Archives de Catégorie: Thème du SENTIMENT D’INJUSTICE

Certains livres nous aident à recouvrir l’estime de soi

« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre

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« Au revoir là-haut » de Pierre Lemaitre

... un titre qui convient bien à ce jour de Toussaint....

Lauréat de plusieurs prix littéraires en 2013, dont le prestigieux Prix Goncourt, le roman de Pierre Lemaitre relate avec talent les tragiques péripéties de deux rescapés de la première guerre mondiale. Bien qu’issus de milieux sociaux différents, ils vont unir leur destinée dans un effort commun de survie aux sombres et amers lendemains du carnage des tranchées.

Sont abordées dans ce roman diverses thématiques, parmi lesquelles :

la différence sociale qui imprégnait fortement les relations humaines à cette époque, et a fortiori les relations entre militaires

« Il confirme l’adage selon lequel le véritable danger pour le militaire, ce n’est pas l’ennemi, mais la hiérarchie. »

l’injustice ressentie par les rescapés de la guerre,

« Le pays tout entier était saisi d’une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants »

mais aussi le deuil vis-à-vis d’un fils que son père regrette – hélas trop tard – d’avoir « mal » aimé

« L’immensité de sa peine était décuplée par le fait qu’au fond, c’était la première fois qu’Edouard existait pour lui. Il comprenait soudain combien, obscurément, à contrecœur, il avait aimé ce fils ; il le comprenait le jour où il prenait conscience de cette réalité intolérable qu’il ne le reverrait jamais plus. »

Outre les protagonistes principaux, les personnages secondaires sont superbement décrits, leur psychologie finement ciselée par la plume de l’auteur.

J’ai écouté ce roman lu par l’auteur lui-même. Pierre Lemaitre nous confie avoir écrit ce livre comme une histoire racontée, ce qui explique certaines incursions de l’auteur dans la narration telles que « je vous l’avais bien dit… ». Un certain humour transparaît également dans ces incursions, apportant un peu de légèreté au côté sombre du récit.

Ecouter lire ce roman me semble une option très intéressante et je dois avouer avoir été rapidement captivée par cette narration orale, d’autant plus que Pierre Lemaitre s’avère un talentueux lecteur à voix haute.

Roman bienfaisant ?

Roman d’évasion permettant de relativiser nos soucis, les injustices et les deuils que nous sommes tous appelés à endurer.

Valeur littéraire ?

Le roman a mérité ses prix à plus d’un titre. Dans l’interview avec l’auteur en fin de récit, il mentionne ses nombreuses sources d’inspiration littéraire parmi lesquelles des maîtres classiques comme Marcel Proust, Balzac, Diderot, Homère etc.

DISGRÂCE, ORGUEIL ET SOLITUDE « Une abeille contre la vitre » de Gilbert Cesbron

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« Une abeille contre la vitre » de Gilbert Cesbron

Le visage d’Isabelle n’est pas ce que l’on pourrait qualifier de beau. D’ailleurs dès son jeune âge, sa mère, sa soeur, ses camarades de classe lui ont dit qu’elle était laide. Ce handicap social l’empêche de mener une vie « normale », elle tente de se suicider et se réfugie dans un couvent, elle dénigre – tout en enviant – les rapports homme-femme qu’elle décortique de son point de vue féministe et douloureusement solitaire.

« Isabelle ne put éluder davantage cette évidence qui l’habitait à son insu depuis longtemps que la seule vraie disgrâce est la solitude. Les autres : laideur, maladie, vieillesse, ne sont que les pourvoyeuses de la solitude »

Bien que son visage ne soit pas attirant, son corps est splendide et attise le désir. Mais c’est d’amour dont Isabelle a cruellement besoin. De fil en aiguille, de rencontres en expériences humaines, Isabelle finira par le comprendre et surtout par l’accepter.

L’auteur Gilbert Cesbron (1913-1979) est un écrivain français d’inspiration catholique. Il a écrit de nombreux romans connus et reconnus (Chiens perdus sans collier, Il est plus tard que tu ne penses, etc). La façon dont il remet ici sa protagoniste sur la bonne voie révèle son attachement à la foi chrétienne et au message d’amour convié par cette religion.

Roman bienfaisant ?

Outre le côté agréable du récit en lui-même, nous suivons ici avec intérêt les pensées et réflexions de la protagoniste et des autres personnages du récit. L’auteur réussit à mettre des mots sur un ressenti authentique concernant notamment la perception féminine, respectivement masculine, des relations entre les hommes et les femmes, la place des hommes dans la société, le rôle subi ou souhaité des femmes, mais également sur l’amitié, la solitude, la vieillesse, la différence sociale.

Le sentiment récurrent chez Isabelle est un sentiment d’injustice face à sa disgrâce physique, sentiment qui l’isole plus que la laideur de son visage elle-même.

Toutefois, Gilbert Cesbron ne nous abandonne pas sur une fin tragique et nous livre sa clef pour s’en sortir : l’amour !

Ecrit en 1948, « 1984 » de George Orwell … toujours d’actualité en 2015

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« 1984 » de George Orwell

en format livre(438 pages)

…. ou

en format audio (15 heures d’écoute)

Personnellement, j’en ai écouté une partie et j’en ai lu une autre …. parce que totalement immergée dans ce roman phare, je ne pouvais attendre d’être de nouveau assise au volant de ma voiture pour connaître la suite de l’histoire. Il a fallu que le soir venu, je retrouve le livre papier pour dévorer quelques chapitres supplémentaires.

Nul doute que beaucoup d’entre vous ont déjà lu ce grand classique, et tout particulièrement au cours de vos années scolaires. Je vous conseille de vous plonger ou de vous replonger dans cette lecture qui est toujours d’actualité parce qu’elle met en évidence les dérives du totalitarisme et l’annihilation de tout esprit de liberté et d’individualité qui est le propre de l’être humain.

BIG BROTHER  File:1984-Big-Brother.jpg personnage symbolique du roman de George Orwell est devenu une sorte de métaphore utilisée dans le langage courant –  peut-être plus que jamais aujourd’hui – pour dénoncer toute atteinte à la vie privée.

Dans « 1984 » Big Brother incarne le chef d’un parti auquel la population est soumise en actes et en pensées, y compris Winston Smith, notre personnage principal dont on suit l’évolution des pensées et des doutes quant à la valeur de cet état policier tout-puissant.

Un roman bienfaisant ?

oui  parce qu’il permet de s’évader dans un ailleurs qui – heureusement – est chez nous encore différent de notre quotidien

oui parce qu’il permet de relativiser nos soucis : nos pensées ne sont pas encore surveillées, nous avons le choix de ne pas exposer notre vie privée …à condition de ne pas nous compromettre sur  les réseaux sociaux

oui parce que ce roman fait réfléchir et nous permet peut-être aussi d’agir pour préserver notre liberté de penser

et pour finir je vous laisse écouter George Orwell lui-même, un visionnaire ?

LE NEGOCE DE L’AMOUR : « Orgueil et Préjugés » de Jane Austen – « Une saison à Longbourn » de Jo Baker

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  « Orgueil et Préjugés » de Jane Austen

Un classique indémodable dont les thèmes sont l’amour, l’argent, l’orgueil et les préjugés…. Dans une famille anglaise du 19ème siècle, cinq filles sont en âge de se marier. Leur mère, Mme Bennet tente de négocier d’opportunes alliances avec les quelques hommes célibataires du voisinage. Mais sa fille Elizabeth ne veut pas d’un mariage arrangé qui ne lui convient pas… Dans ce charmant récit d’amour, les préjugés arrosés par une bonne dose d’orgueil font obstacle. Darcy et Elizabeth devront surmonter cet obstacle pour se retrouver.

Dans ce méli-mélo d’attitudes qui se veulent bienséantes, de préjugés et d’orgueil mal placé, la sincérité du coeur et de l’amour finira par vaincre.

Une superbe histoire qu’on lit et relit avec plaisir pour …. s’évader, se faire du bien ….

Dans une veine similaire, un roman vient de paraître en format poche, également aux éditions Le Livre de Poche…

« Une saison à Longbourn » de Jo Baker

Ce roman reprend le récit du grand classique, mais version « à l’étage des domestiques »… L’auteur rend  justice aux petites gens qui assurent la maintenance et l’entretien du domaine dans lequel vivent les demoiselles Bennet. Ici les tracas amoureux des maîtres semblent futiles et de moindre importance au regard des relations sentimentales et des secrets bien cachés des personnes assurant l’intendance… Si l’amour reste le thème récurrent, d’autres sujets sont aussi d’actualité : le côté esclavage de la domesticité, le sort des jeunes soldats, la pauvreté des petites gens… La société de l’époque est revisitée dans la partie souvent invisible où vivent et triment femmes de chambre, valets, intendants… un autre monde qui a souvent plus de difficultés de faire vivre ses amours.

L’INJUSTICE DU MONDE « Boule de suif » de Guy de Maupassant

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« BOULE DE SUIF » de Guy de Maupassant

J’ai choisi cette nouvelle de Maupassant pour illustrer le sentiment d’injustice que l’on ressent face à l’hypocrisie et à la lâcheté des gens dits « gens de bien ».

Publié pour la première fois en 1880 au sein d’un recueil collectif de nouvelles « Les Soirées de Médan », ce récit imposa Guy de Maupassant (1850-1893) parmi les grands noms de la littérature française.

Il s’inspire d’un fait divers survenu lors de la guerre franco-prussienne en 1870-71. Fuyant la ville de Rouen qui vient d’être assiégée par les Prussiens, dix personnes prennent place dans une diligence en direction de Dieppe : un couple de commerçants, un couple de bourgeois, un couple de nobles, deux religieuses, un démocrate et une prostituée surnommée Boule de suif.

Durant le trajet qui les emmène à leur première halte, Boule de suif partage généreusement son panier de nourriture avec ses compagnons de voyage. Dans l’auberge qui les accueille, un Prussien leur fait du chantage : il ne leur permet pas de poursuivre leur route avant d’avoir pu passer une nuit avec Boule de suif. D’abord outrés par ce chantage, les notables commencent petit à petit à s’impatienter. Ils mettent au point une stratégie visant à convaincre Boule de suif de céder aux avances du Prussien. Les religieuses ajoutent leur grain de sel et Boule de suif finit par se sacrifier. Lorsque la diligence est enfin autorisée à repartir, les compagnons de route snobent Boule de suif, aucun d’entre eux ne la remercie, ni ne lui propose de partager les victuailles que, contrairement à elle, ils n’ont cette fois-ci pas oublié d’emporter.

Maupassant

Le style et l’écriture de Maupassant est délectable. Je vous invite à écouter ici un commentaire didactique sur certains passages de la nouvelle.

Récit classique bienfaisant ?

A travers  les descriptions réalistes et l’ironie sous-jacente de ce récit, nous ressentons combien Maupassant déplore les élans de bassesse et de veulerie de la condition humaine. Sa vision acérée du monde et de l’être humain est plutôt pessimiste. Le lecteur regrette l’ingratitude des personnes qui accompagnent Boule de suif et se demande sans doute pourquoi personne ne lui prête un tant soit peu de considération ou de générosité….

Mais dans une situation équivalente, la question est de savoir quelle aurait été notre attitude, à nous lecteurs outragés !

Car, avouons-le, de telles situations, nous en connaissons tous…face à un être esseulé, incompris, différent et dont les comportements diffèrent de nos préceptes et de notre éducation…

La discrétion des belles âmes… « LES ENFANTS DES JUSTES » de Christian Signol

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« Les Enfants des Justes » de Christian Signol

Je ne pouvais manquer de vous parler de ce roman dont j’ai « écouté »  la lecture dans ma voiture et qui m’a fait verser de chaudes larmes derrière mes lunettes de soleil…

Le récit se déroule durant la seconde guerre mondiale, en Dordogne. Un couple de paysans est appelé à aider des clandestins qui souhaitent franchir la ligne de démarcation pour se réfugier dans des zones moins hostiles. Ces bonnes gens n’hésitent pas à mettre leur vie en danger pour sauver d’autres personnes, parce que selon eux, il est tout à fait normal d’aider son prochain… Ils iront jusqu’à cacher dans leur foyer deux jeunes enfants juifs. Mais leur bonhomie et leur simplicité suffiront-elles à faire reculer le mal qui pervertit les êtres humains à une époque où le pire était permis…

Le naturel avec lequel ces deux personnes font le bien, sans nulle envie de reconnaissance, nous émeut tout particulièrement.

« Bien des années plus tard, un homme élégamment vêtu, à l’accent curieux, vint leur proposer d’être reconnus « Justes » pour avoir protégé des enfants juifs et, à ce titre, recevoir une médaille. 
– Une médaille ? s’étonna Victoria.
– Oui, une médaille, nous savons exactement quel rôle vous avez joué pendant la guerre et comment vous avez protégé deux de nos enfants.
Victoria dévisagea l’homme un instant, se tourna vers Virgile qui lui sembla aussi stupéfait qu’elle, puis elle répondit :
– Nous vous remercions, monsieur, mais ce n’est pas la peine. Nous ne saurions pas la porter.
L’homme expliqua ce dont il s’agissait réellement, il insista puis il comprit qu’il ne parviendrait pas à ses fins. Il s’inclina plusieurs fois devant eux , remercia, et enfin s’en alla.« 

Nul doute que le lecteur sera touché par cette belle leçon d’humanité et d’humilité qui éclaire de mille petits feux une sombre période durant laquelle l’injustice régnait en maître absolu.

Un roman dont la note d’espoir ne peut que faire du bien aux âmes en détresse… même si c’est au prix de quelques larmes….

 

INJUSTICE : « Stupeur et tremblements » d’Amélie Nothomb

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« Stupeur et tremblements » d’Amélie Nothomb paru chez Albin Michel, mais aussi en format poche est un roman autobiographique relatant les premiers pas de l’écrivain dans l’univers professionnel et notamment ici au sein d’une société japonaise où règne la discrimination à l’égard des femmes – qui plus est, à l’égard des femmes qui ne respectent pas le code hiérarchique japonais.
Quand on sait que l’auteur a ensuite connu un énorme succès avec ses nombreux romans, l’histoire nous invite à ne jamais désespérer de connaître des lendemains plus heureux au niveau professionnel…
Etant une adepte des romans d’Amélie Nothomb, je ne me lasse pas de son style riche en vocables recherchés,ni de sa façon de relater des histoires surnaturellement humaines.
Actuellement, son roman « Barbe Bleue » revisite le récit mythique éponyme d’une manière originale et très « nothombienne ».

INJUSTICE AU TRAVAIL « Les heures souterraines » de Delphine de Vigan

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« Les heures souterraines » de Delphine de Vigan paru en format poche raconte le destin de deux personnes qui travaillent en ville/en entreprise et en subissent une violence invisible et destructrice. Mathilde, cadre en entreprise, est victime d’une sorte de harcèlement moral alors que Thibault, médecin urgentiste, vit au rythme effrené de la ville où il passe trop de temps seul dans les embouteillages. Un livre qui fait écho à ce que vivent actuellement beaucoup de personnes dans leur vie professionnelle…

Je vous propose de lire mon article paru le 8 juin 2011 dans le quotidien « La Voix du Luxembourg »

SENTIMENT D’INJUSTICE : « Le quai de Ouistreham » de Florence Aubenas

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« Le quai de Ouistreham » de Florence Aubenas paru en format poche aux éditions POINTS relate les péripéties de la journaliste française Florence Aubenas lorsque celle-ci s’est volontairement et façon anonyme immergée dans le monde du travail précaire pour témoigner de ce quotidien difficile et souvent très humiliant à vivre. Un document remarquable qui peut aider à relativiser les soucis que l’on rencontre parfois dans son milieu professionnel…
A noter l’article paru le 28 septembre 2011 dans le quotidien « La Voix du Luxembourg » sur cet ouvrage.