Archives de Catégorie: Thème de la SOLITUDE

Le thème de la solitude mis en évidence dans une histoire fictive ou réelle

La grande littérature peut-elle aider à renouer des liens brisés ? « La poupée de Kafka » de Fabrice Colin

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La poupée de Kafka de Fabrice Colin

« La poupée de Kafka » de Fabrice Colin

Editions Actes Sud, 2016

L’écrivain français Fabrice Colin a eu l’idée géniale de baser l’histoire de son roman sur une énigme littéraire autour de Franz Kafka. L’anecdote fut relatée par Dora Diamant, la dernière compagne de Kafka, mais jusqu’à présent, aucune preuve matérielle n’a pu étayer ses dires.

Grand écrivain tchèque de langue allemande et de confession juive, Kafka (1883-1924) aurait écrit durant l’automne 1923 à Berlin des lettres pour consoler une fillette désespérée d’avoir perdu sa poupée. Quotidiennement pendant trois semaines, il lui aurait remis des missives qu’il écrivait au nom de cette fameuse poupée. Grâce aux lettres, la peine de la petite fille était apaisée, car la poupée lui assurait qu’elle l’aimait toujours, bien qu’elle ait choisi de voyager pour explorer le monde et finalement convoler en justes noces .

Dans le roman de Fabrice Colin , la protagoniste Julie Spieler entretient des relations chaotiques avec son père, professeur de littérature allemande et adorateur d’un écrivain qui a pris une place trop importante au sein de la famille, cet écrivain étant bien entendu Kafka. La jeune femme a pourtant subi l’influence paternelle et se met à la recherche de l’énigmatique fillette à la poupée. Toujours vivante, celle-ci se débat avec des souvenirs qui la hantent et qui remontent au temps de la Shoah durant la seconde guerre mondiale.

Franz Kafka

De même que les mots des lettres écrites par Kafka auraient soulagé la tristesse d’une fillette au début du siècle dernier, de même la littérature et la figure emblématique de ce grand écrivain ont rétabli dans cette histoire contemporaine des liens tendus et brisés entre une jeune fille et son père, ainsi qu’entre une vieille dame et ses fantômes du passé.

C’est autour de ces trois histoires qu’évolue la narration de ce récit habilement menée par la plume de l’auteur.

Kafka, aussi désigné dans le récit comme le  « Célibataire » et qui avait exploité le thème de la solitude dans ses écrits, devient par le biais de son oeuvre littéraire la figure qui rétablira les liens brisés entre les individus.

Vous trouverez si vous le souhaitez une analyse intelligente et fouillée de ce roman  en suivant ici le lien du blog littéraire d’Emmanuelle Caminade.

Histoire bienfaisante ?

Très belle histoire où se mélangent réalité et rêve, horreur et humour et qui se lit facilement tout en éveillant l’envie de se replonger dans les écrits de Franz Kafka. Ce récit pointe le doigt sur les difficultés de communiquer au sein d’une famille et de surmonter ses démons. Si l’être humain reste par définition limité par sa finitude et sa solitude, il doit faire en sorte de jeter le plus de ponts possibles entre lui et les autres.

Et devinez quel est le pont le plus efficace mis en valeur par Franz Kafka et Fabrice Colin  ? …. la L I T T E R A T U R E

Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. - Franz Kafka

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Ecrit en 1948, « 1984 » de George Orwell … toujours d’actualité en 2015

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« 1984 » de George Orwell

en format livre(438 pages)

…. ou

en format audio (15 heures d’écoute)

Personnellement, j’en ai écouté une partie et j’en ai lu une autre …. parce que totalement immergée dans ce roman phare, je ne pouvais attendre d’être de nouveau assise au volant de ma voiture pour connaître la suite de l’histoire. Il a fallu que le soir venu, je retrouve le livre papier pour dévorer quelques chapitres supplémentaires.

Nul doute que beaucoup d’entre vous ont déjà lu ce grand classique, et tout particulièrement au cours de vos années scolaires. Je vous conseille de vous plonger ou de vous replonger dans cette lecture qui est toujours d’actualité parce qu’elle met en évidence les dérives du totalitarisme et l’annihilation de tout esprit de liberté et d’individualité qui est le propre de l’être humain.

BIG BROTHER  File:1984-Big-Brother.jpg personnage symbolique du roman de George Orwell est devenu une sorte de métaphore utilisée dans le langage courant –  peut-être plus que jamais aujourd’hui – pour dénoncer toute atteinte à la vie privée.

Dans « 1984 » Big Brother incarne le chef d’un parti auquel la population est soumise en actes et en pensées, y compris Winston Smith, notre personnage principal dont on suit l’évolution des pensées et des doutes quant à la valeur de cet état policier tout-puissant.

Un roman bienfaisant ?

oui  parce qu’il permet de s’évader dans un ailleurs qui – heureusement – est chez nous encore différent de notre quotidien

oui parce qu’il permet de relativiser nos soucis : nos pensées ne sont pas encore surveillées, nous avons le choix de ne pas exposer notre vie privée …à condition de ne pas nous compromettre sur  les réseaux sociaux

oui parce que ce roman fait réfléchir et nous permet peut-être aussi d’agir pour préserver notre liberté de penser

et pour finir je vous laisse écouter George Orwell lui-même, un visionnaire ?

« Le Vieil Homme et la Mer » de Ernest Hemingway

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« Le vieil homme et la mer » de Ernest Hemingway

Un court roman classique  pour illustrer le thème de la vieillesse, une ode initiatique où l’homme doit affronter les forces de la nature avec humilité. Bien que celles-ci se montrent plus fortes, le vieil homme gagne en dignité et en respect au vu de la condition humaine qu’il incarne.

Il s’agit du récit d’un pauvre et vieux pêcheur cubain, Santiago, qui ne parvient plus à ramener du poisson avec sa barque. Manolin, un jeune garçon, s’occupe de lui et continue de croire en la bonne étoile de celui qui lui a appris à pêcher. Un jour, Santiago attrape un énorme poisson qui l’entraîne au large sur son petit bateau. Pendant trois jours et deux nuits, Santiago, épuisé et affamé, suit le poisson et finit par le tuer. Après l’avoir attaché à son bateau, il repart vers la côte, mais les requins ont flairé la trace du sang qui s’échappe du cadavre de l’animal et  s’emparent petit à petit de sa chair ….

Ce roman est paru pour la première fois en 1952 sous le titre original anglais « The Old Man and the Sea ». Il a valu à son auteur Ernest Hemingway d’obtenir le prix Pulitzer en 1953 et le prix Nobel de littérature en 1954.

Un roman bienfaisant ? Bien sûr !

Ce récit fait l’apologie de la ténacité, du dépassement de soi, mais aussi de l’amitié, de la bienveillance à l’égard de la nature.

Il évoque bien sûr la vieillesse et la solitude qui l’accompagne.

On ne devrait jamais rester seul quand on est vieux, pensa-t-il. Mais c’est inévitable.

La vieillesse fait référence à la faiblesse humaine qui ne fait pas le poids devant le déchaînement des forces de la nature…

Tout en lui était vieux, sauf son regard, qui était gai et brave, et qui avait la couleur de la mer.

Mais le vieil homme fait preuve de courage et de dignité dans les difficultés, et en cela, il mérite tous les honneurs.

Mais l’homme n’est pas fait pour la défaite, dit-il. L’homme peut être détruit, mais pas vaincu.

En outre, il démontre beaucoup de sagesse, de bienveillance envers la nature.

Le poisson aussi est mon ami, dit-il tout haut.J’ai jamais vu un poisson pareil , j’ai jamais entendu parler d’un poisson comme ça, pourtant faut que je le tue. Heureusement qu’on n’est pas obligé de tuer les étoiles.

C’est un roman qui mérite qu’on le lise ou le relise parce qu’avec de simples mots, il décrit l’être humain et ce qu’il représente de plus beau, ce qui lui donne ses lettres de noblesse, à savoir sa capacité à espérer et à ressortir vainqueur même dans la défaite…

Je ne résiste pas à l’envie d’ajouter ci-après la bande-annonce d’un très beau film d’animation (2001) sur « Le Vieil Homme et la Mer » :

 

« CENT ANS DE SOLITUDE » de Gabriel Garcia Marquez

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« CENT ANS DE SOLITUDE » de Gabriel Garcia Marquez

Publié en langue espagnole en 1967, ce volumineux roman latino-américain figure au palmarès des chefs-d’oeuvre de la littérature universelle.

L’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez y relate l’histoire de la famille Buendia sur sept générations au sein d’un village imaginaire, Macondo. Celui-ci est décrit comme se situant dans les Caraïbes colombiennes, une région bien connue par l’auteur.

La famille Buendia traverse des événements qui ont marqué l’histoire de la Colombie entre la moitié du 19ème siècle et la moitié du 20ème siècle (guerres civiles, bouleversements économiques et sociaux). Toutefois le récit de cette famille, ainsi que celui de leur village s’accompagne de phénomènes fantastiques et imaginaires qui habitent de façon naturelle le quotidien  : fantômes du passé, personnages qui dépassent les cent ans d’âge, inventions magiques, maladies invraisemblables, lévitations, malédiction etc.

Cette approche à la fois singulière et esthétique de la réalité caractérise un nouveau genre littéraire, le « réalisme magique »  dont l’oeuvre de Gabriel Garcia Marquez est devenue l’un des fers de lance.

Thème de la solitude :

La famille Buendia est frappée par une malédiction qui la condamne à cent ans de solitude… la propension à la solitude qui caractérise les membres de cette famille est évidente et la plume de l’auteur ne cesse de nous le rappeler…

« …le seul trait commun qu’ils conservèrent fut cet air de solitude qu’ils tenaient de famille.« 

Le caractère cyclique et répétitif qui imprègne toute l’histoire ( l’un des signes les plus visibles étant la répétition continuelle des mêmes prénoms de génération en génération) confère au récit cette impression d’irréversibilité de l’existence humaine marquée par la solitude des êtres et leur propension à toujours renouveler les mêmes erreurs.

Est-ce à dire que ce roman nous révèle la plus grande tragédie de l’homme, à savoir le fait qu’il poursuit toujours son existence dans la solitude, entouré par d’autres solitudes ?

 Roman classique bienfaisant ?

J’avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans cette histoire, même si les mérites d’écriture et d’originalité me paraissent évidents. Au départ, il me semblait difficile de s’identifier aux protagonistes pour finalement s’attacher à leur sort. Et puis tout doucement, j’ai laissé tomber mes premières résistances et je me suis véritablement laissée happer par cette plume originale qui guide le lecteur au coeur de la comédie humaine telle que Gabriel Garcia Marquez a voulu nous la décrire.

Alors oui, il s’agit d’un roman bienfaisant, car il aborde le thème de l’humain dans sa quintessence, c’est-à-dire au coeur même de sa solitude parmi les siens. Et finalement, il semble que seul l’amour puisse l’aider à fuir ce sentiment et peut-être l’en délivrer….

Pour les âmes esseulées, direction « L’ATELIER DES MIRACLES » de Valérie Tong Cuong

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« L’atelier des miracles » de Valérie Tong Cuong

Avec sa banderole « Prix de l’optimisme », ce roman a tout de suite attiré mon attention…

Dans cette histoire, nous suivons le parcours de trois personnes issues de mondes différents, mais qui subissent au même moment des expériences traumatisantes : Mariette, professeur harcelée par ses élèves et par son mari, Millie, rongée par un passé qu’elle tente d’effacer de sa mémoire, Mike, ex-militaire devenu SDF. Ces trois protagonistes font la rencontre d’un homme providentiel, Jean, directeur d’une maison d’accueil dont l’objectif est de remettre sur pied les gens perdus comme eux, les âmes esseulées…

« Mais nous avons tous besoin d’un cercle, même restreint, c’est humain. Savez-vous que les gens seuls meurent plus tôt ? Ils meurent de ne pas avoir d’échange. Ils meurent de ne rien dire. Ils ne demandent rien, on ne leur donne rien, alors ils meurent – et on est impuissant. »

Bien que cet atelier des miracles leur apporte réconfort et soutien pendant un certain temps et constitue un tremplin évident pour leur futur, il s’avère vite que la perfection n’y est pas au rendez-vous. Jean le bienfaiteur, lui-même, cache ses failles et ses blessures… Dès lors, il deviendra de plus en plus évident pour les trois rescapés qu’il leur faut apprendre à trouver en eux-mêmes l’énergie vitale et la force de se reconstruire. Malgré tout, l’atelier des miracles leur aura appris une chose essentielle qu’ils pourront apprécier à sa juste valeur :  « l’entraide ».

Un livre qui fait du bien  ?

Ce roman mérite le prix de l’optimisme qui lui a été attribué. En évoquant des destinées aussi différentes que celle d’un SDF ou d’une bourgeoise, le récit montre que toute vie est parsemée d’embûches. Toutefois, la rencontre entre les gens, l’entraide, l’empathie, mais aussi l’énergie nécessaire pour s’accepter soi-même et affronter les défis du quotidien constituent les ingrédients principaux pour atteindre le bonheur. L’atelier des miracles se définit comme une sorte de cheminement vers cette reconnaissance de soi et cette ouverture à autrui, même si le prix à payer est parfois élevé.

IMAGINATION = UNE ARME POUR ou CONTRE L’ENFER ?

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« La demoiselle des Tic-Tac » de Nathalie Hug

Ce roman fait partie de la sélection du mois d’avril pour le jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche, section littérature.

Face au sombre, mais combien remarquable  « Yellow Birds », je me doutais que ce court récit ne remporterait pas la victoire ce mois-ci. En effet, le roman de Kevin Powers (qui relate le retour au pays d’un jeune soldat américain après l’horreur des combats en Irak), bouleverse et dérange à un tel point que j’ai dû me changer les idées pour ne pas y repenser continuellement.

Pourtant j’ai préféré donner mon vote à « La demoiselle des Tic-Tac » pour plusieurs raisons :

– d’abord parce que le roman parle d’une région qui m’est proche, la Lorraine française, où la seconde guerre mondiale s’est déroulée au milieu d’une population ayant fait les frais d’annexions successives durant les décennies précédentes

– ensuite parce que cette période est racontée au travers du regard d’une enfant, témoin des paradoxes et des conflits de son époque et dont la mère est une adepte de Hitler

– finalement parce que, loin d’être une histoire drôle, elle laisse toutefois la place à une lueur d’espoir en l’humanité

Récit court, mais éducatif sur le plan historique, l’histoire racontée par une enfant touche le lecteur, car on y retrouve un certain sang-froid, celui des êtres innocents cherchant à comprendre avec leur propre raisonnement l’horreur qui les entoure. Ce roman témoigne aussi du pouvoir indestructible de l’esprit, source d’espoir, de réconfort dans des moments où emprisonné sous les décombres, un être ne peut s’échapper que grâce au pouvoir de son imagination.

Cette arme, que nous possédons tous et qui est l’imagination, nous en retrouvons également l’influence dans le troisième roman de la sélection du mois d’avril, à savoir  « Swamplandia » de Karen Russell. Ici la narratrice, une jeune adolescente et sa soeur cadette, s’élancent séparément dans les immenses étendues marécageuses de Floride. Pour éviter que la solitude ne les assaille, elles ont recours, chacune à sa manière, aux délires de leur imagination. Un beau récit original qui promène le lecteur au coeur des marais où foisonnent une faune et une flore pas toujours accueillante.

Pourquoi faire mention de ces titres dans ce blog de bibliothérapie ?

Je ne peux pas vraiment dire que ces titres procurent bien-être, apaisement et réconcilient avec le genre humain. Non. Pourtant chacun d’entre eux, et tout particulièrement « La demoiselle des Tic-Tac » met en valeur le pouvoir de l’imagination, fruit de notre esprit, qui vagabonde et permet de prendre prise sur quelque chose, comme  un souvenir, pour surmonter des épreuves inhumaines. Pourtant cette arme est à double tranchant et peut s’avérer néfaste lorsque l’on perd totalement pied avec la réalité comme dans « Swamplandia », ou comme dans « Yellow Birds ».

Je voulais donc simplement ici ouvrir une réflexion sur cette arme que l’on appelle l’esprit ou l’imagination, une arme qui trouve également un bon support dans la littérature, les romans, les histoires…

 

 En cliquant sur PDL 2014 COMMENTAIRES AVRIL LITTERATURE vous trouverez les critiques des jurés qui ont été retenues par le service commercial des éditions du Livre de Poche. Ma critique se trouve en troisième position (Nathalie, Bonnert) dans la rubrique correspondant à « La demoiselle des tic-tac ».

 

 

J’en profite pour attirer votre attention sur l’ajout récemment effectué sur la page d’accueil de ce blog. Tout blogueur a maintenant l’opportunité de faire un peu de publicité pour son site ou son blog, voire même pour ses vidéos, en y insérant un lien vers un article sur la chronique d’un roman bienfaisant, voire sur vers un article répondant aux trois questions soulevées.

En guise d’échange, je vous demande seulement de mentionner dans cet article/cette vidéo le lien vers http://www.lirepourguerir.com.

 

SOLITUDE DANS LA LUMIERE ET DANS L’OMBRE : « Le problème Spinoza » de Irvin Yalom

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« Le Problème Spinoza » de Irvin Yalom.

Voici le roman qui a remporté le plus de votes parmi les jurés du prix des lecteurs pour Le Livre de Poche au cours du mois de mars dernier.

En cliquant sur Avis sur Le problème Spinoza , vous trouverez les critiques des jurés qui ont été retenues par le service commercial des éditions du Livre de Poche. Ma critique se trouve en quatrième position (Nathalie, Bonnert).

Je suis fière et heureuse d’avoir voté pour ce livre qui non seulement m’a divertie tout au long de ses presque 550 pages, mais m’a aussi appris pas mal de choses sur les pensées de Baruch Spinoza, un philosophe du 17ème siècle dont la plupart de nos contemporains connaissent peu de choses si ce n’est sa renommée dans le domaine de l’érudition et de la philosophie.

Et pourtant Spinoza, juif excommunié, était un penseur que j’aimerais caractériser d’avant-gardiste,…. quoique le terme « avant-gardiste » fait en général référence à une ouverture d’esprit moderne. On regrette toutefois les lacunes de notre époque en matière de tolérance et d’ouverture d’esprit… fait-elle réellement preuve d’une plus grande largesse d’esprit que par le passé ???….

Disons plutôt que Spinoza était un penseur  lumineux, ouvert à une pensée tolérante et non limitée par les dogmes et les traditions. Bien sûr, au 17ème siècle, ces réflexions étaient condamnées et condamnables. Question : le seraient-elles encore aujourd’hui, à notre époque ????

La tolérance est une vertu lumineuse, mais qui hélas isole, même de nos jours…. Spinoza en a fait les frais car il fut mis au ban de sa communauté juive. Il révéla  peu de choses sur sa vie privée. Dans ce roman, Irvin Yalom tente de la reconstruire autour d’une fiction en se basant sur ses écrits et ses pensées.

« Dites moi, croyez vous en un Dieu tout-puissant?….En un Dieu parfait? Qui se suffit à lui même ?… Alors vous en conviendrez , par définition un être parfait qui se suffit à lui même n’a pas besoins, ni d’insuffisances, ni de souhaits , ni de volontés. Alors, poursuit Spinoza, je suggère qu’il n’y a pas de volonté de Dieu en ce qui concerne le comment, ni même le pourquoi le glorifier. Donc permettez moi d’aimer Dieu à ma façon. »

Mais l’auteur pousse la fiction à un degré d’excellence en alternant les chapitres sur la vie de Spinoza avec ceux qui décrivent les tourments et les pensées d’un idéologue nazi ténébreux, Alfred Rosenberg. Celui-ci se confie à un psychologue fictif et ses confidences ont tôt fait de nous révéler les méandres d’une âme sombre et esseulée qui voulait surtout s’attacher les faveurs d’Hitler.

Pourquoi ce face à face anachronique entre ces deux personnages ? Le coup de génie de Yalom est de rassembler dans un seul roman ces deux êtres totalement opposés : l’être lumineux qu’était Spinoza et l’être ténébreux qu’était Rosenberg. Le lien vient de la fascination que ce dernier portait à Spinoza,  un Juif excommunié dont Goethe, l’une de ses idoles, faisait l’éloge.

Un livre qui fait du bien ? Oui, car nous sommes ici face à deux cas de solitude. Toutefois, nous constatons par cette lecture que la solitude dans la lumière est plus apaisante et plus réconfortante que la solitude qui vient du mal. Les gens biens qui ont peut-être été rejetés par la société resteront dans la mémoire de l’humanité comme des exemples à suivre….

SOLITUDE et DETRESSE FAMILIALE : « Du domaine des murmures » de Carole Martinez

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« Du domaine des Murmures » de Carole Martinez paru en format poche chez folio

Dans ce conte à la fois mystique et sensuel, une très jeune femme du 12ème siècle nous relate l’incroyable chemin qu’elle a décidé de suivre dans un monde où la femme a rarement voix au chapitre.

Le jour de son mariage, elle refuse de dire oui au fiancé qu’on lui a imposé et elle implore devant une foule scandalisée qu’on lui permette d’offrir sa vie à Dieu. Elle veut vivre comme une recluse jusqu’à sa mort dans une cellule attenante à la chapelle du château de son père. Seule, emmurée, délaissée par son père meurtri, elle participera de près et de loin à la vie qui se déroule autour d’elle.  Mais elle est loin de se douter que la vie la rattrapera d’une façon surprenante…

C’est avec un mélange de suspense et de plaisir de lecture que l’on suit les pensées d’Esclarmonde qui nous dévoilent la psychologie de son siècle. Carole Martinez nous laisse entrevoir la cruauté d’une époque moyenâgeuse où  les croisades étaient à l’honneur, où les voix de Dieu et du diable se partageaient le destin des hommes et où les contes et les légendes donnaient corps à l’angoisse existentielle tout en nourrissant les âmes.

« Le monde en mon temps était poreux, pénétrable au merveilleux. Vous avez coupé les voies, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant la force des vieux récits. Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l’oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n’imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur! Non, vous tremblez toujours sans même savoir pourquoi. »

Un livre qui parle de solitude, choisie ou non…

Un roman qui parle de l’amour filial blessé…

Mais aussi un roman qui  met à l’honneur la force du merveilleux dans nos vies…

AMOUR contre SOLITUDE : « Le Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry

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« Le petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry paru aux éditions Gallimard, mais également chez Folio Junior est un classique indémodable et qui a toute sa place sur ce blog.

L’auteur, Antoine de Saint-Exupéry, est né un 23 juin (comme aujourd’hui), mais l’anniversaire qui est fêté cette année se rapporte surtout à son œuvre « Le Petit Prince » qui a été éditée pour la première fois à New York le 20 avril 1943, c’est-à-dire voici tout juste 70 ans.

Et pourtant cette œuvre magistrale n’a pas pris une ride, a été traduite dans de nombreuses langues et a même été considérée, selon les dires d’un journal en 1990, comme le livre le plus vendu au monde après la Bible.

Avec un style qui en apparence s’adapte aux esprits des enfants, l’histoire du Petit Prince regorge de symboles permettant divers niveaux de lecture. Saint-Exupéry y démontre l’absurdité du monde et des attitudes humaines et souligne la puissance de l’imagination et du cœur. « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » confie le renard au petit Prince. Ecouter son coeur constitue la solution pour sortir de l’état de solitude dans lequel les hommes s’enfoncent aveuglément.

« Le Petit Prince », est-ce un livre qui contribue au bien-être ? Mille fois oui. Tout d’abord, ce récit est accessible à tous. Ensuite, les aventures très simples, racontées à travers l’esprit de naïveté du petit prince, incitent de façon paradoxale à une réflexion très profonde sur la qualité de notre existence. A lire ou à relire sans retenue !

Personnellement, j’ai écouté cette lecture par le biais d’un support audio, ce qui n’a rien gâché à l’émotion véhiculée par le récit.

ANGOISSE EXISTENTIELLE : « Des larmes sous la pluie » de Rosa Montero

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« Des larmes sous la pluie » de Rosa Montero, publié aux éditions Métailié et traduit en français par Myriam Chirousse est un roman d’anticipation mêlant les filons d’un bon thriller à des ingrédients futuristes. Ceux qui sont allergiques à la science fiction pourraient croire que ce bouquin n’est pas pour eux. Moi-même n’étant pas particulièrement fan de ce genre, je me suis pourtant laissée séduire par cette histoire qui soulève des problématiques très contemporaines et dans laquelle on se reconnaît dans la description des sentiments et des émois de la protagoniste principale.

Madrid, en 2109, Bruna Husky est ce que l’on appelle une réplicante (une parmi de nombreuses références au célèbre roman de Philippe K. Dick dont s’est inspiré le film Blade Runner de Ridley Scott), à savoir elle fait partie de la race des androïdes qui sont dotés de souvenirs artificiels et condamnés à vivre une courte vie d’environ 10 ans.  En sa qualité de détective, Bruna Husky est appelée à découvrir le mystère d’une intrigue selon laquelle plusieurs réplicants s’adonnent à des actes de folie et de violence envers d’autres réplicants, ce qui a comme conséquence d’engendrer de plus en plus de crainte chez les humains et d’alimenter le réservoir de l’intolérance entre les races qui habitent la terre.

Sous des apparences mégafictives, les difficultés qui jalonnent ce récit reflètent celles de notre époque (surpopulation, intolérance, racisme, peur de l’autre, pauvreté). Mais surtout, l’auteur s’emploie à souligner l’angoisse existentielle – qui est le lot de tout un chacun – au travers des pensées de la réplicante que le compte à rebours de sa courte existence ne cesse de  perturber et qui pleure la perte de son amant, lui-même réplicant décédé dans la fleur de l’âge (d’un point de vue humain).

« Il y a un moment pour tout et un temps pour chaque chose sous le soleil : un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour s’embrasser et un temps pour se séparer », avait dit son amant quelques jours avant de mourir, très faible déjà mais d’une voix claire et tranquille. Merlin avait toujours aimé ce fragment de l’Ecclésiaste. De belles paroles pour ordonner les ténèbres et pour apaiser ne serait-ce qu’un instant la furieuse tempête de la douleur. A présent, en revivant cette scène, Bruna éprouvait aussi une petite consolation, comme si la peine s’installait docilement à sa place. »p360

Toutefois, le récit n’est pas dépourvu de notes d’espoir, car ce qui sauve les âmes de la dépression et de la solitude, ce ne sont pas les moyens superficiels comme l’alcool, la drogue… mais l’amitié, l’amour, le partage des moments et des émotions.

« …doter la rep de ses propres souvenirs avait allégé le poids de sa peine. Non seulement parce qu’il avait en quelque sorte cédé une partie de ses malheurs à un autre, mais, surtout, parce que cet autre existait, parce qu’il y avait quelqu’un qui était comme lui. Parce qu’il n’était plus seul. »p167

Puisque la fiction est là pour nous aider à mettre des mots sur les angoisses qui nous enserrent le coeur, pourquoi ne pas plonger dans ce récit qui, bien que futuriste, traduit à merveille le mal-être de l’existence, la peur de la mort, la solitude et la différence. Et  quelques ingrédients futuristes, parfois même assez loufoques, vous permettront de vous évader. C’est garanti !