Archives d’Auteur: Nathalie Cailteux

À propos de Nathalie Cailteux

Philologue passionnée par la littérature et les effets positifs de celle-ci sur le moral. A l'écoute de vos problèmes, je vous propose de surmonter vos difficultés grâce à la lecture de romans. - www.lirepourguerir.com  /////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////// Philologist with a passionate interest in literature and its positive effects on well-being, I recommand you the reading of novels to ease your pain and overcome difficulties of life. www.readtoheal.wordpress.com  //////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////   Contactez-moi sur / Please contact me via deslivrespourguerir@gmail.com

Pandémie : cinq romans qui en parlent avec espoir

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Pandémie : les romans qui en parlent avec espoir

A l’heure de la pandémie du coronavirus, penchons-nous sur ces romans qui révèlent notre nature humaine sous ses bons et ses mauvais côtés face au fléau d’un virus, mais dont le message n’est pas sans laisser quelque vision optimiste. Car l’espoir réside dans les meilleurs atouts de l’espèce humaine : sa capacité d’adaptation, son intelligence à relever les défis, et surtout ses vertus d’entraide.

Le roman évoqué à plus d’un titre aujourd’hui est bien sûr :

1) « LA PESTE »

d’Albert Camus 

Parue en 1947 au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’histoire de ce roman se déroule à Oran en Algérie où se déclare une épidémie de peste qui finit par isoler la ville du reste du monde et à obliger les habitants à s’investir d’une manière ou d’une autre pour survivre au fléau.

Face à ce malheur survenu inopinément – à ce « mal abstrait » qui prend peu à peu les contours de la peste – se manifestent les réactions humaines les plus diverses, depuis le sacrifice et le don de soi pour le bien-être et la survie de son prochain… jusqu’à la recherche égoïste du profit aux dépens d’autrui. Diverses figures de la société y sont décrites avec leur parcours, leur dérive, leur grandeur comme leur bassesse.

Pour survivre, pour s’adapter, ou tout simplement pour faire le deuil de la routine et de l’existence sans fin et sans heurt qu’il n’obtiendra jamais, l’homme possède une arme : sa liberté d’action et sa liberté de participation à l’amélioration de la condition humaine.

Pour Camus, l’homme doit continuellement se battre contre la souffrance humaine, contre le mal existentiel qui frappe tout un chacun et ainsi révéler la nature exemplaire de sa condition.

 

2) « LE HUSSARD SUR LE TOIT »

de Jean Giono

Ce second classique, publié en 1951, raconte les aventures d’un colonel de hussards qui traverse la Provence alors qu’une épidémie de choléra y sévit (historiquement une épidémie de choléra est arrivée en France en 1832). Il rencontre une jeune femme qui doit rejoindre son mari. Ils partageront leur périple et affronteront ensemble les aléas de l’épidémie.

Le choléra, selon Giono, est un révélateur mettant à nu les tempéraments les plus vils ou les plus nobles. Une catastrophe, comme cette pandémie, libère la peur, la lâcheté et l’égoïsme, mais elle met aussi en lumière des êtres qui se dévouent corps et âme pour les autres au péril de leur vie.

En fin de compte, la fatalité n’aura pas gain de cause sur les êtres exceptionnels, comme c’est le cas pour le hussard qui n’attrapera pas le choléra.

 

3) « LA QUARANTAINE »

de J.M.G Le Clézio

Il s’agit d’un récit de voyage en partie autobiographique (en référence au grand-père de l’auteur) et publié en 1995. Lors d’un retour par bateau sur leur île natale, l’île Maurice, deux frères sont obligés de rester en quarantaine sur une petite île voisine parce que des passagers du bateau ont contracté la variole.

Sur cet île, les merveilles de la nature auront raison de l’enfermement mental imposé par la quarantaine.

Des paroles bienfaisantes en écho aux mesures de confinement qui sont actuellement en vigueur….

 

4) « PANDEMIA »

de Franck Thilliez

L’auteur a imaginé un scénario très similaire à ce qui se passe aujourd’hui. En 2015, il publie cette histoire relatant la contamination de l’Europe par un virus grippal provenant d’un cygne. L’auteur explique dans une interview qu’il s’est inspiré de faits scientifiques et plans précis en cas de contamination, livrés par des spécialistes en virologie et sécurité biologique de l’Institut Pasteur de Lille.

Dans son roman, on retrouve à l’identique une lente incubation, une propagation élevée du virus, un engorgement des structures de santé, la fermeture des écoles et des crèches et la peur panique qui s’installe dans la population.

Ce thriller haletant constitue un véritable électrochoc, surtout dans les conditions actuelles et tente de nous faire réfléchir sur la société actuelle et ses dérives.

 

5) « EN COMPAGNIE DES HOMMES »

de Véronique Tadjo

Publié en 2017, ce roman polyphonique nous plonge dans la crise sanitaire liée au virus Ebola entre 2014 et 2016 en Guinée, Sierra Leone et Libéria. Il donne voix à divers personnages, humains ou non (le virus Ebola lui-même y prend la parole) qui se confient tour à tour à l’arbre Baobab, symbole de sagesse. Les soignants, les proches de victimes, les autorités, les fossoyeurs, les infectés s’expriment sur le désastre de ce fléau.

L’auteur veut mettre à l’honneur tous ceux qui ont lutté face à cette épidémie, en risquant leur vie. « Il s’agit bien souvent de gens très humbles » constate-t-elle.

Elle parle de son roman dans l’interview ci-après :

***

Certes, ces cinq romans font référence à des périodes très sombres de notre histoire et empruntent à la fiction ou à la poésie les qualités qui les rendent agréables à lire et parfois très touchants (romantisme, suspense, aventures).

N’empêche que toutes ces histoires nous rappellent à notre humanité et à cette capacité que nous avons en chacun de nous pour faire face au fléau et pour aider notre prochain. Encore faut-il éviter de se retrancher derrière nos peurs et notre égoïsme et prendre exemple sur certains protagonistes qui luttent au péril de leur vie pour sauver l’espèce humaine…

« La seule façon de mettre les gens ensemble, c’est encore de leur envoyer la peste. » – « La peste » de Albert Camus

« Est-ce qu’on a le droit d’abandonner un être humain? Et même s’il meurt, est-ce qu’on ne doit pas tout faire pour qu’il meure moins mal si l’on peut? » – « Le hussard sur le toit » de Jean Giono

« Je reste des heures, sans bouger, simplement à regarder la mer, à écouter les coups des vagues, à goûter au sel jeté par les rafales de vent. Ici, il me semble qu’il n’y a plus rien de tragique. » – « La quarantaine » de J.M.G. Le Clézio

« Le gouvernement sait très bien que la communication est à double tranchant. Si les gens prennent peur, c’est pire que s’ils tombent vraiment malades. D’un autre côté, s’ils ne se sentent pas concernés, ils ne prendront aucune précaution et le virus fera sa loi. » – « Pandemia » de Franck Thilliez

« Il faut la mort pour apprendre à retrouver la solidarité. » et « Lutter, c’est le prix à payer quand on vit sur la même planète.«  « En compagnie des hommes » de Véronique Tadjo

Bonnes lectures et prenez soin de vous !

 

 

 

« La femme qui ne vieillissait pas »

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« Les deux hommes de ma vie m’ont quittée parce que mon inaltérable jeunesse était une monstruosité ; parce qu’il n’est pas normal d’avoir trente ans pendant trente ans ; parce qu’il faut bien que ce qu’on a aimé un jour s’altère, que l’image qu’on en a eue s’amenuise, petit à petit, s’efface, pour nous rappeler son éphémérité et la chance que nous avons eue de l’attraper, comme un papillon au creux de la main ; il faut que les choses meurent pour que nous ayons la certitude de les avoir un jour possédées. »

 

 

Le roman de Grégoire Delacourt

nous aide à apprécier le temps qui passe

Le roman « La femme qui ne vieillissait pas » publié aux éditions J.C. Lattès en février 2018 met en scène une narratrice, Betty, qui nous relate les événements de sa vie, et notamment le fait qu’à partir de 30 ans, son apparence extérieure a cessé de vieillir.

Ce qui pourrait être considéré comme une « chance » se transforme vite pour Betty et ses proches en une sorte de malédiction.

Selon l’auteur, le pire dans l’acte de vieillir n’est pas de se rapprocher de la mort, mais de rester seul(e) pour affronter les dernières étapes de la vie.  Or justement, dans ce roman, la femme « qui ne vieillissait pas » se retrouve peu à peu reléguée à l’isolement en raison de cette éternelle jeunesse qui creuse une distance avec les gens de sa génération et l’empêche de vivre pleinement les émois des générations suivantes.

Roman bienfaisant

Au travers de son récit sous forme de conte philosophique,  Grégoire Delacourt nous délivre un message qui fait du bien. Il rend hommage au temps qui passe et qui nous embellit toutes et tous.

L’écrivain français conteste le jeunisme ambiant qui incite les femmes (et sans doute aussi les hommes) à s’adonner corps et âme au culte de la jeunesse, comme il nous l’explique dans l’interview que vous pouvez suivre ci-après.

 

Vieillir sereinement

En faisant quelques recherches sur cette thématique développée par Grégoire Delacourt, je suis tombée sur un un très bel article  d’un site wordpress intitulé « Cultiver son jardin intérieur » selon lequel il faut devenir l’ami de ses fragilités pour vieillir sereinement.

Contrairement aux idées reçues, les personnes âgées craignent davantage le rejet et la dévalorisation par autrui que la perte d’autonomie ou la souffrance physique qu’entraîne inévitablement la vieillesse. Dans une société qui a tendance à survaloriser l’apparence, l’autonomie et la bonne santé, quelle place reste-t-il pour les personnes en fin de vie dont le déclin physique est tout simplement « naturel »?

En acceptant notre finitude et les faiblesses de notre carapace extérieure, nous pouvons gagner en force dans notre esprit, nous épanouir intérieurement et accueillir le crépuscule de notre vie avec beaucoup plus de sérénité.

La dépendance est la condition première de l’être humain

Dans l’article en question, l’auteur fait référence aux propos de Jean-Christophe Parisot, devenu préfet malgré un sévère handicap. Il déclare que tout être humain est dépendant d’autrui et qu’il s’agit là d’une condition inhérente à notre destinée humaine grâce à laquelle nous pouvons véritablement aller à la rencontre de notre prochain.

En perdant leur autonomie, les personnes âgées se rapprochent de plus en plus de ce qui définit leur humanité au sens le plus profond du terme.

Lire pour guérir, lire pour se sentir bien

L’écrivain Grégoire Delacourt qui cultive par ailleurs un merveilleux sentiment d’empathie envers la gente féminine, continue d’écrire des romans qui font du bien et qui donnent tout leur sens aux principes de la bibliothérapie. Il aborde ici avec réalisme et optimisme un sujet qui intéresse tout le monde, celui du temps qui passe.

Si le fait de vieillir vous fait peur, n’hésitez donc pas à vous plonger dans ce beau conte bienfaisant….

 

 

AU REVOIR MAMAN !

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L’ULTIME ADIEU

Vous pouvez verser des larmes parce qu’elle s’en est allée,
ou vous pouvez sourire parce qu’elle a vécu.

Vous pouvez fermer vos yeux et prier qu’elle revienne,
ou vous pouvez ouvrir vos yeux et voir tout ce qu’elle nous a laissé.

Votre coeur peut être vide parce que vous ne pouvez la voir,
ou il peut être plein de l’amour que vous avez partagé.

Vous pouvez tourner le dos à demain et vivre hier,
ou vous pouvez être heureux demain parce qu’il y a eu hier.

Vous pouvez vous souvenir d’elle et ne penser qu’à son départ,
ou vous pouvez chérir sa mémoire et la laisser vivre.

Vous pouvez pleurer et vous fermer, ignorer et tourner le dos,
ou vous pouvez faire ce qu’elle aurait voulu :

Sourire, ouvrir les yeux, aimer et continuer ….

Eileen Cicole.

 

« Aux frontières de la norme » entretien avec l’autrice

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Aux frontières de la norme de Céline Dominik Wicker

« Aux frontières de la norme »

Céline Dominik Wicker

(Editions du Venasque)

Recueil de nouvelles militant pour le droit à la différence

L’auteure – ou autrice – franco-suisse Céline Dominik Wicker, maman de deux enfants autistes, a rédigé le recueil de nouvelles « Aux frontières de la norme » publié par les éditions du Venasque. Sur sa page Facebook , Céline nous explique sa passion pour l’écriture et son combat pour une société « plus inclusive ».

Les cinq nouvelles qui forment ce percutant recueil dans un fabuleux mélange de réalisme et de fantaisie forcent la réflexion sur ce qui devrait être considéré comme « normal » dans notre société.

J’ai eu le plaisir d’interviewer Céline qui a bien voulu répondre à mes questions au sujet de son recueil :

 

 

  • Pouvez-vous nous expliquer le fil rouge qui relie ces cinq nouvelles et la raison qui vous a poussée à les écrire ?

Ce recueil s’inscrit, d’une certaine manière, dans une démarche cynique, au sens philosophique du terme, en s’attaquant à notre mauvaise foi et aux illusions qui nous construisent.

La déconstruction cynique nous invite, avec désinvolture et humilité (les caractéristiques propres du cynique selon Antisthène), à nous défaire de tout ce qui nous empêche à parvenir à une véritable conscience de soi. Le plus drôle, peut-être, est que j’use de fictions pour mettre à jour les fictions qui constituent les assises de notre réalité.

Quant à la raison qui m’a poussée à écrire ces nouvelles, je dirais que c’est une sorte de compulsion, un besoin viscéral de traduire en mots ce qui m’émeut, ce qui me met en colère, ce que j’ai envie de crier.

  • Je me trompe peut-être, mais j’ai trouvé que la première nouvelle « Ressemblance » se différenciait par rapport aux autres, même si d’une certaine façon, la vie des protagonistes est frappée d’une sorte d’ « anomalie ». Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

« Ressemblance » se différencie par son ton, il est vrai, car le narrateur qui prend plaisir à faire rimer sa prose ci et là, tel le mièvre romantique pour qui il se prend, cherche à convaincre son lecteur (et lui-même) de la vraisemblance du personnage qu’il s’est construit. Toutefois, au-delà de l’image factice qu’il nous renvoie, la démarche qui sous-tend l’écriture de la nouvelle reste la même que pour les autres : il y est toujours question du dépouillement de nos illusions, de nos bovarysmes. Et si tout ce qui est construit est illusoire (cela peut paraître évident mais cela s’oublie aussi facilement), alors il n’y a plus ni normalité ni anomalie. La frontière séparant l’entre soi de l’Autre est poreuse, voire inexistante.

  • L’un de vos protagonistes décrète en parlant des civilisations humaines : « la seule logique qui vaille et que vous avez toujours éludée est celle qui assure l’avenir de son espèce » ou encore « vous avez abdiqué votre humanité au profit de la rentabilité ». Ce discours fait, me semble-t-il, écho aux paroles que l’on entend de plus en plus dans les médias selon lesquelles nous courons à notre perte si nous continuons la surconsommation et la surexploitation de nos richesses écologiques, et ceci pour le bien-être égoïste d’un petit nombre aux dépens du reste de l’humanité. Etes-vous d’accord avec cette analyse ?

Oui, tout à fait. La rentabilité est une de ces croyances illusoires à la base de notre société. Elle n’a de réalité que celle qu’on veut bien lui donner et il serait temps d’en revoir la pertinence, surtout dans un monde aux ressources finies. Que voulons-nous privilégier, l’obsolescence de notre pacotille ou notre propre survie ?

  • Vous dénoncez l’immobilisme de la société qui pense pourtant qu’elle agit pour le bien des personnes autistes ou autres personnes « hors norme ».   Comment la société peut-elle remédier à ses lacunes  d’après vous ?

On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions, n’est-ce pas ? C’est aussi le cas pour la (mauvaise) gestion de l’autisme (et des autres handicaps et/ou neurodiversités) en France. On est encore affectés par une pensée délétère qui est de ségréguer les personnes « hors normes » – pour leur bien, ajoute-t-on comme pour se dédouaner. Il est difficile de venir à bout d’une telle pensée et, pourtant, il faudra bien le faire si l’on souhaite mettre en place une société véritablement inclusive. Cela demande un changement de paradigme qui n’a pas encore eu lieu. Tout commence d’abord dans la tête. Une fois que nos mentalités auront changé, on s’étonnera même qu’il y ait eu une époque où l’on parquait la Différence. Les autistes ont des droits, comme les autres, et leurs familles ne devraient pas avoir à les revendiquer tout le temps. Imaginez-vous une situation similaire où vous devriez justifier, sans arrêt, du bien-fondé d’inscrire votre enfant neurotypique dans une école standard, à plein temps ? Cela paraîtrait ubuesque, non ? Eh bien, c’est justement le quotidien de milliers de parents d’enfants différents. Pour que les choses se passent au mieux, nous dépendons surtout de la bonne volonté de personnes bienveillantes et lorsque ces dernières ne sont pas au rendez-vous, tout risque de s’écrouler comme un château de cartes. Ce n’est ni légitime, ni juste. Les personnes neuro-atypiques ne devraient pas payer les pots cassés d’un système défaillant. Il serait donc grand temps de prendre enfin en compte et de mettre en application les recommandations de l’experte de l’ONU, Mme Catalina Devandas-Aguilar, venue en France en janvier 2017. Cela fait déjà presque deux ans. Qu’est-ce qu’on attend ?

  • Gardez-vous malgré tout l’espoir en un avenir meilleur et en la capacité d’empathie de l’être humain ? Si oui, dites-nous ce qui vous motive à penser que tout espoir n’est pas perdu.

Oui, bien sûr, sinon je n’écrirais pas. Je pense que l’empathie est inhérente à notre condition humaine. Seulement, parfois, on l’oublie. Aussi, la culture, que cela soit par le biais d’un film, d’une lecture, d’un témoignage, etc. nous aide à nous mettre à la place de l’Autre et à ressentir ses peines, ses joies par procuration. Je considère donc ce recueil comme un trait d’union entre mes lecteurs et moi.

Je remercie Céline pour ses réponses détaillées et vous invite à consulter les sites Ricochet et Babelio  pour toute information complémentaire.

 

Nouvelles bienfaisantes ?

Nos rapports à autrui font partie intégrante de notre vie et en constituent l’une des parties les plus essentielles. Il est indispensable de dépasser les limites de notre zone de confort, de notre propre « normalité » réductrice pour s’ouvrir à l’espace vital d’autrui. C’est seulement grâce à cette ouverture que nous pourrons vivre en accord avec l’essence même de notre humanité qui est la compréhension et l’amour de l’être vivant dans toute sa diversité.

 

Meilleurs voeux de bonheur, santé et lectures !

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Meilleurs voeux de bonheur, santé et lectures

Cette année 2020 s’annonce belle et riche en lectures bienfaisantes.

Rendez-vous sur ce blog afin de partager de nouvelles expériences littéraires

qui donnent du baume au coeur,

éloignent les soucis du quotidien,

 favorisent la compréhension de soi et des autres

et finalement, contribuent au bien-être que tous nous recherchons…

 

A TRES BIENTÔT, CHERS LECTEURS !!!!!

Le livre comme objet d’art et de connaissance

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Nathalie Cailteux

Ouvre un livre, c’est lui qui t’ouvrira 

Proverbe chinois

Chers amis lecteurs,

Voici arrivé le temps des bons voeux, mais également celui des retrouvailles, des réconciliations, des bonnes résolutions…  Parmi ces dernières, n’oubliez pas la lecture de cette oeuvre littéraire qui déjà attend avec impatience que vous lui portiez toute votre attention.

Bien souvent, le livre se révèle comme un guide, un ami, le compagnon de nos âmes esseulées. Il serait donc dommage de s’en priver.

« Qui veut se connaître, qu’il ouvre un livre »

est une citation de l’écrivain, critique et éditeur français Jean Paulhan nous incitant à réfléchir sur le pouvoir bienfaisant de la lecture dans nos vies.

Comprendre ses émotions, ses sentiments, savoir les repérer et les définir, et surtout, ne plus se considérer comme la seule personne au monde à les éprouver, c’est vers cela que la lecture d’un roman peut nous conduire.

En lisant, nous laissons tomber toutes les barrières de sécurité que nous érigeons habituellement devant les autres (Qu’est-ce qu’il me veut celui-là, ne devrait-il pas regarder ce qui se passe chez lui ?). Au contraire, les mots et phrases d’un récit se propagent sans obstacle entre les interstices de notre coeur et de notre raison et illuminent souvent nos angles obscurs et incompréhensibles.

« Pour voyager loin, il n’y a pas meilleur navire qu’un livre »

nous dit la poétesse américaine Emily Dickinson

Si se connaître est une tâche difficile, comprendre les émotions d’autrui se révèle encore plus ardu. La lecture de bons romans peut nous aider à ouvrir notre coeur à autrui et à faciliter la compréhension de ses actes et pensées. Notre empathie prend force et vigueur, rabaissant ainsi au plus bas notre seuil inné d’intolérance et de peur face à l’inconnu.

« L’art, c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme »

citation de l’écrivain français André Malraux.

Par oeuvre d’art, on entend une oeuvre faite de la main de l’homme et destinée à toucher les sens, les émotions et l’intellect du public. En ce sens, le livre comme objet d’art renvoie à son objectif premier, encourager la véritable relation avec autrui, et ceci au-delà des mots qui le constituent.

 

Ces derniers jours, j’ai rencontré deux artistes belges de talent qui font du livre un véritable objet d’art.

Guy Deltour

Guy Deltour, sculpteurGuy Deltour, sculpteur

Guy Deltour, sculpteur   Ce passionné de sculpture s’est lancé dans la création de livres en terre cuite et en pierre bleue.

Sur le site de Guy Deltour, vous découvrirez comment l’artiste a insufflé une autre vie au livre.

« Il a créé la Biblioterre, une collection de mille et une pièces que vous pourrez assembler et combiner comme bon vous semble dans sa salle d’exposition à Ciergnon en Belgique. »

www.labiblioterre.be

 

 

 

Paul Peters

Paul PetersPaul Peeters  Passionné par le bois depuis son enfance,  Paul Peters travaille ce matériau pour en extraire toutes sortes d’objets, en ce compris des livres.

« Le livre fermé contient le « Savoir ». Le livre ouvert dispense le « Savoir », comme la Souffleuse de pissenlit des Editions Larousse :« je sème à tout vent ». Les pages bougent, volent, libèrent leur contenu à qui veut, à tout vent !  » 

www.paul-peeters.be

 

 

« Une maison sans livres est comme un corps sans âme »

dixit Ciceron

Que vos livres soient en papier, en bois, en pierre ou en terre cuite, parsemez-en vos maisons, les graines qui en surgiront seront toujours de bon conseil….

 

Titrés pour Noël, avec des anges, des lettres et de la neige

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Lecture de Noël

Des nouvelles/contes/histoires pour illuminer Noël

Le temps de Noël n’est pas toujours de tout repos.  Lorsque vient enfin un moment propice pour se ménager quelques instants au coin du feu et que le confortable fauteuil nous fait de grands signes d’approche, une courte pause lecture reste plus que bienvenue.

Mais que lire le temps d’une courte pause ? Pourquoi pas une nouvelle, un conte, un court roman au titre évocateur de saison ?

Allons vite voir ce que le Père Noël nous réserve….

I. Les nouvelles

La nouvelle se définit en général comme un récit assez court (mais que veut dire court ?), centré autour d’un seul événement et contenant peu de personnages.

Des nouvelles à lire pour améliorer sa capacité d’empathie à Noël

Certains recueils de nouvelles parviennent à susciter l’empathie du lecteur pour des personnages qui vivent un quotidien morose, parfois morbide et violent. C’est le cas du très beau recueil de nouvelles de Patrice Juiff « La taille d’un ange » publié chez Albin Michel en 2008 et lauréat de plusieurs prix.

Des enfants, adolescents, adultes dans la déroute, partagés entre bons et mauvais sentiments se battent dans la grisaille de leur vie pour y faire entrer un peu de lumière. L’auteur réussit un coup de force magistral avec ce recueil qui a le mérite d’éveiller chez les lecteurs un sentiment d’attachement et d’empathie pour tous ces êtres dans la détresse.

Des nouvelles pour voyager autrement, loin des a priori

Laissez-moi vous présenter ce recueil de 7 nouvelles de Pema Tseden « Neige » paru en 2013 aux éditions Philippe Picquier. L’auteur tibétain nous y présente le Tibet d’aujourd’hui, loin des folklores et préjugés, un Tibet où le peuple est à la fois ancré dans ses traditions séculaires et en pleine mutation, avec comme arrière-plan l’emprise chinoise. Ces nouvelles traduites en partie du tibétain et en partie du chinois regorgent de poésie et de sagesse.

 

II. Les contes

D’emblée, le mot « conte » fait rejaillir des souvenirs d’enfance, lorsque le regard plongé dans les illustrations des contes de Perrault, Grimm ou Andersen, nous écoutions nos proches nous raconter les récits imaginaires peuplés de fées, démons et sorcières.

Le conte utilise en effet très souvent le merveilleux et le fantastique pour véhiculer un message moral ou philosophique.

Si d’aventure l’univers de J.R.R. Tolkien vous enchante, n’hésitez pas à vous procurer « Lettres du père Noël » , un ouvrage publié en 2004 chez Christian Bourgeois, puis chez Pocket en 2013.

Entre 1920 et 1943, Tolkien a envoyé une trentaine de lettres à ses quatre enfants prétendant que celles-ci venaient du Pôle Nord et étaient écrites de la main du Père Noël ou de l’Ours Polaire. La moitié d’entre elles ont été traduites en français et relatent les aventures du vieil homme en robe rouge, ainsi que ses démêlés avec les gobelins. Cet ouvrage contient également de belles illustrations et plaira très certainement aux petits et grands amateurs du genre.

III. Autres histoires dans l’esprit de Noël…

Inspirées de faits réels

Si d’aventure, le réel vous attire plus que le surnaturel ou le fantastique, mais que la magie de Noël ne vous est toutefois pas indifférente, alors je vous conseille de lire le recueil des « Belles histoires du temps de Noël » de Marc Pasteger publié en 2006 aux éditions L’Archipel avec une préface de Patrick Poivre d’Arvor. Ces trente récits sont inspirés de faits réels et choisis par l’auteur pour nous transporter dans le merveilleux de la fête de Noël.

Selon la mention de l’éditeur, une partie des recettes de ce livre sera versée à l’association Les amis de la Maison de Solenn-Maison des Adolescents.

Inspirées de la foi chrétienne

Dans le roman « Noëls pour un enfant perdu » de Roger Bichelberger   publié en 2006 chez Albin Michel, un petit garçon disparaît alors que les services sociaux menaçaient de le retirer à son père adoptif. Les habitants du village se mobilisent, et bien qu’ayant négligé les rites religieux depuis longtemps, ils décident de renouer avec les pratiques chrétiennes oubliées pour conjurer le sort et leur angoisse.

Pleines de bons sentiments

Les « Petites douceurs pour l’Âme » de Jack Canfield et Mark Victor Hansen, , publié en 2003 aux éditions Michel Lafon est un recueil de 80 histoires « qui réchauffent le coeur et remontent le moral ».

Il s’agit de petits récits remplis de bons sentiments que l’on peut savourer à l’envi au gré de ses humeurs. Les auteurs nous recommandent de prendre le temps de bien digérer ces histoires une à une, de partager celles qui nous interpellent, voire de mettre en action certaines idées.

Ci-après voici l’une de ces petites histoires bienfaisantes :

« Le texte qui suit est gravé sur la tombe d’un évêque anglican du XIIe siècle dans les cryptes de l’abbaye de Westminster :
Quand j’étais jeune et libre et doté d’une imagination sans frein, je rêvais de changer le monde. Devenu plus sage avec les années, je compris que le monde ne changerait pas, alors je réduisis quelque peu mes visées et décidai de ne changer que mon pays. Mais lui aussi semblait immuable.
En approchant de la vieillesse, suprême et désespérée tentative, je décidai de ne changer que ma famille, ceux dont j’étais le plus proche, hélas! ils ne voulaient rien entendre.
Et maintenant, étendu sur mon lit de mort, je comprends soudain : si seulement je m’étais changé moi-même, alors à mon exemple ma famille aurait aussi changé.
De leur inspiration et de leur encouragement, j’aurais tiré la force d’améliorer mon pays et qui sait, j’aurais peut-être changé le monde.

                                                                                                                                                                                                                     Anonyme »

D’ores et déjà,

je vous souhaite à toutes et à tous

de très joyeuses fêtes de fin d’année….

et à très très bientôt ….

 

 

Avoir effleuré le Mal

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« La goûteuse d’Hitler » de Rosella Postorino

Editions Albin Michel, 2019 – traduction par Dominique Vittoz

 

« Lorsque j’étais quelqu’un d’autre » de Stéphane Allix

Mamaéditions, 2017

 

I. Seconde guerre mondiale : récits de part et … d’autre

Difficile et compliqué de se mettre réellement à la place de nos aînés qui ont survécu à ces horribles années de guerre, que ce soit du côté des victimes de la Shoah et des Alliés, mais aussi du côté des Allemands.

La littérature nous aide d’une certaine manière à ressentir les émotions et à partager les expériences des gens de l’époque, car elle abonde en romans sur la seconde guerre mondiale, soulignant les épreuves et les tragédies des uns et des autres.

Toutefois, il a fallu attendre plus longtemps pour trouver dans les librairies des romans relatant la façon dont les Allemands ont eux-mêmes vécu cette période et les raisons pour lesquelles ils ont ou non adhéré aux visions de leur Führer.

A ce propos, un ouvrage historique a été publié en français en 2017 aux éditions La Librairie Vuibert  : « La Guerre allemande : Portrait d’un peuple en guerre 1939-1945 » de  Nicolas Stargardt, traduit par Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint-Loup 

 
et sur lequel l’historien et professeur Nicolas Charles a rédigé un article intéressant.

 

II. Deux récits qui parlent d’expériences allemandes

J’ai lu cette année deux récits qui évoquent cette triste période au travers des expériences « allemandes » :

« La goûteuse d’Hitler » de Rosella Postorino

Couronné par le prix Campiello en Italie, ce roman raconte le vécu d’un groupe de jeunes Allemandes recrutées de force en Prusse orientale comme « goûteuses » des repas d’Hitler afin d’éviter un éventuel empoisonnement de celui-ci. Le récit est narré par l’une de ces goûteuses, Rosa, considérée comme une « étrangère » parce qu’elle vient de Berlin et qui aura du mal à s’intégrer à ce groupe de femmes dont certaines sont prêtes à se sacrifier pour leur Führer.

L’auteure italienne s’est inspirée de l’histoire vraie de Margot Wölk, seule goûteuse survivante après la victoire des alliés, mais qui se garda de révéler la fonction à laquelle elle avait été astreinte de force durant plus de deux années.

Elle conserva ce secret jusqu’à ses 95 ans en 2013, lorsqu’elle le divulgue aux médias. Voici une courte interview sur France Info à ce sujet.

Rosella Postorino regrette de n’avoir pas eu l’occasion de parler avec cette femme (qui mourut en 2014) dont elle dresse un portrait entre réalité et fiction dans son très beau roman « La goûteuse d’Hitler ».

 

« Lorsque j’étais quelqu’un d’autre » de Stéphane Allix

Stéphane Allix est un grand reporter de guerre et journaliste d’investigation. Lors d’une retraite au Pérou en Amazonie, il fait un rêve éveillé et se voit de façon surprenante dans la peau d’un soldat SS succombant à ses blessures lors de la seconde guerre mondiale. Débute alors pour l’auteur une enquête pour découvrir d’où lui vient ce rêve et qui est ce personnage du passé avec lequel il a ressenti une troublante connexion.

Au fil de son enquête qu’il nous relate dans son récit, et qui devient par la même occasion une enquête sur lui-même, Stéphane Allix découvre que les détails de son rêve se sont avérés réels et authentiques. Il parvient à redessiner les contours de la personnalité de cet officier allemand et décrit le cheminement qui a peu à peu entraîné cet être « normal » sur la voie de l’ombre.

III. Les atouts de ces deux romans

Outre le suspense bien soutenu dans ces deux romans et outre une plume qui de part et d’autre captive l’attention du lecteur, ces deux romans ont le mérite de susciter une réflexion sur les comportements humains au coeur de situations extrêmes.

Et nous, qu’aurions-nous fait à leur place ?

« La capacité d’adaptation est la principale ressource des êtres humains, mais plus je m’adaptais et moins je me sentais humaine. » nous confie la narratrice de « La goûteuse d’Hitler » qui dit aussi :

« Ma colère contre Hitler était personnelle. Il m avait privée de mon mari et chaque jour je risquais ma vie pour lui. Mon existence était entre ses mains, voilà ce que je détestais. Hitler me nourrissait, et cette nourriture pouvait me tuer. »

et Stéphane Allix est d’avis que

« L’ombre, c’est la peur de perdre nos richesses, notre confort. C’est la facilité avec laquelle on s’accommode des souffrances de ceux qui sont loin, en fermant les yeux. L’ombre, ce sont les discours de haine et de repli, la croyance que si on s’enferme on se protège, et ça ira mieux. Qu’être réaliste, c’est ne penser qu’à soi, être égoïste en ayant bonne conscience. »

IV. Romans bienfaisants

Vous avez remarqué aussi que les auteurs de ces deux romans vivent maintenant et n’ont donc pas connu les affres de la seconde guerre mondiale. Pourtant ils ont réussi à nous transporter dans cette époque et à nous éclairer sur les attitudes des uns et des autres sans pour autant les juger.

Dans sa réflexion, Stéphane Allix questionne le thème de la réincarnation et dit :

« La guérison des vivants guérit les morts. La lumière a besoin de l’obscurité pour être perçue. S’il n’y a pas d’obscurité, on ne peut voir la lumière. »

« Toi comme moi, comme les autres humains, nous sommes seulement les costumes que des continuums de conscience endossent le temps d’un passage terrestre bien court. »

et il remet également en question notre façon d’aborder le monde ….

« Nous vivons dans une société à l’esprit très, très réduit et où seul un cheminement personnel permet à certains de découvrir une réalité plus vaste. Ce questionnement, qui conduit à remettre en question une vision du monde acquise depuis l’enfance, est provoqué en général par un « accident ». Un événement inattendu de la vie qui rend soudain insatisfaisant le modèle dans lequel l’existence coulait tout simplement jusqu’alors. […]. Se poser des questions, c’est prendre le risque d’avoir des réponses. Et ces réponses sont susceptibles de nous conduire parfois à remettre en question notre façon de vivre. Aussi la plupart des gens s’abstiennent de le faire. […]. Nous sommes des êtres craintifs, effrayés par la liberté. »

Rosella Postorino, quant  à elle, nous parle des souffrances subies par une partie du peuple allemand, bien souvent les femmes, et nous éclaire sur une réalité dont nous n’avions peut-être pas vraiment conscience… Son roman élargit notre champ de connaissances, et de ce fait, notre capacité à appréhender une réalité beaucoup plus vaste et complexe.

Il s’agit bien ici de deux romans bienfaisants qui déclenchent les rouages de notre empathie….

« Nous accouchons la mort, alors profitez de la vie »

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« Changer l’eau des fleurs » de Valérie Perrin

(Editions Albin Michel, 2018, Le Livre de Poche, 2019)

Le mois de novembre est chargé de mélancolie. Les jours raccourcissent, la météo retrouve le chemin de l’hiver, les températures descendent pour ne plus remonter avant l’année prochaine. Le mois de novembre débute aussi avec la Toussaint, cette journée durant laquelle nous prenons le temps de nous épancher un instant sur les tombes de celles et ceux qui ne sont plus…

Le cimetière, un endroit de convivialité

Depuis le décès de mon père, j’ai appris à apprécier les moments passés au cimetière. Ce n’est pas parce que je m’y sens proche de lui. Non, à vrai dire, ces instants de proximité, je les retrouve ailleurs, à d’autres occasions et dans d’autres endroits, là où il a vécu et où nous avons partagé de bons moments.

Le cimetière est plutôt devenu un lieu de rencontres avec les vivants qui, comme moi, y trouvent refuge et y partagent pensées et souvenirs.

Est-ce la raison pour laquelle le quatrième de couverture du roman de Valérie Perrin « Changer l’eau des fleurs » m’a interpellée et que j’ai eu envie de lire cette histoire ?

« Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se confier et se réchauffer dans sa loge. Avec la petite équipe de fossoyeurs et le jeune curé, elle forme une famille décalée. Mais quels événements ont mené Violette dans cet univers où le tragique et le cocasse s’entremêlent? »

L’auteure Valérie Perrin, nous convie dans un cadre plutôt original pour un récit plein d’humanité qui, loin de nous entraîner sur les traces d’une histoire macabre, nous bouleverse par les élans d’émotions qui en font le tissu même de l’intrigue.

Le cimetière, un lieu de résilience

Au plus douloureux moment de sa vie, Violette est invitée à prendre les fonctions de garde-cimetière. C’est là qu’elle apprendra à surmonter ses drames personnels, à reprendre goût à la vie pour se tourner vers les autres et les aider dans les situations de deuil et de tristesse.

Le cimetière, cet endroit de recueillement, devient un terrain de contact avec toute une panoplie de personnes auprès desquelles se révèlent les côtés tragiques et sentimentaux de l’existence lorsque s’y mêle le décès d’un proche.

« Au fond, nous les croque-morts, on est dans la vie. Peut-être encore plus que dans les autres métiers. Parce que ceux qui s’adressent à nous, c’est ceux qui restent, ceux qui restent en vie…. Notre père, paix à son âme, nous disait toujours : « Mes fils, nous sommes les sages-femmes de la mort. Nous accouchons la mort, alors profitez de la vie, et gagnez- la bien. »

« Changer l’eau des fleurs », un roman bienfaisant

Valérie Perrin ne nous parle pas ici de la mort, mais de la vie dans tous ses états. Elle y évoque surtout les déboires sentimentaux des uns et des autres, les romances qui auraient pu être, celles qui ont mal abouti, les malentendus, les zones de non-dit, les colères et les aigreurs. Bien sûr, la perte des êtres chers y est décrite, mais elle est décryptée à la lueur d’une émotion vivante. Et comme telle, il existe diverses façons de la dompter.

« Le manque, la douleur, l’insupportable peuvent faire vivre et ressentir les choses qui dépassent l’imaginaire. Quand quelqu’un est parti, il est parti. Sauf dans l’esprit de ceux qui restent. Et l’esprit d’un seul homme est bien plus grand que l’univers. »

De son côté, la protagoniste Violette Toussaint aura bénéficié de quelques très précieuses amitiés pour faire face aux épreuves de la vie. Ces rencontres constituent une sorte de témoignage optimiste selon lequel il y a toujours quelque part des personnes pour vous aider et vous donner le coup de main opportun, qui, si infime soit-il, vous aidera à aller de l’avant.

Eloge de la lecture

La lecture n’est pas en reste pour assister la narratrice dans ses épreuves. Le roman qui l’accompagne tout au long du récit et qu’elle apprend à lire est « L’oeuvre de Dieu, la part du Diable » de John Irving.

« Pourquoi va-t-on vers des livres comme on va vers des gens ? Pourquoi sommes-nous attirés par des couvertures comme nous le sommes par un regard, une voix qui nous paraît familière, déjà entendue, une voix qui nous détourne de notre chemin, nous fait lever les yeux, attire notre attention et va peut-être changer le cours de notre existence ? » se demande la narratrice qui pense aussi qu’en se couchant, elle n’aimerait pas mourir au milieu de la lecture d’un roman qu’elle aime.

Dans le récit de John Irving publié aux éditions Seuil en 1986 (dont l’histoire a également été portée à l’écran), un gynécologue excentrique met au monde des enfants non désirés tout en les gardant dans son orphelinat (l’oeuvre de Dieu), mais d’autre part, il pratique aussi des avortements illégaux (la part du diable). Une relation père-fils riche en émotions va se nouer avec l’un de ses pensionnaires et se développera au fur et à mesure de la poursuite du récit.

Si la thématique de ce roman tourne autour des questions d’avortement et d’abandon, elle fait surtout l’éloge des véritables liens d’amour qui se construisent au fil de l’existence et qui ne sont pas toujours les liens familiaux. Un peu comme dans le roman de Valérie Perrin où les protagonistes font face à des problèmes de deuil et d’abandon, mais sont invités à trouver des issues de secours grâce à des rencontres amicales ou amoureuses improbables.

« La nuit n’est jamais complète, il y a toujours au bout du chemin une fenêtre ouverte » selon le titre d’un chapitre de « Changer l’eau des fleurs ».

Prix des lecteurs 2019 auprès des éditions Le Livre de Poche

 

Le roman de Valérie Perrin est un roman bienfaisant et optimiste qui a été salué par beaucoup de lecteurs.

Il a d’ailleurs obtenu le prix des lecteurs du Livre de Poche 2019, catégorie littérature, aux éditions Le Livre de Poche.

Changer l’eau des fleurs, c’est un peu comme continuer malgré tout à nourrir la vie en lui offrant l’occasion de rejaillir en beauté.

 

 

 

 

Univers à la fois désenchanté et enchanteur de Murakami

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« Le Meurtre du Commandeur »

de Haruki Murakami

Tome 1 « Une idée apparaît » et Tome 2 « La Métaphore se déplace »
(Editions Belfond 2018)

 

Un succès signé Murakami

Vous ne connaissez pas encore l’écrivain japonais Haruki Murakami ? Pourtant, il figure parmi les auteurs japonais contemporains les plus lus au monde, ses oeuvres littéraires sont traduites dans une cinquantaine de langues et il s’est vu décerner de nombreux prix et distinctions, dont le Prix World Fantasy du meilleur roman en 2006 pour « Kafka sur le rivage » . Il est aussi régulièrement cité comme pouvant prétendre au prix Nobel de littérature.

 

Son quatorzième roman en deux parties, « Le Meurtre du Commandeur » livre 1 et livre 2, traduit en français par Hélène Morita et publié en 2018 aux éditions Belfond, a été l’occasion pour moi de découvrir cet auteur prolifique et talentueux.

 

Lorsque le surnaturel pénètre la réalité pour lui donner son sens…

« La réalité ne se limite pas seulement à ce qui est visible.. » nous dit le narrateur du roman de Murakami. De fait, l’auteur japonais nous plonge dans un récit réaliste (le quotidien d’un peintre-portraitiste auquel son épouse a demandé le divorce et qui s’est réfugié en solitaire dans une maison à flanc de colline) où le surnaturel fait irruption pour entrouvrir les portes d’une possible reconversion.

La maison dans laquelle habite le narrateur appartient au père d’un ami, Tomohiko Amada, autrefois célèbre peintre, mais aujourd’hui atteint de démence sénile et soigné en maison de repos. Le narrateur découvre par hasard dans le grenier une peinture de l’artiste, soigneusement dissimulée et qui s’inspire de l’opéra de Mozart « Don Giovanni »  : il s’agit de la représentation de la scène du meurtre du commandeur évoquée dans l’acte 1 de cet opéra.

Par ailleurs, le narrateur fait la connaissance d’un personnage richissime et énigmatique, Menshiki, qui lui demandera de faire son portrait et de faire celui d’une jeune fille dont il prétend être le père biologique. Grâce à Menshiki, des fouilles pourront être entreprises pour trouver l’origine d’un son de clochette qui réveille le narrateur durant la nuit.

La découverte d’une fosse dans les alentours de la maison et l’apparition d’un petit personnage insolite dans la vie du narrateur participent au fantastique qui imprègne peu à peu le récit et dont se nourrissent à la fois la narration (qui se colore d’une touche surréaliste originale) et le narrateur (en quête de réponses à ses questions existentielles).

« Dans notre vie, il est fréquent de ne pas pouvoir discerner la frontière entre le réel et l’irréel. Et il me semble que cette frontière est toujours mouvante. Comme une frontière entre deux pays qui se déplacerait à son gré selon l’humeur du jour. Il faut faire très attention à ces mouvements. Sinon, on finit par ne plus savoir de quel côté on se trouve », lui confiera Menshiki.

 

D’où vient ce réalisme magique ?

Le critique d’art allemand Franz Roh fut le premier à utiliser cette appellation pour décrire en peinture des éléments magiques et paranormaux survenant dans un environnement réaliste et reconnaissable.

Plus tard, les écrivains latino-américains revendiquent cette appellation de « réalisme magique » pour qualifier leurs récits. Le roman bien connu « Cent ans de solitude » publié en 1967 par le colombien Gabriel Garcia Marquez fait figure d’emblème de ce courant d’écriture.

Introduire la magie dans la réalité quotidienne ou historique (sans tomber dans le surnaturel à outrance) est un procédé bien dosé qui se retrouve dans beaucoup de romans issus de la littérature internationale. On pense ici par exemple à Franz Kafka, à Marcel Aymé, Günter GrassPatrick Süskind, Toni Morrison….

et bien sûr ici, à Huraki Murakami qui use de l’étrange pour décortiquer la réalité.

« … Peut-être ce qui nous arrive nous semble-t-il être uniquement des faits parmi les plus ordinaires, se produisant de la façon la plus ordinaire, dans un quotidien linéaire. Ou bien au contraire, peut-être tout cela nous paraît-il complètement insensé. Mais en fin de compte, c’est seulement beaucoup plus tard que l’on saura vraiment si un événement est conforme à la raison ou pas. »

 

Murakami interroge la création artistique

Parmi les sujets chers à l’auteur japonais figure celui de la création artistique perpétuellement questionnée dans le roman « Le Meurtre du Commandeur« .

Non seulement le narrateur s’adonne lui-même à la peinture, mais il vit chez un célèbre peintre, qui fut spécialiste du Nihonga, la peinture traditionnelle japonaise. Le titre du roman fait référence à une toile découverte dans le grenier de l’artiste et inspirée de l’opéra de Mozart. De nombreuses réflexions autour de la peinture, mais aussi de la musique et de la littérature, sont distillées au fil du récit.

« Une peinture est une chose curieuse: à mesure qu’elle approche de son achèvement, elle acquiert sa volonté, son point de vue et sa voix propres, et lorsqu’elle est achevée, elle fait signe à l’artiste que le travail est terminé… »

« J’avais toujours aimé, tôt le matin, contempler longuement une toile absolument vierge, sur laquelle il n’y avait encore aucun dessin, aucune peinture. J’appelais ce moment « le zen de la toile« . Rien encore n’était dessiné, mais ce n’était absolument pas du vide qu’il y avait là. Sur cette surface immaculée se dessinait la forme sur le point d’advenir. Si je fixais mon regard dessus, je discernais diverses possibilités, lesquelles finiraient bientôt par converger avant de déboucher en une piste concrète. j’aimais cet instant. L’instant où présence et absence allaient se mêler. »

« Le souvenir peut réchauffer le temps. Et puis, si on y réussit, l’art peut conserver à tout jamais le souvenir en lui donnant une forme. Comme Van Gogh qui a réussi à faire survivre jusqu’à nous ce facteur inconnu d’un coin de campagne en l’inscrivant dans notre mémoire collective.« 

Récit bienfaisant ?

Cette histoire analyse avec profondeur les émotions et les sentiments des protagonistes tout en suscitant la réflexion sur de nombreux sujets.

Les personnages, et en particulier le narrateur, vivent dans un état de détachement solitaire et mélancolique. Ils attendent des réponses personnelles et universelles, et les événements, souvent étranges, leur en fourniront les clefs.

Il s’agit donc en l’occurrence d’un récit initiatique empreint d’une belle touche d’onirisme qui guide les personnages dans leur quête tout en ménageant un certain suspense pour le lecteur.

Les thèmes évoqués sont multiples et concernent le couple, la création artistique, la parentalité, la vocation professionnelle, l’amitié, la nature et la force spirituelle.

Personnellement j’ai beaucoup apprécié l’univers de Murakami qui se situe à mi-chemin entre le désenchantement des aléas d’une vie ordinaire et le côté enchanteur des choses et des rencontres qui font partie de notre quotidien et dont on se devrait de reconnaître l’empreinte, si pas magique, du moins merveilleuse…

Moriya Tadashi

Moriya Tadashi