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La discrétion des belles âmes… « LES ENFANTS DES JUSTES » de Christian Signol

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« Les Enfants des Justes » de Christian Signol

Je ne pouvais manquer de vous parler de ce roman dont j’ai « écouté »  la lecture dans ma voiture et qui m’a fait verser de chaudes larmes derrière mes lunettes de soleil…

Le récit se déroule durant la seconde guerre mondiale, en Dordogne. Un couple de paysans est appelé à aider des clandestins qui souhaitent franchir la ligne de démarcation pour se réfugier dans des zones moins hostiles. Ces bonnes gens n’hésitent pas à mettre leur vie en danger pour sauver d’autres personnes, parce que selon eux, il est tout à fait normal d’aider son prochain… Ils iront jusqu’à cacher dans leur foyer deux jeunes enfants juifs. Mais leur bonhomie et leur simplicité suffiront-elles à faire reculer le mal qui pervertit les êtres humains à une époque où le pire était permis…

Le naturel avec lequel ces deux personnes font le bien, sans nulle envie de reconnaissance, nous émeut tout particulièrement.

« Bien des années plus tard, un homme élégamment vêtu, à l’accent curieux, vint leur proposer d’être reconnus « Justes » pour avoir protégé des enfants juifs et, à ce titre, recevoir une médaille. 
– Une médaille ? s’étonna Victoria.
– Oui, une médaille, nous savons exactement quel rôle vous avez joué pendant la guerre et comment vous avez protégé deux de nos enfants.
Victoria dévisagea l’homme un instant, se tourna vers Virgile qui lui sembla aussi stupéfait qu’elle, puis elle répondit :
– Nous vous remercions, monsieur, mais ce n’est pas la peine. Nous ne saurions pas la porter.
L’homme expliqua ce dont il s’agissait réellement, il insista puis il comprit qu’il ne parviendrait pas à ses fins. Il s’inclina plusieurs fois devant eux , remercia, et enfin s’en alla.« 

Nul doute que le lecteur sera touché par cette belle leçon d’humanité et d’humilité qui éclaire de mille petits feux une sombre période durant laquelle l’injustice régnait en maître absolu.

Un roman dont la note d’espoir ne peut que faire du bien aux âmes en détresse… même si c’est au prix de quelques larmes….

 

DIFFERENCE CULTURELLE : « Partages » de Gwenäelle Aubry

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« Partages » de Gwenaëlle Aubry publié chez Le Livre de Poche – ce roman fait partie de la sélection du prix des lecteurs 2014 pour lequel j’ai le bonheur d’être jurée cette année.

Deux jeunes filles de 17 ans se partagent cette narration. La première Sarah est une Juive d’origine polonaise, née à New York et qui est venue vivre à Jérusalem avec sa mère après les attentats du 11 septembre. La seconde, Leïla, est une Palestinienne qui a grandi dans un camp de réfugiés en Cisjordanie.

L’une et l’autre confient à tour de rôle au lecteur leurs tourments qui sont aussi ceux de leur peuple respectif. Leur destin que tout oppose n’est pourtant pas si différent, et on pourrait aisément les imaginer devenir des amies.

Sans prendre parti, l’auteure met en miroir le récit de chacune de ces deux protagonistes qui se croisent dans les rues de Jérusalem. Tout à la fin du roman, cet effet miroir atteint son paroxysme lorsque le partage du vécu devient tellement serré qu’il faut lire les pages paires pour suivre l’histoire de l’une alors que les pages impaires racontent l’expérience de l’autre.

Pour les personnes qui appartiennent à l’une ou à l’autre culture, ce roman apportera un éclairage sur le vécu et le ressenti des personnes du camp ennemi. Il force l’empathie là où la haine construit des murs.

Un roman original qui aide à surmonter l’intolérance, la colère et ouvre l’esprit à la réflexion.

Si beaucoup de personnes se sentent moins impliquées par ce conflit judéo-palestinien, le roman permet également d’avoir une approche plus globale et moins partiale. Finalement, nous sommes tous ignorants de ce que vivent ces gens et plus généralement de ce que vit autrui. Il faut veiller à ce que cette ignorance ne verse pas dans l’intolérance, comme c’est hélàs trop souvent le cas…

Citations du roman :

« Tous ici, Israéliens et Palestiniens, Arabes et Juifs, comme tu voudras, nous partageons la même folie, c’est elle qui, comme la terre, nous divise et nous réunit. Nous partageons une même hantise, tous, nous sommes habités par des cohortes de morts. »

« Vois, il y a une chose que cet enfer m’a enseignée : le plus difficile, ce n’est pas de résister à l’ennemi, c’est de ne pas céder à la haine que l’on a de lui »

DIFFERENCE CULTURELLE : « L’île de Tôkyô » de Natsuo Kirino

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« L’île de Tôkyô » de Natsuo Kirino publié en avril 2013 aux éditions du Seuil relate la vie après naufrage d’un groupe de Japonais sur une petite île déserte au large des Philippines. Kiyoko est la seule femme présente parmi tous ces naufragés. Son mari décède très vite et malgré son âge (46 ans), elle fait l’objet de toutes les convoitises. Peu après, un autre groupe de naufragés débarque également  sur cette île. Il s’agit cette fois-ci de Chinois. Les différences entre les deux clans se marqueront de plus en plus. Sur le quatrième de couverture, on lit : « Natsuo Kirino réussit, avec cette fable à la Daniel Defoe, à décortiquer la mécanique des rapports de force dans une société humaine en vase clos, maniant avec éclat la cruauté et l’humour sans perdre de vue la thématique principale de son œuvre : la place des femmes japonaises dans la vie contemporaine ».

Avec un langage parfois très cru, l’auteure dévoile la cruauté et l’égoïsme de l’âme humaine dans ce récit qui se déroule sur une  île perdue que personne ne semble ni connaître ni accoster. La façon dont elle change de perspective en se mettant dans la tête de l’un ou de l’autre naufragé contribue à l’intérêt de cette lecture et évite une vision facile et manichéenne de la situation. Les conflits en présence reflètent sur une petite échelle ce qui semble parfois d’actualité entre Japonais et Chinois, et plus encore entre hommes et femmes dans la société japonaise.

Roman bienfaisant ? Oui, dans le sens où le lecteur constate que les sentiments d’intolérance et de non-empathie aboutissent inexorablement au désastre. La violence des rapports humains est soulignée à l’extrême. Il s’agit d’un véritable contre-exemple de ce qui fait défaut ici, mais constitue les conditions de survie par excellence, à savoir des relations sincères de solidarité, d’amitié et d’amour.

Au coeur de cet enfer,  Natsuo Kirino, par ailleurs une auteure japonaise très populaire dans son pays, livre les pensées et sentiments d’un des naufragés les plus antipathiques de l’île. C’est pourtant à travers lui, cette sorte de Cro-Magnon plutôt rustre, qu’elle évoque le pouvoir bienfaisant de la lecture. En prenant possession du journal intime de feu le mari de Kiyoko, ce personnage se sent devenir tout-puissant :

P114 « A force de ruminer les paroles de Takashi et d’apprendre grâce à elles, sa conscience s’aiguisait et se clarifiait, il commençait progressivement à être capable d’abstraction »

P116 « L’univers qui s’étendait grâce aux mots défilant librement dans sa tête provoquait des changements dans son expression. »

ANGOISSE EXISTENTIELLE : « Des larmes sous la pluie » de Rosa Montero

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« Des larmes sous la pluie » de Rosa Montero, publié aux éditions Métailié et traduit en français par Myriam Chirousse est un roman d’anticipation mêlant les filons d’un bon thriller à des ingrédients futuristes. Ceux qui sont allergiques à la science fiction pourraient croire que ce bouquin n’est pas pour eux. Moi-même n’étant pas particulièrement fan de ce genre, je me suis pourtant laissée séduire par cette histoire qui soulève des problématiques très contemporaines et dans laquelle on se reconnaît dans la description des sentiments et des émois de la protagoniste principale.

Madrid, en 2109, Bruna Husky est ce que l’on appelle une réplicante (une parmi de nombreuses références au célèbre roman de Philippe K. Dick dont s’est inspiré le film Blade Runner de Ridley Scott), à savoir elle fait partie de la race des androïdes qui sont dotés de souvenirs artificiels et condamnés à vivre une courte vie d’environ 10 ans.  En sa qualité de détective, Bruna Husky est appelée à découvrir le mystère d’une intrigue selon laquelle plusieurs réplicants s’adonnent à des actes de folie et de violence envers d’autres réplicants, ce qui a comme conséquence d’engendrer de plus en plus de crainte chez les humains et d’alimenter le réservoir de l’intolérance entre les races qui habitent la terre.

Sous des apparences mégafictives, les difficultés qui jalonnent ce récit reflètent celles de notre époque (surpopulation, intolérance, racisme, peur de l’autre, pauvreté). Mais surtout, l’auteur s’emploie à souligner l’angoisse existentielle – qui est le lot de tout un chacun – au travers des pensées de la réplicante que le compte à rebours de sa courte existence ne cesse de  perturber et qui pleure la perte de son amant, lui-même réplicant décédé dans la fleur de l’âge (d’un point de vue humain).

« Il y a un moment pour tout et un temps pour chaque chose sous le soleil : un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour s’embrasser et un temps pour se séparer », avait dit son amant quelques jours avant de mourir, très faible déjà mais d’une voix claire et tranquille. Merlin avait toujours aimé ce fragment de l’Ecclésiaste. De belles paroles pour ordonner les ténèbres et pour apaiser ne serait-ce qu’un instant la furieuse tempête de la douleur. A présent, en revivant cette scène, Bruna éprouvait aussi une petite consolation, comme si la peine s’installait docilement à sa place. »p360

Toutefois, le récit n’est pas dépourvu de notes d’espoir, car ce qui sauve les âmes de la dépression et de la solitude, ce ne sont pas les moyens superficiels comme l’alcool, la drogue… mais l’amitié, l’amour, le partage des moments et des émotions.

« …doter la rep de ses propres souvenirs avait allégé le poids de sa peine. Non seulement parce qu’il avait en quelque sorte cédé une partie de ses malheurs à un autre, mais, surtout, parce que cet autre existait, parce qu’il y avait quelqu’un qui était comme lui. Parce qu’il n’était plus seul. »p167

Puisque la fiction est là pour nous aider à mettre des mots sur les angoisses qui nous enserrent le coeur, pourquoi ne pas plonger dans ce récit qui, bien que futuriste, traduit à merveille le mal-être de l’existence, la peur de la mort, la solitude et la différence. Et  quelques ingrédients futuristes, parfois même assez loufoques, vous permettront de vous évader. C’est garanti !