Ce roman autobiographique soulève des réflexions justes et pointues sur la situation de nos adolescents, et plus particulièrement sur celle de ceux que l’on qualifie de « cancres » parce qu’ils ne s’adaptent pas aux normes de notre enseignement et de notre société, parce qu’ils sont d i f f é r e n t s.

« La naissance de la délinquance, c’est l’investissement secret de toutes les facultés de l’intelligence dans la ruse. »

Un récit agréable à lire et que je recommande tout particulièrement aux enseignants, ainsi qu’aux parents d’enfants en âge scolaire.

« Toute la lumière que nous ne pouvons voir »

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« Toute la lumière que nous ne pouvons voir »

de Anthony Doerr

(« All the light we cannot see » – 2014 USA)

Editeurs francophones : Albin Michel (2015 – 600 p.) – Livre de Poche (2016 – 704 p.)

et Audiolib (2015)

Lauréat de plusieurs prix dont le Prix Pulitzer de la Fiction en 2015, le roman de Anthony Doerr nous emporte dans les tourments de la seconde guerre mondiale en suivant le cheminement de deux adolescents appartenant chacun au camp opposé : une Française, Marie-Laure, aveugle depuis l’enfance, qui fuit Paris avec son père pour se réfugier chez son grand-oncle, et un Allemand, Werner, orphelin doué et autodidacte que l’on envoie oeuvrer dans les armées d’Hitler pour mettre fin à la Résistance.

Les routes de ces deux adolescents « lumineux » vont se croiser à Saint-Malo vers la fin de la guerre, à l’époque où les bombardements détruiront une grande partie de la ville. Entre-temps, ils auront tous les deux croisé les forces du mal et celles du bien, mais se laisseront guider par la lumière de ces dernières.

Le titre du roman fait référence à la question d’un professeur qui donne des cours  à la radio juste avant le début de la guerre. Ces cours sont suivis secrètement et avec attention par Werner et sa soeur. Le professeur se demande « comment se fait-il, les enfants, que le cerveau, qui ne bénéficie d’aucune source lumineuse, édifie pour nous un monde plein de lumière ? »

« So how, children, does the brain, which lives without a spark of light, build for us a world so full of light? « 

Le talent de l’auteur sera de démontrer la victoire de la bonté humaine, cette lumière, dans un monde subissant l’enfer et les ténèbres de la guerre.

Roman bienfaisant ?

Véritable coup de coeur, le récit de Anthony Doerr nous transporte au milieu d’une époque qui s’éloigne peu à peu de nos mémoires, mais qu’il ne faut surtout pas oublier pour éviter qu’elle ne se renouvelle : une époque grise, violente, bestiale, sans retenue, où les plus courageux, ceux qui osent se rebeller contre le pouvoir en place, semblent perdre la partie. Mais sont-ils vraiment des perdants ?

Parmi eux, une aveugle et un orphelin désemparé réussissent à se libérer des chaînes de leur époque et des a priori de leur nationalité pour suivre leur conscience, leur voix intérieure.

« Même les heures les plus sombres ne pourront jamais détruire toute la beauté du monde »

 Ce livre revisite l’histoire sans parti pris et met à l’honneur le courage des plus faibles face à la cruauté et à l’injustice ambiantes.

Lisez, lisez…. soyez liseur !

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« Le liseur du 6h27 »

Jean-Paul Didierlaurent

Ed. Au Diable Vauvert (2014), puis chez Gallimard en poche (Folio) et en audio (Ecoutez lire)

Mon coup de coeur pour finir l’année 2016 en beauté !

« Se fondre dans le paysage jusqu’à se renier soi-même pour rester un ailleurs jamais visité.« 

Guylain Vignolles est affublé d’un nom difficile à porter : l’inversion des premières lettres est presque instantané… cet handicap qui tend à souligner sa différence lui a valu de rester « à l’écart » et de vivre seul avec un poisson rouge.  Il travaille dans une usine où règne la monstrueuse Chose, appelée aussi la « Zerstor » machine, mot germanique qui se réfère à une notion de destruction violente. Cette « Zerstor » pulvérise les vieux livres afin d’en extraire de la pâte à papier.

Pour se rendre à son poste de travail, Guylain prend le train de 6h27. Tous les jours à cette même heure, il lit tout haut les pages sauvées des griffes de la machine, des pages extraites de toutes sortes d’ouvrages… Sa passion pour les mots, il la partage avec d’autres personnes esseulées qui, comme lui, vivent un peu en marge de la société : un gardien excentrique qui ne parle qu’en alexandrins, un ancien collègue dont la Zerstor a broyé les jambes, des personnes âgées, une dame-pipi écrivain…

Si vous avez apprécié le film « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain« , vous aimerez ce roman qui lui ressemble. Ici aussi, le récit est servi par une narration aux apparences légères pour relater des expériences difficiles : handicap, vieillesse, marginalité, solitude et surtout différence sociale.

(Tiens, tiens, le liseur de l’édition Ecoutez lire est Dominique Pinon, acteur du film précité… un hasard?).

« Le liseur du 6h27 » est une histoire fraîche et tendre, un brin naïve et totalement bienveillante que je vous conseille vivement pour finir l’année 2016 en beauté.

Il s’agit d’un récit bienfaisant  qui vous réchauffe le coeur  en mettant à l’honneur les mots, l’écriture, les livres.

Outre cette mise en avant de la passion des mots, nous pouvons également y voir une dénonciation des systèmes d’oppression qui pratiquent la censure sur le monde de la littérature, ainsi qu’une dénonciation de nos systèmes de consommation qui réduisent le livre à un simple objet de consommation à jamais recyclable.

Pourtant, vous le savez autant que moi, le livre est bien plus qu’un simple objet, il renferme une histoire capable de nous apprendre à mieux vivre, à mieux se positionner dans le monde, à mieux comprendre autrui et soi-même, une histoire qui peut nous aider à guérir

Vivre avec sa folie « En attendant Bojangles » de Olivier Bourdeaut

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Olivier Bourdeaut

« En attendant Bojangles »

de Olivier Bourdeaut

Editions Finitude, 2015 (159 pages)

La fin de l’été approche, ressentez-vous comme moi une certaine nostalgie des bons moments passés durant cette période ?

Le roman de Olivier Bourdeaut se prête bien à cette humeur automnale….

« Mister Bojangles » est le titre d’une chanson de Nina Simone (1933-2003), pianiste, chanteuse et compositrice américaine, sur laquelle dansaient constamment les parents du narrateur de l’histoire.

Ce beau récit nous plonge dans les souvenirs du fils unique d’un couple un peu fou qui avait choisi de vivre en marge de toutes les conventions et de la soi-disant normalité. Son enfance et son éducation ne se déroulent pas comme celles des autres enfants. Ce ne sont pas les devoirs et l’école qui rythment son quotidien, mais les fêtes et les voyages. L’animal de compagnie de la famille n’est pas un chat ou un chien, mais un oiseau exotique nommé « Mademoiselle Superfétatoire » qui erre en toute liberté dans leur appartement. Pourtant le bonheur est là et il ne manque de rien.

« Je ne pouvais pas regretter cette douce marginalité, ces pieds de nez perpétuels à la réalité , ces bras d’honneur aux conventions , aux horloges , aux saisons; ces langues tirées aux qu’en dira t on. »

« Comment font les autres enfants pour vivre sans mes parents ?« 

Le récit du fils est entrecoupé  par celui de son père qui raconte comment il est tombé sous le charme de son épouse.

« Le temps d’un cocktail, d’une danse, une femme folle et chapeauté d’ailes, m’avait rendu fou d’elle en m’invitant à partager sa démence« 

Jusqu’au jour où la folie de cette jolie dame fait un trop grand écart… le diagnostic tombe de façon implacable : elle est bipolaire…

Roman bienfaisant ?

Ce roman met à l’honneur la douce folie. Encore faut-il gérer cette folie et ne pas la laisser prendre le dessus pour éviter que la tragédie ne vous rattrape. Le roman est bienfaisant dans le sens où leur délire, et surtout celui de la mère, n’est pas décrit comme une maladie, mais comme une joie de vivre pleinement dans une sorte de constante insouciance. Le lecteur ne donnera pas raison à cette vie de folie, mais il ne pourra pas s’empêcher de lui trouver un certain charme.

 

Sortir du conflit intergénérationnel avec « Un fils en or » de Shilpi Somaya Gowda

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« Un fils en or » de Shilpi Somaya Gowda

Editions Mercure de France, 2016

Traduit de l’anglais par Josette Chicheportiche

Un beau roman dont on entend à juste titre beaucoup de bien et qui met en évidence plusieurs thèmes parmi lesquels les conflits culturels et intergénérationnels.

L’histoire 

Originaire d’une famille terrienne prospère, fortement ancrée dans les valeurs traditionnelles et ancestrales, Anil, un jeune Indien est contraint de quitter son pays pour poursuivre ses études de médecine aux Etats-Unis d’Amérique.

Après le décès de son père et bien qu’il soit éloigné du foyer familial, il lui incombe, en tant qu’aîné de sa fratrie, des obligations qu’il jugera parfois trop lourdes à supporter.

Pour le jeune Anil commence une longue aventure parsemée d’embûches (choc des cultures, racisme) et de rencontres – bonnes et mauvaises –  qui l’amèneront à faire la part des choses en adoptant les meilleurs atouts proposés par son pays natal et son pays d’adoption.

En parallèle avec l’histoire du jeune homme se déploie également le récit du destin tragique de Leena, la fille d’un pauvre métayer qui a partagé son enfance avec Anil. Appartenant à la gente féminine, ainsi qu’à une caste inférieure, Leena doit suivre la volonté de ses parents et s’unir avec celui qu’ils ont choisi pour elle. Pourtant elle ne sera ni aimée, ni respectée dans sa belle-famille et devra subir toutes sortes d’humiliations pour ne pas couvrir ses parents de honte et de déshonneur.

 Histoire bienfaisante ?

Le récit est porteur d’espoir malgré les difficultés rencontrées par les deux jeunes gens, malgré les conflits entre générations aussi bien en Inde qu’aux USA, malgré les conflits entre la modernité et les traditions, entre la culture indienne ancestrale et la culture américaine capitaliste. Comment faire plaisir à ses parents tout en suivant sa propre voie ? Comment concilier les pratiques ancestrales avec les besoins d’un monde en pleine évolution ? 

  est une histoire très agréable à lire et met en lumière le courage des gens qui doivent affronter leurs traditions et leur famille  pour accéder au bonheur et/ou qui ont dû se familiariser avec une culture inconnue.

 

Tous METIS, cela devrait nous rendre plus SAGES « Métissages 100% » de Altay Manço

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« Métissages 100% » de Altay Manço

publié aux éditions l’Harmattan

Durant le mois de mars, la bibliothèque de notre ville proposait la lecture de ce roman en vue d’une rencontre avec son auteur, Altay Manço, docteur en psychologie et directeur scientifique de l’Institut de Recherche Formation et Action sur les Migrations (IRFAM).

Récit : Il démarre sur la croisée de deux parcours de vie totalement différents : celui d’une jeune fille issue de l’immigration turque ayant quitté sa famille traditionaliste pour faire carrière dans la mode et celui d’un professeur d’histoire et de langue orientales en plein divorce qui tente de remettre de l’ordre dans sa vie. Ce dernier ne refusera pas l’aide que lui demande la jeune fille et se verra entraîné dans une histoire rocambolesque, mais ponctuée de réflexions sur le thème de l’immigration, du conflit interculturel entre générations, de l’identité individuelle et géopolitique.

Objectif de l’auteur : Discours et rencontre avec Altay Manço.

L’auteur a mis plusieurs années avant de finaliser son roman dont l’objectif était de nourrir la réflexion sur le thème de la construction identitaire auprès des travailleurs sociaux, des écoles et du large public. Selon l’auteur, l’identité ne repose sur rien de vraiment concret, pourtant elle est souvent utilisée à des fins malheureuses après avoir subi une sorte de « sacralisation injustifiée ». C’est au nom d’une identité (religieuse, culturelle…) que les gens se détestent et s’entretuent.

Or nous sommes tous des gens issus du métissage, nous sommes tous des « métis », et le fait de le reconnaître devrait nous rendre plus « sages », nous confie l’auteur pour expliquer le choix de son titre.

Altay Manço a placé son histoire sur deux rails,

  • un rail psychologique où la psychologie de l’identité est analysée au sein de la famille, du couple et
  • un rail géopolitique où l’identité est scrutée sous la loupe des négociations entre la Turquie et l’Union Européenne.

Le débat identitaire individuel devient un miroir pour le débat identitaire géopolitique.

Ses trucs : « Pour parler à l’autre, il faut parler de l’autre« . Etant lui-même issu de l’immigration turque, Altay Manço parle des problèmes rencontrés par une famille turque. Il montre que, tout comme les Européens, les immigrés ressentent également la peur de l’autre et se réfugient derrière leur « identité ».

Quant à la forme, l’auteur a choisi un style qui se rapproche des séquences cinématographiques, beaucoup de dialogues, des petits chapitres dont la numérotation fait penser au pourcentage d’un téléchargement vidéo…50%, 55%, 60%, …

Roman bienfaisant ?

En ces temps difficiles où les récents événements dramatiques peuvent engendrer des idées de racisme, d’intolérance et de repli sur soi,  ce récit, écrit sous la forme d’une comédie romantique, nourrit notre réflexion sur le phénomène de la migration et la définition même du sentiment d’identité.

Malgré les implications du thème abordé, la lecture reste fluide et agréable, ce qui ne gâche pas le plaisir de la lecture.

 Altay Manco

LA LIBERTE DU SILENCE « Le silence de la mer » de Vercors

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« Le silence de la mer » de Vercors

Jean Bruller, l’auteur de cette nouvelle emblématique, est né à Paris le 26 février 1902 (voici donc tout juste 114 ans aujourd’hui!).

Il fonde avec  Pierre de Lescure une maison d’édition clandestine et publie le 20 février 1942, sous le pseudonyme de Vercors, la nouvelle « Le silence de la mer » .

Le récit se déroule durant l’occupation en France. Un vieil homme et sa nièce sont obligés d’héberger un officier allemand. Celui-ci se présente comme un homme courtois et cultivé aimant la musique et la littérature. En soirée, il les rejoint près de la lumière du feu de cheminée et affronte poliment jour après jour le silence « de résistance » de ses hôtes. Il leur confie, dans une sorte de monologue, sa vive admiration pour la culture française et son souhait d’union spirituelle avec la culture allemande. Mais un voyage à Paris lui fait comprendre les véritables intentions de sa propre armée. Totalement désillusionné et déçu, mais ne voulant pas désobéir à ses supérieurs, il décide de rejoindre le front.

Cher lecteur, vous trouverez un grand nombre d’analyses et d’interprétations de cette nouvelle sur le net. A titre d’exemple, je vous envoie vers ce lien qui étudie le motif de la bibliothèque en tant qu' »espace symbolique » de la culture.

« – Où est la différence entre un feu de chez moi et celui-ci ? Bien sûr le bois, la flamme, la cheminée se ressemblent. Mais non la lumière. Celle-ci dépend des objets qu’elle éclaire, – des habitants de ce fumoir, des meubles, des murs, des livres sur les rayons… »

Le silence est le thème récurrent de la nouvelle, un silence de « résistance » de la part des hôtes qui refusent l’obole d’un seul mot à l’officier allemand durant les nombreuses soirées passées ensemble. Ce silence de résistance, l’officier allemand le respecte et le considère comme très digne, malgré l’hostilité qu’il convie. Il symbolise aussi un espace de liberté où s’exprime l’esprit universel de la pensée humaine loin des divergences du monde extérieur.

L’auteur met l’accent sur les gestes, les mimiques, le décor pour faire passer un message d’humanité. C’est précisément cette humanité, sans aucune trace de manichéisme (à une époque qui pourtant le revendiquait), qui reste dans les mémoires et transcende le récit.

Nouvelle bienfaisante ?

« Le silence de la mer » figure parmi les nouvelles qui m’ont le plus marquée et dont je garde un souvenir réconfortant parce qu’elle  place ses espoirs dans notre humanité au travers sa soif d’art et de culture et son désir de partage et de communion  par-delà les différences et les conflits. La mise en scène et l’ambiance sont décrites avec talent et une belle place y est réservée à la littérature.

N.B. « Le silence de la mer » fait partie du recueil éponyme mentionné ci-dessus. Vous y trouverez d’autres nouvelles du même auteur faisant également référence à la seconde guerre mondiale en France.

 

 

Surprenant parallèle sur le thème de la différence « Le garçon incassable» de Florence Seyvos

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« Le garçon incassable » de Florence Seyvos

Couronné par le Prix Renaudot du livre de poche 2014, le roman de Florence Seyvos enchante autant qu’il émeut.

L’auteur met en parallèle deux histoires de vie dont le fil rouge est la différence physique exposée aux yeux du monde.

En retraçant la vie du célèbre Buster Keaton, devenu l’un des pionniers du cinéma, la narratrice se remémore les jeunes années de son frère adoptif, Henri, handicapé physique et mental.

Alors que le père d’Henri tentait de rééduquer ce dernier avec des moyens éprouvants pour l’aider à devenir autonome, Buster Keaton, pour sa part, avait été utilisé très jeune par son père comme souffre douleur (ou « objet volant ») à des fins de spectacle.

Nous ne pouvons que nous incliner face à ces deux figures humaines dont l’enfance est marquée par la résistance stoïque à une certaine forme de « violence physique » et qui ont malgré tout réussi à se redresser sans « casser ».

Histoire bienfaisante ?

Il s’agit d’un très beau roman, raconté avec douceur, subtilité et une touchante cocasserie. Le regard du lecteur est attiré non pas sur la différence en tant que telle, mais sur la violence qu’engendre cette différence.

« Les légendes servent à mettre en valeur la vérité en dégageant l’essentiel du tissu parfois peu lisible de l’existence. »

En cliquant ici, vous pourrez lire plusieurs articles sur ce roman paru aux éditions Cercle Points; j’ai moi-même écrit l’un de ces articles lorsque j’étais jurée pour le prix des lecteurs 2015 chez Points.