Archives d’Auteur: Nathalie Cailteux

À propos de Nathalie Cailteux

Philologue passionnée par la littérature et les effets positifs de celle-ci sur le moral. A l'écoute de vos problèmes, je vous propose de surmonter vos difficultés grâce à la lecture de romans. - www.lirepourguerir.com  /////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////// Philologist with a passionate interest in literature and its positive effects on well-being, I recommand you the reading of novels to ease your pain and overcome difficulties of life. www.readtoheal.wordpress.com  //////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////   Contactez-moi sur / Please contact me via deslivrespourguerir@gmail.com

Soi-même – entre l’un et l’autre

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Roman "Désorientale" Négar Djavadi

« Désorientale » de Negar Djavadi

Editions Liana Levi 2016 

 

Roman coup de coeur qui mérite bien les différents prix dont il est le lauréat (Prix de l’Autre Monde 2016 – Prix du Style 2016 – Prix Emmanuel-Roblès 2017 – Prix Première 2017 – Prix littéraire de la Porte Dorée 2017 – Prix du Roman News 2017) !

L’auteure Negar Djavadi nous plonge dans l’histoire contemporaine de son pays, l’Iran, au travers du prisme d’une saga familiale, depuis son ancêtre féodal jusqu’à la narratrice, Kimiâ, que le lecteur retrouve dès la première page dans la salle d’attente de l’hôpital Cochin à Paris, et plus exactement au service de PMA (Procréation Médicalement Assistée).

Récit de mémoire, non linéaire et foisonnant

Le récit n’est pas une histoire chronologique de faits, mais se lit en suivant les digressions opérées par la mémoire et les souvenirs de la narratrice qui patiente en attendant sa visite chez son médecin. A la manière d’un conte persan où chaque anecdote s’ouvre sur une autre et se réinvente au gré des conteurs, la narratrice retrace le parcours de sa famille durant le 20e siècle en Iran. Plus particulièrement, elle relate celui de ses parents, opposants politiques à la fois au régime du Shah et à celui de Khomeiny, et qui ont été obligés de s’exiler en France avec leurs trois filles pour survivre.

Lorsqu’on demande à Negar Djavadi quel est le livre qui a changé sa vie dans une interview proposée sur YouTube par La Grande Librairie, elle cite le roman de Salman Rushdie « Les Enfants de Minuit » . Grâce à ce roman baroque et picaresque, elle a appris qu’on pouvait écrire autrement qu’en recourant à la façon linéaire de raconter des histoires. Elle s’en est inspirée pour écrire « Désorientale », un roman sur la mémoire orientale.

« Mais la vérité de la mémoire est singulière n’est-ce pas ? La mémoire sélectionne, élimine, exagère, minimise, glorifie, dénigre. Elle façonne sa propre version des événements, livre sa propre réalité. Hétérogène, mais cohérente. Imparfaite, mais sincère. »

Récit empreint de faits réels, mais non autobiographique

Il ne s’agit pas ici d’un témoignage relatant la vie de l’auteure. Ce n’est donc pas à proprement parler un récit autobiographique. Toutefois, ce roman s’inspire de plusieurs épisodes de sa propre vie : les parents de Negar Djavadi étaient également opposants aux régimes du Shah et de Khomeiny, et tout comme la narratrice Kimiâ, la romancière a dû fuir l’Iran à l’âge de 11 ans avec sa mère et sa soeur à travers les montagnes du Kurdistan pour rejoindre la France.

En outre, le roman retrace des faits marquants de l’histoire de l’Iran au 20e siècle, avec mention des dates et événements clefs. Il nous ouvre d’ailleurs les portes sur une vision de l’histoire de ce pays assez différente de celle relativement tronquée qui nous est rapportée en Europe.

Par exemple, l’évocation de l’époque encore féodale dans laquelle vivait l’arrière-grand-père de la narratrice rejoint une réalité méconnue. L’ancêtre – portant le nom assez comique de Montazemolmolk – vivait avec un harem d’une cinquantaine de femmes au début du 20e siècle !

Identité double ou trouble ?

Sara, la mère de la narratrice, était férue de culture française. Dès leur plus jeune âge, Kimiâ et ses soeurs ont suivi des cours de français. Leur exil en France ne s’apparente pas à un plongeon glacial dans une langue et culture totalement étrangères. Mais malgré tout, elles sont obligées de faire le deuil de leur appartenance persane et iranienne pour adopter une nouvelle vision, celle de l’Europe et de la France. C’est ce que l’auteure appelle la « désintégration », à savoir le chemin suivi par les personnes exilées qui doivent d’abord quitter peu à peu leurs repères culturels pour faire de la place à de nouveaux repères.

« Je suis devenue, comme sans doute tous ceux qui ont quitté leur pays, une autre. Un être qui s’est traduit dans d’autres codes culturels. D’abord pour survivre, puis pour dépasser la survie et se forger un avenir. Et comme il est généralement admis que quelque chose se perd dans la traduction, il n’est pas surprenant que nous ayons désappris, du moins partiellement, ce que nous étions, pour faire de la place à ce que nous sommes devenus. »

« Bientôt, mon prénom ne sera plus prononcé de la même manière, le « â » final deviendra « a » dans les bouches occidentales, se fermant pour toujours. Bientôt, je serai une « désorientale ». »

En raison de son appartenance aux deux cultures et également en raison de son homosexualité qui font d’elle un « être à part » dans les deux camps, la narratrice observe à distance les deux identités culturelles qui la définissent; elle les compare et voit la part sombre et la part lumineuse de chacune d’elles.

Elle identifie notamment les points communs comme l’importance de la maternité et une certaine incompréhension vis-à-vis de l’homosexualité, mais aussi par exemple la façon dont les sociétés écrasent la révolte de leur population respective, en les soumettant habilement au phénomène de l’attente : les gens attendent devant les administrations pour obtenir un visa, mais ils attendent aussi des nuits entières pour obtenir des tickets, le dernier smartphone etc. Ailleurs ils attendent la fin d’une guerre qui ravage leur pays.

Roman bienfaisant ?

A plus d’un titre, je recommande ce roman qui ouvre le débat sur la tolérance envers les étrangers, mais aussi et surtout envers tous ceux qui sont différents de la soi-disant « norme » dans leur façon de parler, de raconter, d’aimer, de fonder une famille, mais aussi d’écrire la petite et la grande histoire.

L’oeuvre regorge de personnages à la fois vibrants de sincérité et hauts en couleurs : j’ai déjà évoqué l’ancêtre, mais il ne faut pas oublier les autres membres de la famille, à commencer par les parents révolutionnaires de la narratrice, Sara et Darius, ainsi que la fratrie paternelle désignée par Oncle Numéro Un, Oncle Numéro Deux, etc., qui malgré cette désignation commune fait référence à des êtres ayant des personnalités propres et bien distinctes les unes des autres.

Le thème de l’identité est bien à l’oeuvre dans ce beau roman, questionné de toutes parts et évoqué de diverses manières. Car la question identitaire ne se pose pas seulement entre nations très éloignées d’un point de vue géographique. On retrouve ce thème aussi dans les différences, même mineures, entre pays voisins. La narratrice nous fait part d’observations très pertinentes à propos des Belges, des Néerlandais qui m’ont beaucoup amusée.

Par ailleurs, la question identitaire prend aussi sa place dans la façon dont nous nous positionnons au sein de la famille face à la maternité, à la vie de couple.

Il est évident qu’adopter des positions différentes ou étranges peuvent attirer des ennuis. Le fait d’aller au-delà de ce qui nous définit dans une identité prédéfinie pour en adopter ou se rapprocher d’une autre constitue toujours un risque ….qu’il est pourtant vital de courir pour éviter de mourir d’ennui…

« On a la vie de ses risques. Si on ne prend pas de risques, on subit. Et si on subit, on meurt, ne serait-ce que d’ennui. » (citation de la grand-mère de Kimiâ)

 

Le choix d’être mère ou non

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Et toi tu t'y mets quand ? Myriam Levain

« Et toi tu t’y mets quand ? » Myriam Levain

Editions Flammarion, 2018

Cet ouvrage autobiographique soulève les questions et problèmes rencontrés par les femmes

qui souhaitent s’affranchir des normes imposées par la société en matière de procréation et de maternité.

 

S’affranchir du modèle idéal

Myriam Levain nous raconte son propre parcours médicalisé, tout en mettant en lumière ses questions et celles d’autres femmes face au regard implacable d’une société qui voudrait leur imposer un modèle idéal.

« Nous sommes toutes deux d’accord sur le fait que les modèles féminins qui nous sont montrés depuis l’enfance sont toujours ceux de femmes ayant eu des enfants, comme si notre destin à toutes était inéluctablement d’être enceintes un jour.« 

Souhaitant s’accorder une chance de pouvoir un jour enfanter, la journaliste, qui n’a pas encore eu l’opportunité de devenir mère à 35 ans, décide de congeler ses ovocytes afin de préserver sa fertilité.

Son roman est étoffé de nombreux témoignages qui dévoilent au grand jour un problème trop rarement débattu sur le devant de la scène, à savoir celui de la liberté et du choix féminin en matière de procréation.

 

S’affranchir de l’horloge biologique

« A 20 ans, je répondais que je voulais des enfants, mais plus tard, quand je serais adulte. A 25 ans, je répondais que je voulais des enfants, mais plus tard, quand j’aurais un vrai boulot. A 30 ans, je répondais que je voulais des enfants, mais plus tard, quand j’aurais rencontré le bon mec.
Aujourd’hui, j’ai 35 ans et plus tard, c’est maintenant. »

A l’heure actuelle, les avancées de la médecine permettent de prélever et de congeler des ovocytes lorsque ceux-ci sont encore suffisamment sains pour aboutir à une potentielle grossesse. En effet, à partir de 35 ans, le taux de fertilité d’une femme décline sensiblement.

Dès lors, si pour un tas de raisons qui lui sont propres, une femme décide de retarder le moment de se consacrer à une grossesse et à l’éducation de futurs enfants, elle devrait pouvoir disposer librement de l’opportunité de s’affranchir de son horloge biologique grâce à la médecine….

 

Une démarche médicale pas toujours autorisée

Cependant, la procédure médicale permettant le prélèvement et la congélation des ovocytes n’est pas encore autorisée en France pour les femmes lesbiennes ou les femmes célibataires qui souhaitent  s’accorder un délai supplémentaire avant de donner la vie. Ces femmes doivent donc faire appel à des services pratiqués à l’étranger, comme l’a fait Myriam Levain.

A cette exigence particulièrement pénible pour la population féminine française s’ajoutent toutes les contraintes médicales inhérentes à la procédure, parmi lesquelles une disponibilité à toute épreuve durant un laps de temps déterminé. Le prélèvement d’ovocytes reste une démarche pénible physiquement et mentalement dont la charge est un peu allégée lorsque la loi l’autorise à l’intérieur du pays.

 

Regard de la société

Extrait du roman de Myriam Levain "Et toi tu t'y mets quand ?"

 

Reste à se libérer du regard de la société, ce qui constitue souvent l’une des épreuves les plus difficiles dans une démarche de procréation médicalement assistée, d’autant plus si le pays dans lequel tu vis ne reconnaît pas à la femme le droit de pouvoir décider du moment où elle souhaite enfanter.

 

Avec son roman, Myriam Levain plaide en faveur du droit des femmes de pouvoir disposer librement de leur corps en matière de procréation médicalement assistée, et ceci quelle que soit leur situation maritale ou familiale.

 

Se différencier des normes du genre

 « Plus facile à dire qu’à faire, surtout quand le regard des autres leur rappelle constamment qu’elles n’ont toujours pas coché la case « maman » bien qu’elles aient validé toutes les autres.« 

Prendre une décision qui va à l’encontre de tous les modèles sociaux n’est pas chose facile. Décider d’être mère à quarante ans, vouloir s’engager pleinement dans sa carrière professionnelle et y prendre plaisir avant d’envisager toute future grossesse, voire décider ne pas avoir d’enfants du tout représentent des choix qui ne sont pas encore bien perçus en société, d’autant plus si la société continue de faire peser la grosse partie de la charge parentale sur la mère.

Dans ce contexte, Myriam Levain remet aussi en cause l’égalité hommes-femmes :

« J’ai soudain le sentiment que je vais pouvoir emprunter à mon rythme le chemin de la maternité, quitte à ne jamais l’emprunter du tout :
je ne suis sûre de rien, mais je veux me laisser toutes les possibilités ouvertes.
Exactement comme mes amis hommes pas encore papas« 

 

Conclusion : roman bienfaisant ?

Un ouvrage autobiographique féminin dévoilant un problème qui touche de plus en plus de femmes constitue un véritable soulagement pour celles qui sont confrontées à toutes les questions de procréation à un âge plus avancé que la « normale », mais également à toutes les questions de maternité dans un sens beaucoup plus large.

Myriam Levain nous fait part de son expérience lorsqu’elle décide de s’accorder une chance supplémentaire de pouvoir enfanter un jour. Cette expérience l’a conduite à élargir le débat sur toutes les réflexions concernant le droit pour les femmes de choisir sa place dans la société en tant que mère ou en tant que femme sans enfant.

Il est en effet impératif que change le regard de la société face aux femmes qui ont décidé de ne pas donner naissance à un bébé ou de le faire à un moment plus opportun pour elles, mais qui ne correspond pas forcément aux normes idéales.

Voici en guise de conclusion une petite vidéo sur le roman par Myriam Levain :

 

50e anniversaire de la Foire du Livre de Bruxelles : vous y étiez aussi ?

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Foire du livre à Bruxelles 2019

La foire du livre n’est-elle pas un véritable lieu d’échanges ?

Malgré la foule (plus de 72 000 visiteurs en quatre jours) et la chaleur ambiante, quel plaisir de parcourir ce week-end les allées remplies de livres du site de Tour & Taxis, de pouvoir écouter en direct les auteurs et éditeurs parler littérature, et surtout d’échanger sur les différents thèmes abordés dans les ouvrages.

La Flandre était à l’honneur de cette 50e édition de la Foire du Livre de Bruxelles permettant ainsi un rapprochement des cultures flamandes et francophones sous le sceau bienveillant de la littérature.

Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié les deux-trois heures passées dans cet endroit magique qui invite à la lecture, mais aussi à l’écoute et à l’échange.

Entretien avec Maxime Calligaro et Jean Quatremer animé par Hubert Artus

Les auteurs les plus connus sont sollicités par de grandes files d’admirateurs avides d’une dédicace ou d’une photographie.

Dédicaces avec Amélie Nothomb

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’autres auteurs vous invitent à découvrir leurs oeuvres et attisent votre curiosité de lecteur… J’en ai croisé quelques-uns et j’espère vous parler prochainement de leurs romans.

Quant aux nombreuses maisons d’édition, elles nous présentent leur univers livresque et les ouvrages de leurs auteurs…. comme ici, la maison d’édition EDILIVRE :

Maison EDILIVRE

 

Bonne lecture à toutes et tous !

 

LIRE POUR GUERIR D’UNE PEINE DE COEUR

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Lire à la Saint-Valentin ! 

 

Au programme de cette semaine : fête de la Saint-Valentin ou fête des amoureux !

De nombreux romans racontent l’amour, la passion… et, bien entendu, toutes les peines qui y sont liées.

Quels sont les plus beaux romans d’amour ?

Le plus beau roman d’amour est celui qui répond à notre besoin romantique du moment. Un récit évoquant les premiers émois durant les années de collège deviendra la plus belle histoire d’amour de certains adolescents. Plus tard, le roman qui parlera des (més)aventures conjugales correspondra davantage aux besoins du lecteur soucieux de trouver un écho à ses propres expériences. Plus tard encore, la perte de l’être cher trouvera quelque consolation dans les récits des protagonistes confrontés au deuil de l’âme soeur.

Alors, c’est toi, lectrice et lecteur, qui as toutes les clefs en main pour décider quel est ton plus beau roman d’amour, celui qui a marqué ta vie sentimentale en t’apportant le réconfort nécessaire ou en te guidant au mieux dans ta propre vie sentimentale.

 

Des histoires d’amour qui surpassent les chroniques personnelles

Il est vrai que certains romans d’amour ont marqué l’histoire de la littérature et continuent de séduire celles et ceux qui recherchent des récits où l’amour tient la place du protagoniste principal. Ces récits empreints de romantisme et d’aventures héroïques ne ressemblent pas vraiment au quotidien du lecteur en mal d’amour. Pourtant, celui-ci pourra y trouver une résonance par rapport à ses propres sentiments, voire une échappatoire bienvenue pour célébrer l’amour en bonne compagnie.

Parmi les plus belles histoires d’amour de la littérature, citons par exemple :

« Roméo et Juliette » de William Shakespeare 

N’est-ce pas le grand classique par excellence, le récit que tout le monde connaît pour en avoir entendu parler à l’école ou pour l’avoir vu au théâtre ou au cinéma ? Mais combien ont lu le roman de Shakespeare et son intrigue amoureuse ? Au 16e siècle, Shakespeare s’est inspiré d’histoires d’amour tragiques remontant à l’Antiquité, ainsi que d’un conte italien pour rédiger ce chef d’oeuvre dramatique dont le thème principal est l’amour.

« L’amour,c’est la fumée qu’exhalent les soupirs,
Attisé, c’est le feu dans les yeux des amants,
Contrarié, c’est la mer que viennent grossir leurs larmes.
qu’est-il encore ? Une folie des plus sages,
Le fiel qui étouffe et le miel qui nous sauve.« 

 

« Raison et sentiments »  ou

« Orgueil et préjugés » de Jane Austen

Jane Austen est une femme de lettres anglaise (1775-1817) qui aurait elle-même subi les affres d’une déception sentimentale. Un échange de courriers avec sa soeur Cassandra laisse à penser que Jane était amoureuse d’un jeune Irlandais, Tom Lefroy. Durant les deux années que durèrent leurs rencontres, Jane Austen écrivit notamment les deux romans cités ici. Après le mariage de Tom Lefroy avec une autre femme, Jane Austen n’écrira plus pendant une dizaine d’années. Le récit de sa mésaventure amoureuse nous incite à en deviner la raison.

Le film « Becoming Jane » (2007) de Julian Jarrold s’est inspiré de cette histoire d’amour.

« Quelques heures de conversation suffisent à deux créatures raisonnables pour épuiser tous les sujets qu’elles peuvent avoir en commun, mais il en est différemment entre amoureux. Entre eux, nul sujet n’est jamais épuisé, aucune chose n’est jamais dite, si elle ne l’a répété au moins vingt fois. » (Raison et sentiments)

 

« Jane Eyre » de Charlotte Brontë ou

« Les Hauts de Hurle-Vent » de Emily Brontë

La famille Brontë a connu des moments  sombres et très douloureux, mais les oeuvres écrites de la fratrie ont survécu à travers les siècles. Les romans des soeurs Brontë sont mondialement connus et appréciés. L’omniprésence de la nature dans tous ses états reflète les sentiments, les passions et les tourments des personnages de leurs romans respectifs, ainsi que ceux qui ébranlaient sans nul doute la vie des soeurs Brontë.

« Si tout le reste périssait et que lui demeurât, je continuerais d’exister; mais si tout le reste demeurait et que lui fût anéanti, l’univers me deviendrait complètement étranger, je n’aurais plus l’air d’en faire partie » (Les Hauts de Hurle-Vent)

 

« Autant en emporte de le vent » de Margaret Mitchell

La trame de cette histoire d’amour se déroule durant la guerre de Sécession en Amérique (1861-1865), les protagonistes s’aiment à contretemps, se trompant sur leurs propres sentiments et ceux d’autrui.

« Je vous aime Scarlett. En dépit de vous, de moi et de ce stupide monde qui s’écroule, je vous aime. »

 

 « L’Ecume des jours » de Boris Vian

Publié en 1947, le roman de Boris Vian se décrit à la fois comme un conte enchanteur et comme une poignante histoire d’amour onirique où la maladie et la mort entrent par effraction.

« Le plus clair de mon temps, je le passe à l’obscurcir, parce que la lumière me gêne. »

« On se rappelle beaucoup mieux les bons moments; alors, à quoi servent les mauvais? »

 

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé », disait Lamartine

Certes, mais Paul Desalmand disait aussi « Il n’y a vraiment que deux choses qui puissent faire changer un être humain : un grand amour ou la lecture d’un grand livre ».

Alors faute d’amour, ou si Cupidon nous joue de vilains tours, trouvons donc vite le beau livre qui nous réconciliera avec la vie.

 

Quel roman choisir pour soulager sa peine de coeur du moment ?

 

Livres pour surmonter les peines de coeur

« Lire pour guérir d’une peine de coeur »

de Nathalie Cailteux

 

De nombreuses recherches dans ma mémoire de lectrice m’ont aidée à réaliser cette compilation qui regroupe 24 propositions de lectures susceptibles de remonter le moral à celles et ceux qui souffrent d’un chagrin d’amour.

Si tant est bien sûr que l’on puisse catégoriser les peines de coeur, cet ouvrage répertorie des romans en fonction de diverses peines sentimentales (chagrin passionné et/ou platonique durant la jeunesse, effritement de l’amour au sein du couple, rupture sentimentale, peine de coeur au masculin, souffrance après un deuil …). Loin de moi l’idée de couvrir tout le champ des déboires sentimentaux, mais j’espère vraiment que ces lectures aideront le plus grand nombre d’entre vous.

Vous noterez que les livres cités appartiennent à une variété de genres (fresques romanesques, récits humoristiques, ouvrages classiques, romans modernes, y compris un roman faisant partie de l’Oulipo); mon objectif était de viser autant que possible plusieurs affinités littéraires.

Vos avis et commentaires sur Amazon ou sur ce blog seront bien entendu très appréciés.

Bonne lecture à toutes et tous ! et bonne Saint-Valentin !

 

Prêt(e) pour le changement ?

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La vie en mieux de Anna Gavalda

La vie en mieux

 de Anna Gavalda

(Editions Le Dilettante, 2014, Audiolib, 2014, J’ai Lu, 2015)

Les deux nouvelles de ce recueil ressemblent à une ode au changement de vie. La plume vivante de la romancière française Anna Gavalda crée directement un lien d’empathie – ou du moins de bienveillance –  avec les protagonistes en proie au questionnement existentiel si caractéristique de notre époque. Ceci étant, la littérature regorge de récits où le thème du changement est évoqué.

Deux courtes histoires :

Dans l’ouvrage de Anna Gavalda, deux jeunes gens, Mathilde et Yann, connaissent des parcours de vie médiocre et sans grande saveur. Un événement assez anodin, lié à une rencontre, les bouscule et les incite à opter pour un autre chemin plus épanouissant. Chacun de leur côté, les protagonistes se remettent en question et décident de tout changer, préférant « se tromper de vie plutôt que de n’en vivre aucune ».

Thème récurrent en littérature : changer de vie

Qu’il soit forcé ou choisi, qu’il se déroule dans la sphère privée ou professionnelle, le changement de vie constitue un sujet de prédilection pour les auteurs de fictions ou d’ouvrages de développement personnel.

Pourquoi un tel engouement pour ce thème ?

Nous sommes tous des êtres de projet, souvent en demande et rarement en adéquation avec notre propre situation. L’envie est une caractéristique propre à l’être humain : c’est ce qui le fait bouger et c’est ce qui fait avancer le monde dans lequel il habite.

Littérature classique : l’ascension sociale et l’idéal romantique comme moteurs de changement

L’attrait pour la richesse et la reconnaissance sociale est un moteur prédominant du changement dans la littérature classique :

Dans « Le rouge et le noir » de Stendhal, Julien Sorel tente de s’élever au-dessus de la condition sociale de ses parents charpentiers.

Dans « Martin Eden » de Jack London, les motivations de réussite sociale de Martin sont similaires.

Ce désir de changement est aussi intimement lié à un idéal sentimental. Mais le prix à payer reste souvent désastreux. Ces deux fresques littéraires montrent que le changement de vie souhaité aura le mérite d’aboutir à une meilleure connaissance de soi, ainsi qu’à une estimation toute relative de l’importance accordée à la richesse et à la réussite sociale.

Dans  « Madame Bovary » de Gustave Flaubert, le désir de changement qui parasite la vie d’Emma Bovary vient en grande partie de ses lectures qui la noient dans un idéal romantique illusoire. On connaît la fin tragique qui en découle…

Que disent les fictions contemporaines à propos du changement ?

Les multiples ouvrages de développement personnel montrent à quel point la quête de bonheur et d’épanouissement personnel est devenue l’objectif essentiel de toute existence. Les enjeux des siècles précédents ont évolué, et avec eux, les codes sociaux qui en découlent. Nous ne vivons plus dans une société où franchir les barrières entre les classes sociales constitue un exploit héroïque et séduisant.

Aujourd’hui, les chaînes de l’existence sont différentes et les questions sur le changement le sont tout autant : une femme peut-elle faire carrière en renonçant à sa place dans la famille ? un cadre avec un bon salaire peut-il décider de tout plaquer pour se lancer dans une expédition écologique ou humanitaire ? peut-on troquer une carrière de salarié réconfortante contre une carrière d’artiste sans garantie de sécurité ? un homme ou une femme peuvent-ils décider de renoncer au confort d’une première vie conjugale pour revenir à une vie de célibat ?

Ces questions sont soulevées dans certains romans, parfois même dans des thrillers pour lesquels le changement de vie constitue un véritable ressort narratif. Il s’agit avant tout de retrouver ses propres valeurs, son propre moi, indépendamment des critères « raisonnables et sensés » qui exhortent à l’immobilité.

Dans  « La femme qui fuit » de Anaïs Barbeau-Lavalette, l’auteur trace le portrait de sa grand-mère qui a abandonné ses deux enfants pour suivre sa propre voie.

Dans « Demain il fera beau » de Céline Rouillé, une femme de quarante ans décide d’ouvrir un gîte en Normandie et doit surmonter plusieurs obstacles parmi lesquels la décision de son mari de ne pas la suivre dans son nouveau projet.

Dans « Eldorado » de Laurent Gaudé, le thème des migrants est abordé avec celui de la quête d’un rêve au péril de la vie. Un surveillant des côtes optera pour un changement afin de venir en aide à ces migrants.

Dans « L’homme qui voulait vivre sa vie » de Douglas Kennedy, le protagoniste est un homme apparemment comblé, pourtant il se sent l’imposteur de sa vie, et profite d’un coup du destin pour changer d’identité et réaliser un rêve de jeunesse en devenant photographe.

Dans « Hector veut changer de vie » de François Lelord, le psychiatre Hector – que l’on retrouve dans d’autres romans de la même série –  est confronté à des patients qui veulent tous changer de vie. Lui-même ne se pose-t-il pas les mêmes questions ?

Dans  « J’ai fait un voeu » de Allison Morgan, la narratrice frôle la mort et décide de réaliser ses rêves d’enfance, même si cela implique de renoncer à sa vie « parfaite » actuelle.

Dans « Demain est un autre jour » de Lori Nelson Spielman, la protagoniste retrouve la liste de ses souhaits énumérés à l’âge de 14 ans et se voit contrainte de les réaliser pour obtenir la part d’héritage que lui lègue sa mère

Cette série de romans sur le changement est loin d’être exhaustive, il existe beaucoup d’ouvrages qui évoquent ce sujet, parmi lesquels une grande majorité de fictions feel-good, ainsi que des livres de développement personnel que je n’ai pas cités ici. Le lecteur en quête de réponses trouvera sans nul doute un réconfort dans l’un de ces récits.

Il est à noter que le moteur du changement vient souvent d’une impulsion extérieure ou d’un événement marquant (un deuil, un choc émotionnel), sorte de secousse qui met le pied à l’étrier de la personne désireuse de ne pas continuer sur une route toute tracée.

Changer fait peur et constitue un processus douloureux, semé d’embûches. Mais si la vie était simple, cela se saurait, n’est-ce pas ?

En guise de conclusion, je vous invite à regarder une petite vidéo sur Caroline Vigneaux qui a arrêté sa carrière d’avocate pour devenir humoriste. Dans une interview du 13 juin 2017, elle concède que sur son lit de mort, elle préférerait se dire qu’elle a fait une connerie en changeant de métier, plutôt que se demander ce qu’aurait été sa vie, si elle avait osé le changement….

 

 

Séries littéraires pour Noël

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Collections de livres pour le plaisir

Dans quelques jours, c’est Noël ! Peut-être vous manque-t-il encore l’un ou l’autre cadeau ?

Pourquoi ne pas offrir un beau livre ? un roman ? une bande dessinée ?

Si votre choix est judicieux,  le bénéficiaire profitera de ce cadeau pendant de longues heures. Vous lui offrirez l’occasion de s’évader dans un ailleurs où il fera de belles rencontres. Même si cet univers pourrait de prime abord lui sembler très éloigné du sien, il partagera des émotions connues avec les protagonistes, se reconnaîtra dans certains actes et éprouvera des sentiments par un effet de catharsis bienfaisante.

Bref, sa lecture lui apportera un moment de bien-être dont il vous sera  é t e r n e l l e m e n t  reconnaissant…

Cadeau judicieux : deux, trois ou quatre romans d’une même série

Un livre, c’est bien, deux livres, c’est super, trois livres, c’est encore mieux… Car le temps presse et vous manquez cruellement de temps pour dénicher les meilleurs romans à offrir. La solution que je vous propose aujourd’hui est d’opter pour une suite de romans de la même collection. Cela prolongera le plaisir du lecteur conscient qu’après le premier tome, il lui en restera encore un, deux ou trois qui suivent.

Voici quelques propositions selon les âges, les intérêts, les envies des uns et des autres :

POUR LES PASSIONNE(E)S DE SAGAS 

Elena Ferrante « L’AMIE PRODIGIEUSE » existe en quatre tomes

Initialement publiés chez Gallimard, les tomes de cette série culte sont aussi disponibles en format poche chez Folio. Le dernier tome en format poche sortira début janvier 2019.

Le récit se déroule sur un laps de temps entre les années 1950 et notre époque. Il relate le destin de deux amies issues des quartiers pauvres de Naples. Bien que très douées toutes les deux à l’école primaire, l’une se verra contrainte d’abandonner la voie studieuse pour subvenir aux besoins de sa famille, alors que l’autre, la narratrice, aura l’opportunité de poursuivre ses études. Leurs chemins respectifs continueront de se croiser dans les quartiers napolitains, au gré des amours et des amitiés, et avec pour arrière-fond, les événements qui marqueront l’histoire d’Italie.

J’ai particulièrement apprécié cette série de romans sur laquelle plane le mystère de l’auteure, Elena Ferrante.  Pour ma part, j’aime à penser que la romancière a écrit une oeuvre autobiographique dont elle est sa propre narratrice.

Cette saga napolitaine présente de nombreux atouts  : de nombreux personnages ciselés en profondeur, une introspection réaliste et la vision d’une génération d’après-guerre, et surtout, les aléas d’une amitié entre deux femmes, ponctués de jalousie, de rancoeurs, et de tendresse.

 

Tome 1 : Enfance, Adolescence   Tome 2 : Le nouveau nom : Jeunesse 

Tome 3 : Celle qui fuit et celle qui reste : Epoque intermédiaire 

Tome 4 : L’enfant perdue : Maturité, vieillesse  

 

POUR LES PASSIONNES DE THRILLERS

La trilogie « MILLENIUM » de Stieg Larsson existe en 3 tomes 

 Les hommes qui n’aimaient pas les femmes – La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette – La reine dans le palais des courants d’air

Cette triologie a été complétée par deux tomes supplémentaires sous la plume de David Lagercrantz

  Ce qui ne me tue pas   

  La fille qui rendait coup pour coup

Une lecture policière dont le suspense vous plonge de bout en bout dans les aventures conjointes de Lisbeth Salander, géniale hacker autiste, et de Mikael Blomkvist, brillant journaliste d’investigation. Après le décès de Stieg Larsson en 2004, la reprise des aventures de ces deux protagonistes par David Lagercrantz en 2014 fut un défi majeur que le journaliste suédois a su relever avec un certain brio.

 

POUR LES ADOLESCENTS

Série Harry Potter

La série des « HARRY POTTER » de J.K. Rowling en 7 volumes

Les jeunes lecteurs franchiront avec délectation la frontière magique de Harry Potter pour l’accompagner

au fil de sa scolarité dans un monde truffé de bons et mauvais génies.

 

La Passe-Miroir de Christelle Dabois

Une autre série qui plaira à la jeunesse :

 « LA PASSE-MIROIR » de Christelle Dabos

Trois tomes d’une histoire fantastique dans laquelle la protagoniste quitte son monde familier lors de ses fiançailles pour découvrir un univers hostile où elle devra affronter complots et manipulations.

Les romans de Christelle Dabos, romancière française vivant en Belgique, ont été récompensés par plusieurs prix : Concours du Premier Roman Jeunesse 2012, Prix Elbakin 2014 catégorie jeunesse, Grand Prix de l’Imaginaire 2016 dans la catégorie roman francophone pour la jeunesse. Une lecture qui séduit assurément jeunes et moins jeunes.

 

POUR LES AMATEURS DE BANDES DESSINEES

Jean-Claude Servais

Les bandes dessinées de Jean-Claude SERVAIS

Auteur belge de bandes dessinées, dont la série « Tendre Violette » (1979) qui lui a valu le Grand Prix Saint-Michel en 1982, Jean-Claude Servais dessine des personnages avec un réalisme touchant.

Dans la série « Orval »  et , il relate l’histoire et la légende du fameux monastère d’Orval, situé au coeur d’une région du sud de la Belgique qui lui est très chère, la Gaume.

 

POUR LES ROMANTIQUES

Autant en emporte le vent

« AUTANT EN EMPORTE LE VENT » de Margaret Mitchell

Même si l’histoire a quelque peu vieilli, ce récit romanesque reste une référence du genre. Durant la guerre de sécession aux Etats-Unis d’Amérique, une jeune femme se bat contre ses démons et contre les affres politiques de son pays pour obtenir l’amour de celui qu’elle pense être l’élu de son coeur.

Vous trouverez plus de commentaires au sujet de ces trois tomes  dans l’une de mes précédentes chroniques.

 

POUR LES ENFANTS

MARTINE

La fameuse série des albums

« MARTINE » de Delahaye Gilbert et Marlier Marcel

séduira les enfants qui apprennent à lire… Les aventures de Martine sont multiples, les dessins sont colorés, réalistes, enchanteurs et parfois comiques.

Plusieurs albums évoquent Noël :  – le parfait cadeau pour nos enfants !

Grâce aux nombreuses aventures de  « MARTINE » que j’affectionnais tout particulièrement, j’ai moi-même appris à AIMER LIRE.

Un cadeau de Noël qui me fut bienfaisant !

 

A toutes et tous, de merveilleuses lectures et de très belles fêtes de Noël !

DEMAIN : revenir en arrière pour changer le futur

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Guillaume Musso Demain

 

« Demain »  Guillaume Musso

XO Editions (2013)

Remonter le temps et éviter les douleurs du présent : une option qui ouvrirait de multiples horizons. Le roman « Demain » de Guillaume Musso nous dévoile les côtés intéressants d’une telle éventualité tout en nous mettant en garde contre le revers de cette fortune.

Histoire d’amour et intrigue temporelle

Un veuf éploré et une jeune femme se fixent un rendez-vous dans un restaurant italien à Manhattan. Ils ont sympathisé à travers un échange d’emails, et ils ont hâte de se retrouver face à face. Toutefois, bien que tous deux se rendront au lieu-dit à l’heure prévue, cette rencontre n’aura jamais lieu…

Dans une interview, Guillaume Musso évoque le terrain très romanesque qu’offrent les nouvelles possibilités technologiques, notamment la communication par Internet. Il fait référence à un site où il est possible d’envoyer des messages dont la lecture est uniquement autorisée à partir d’une date précise (dans une semaine, un mois, un an…). Cet échange de messages avec possibilité de distorsion du temps et de l’espace l’a beaucoup inspiré pour ce roman.

Distorsion temporelle

Le temps : thème récurrent dans la fiction

« Ah si je pouvais remonter le temps et éviter tout le malheur qui nous est tombé dessus ! »

Nous entendons parfois cette supplique, nous la formulons souvent à voix basse, mais en vain. Est-ce pour cela que les romanciers ont tenté de pallier l’impossible en rédigeant des histoires où un retour dans le passé est envisageable pour corriger ses fautes, éviter un accident ou écarter une catastrophe ?

 

 

La machine à explorer le temps de H.G. Wells (1895) aurait ouvert la voie à la littérature de science-fiction dans laquelle le voyage temporel serait scientifiquement possible. Vers la fin du XIXe siècle, la science-fiction reprend en effet à son compte les thèmes de la littérature fantastique en y incluant les nouvelles évolutions scientifiques.

Toutefois, pour le protagoniste, l’exploration du passé s’avère souvent un échec. Il se rend compte qu’il lui est impossible d’échapper à son destin et/ou de modifier le funeste sort de l’humanité.

Le voyageur imprudent de Barjavel (1943)   pourra quant à lui modifier son avenir. Mais il se verra alors confronté à ce que l’on appelle le « paradoxe du grand-père » : si je tue mon grand-père, je n’existe plus, or si je n’existe plus, je ne peux remonter le temps pour tuer mon grand-père.

 

Les distorsions temporelles peuvent s’avérer infernales pour le protagoniste.  Dans la nouvelle Une nuit interminable de Pierre Boulle (parue dans le recueil Contes de l’absurde) (1953), le voyageur est condamné à revivre indéfiniment en boucle la même journée. Dans certains récits ou films, une telle boucle pourrait néanmoins servir le protagoniste dans la reconstruction de son identité et donc de son futur.

D’autres récits mettent en place des gardiens du temps chargés d’éviter les paradoxes temporels et d’interdire coûte que coûte toute intervention qui contaminerait l’équilibre du temps (cfr romans La patrouille du temps de P. Anderson (1955) et La fin de l’Eternité de I. Asimov  de I. Asimov (1965)

Ces exemples ont été cités par Laurent Labrune dans un article très intéressant paru dans la Revue française de psychanalyse 1997/05, T61, N5, Temporalité et science-fiction (ou le voyage dans le temps comme explorateur de la temporalité psychique) .

L’auteur y compare les diverses façons dont les romans de science-fiction traitent la distorsion temporelle comme autant de projections inconscientes de notre temporalité psychique.

Le thème du temps revient continuellement dans la littérature, mais aussi au cinéma et dans les séries télévisées, et les exemples sont nombreux. Vous connaissez certainement des récits du genre qui vous ont enchantés.

 

Temporalité dans la fiction, un thème bienfaisant ?

Les romans de science-fiction fascinent le lecteur qui a besoin de s’extirper de sa réalité pour trouver une issue de secours à ses soucis quotidiens. Le voyage dans le temps constitue une évasion inespérée.

En outre, si ce souhait de distorsion temporelle correspond plus ou moins à un désir de notre inconscient, alors le récit qui se joue du temps est libérateur et donc bienfaisant 🙂

Dans le roman de Guillaume Musso, le protagoniste pleure sa défunte épouse. L’expérience extraordinaire qu’il va vivre avec celle qu’il rencontre sur le réseau Internet lui ouvre une brèche inespérée, celle de surmonter l’épreuve du deuil en en supprimant la cause. Mais est-ce finalement pour un mieux ?

 

CHOISIR LA VIE

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« La réparation » de Colombe Schneck

Editions Grasset, 2012

 

Colombe Schneck est une auteure d’origine juive et lituanienne. Dans ce roman, elle nous raconte la douloureuse histoire de sa famille lors de l’extermination des Juifs durant la seconde guerre mondiale. En Lituanie, 95% des Juifs ont été tués pendant cette terrible période. Les grands-tantes de l’auteure, Raya et Macha, sont déportées dans un ghetto avec leur enfant respectif. Leur mère et les deux enfants, Salomé et Kalman, seront gazés à Auschwitz, mais elles-mêmes auront la chance de survivre et de refaire leur vie. La raison pour laquelle elles ont pu miraculeusement échapper à la terrible sélection restera sujet tabou dans la famille.

« Macha et Raya ont été déportées, ont survécu, se sont remariées, elles ont eu de nouveaux enfants. Ce ne sont pas des choses pour lesquelles il y a des mots, pour lesquelles on peut se dire, qu’aurais-je fait à leur place ? »

L’auteur cherchera à comprendre ces secrets inavouables lorsqu’elle-même deviendra mère et donnera à sa propre fille le prénom de l’un des deux enfants assassinés.

« En donnant ce beau prénom de Salomé à ma fille, j’ai fait peser sur elle une malédiction que je ne connaissais pas. »

L’écriture de ce récit représente pour Colombe Schneck une réparation face à la douleur et à la culpabilité supportées par sa grand-mère, par sa mère et inconsciemment par elle-même suite aux atrocités vécues par les membres de sa famille.

Roman bienfaisant ?

Ce roman  montre combien il est difficile de se mettre à la place de celles et ceux qui ont subi la barbarie, et combien l’instinct de survie ne peut que prévaloir dans certaines circonstances. Continuer à vivre et qui plus est, à vivre heureux constituent finalement la seule revanche possible face à l’abomination de la Shoah.

Je conseille ce roman aux grands pessimistes, à celles et ceux qui ont le mal de vivre, qui doute du bonheur. Si nous avions survécu à l’horreur des camps de concentration, aurait-il été possible pour nous de retrouver la joie de vivre ? Qui peut affirmer le contraire lorsque la vie offre une seconde chance ?

Des mots pour réparer

Zigzaguant dans une enquête qui la dépasse, l’auteur parvient à mettre en lumière l’innommable tout en racontant la détresse et l’incompréhension des proches qui n’ont pas vécu l’enfer, mais le subissent malgré tout.

Ci-après vous pouvez écouter l’interview de Colombe Schneck. Attention toutefois, elle nous parle de son récit et en dévoile tous ses secrets…