Archives de Catégorie: Thème du SENTIMENT D’INJUSTICE

Certains livres nous aident à recouvrir l’estime de soi

Autobiographies qui font réfléchir

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« Le Son du Silence » de H.J. Lim

(Albin Michel, 2016 et Le Livre de Poche, 2018)

« Le Journal de Myriam » de Myriam Rawick

(Fayard, 2017 et Le Livre de Poche, 2018)

 

Cette année, j’ai la chance de participer au jury du prix des lecteurs du Livre de Poche dans une toute nouvelle catégorie, celle des « Documents et Essais ».

Parmi les 7 ouvrages sélectionnés, deux témoignages ont retenu mon attention parce qu’ils racontent le parcours difficile et atypique de jeunes adolescentes de notre époque.

« Le son du silence » relate à la première personne le destin d’une enfant prodige sud-coréenne qui quitte ses parents et son pays à l’âge de douze ans pour poursuivre ses études de piano en France. Lorsqu’elle s’envole depuis l’aéroport de Séoul en 1999, elle ne parle pas un mot de français. Elle devra surmonter épreuves, humiliations et jalousies avant d’obtenir enfin la reconnaissance internationale de son talent musical. Elle fera aussi de belles rencontres et se laissera guider et inspirer par la spiritualité du bouddhisme.

« Le journal de Myriam » est celui d’une enfant vivant en Syrie, à Alep entre 2011 et 2017. Myriam a sept ans en 2012 lorsque débutent les premiers tirs, puis les bombes, les restrictions, les départs forcés, la disparition d’êtres chers. Au fil des semaines et des mois, Myriam raconte le quotidien de sa famille obligée de vivre sous le joug de la peur et le poids des restrictions.

 

De ces deux ouvrages et des voix qui les portent émane pourtant une force sereine puisée soit dans les petits gestes du quotidien pour Myriam, soit dans l’inébranlable foi en la puissance de la musique pour Lim.

L’injustice dont elles souffrent chacune à titre différent ne leur enlèvera pas leur générosité, car elles n’hésitent pas à venir en aide à ceux qui en subissent encore davantage les outrances.

De leur ouvrage respectif se manifeste une puissante volonté d’utiliser les mots pour témoigner de leur destin.

Romans bienfaisants ?

Bien que racontant des parcours très différents, ces ouvrages autobiographiques représentent tous deux une belle leçon de vie et de courage !

  • Pour Lim, la persévérance et le courage de s’approprier son destin malgré l’exil qui en découle et les nombreuses difficultés  
  • Pour Myriam, la grande capacité de résilience et le courage de faire face au sort tragique et inexorable issu des affres de la guerre 

 

 

 

 

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Le « silence » peut tuer

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« Majda en août »

Samira Sedira

Editions du Rouergue (2016)

 

Majda est la seule fille au sein d’une famille maghrébine qui compte plusieurs garçons. Ses capacités intellectuelles lui promettent un bel avenir, mais au seuil de l’adolescence, certains amis de l’aîné de ses frères lui font subir un traumatisme que sa famille jugera bon de dissimuler sous silence.

Le poids de ce silence et de ces non-dits auront raison de l’état mental et psychique de Majda. A l’âge de 45 ans, elle se réfugie chez ses parents et remonte le fil de ses souvenirs.

Roman bienfaisant ?

Ce roman fait partie des six finalistes du Prix Horizon du deuxième roman organisé par la ville de Marche-en-Famenne (Belgique) et présidé par l’écrivain Armel Job.

Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié « Majda en août », car le roman dégage une puissance évocatrice ancrée dans une réalité qui se rencontre dans tous les milieux, à commencer par le milieu familial.

Le style succinct, et peut-être expressément froid – malgré la chaleur du mois d’août ! –  de ce roman contribue à démontrer tout ce que le silence peut engendrer comme malheur, surtout au sein d’une famille. Les non-dits et le fait de ne pas reconnaître une personne en tant que victime constituent une sérieuse entrave à sa guérison et à un espoir d’épanouissement futur.

Alors roman bienfaisant ? Oui oui grâce aux réflexions qu’il suscite. La fin ne laisse pas indifférent, au contraire, elle contrarie le lecteur, et c’est tant mieux.

Car cette contrariété est peu de chose face à celle que doit éprouver Majda…

Majda a acquis un don d’empathie qui l’a incitée à exercer une activité sociale. Elle retrouve dans les livres l’écho de son malheur :

« Majda avait un don absolu pour comprendre le malheur, et cela dès l’adolescence. Les livres qu’elle dévorait fourmillaient d’histoires malheureuses. Il y avait toujours, dans un livre, l’évocation de sa propre histoire, la preuve que l’humanité partage les mêmes maux, la même désolation, la même impuissance à consoler ses peines. Il y avait toujours dans un livre, un mot, une phrase, quelque chose qui la réconciliait avec cette impuissance.« 

 

 

« La Tresse » de vos chroniques littéraires

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« La tresse » de Laetitia Colombani

Editions Grasset (2017)

Trois femmes (une « Intouchable » d’Inde, une ouvrière d’Italie et une femme d’affaires du Canada), trois destinées très différentes, trois séries de chapitres qui s’entrecroisent pour aboutir à ce beau roman où, à force de lutter et de persévérer, ces trois femmes vont sans le savoir tisser une tresse qui liera leur destin respectif.

Roman plein d’optimisme dans lequel l’énergie véhiculée par le devenir de ces femmes se transmet par delà le texte à une grande partie du lectorat qui salue l’écriture fluide et agréable de Laetitia Colombani.

Ce récit peut être considéré comme roman bienfaisantcar il transmet une lueur d’espoir et de fraternité tout en racontant l’injustice qui perdure dans nos sociétés et en évoquant la thématique de la différence sociale et culturelle.

Une idée m’est passée par la tête à la lecture de ce roman et de son titre si bien choisi : tresser  un fil entre les nombreuses chroniques relevées sur les blogs WordPress. Car il faut bien le reconnaître, beaucoup d’articles ont été publiés sur ce premier roman de Laetitia Colombani.

J’y ai noté des commentaires très positifs, des avis plus nuancés et quelques points de vue négatifs. Beaucoup de  lectrices (lecteurs?) sont tombées sous le charme de ce roman, d’autres ont trouvé qu’il était un bon roman à lire pour l’été, mais sans plus. Certain(e)s ont mis en évidence une préférence pour une histoire plutôt qu’une autre. Certain(e)s ont trouvé que la psychologie des personnages manquait de profondeur. D’autres encore ont souligné l’optimisme qui se reflète à travers ce récit. Plusieurs ont également souligné le caractère « féministe » de ce récit, caractère par ailleurs réfuté par d’autres lectrices/lecteurs.

Cette multitude d’avis reflète ce que j’ai toujours pensé : il n’existe pas de lecture universelle qui sera perçue de manière identique par tous les lecteurs. Qui plus est, une lecture peut plaire et déplaire à la même personne selon le moment où elle pénètre dans la vie de cette personne.

Quoi qu’il en soit, l’expérience m’a plu et je souhaite mentionner ci-après les liens vers ces divers articles.

 

Des bulles et des mots             /&/&/&/            Brize                    /&/&/&/        La tête en claire

My pretty books      /&/&/&/      Petit pingouin vert

L’ourse bibliophile      /&/&/&/            Pause Earl Grey                /&/&/&/       Mon rêve d’été

Les lectures de Caro      /&/&/&/    Mes échappées livresques

Chronicroqueuse de livres      /&/&/&/        Marie lit en pyjama        /&/&/&/        A livre ouvert

Les tribulations d’une accro à la lecture                 /&/&/&/               Popcorn and Gibberish

Madame Ourse         /&/&/&/           Anouklibrary        /&/&/&/        The Eden of books

Tribulations d’une quinqua                /&/&/&/                              Agathe the book

A la page des livres     /&/&/&/     Lutin rêveur       /&/&/&/     A touch of blue…Marine

Au bordel culturel                  /&/&/&/            La Voleuse de Marque-Pages

Girl kissed by fire        /&/&/&/          Alice, Page 53           /&/&/&/                 Fée moi lire

Carnet parisien        /&/&/&/           BettieRose books

Pepparshoes – Sorbet Kiwi    /&/&/&/    Ma toute petite culture    /&/&/&/   Caroline Doudet (L’Irrégulière)

 

Ma tresse n’est pas terminée…. d’autres chroniques sur ce roman  peuvent s’ajouter à cette série… Désolée par avance pour celles que je n’ai pas remarquées au préalable.

A très bientôt !!!

 

 

Anorexie et culpabilité familiale … SOBIBOR…

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« SOBIBOR » de Jean Molla

Editions Gallimard Jeunesse (2003)

version poche chez Folio (2011)

 

« Sobibor« , dont le titre fait référence à un camp d’extermination durant la seconde guerre mondiale, est un roman pour la jeunesse, écrit de façon à ménager les effets sur le jeune lectorat qui peut ainsi prendre plus facilement du recul face aux thématiques abordées.

En effet, le récit se veut polyphonique : deux points de vue s’y succèdent en alternance, celui d’une jeune fille de notre époque souffrant d‘anorexie et celui d’un  ancien collaborateur des SS qui raconte son expérience en tant que membre organisateur d’un camp de concentration nazi.

Résumé de l’intrigue

Emma, la narratrice, est une adolescente anorexique. Son récit débute lorsqu’elle commet un délit de vol. Elle nous raconte sa maladie et revient sur les événements qui l’ont provoquée. Une nuit, elle a surpris sa grand-mère prononçant dans son sommeil d’étranges mots comme « Sobibor ».   L’adolescente suspecte un terrible secret en découvrant l’origine du mot « Sobibor ». Après le décès de sa grand-mère, elle tombe par hasard sur le journal intime d’un certain Jacques, ancien collaborateur français à la solde de l’Allemagne nazie et chargé de veiller au bon fonctionnement du camp « Sobibor ».

Je n’en dirai pas plus …

Roman pour la jeunesse

Un cours en ligne très intéressant sur la littérature de jeunesse (que je recommande vivement à tous les amateurs du genre lorsque ce cours en ligne sera proposé une seconde fois) m’a permis de détecter dans ce roman des caractéristiques propres à la littérature de jeunesse, notamment

  • des remarques explicatives concernant des faits ou personnages historiques du 20ème siècle, ainsi que la traduction de termes polonais ou allemands.
  • le JE narrateur aussi bien du point de vue de l’héroïne adolescente qui est la narratrice principale, que du point de vue du collaborateur SS qui raconte son récit dans un journal intime
  • un récit polyphonique, avec une perspective principale juvénile et une certaine distanciation dans le temps (journal intime datant de plus de 50 ans),
  • l’auteur n’entre pas dans les détails trop sordides

Roman bienfaisant ?

L’extermination des Juifs par les nazis y est relatée par le prisme des « méchants », chose moins courante, mais qui rend l’approche intéressante et soulève des réflexions sur le sens de la culpabilité et de la responsabilité dans les atrocités commises.

La Shoah est abordée par le biais de l’anorexie dont souffre la narratrice adolescente, ce qui crée un parallèle visuel entre les corps décharnés des prisonniers des camps nazis et ceux des personnes anorexiques.

Très beau roman, plein de mérites et qui plaira à tout public. L’évocation de sujets lourds, comme l’anorexie et les camps de concentration nazis, est facilitée par les moyens littéraires mis en oeuvre pour la jeunesse.

Mais notons que ces moyens permettent également une meilleure appréhension des thématiques par les adultescar il faut l’avouer, nous les adultes, réfléchissons parfois de façon étroite et puérile face à des problèmes mal connus…

 

« Toute la lumière que nous ne pouvons voir »

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« Toute la lumière que nous ne pouvons voir »

de Anthony Doerr

(« All the light we cannot see » – 2014 USA)

Editeurs francophones : Albin Michel (2015 – 600 p.) – Livre de Poche (2016 – 704 p.)

et Audiolib (2015)

Lauréat de plusieurs prix dont le Prix Pulitzer de la Fiction en 2015, le roman de Anthony Doerr nous emporte dans les tourments de la seconde guerre mondiale en suivant le cheminement de deux adolescents appartenant chacun au camp opposé : une Française, Marie-Laure, aveugle depuis l’enfance, qui fuit Paris avec son père pour se réfugier chez son grand-oncle, et un Allemand, Werner, orphelin doué et autodidacte que l’on envoie oeuvrer dans les armées d’Hitler pour mettre fin à la Résistance.

Les routes de ces deux adolescents « lumineux » vont se croiser à Saint-Malo vers la fin de la guerre, à l’époque où les bombardements détruiront une grande partie de la ville. Entre-temps, ils auront tous les deux croisé les forces du mal et celles du bien, mais se laisseront guider par la lumière de ces dernières.

Le titre du roman fait référence à la question d’un professeur qui donne des cours  à la radio juste avant le début de la guerre. Ces cours sont suivis secrètement et avec attention par Werner et sa soeur. Le professeur se demande « comment se fait-il, les enfants, que le cerveau, qui ne bénéficie d’aucune source lumineuse, édifie pour nous un monde plein de lumière ? »

« So how, children, does the brain, which lives without a spark of light, build for us a world so full of light? « 

Le talent de l’auteur sera de démontrer la victoire de la bonté humaine, cette lumière, dans un monde subissant l’enfer et les ténèbres de la guerre.

Roman bienfaisant ?

Véritable coup de coeur, le récit de Anthony Doerr nous transporte au milieu d’une époque qui s’éloigne peu à peu de nos mémoires, mais qu’il ne faut surtout pas oublier pour éviter qu’elle ne se renouvelle : une époque grise, violente, bestiale, sans retenue, où les plus courageux, ceux qui osent se rebeller contre le pouvoir en place, semblent perdre la partie. Mais sont-ils vraiment des perdants ?

Parmi eux, une aveugle et un orphelin désemparé réussissent à se libérer des chaînes de leur époque et des a priori de leur nationalité pour suivre leur conscience, leur voix intérieure.

« Même les heures les plus sombres ne pourront jamais détruire toute la beauté du monde »

 Ce livre revisite l’histoire sans parti pris et met à l’honneur le courage des plus faibles face à la cruauté et à l’injustice ambiantes.

Ni blanc, ni noir, simplement gris…. « Les âmes grises » de Philippe Claudel

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Philippe Claudel Les âmes grises - photo Nathalie Cailteux

« Les âmes grises »

de Philippe Claudel

Editions Stock, 2003 (285 pages)

« Les salauds, les saints, j’en ai jamais vu. Rien n’est tout noir ni tout blanc, c’est le gris qui gagne. Les hommes et leurs âmes, c’est pareil…T’es une âme grise, joliment grise,comme nous tous … »

« On sait toujours ce que les autres sont pour nous, mais on ne sait jamais ce que nous sommes pour les autres.« 

Vous livrer quelques citations d’un roman semble parfois plus facile et plus complet que d’en parler. J’adopte cette voie aujourd’hui pour évoquer ce très beau roman, lauréat de plusieurs prix (dont le prix Renaudot en 2003), qui commence par un fait tragique, le meurtre d’une fillette durant la première guerre mondiale en France.

Une tension dramatique sous-tend le récit décrit par le policier mêlé à cette enquête. Les personnages ayant de près ou de loin connu la fillette et subi les affres de cette époque marquée par la boucherie de la grande guerre laissent entrevoir les ombres qui tapissent le fond de leur âme.

Même le narrateur n’y échappe pas…

Le noir et le blanc ne décrivent plus la culpabilité ou l’innocence. Le monde, tout le monde est gris…

« Aujourd’hui tout est fini. J’ai épuisé mon temps et le vide ne me fait plus peur. Tu penses peut-être que moi aussi je suis un salaud, que je ne suis pas meilleur que les autres. Tu as raison. Bien sûr que tu as raison. Pardonne-moi pour tout ce que j’ai fait, et pardonne-moi surtout pour tout ce que je n’ai pas fait.« 

Roman bienfaisant ?

Un roman intelligent qui révèle la vérité sur la nature humaine. Bien que le lecteur ait toujours très envie de croire qu’un tel protagoniste est meilleur qu’un autre, Philippe Claudel bouleverse notre manière de penser et nous pousse à revoir nos conceptions manichéistes. Le roman invite à la réflexion sur soi et sur les autres, à l’empathie pour le plus grand nombre… dans ce sens, il s’agit d’un roman profondément bienfaisant !

« J’ai failli lui dire que pour moi, c’était plutôt le contraire, que la vie, j’en soupais tous les jours, et que s’il y avait eu des livres qui auraient pu m’en consoler, je me serais jeté dedans. »

 

 

 

« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre

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« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre

... un titre qui convient bien à ce jour de Toussaint....

Lauréat de plusieurs prix littéraires en 2013, dont le prestigieux Prix Goncourt, le roman de Pierre Lemaitre relate avec talent les tragiques péripéties de deux rescapés de la première guerre mondiale. Bien qu’issus de milieux sociaux différents, ils vont unir leur destinée dans un effort commun de survie aux sombres et amers lendemains du carnage des tranchées.

Sont abordées dans ce roman diverses thématiques, parmi lesquelles :

la différence sociale qui imprégnait fortement les relations humaines à cette époque, et a fortiori les relations entre militaires

« Il confirme l’adage selon lequel le véritable danger pour le militaire, ce n’est pas l’ennemi, mais la hiérarchie. »

l’injustice ressentie par les rescapés de la guerre,

« Le pays tout entier était saisi d’une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants »

mais aussi le deuil vis-à-vis d’un fils que son père regrette – hélas trop tard – d’avoir « mal » aimé

« L’immensité de sa peine était décuplée par le fait qu’au fond, c’était la première fois qu’Edouard existait pour lui. Il comprenait soudain combien, obscurément, à contrecœur, il avait aimé ce fils ; il le comprenait le jour où il prenait conscience de cette réalité intolérable qu’il ne le reverrait jamais plus. »

Outre les protagonistes principaux, les personnages secondaires sont superbement décrits, leur psychologie finement ciselée par la plume de l’auteur.

J’ai écouté ce roman lu par l’auteur lui-même. Pierre Lemaitre nous confie avoir écrit ce livre comme une histoire racontée, ce qui explique certaines incursions de l’auteur dans la narration telles que « je vous l’avais bien dit… ». Un certain humour transparaît également dans ces incursions, apportant un peu de légèreté au côté sombre du récit.

Ecouter lire ce roman me semble une option très intéressante et je dois avouer avoir été rapidement captivée par cette narration orale, d’autant plus que Pierre Lemaitre s’avère un talentueux lecteur à voix haute.

Roman bienfaisant ?

Roman d’évasion permettant de relativiser nos soucis, les injustices et les deuils que nous sommes tous appelés à endurer.

Valeur littéraire ?

Le roman a mérité ses prix à plus d’un titre. Dans l’interview avec l’auteur en fin de récit, il mentionne ses nombreuses sources d’inspiration littéraire parmi lesquelles des maîtres classiques comme Marcel Proust, Balzac, Diderot, Homère etc.

DISGRÂCE, ORGUEIL ET SOLITUDE « Une abeille contre la vitre » de Gilbert Cesbron

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« Une abeille contre la vitre » de Gilbert Cesbron

Le visage d’Isabelle n’est pas ce que l’on pourrait qualifier de beau. D’ailleurs dès son jeune âge, sa mère, sa soeur, ses camarades de classe lui ont dit qu’elle était laide. Ce handicap social l’empêche de mener une vie « normale », elle tente de se suicider et se réfugie dans un couvent, elle dénigre – tout en enviant – les rapports homme-femme qu’elle décortique de son point de vue féministe et douloureusement solitaire.

« Isabelle ne put éluder davantage cette évidence qui l’habitait à son insu depuis longtemps que la seule vraie disgrâce est la solitude. Les autres : laideur, maladie, vieillesse, ne sont que les pourvoyeuses de la solitude »

Bien que son visage ne soit pas attirant, son corps est splendide et attise le désir. Mais c’est d’amour dont Isabelle a cruellement besoin. De fil en aiguille, de rencontres en expériences humaines, Isabelle finira par le comprendre et surtout par l’accepter.

L’auteur Gilbert Cesbron (1913-1979) est un écrivain français d’inspiration catholique. Il a écrit de nombreux romans connus et reconnus (Chiens perdus sans collier, Il est plus tard que tu ne penses, etc). La façon dont il remet ici sa protagoniste sur la bonne voie révèle son attachement à la foi chrétienne et au message d’amour convié par cette religion.

Roman bienfaisant ?

Outre le côté agréable du récit en lui-même, nous suivons ici avec intérêt les pensées et réflexions de la protagoniste et des autres personnages du récit. L’auteur réussit à mettre des mots sur un ressenti authentique concernant notamment la perception féminine, respectivement masculine, des relations entre les hommes et les femmes, la place des hommes dans la société, le rôle subi ou souhaité des femmes, mais également sur l’amitié, la solitude, la vieillesse, la différence sociale.

Le sentiment récurrent chez Isabelle est un sentiment d’injustice face à sa disgrâce physique, sentiment qui l’isole plus que la laideur de son visage elle-même.

Toutefois, Gilbert Cesbron ne nous abandonne pas sur une fin tragique et nous livre sa clef pour s’en sortir : l’amour !

Ecrit en 1948, « 1984 » de George Orwell … toujours d’actualité en 2015

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« 1984 » de George Orwell

en format livre(438 pages)

…. ou

en format audio (15 heures d’écoute)

Personnellement, j’en ai écouté une partie et j’en ai lu une autre …. parce que totalement immergée dans ce roman phare, je ne pouvais attendre d’être de nouveau assise au volant de ma voiture pour connaître la suite de l’histoire. Il a fallu que le soir venu, je retrouve le livre papier pour dévorer quelques chapitres supplémentaires.

Nul doute que beaucoup d’entre vous ont déjà lu ce grand classique, et tout particulièrement au cours de vos années scolaires. Je vous conseille de vous plonger ou de vous replonger dans cette lecture qui est toujours d’actualité parce qu’elle met en évidence les dérives du totalitarisme et l’annihilation de tout esprit de liberté et d’individualité qui est le propre de l’être humain.

BIG BROTHER  File:1984-Big-Brother.jpg personnage symbolique du roman de George Orwell est devenu une sorte de métaphore utilisée dans le langage courant –  peut-être plus que jamais aujourd’hui – pour dénoncer toute atteinte à la vie privée.

Dans « 1984 » Big Brother incarne le chef d’un parti auquel la population est soumise en actes et en pensées, y compris Winston Smith, notre personnage principal dont on suit l’évolution des pensées et des doutes quant à la valeur de cet état policier tout-puissant.

Un roman bienfaisant ?

oui  parce qu’il permet de s’évader dans un ailleurs qui – heureusement – est chez nous encore différent de notre quotidien

oui parce qu’il permet de relativiser nos soucis : nos pensées ne sont pas encore surveillées, nous avons le choix de ne pas exposer notre vie privée …à condition de ne pas nous compromettre sur  les réseaux sociaux

oui parce que ce roman fait réfléchir et nous permet peut-être aussi d’agir pour préserver notre liberté de penser

et pour finir je vous laisse écouter George Orwell lui-même, un visionnaire ?

LE NEGOCE DE L’AMOUR : « Orgueil et Préjugés » de Jane Austen – « Une saison à Longbourn » de Jo Baker

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  « Orgueil et Préjugés » de Jane Austen

Un classique indémodable dont les thèmes sont l’amour, l’argent, l’orgueil et les préjugés…. Dans une famille anglaise du 19ème siècle, cinq filles sont en âge de se marier. Leur mère, Mme Bennet tente de négocier d’opportunes alliances avec les quelques hommes célibataires du voisinage. Mais sa fille Elizabeth ne veut pas d’un mariage arrangé qui ne lui convient pas… Dans ce charmant récit d’amour, les préjugés arrosés par une bonne dose d’orgueil font obstacle. Darcy et Elizabeth devront surmonter cet obstacle pour se retrouver.

Dans ce méli-mélo d’attitudes qui se veulent bienséantes, de préjugés et d’orgueil mal placé, la sincérité du coeur et de l’amour finira par vaincre.

Une superbe histoire qu’on lit et relit avec plaisir pour …. s’évader, se faire du bien ….

Dans une veine similaire, un roman vient de paraître en format poche, également aux éditions Le Livre de Poche…

« Une saison à Longbourn » de Jo Baker

Ce roman reprend le récit du grand classique, mais version « à l’étage des domestiques »… L’auteur rend  justice aux petites gens qui assurent la maintenance et l’entretien du domaine dans lequel vivent les demoiselles Bennet. Ici les tracas amoureux des maîtres semblent futiles et de moindre importance au regard des relations sentimentales et des secrets bien cachés des personnes assurant l’intendance… Si l’amour reste le thème récurrent, d’autres sujets sont aussi d’actualité : le côté esclavage de la domesticité, le sort des jeunes soldats, la pauvreté des petites gens… La société de l’époque est revisitée dans la partie souvent invisible où vivent et triment femmes de chambre, valets, intendants… un autre monde qui a souvent plus de difficultés de faire vivre ses amours.