Hommage littéraire pour les mamans

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« La promesse de l’aube » de Romain Gary

(Editions Gallimard, 1973, aussi en poche et en audio)

Ce roman « inspiré d’éléments autobiographiques », mais non autobiographique, met en lumière l’amour maternel inconditionnel et passionné de celle qui fut la mère de l’auteur-narrateur. Le récit présente cette maman comme une femme dévouée corps et âme à son fils qu’elle imagine prédestiné à un avenir prometteur .

La signification du titre « La promesse de l’aube » ?

« Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. »

La mère de l’auteur adore son fils plus que tout et elle est totalement convaincue qu’il deviendra un grand homme, un célèbre artiste ou diplomate qui séduira toutes les femmes. Elle le proclame haut et fort sur tous les toits, au grand dam de son jeune fils, bien souvent embarrassé par ces élans d’enthousiasme.

Elle se sacrifie et s’épuise dans diverses tâches pour qu’il puisse manger à sa faim et poursuivre toutes les études et formations artistiques dont elle le croit capable.

« Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. »

Peut-on reprocher à une maman ce trop plein d’amour ?

C’est la question que semble se poser continuellement l’auteur au souvenir des marques de tendresse et d’amour passionné de sa mère.

Certes, le fait d’avoir bénéficié de cet amour inconditionnel depuis son plus jeune âge lui complique la vie, car l’amour des autres femmes souffre inévitablement de la comparaison.

« Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’amour et vous avez sur vous de la documentation. »

Selon lui, l’amour d’une mère devrait se diriger vers plusieurs personnes au lieu de se focaliser sur un seul être. Le narrateur tentera d’ailleurs de trouver un compagnon à sa mère.

« Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine.”

Mais doit-on comparer l’amour maternel à un morceau de fromage dont chaque part devient de plus en plus petite en fonction du nombre croissant d’amateurs ? Ou faut-il plutôt voir cet amour comme une entité indivisible qui grandit au fur et à mesure que les êtres à aimer se multiplient ?

Reconnaissance et hommage à l’amour maternel

Les questionnements du narrateur constituent finalement des moyens efficaces pour nous rappeler que l’amour maternel, même s’il peut parfois gêner l’intéressé(e), représente un formidable atout de base et le plus fidèle compagnon de vie.

« Quelque chose de son courage était passé en moi et y est resté pour toujours. Aujourd’hui encore sa volonté et son courage continuent à m’habiter et me rendent la vie bien difficile, me défendant de désespérer. »

L’auteur utilise ici une figure de style (la méiose ?)  remplie d’humour (cfr « me rendent la vie bien difficile ») pour montrer que l’espoir, la volonté et le courage qu’il garde toujours au fond de lui proviennent en fait de sa mère.

D’ailleurs, l’auteur-narrateur n’a-t-il pas finalement atteint les objectifs visés par sa mère ? Ayant eu une brillante carrière de diplomate et obtenu le prix Goncourt à deux reprises (une fois sous le nom de Romain Gary et une autre fois sous celui d’Emile Ajar), l’auteur a réalisé toutes les promesses placées en lui par sa mère.

… même si le parcours pour y arriver ne fut pas toujours facile….

« Après avoir longuement hésité entre la peinture, la scène, le chant et la danse, je devais un jour opter pour la littérature, qui me paraissait le dernier refuge, sur cette terre, de tous ceux qui ne savent pas où se fourrer. »

L’humour comme arme

Romain Gary se moque souvent de lui-même et de ce qui lui arrive. Son humour tout au long de ce roman illumine le récit et lui confère des tonalités vivantes et authentiques. Il nous confie :

 « Instinctivement, sans influence littéraire apparente, je découvris l’humour, cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment même où il va vous tomber dessus. L’humour a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage; je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. Personne n’est jamais parvenu à m’arracher cette arme, et je la retourne d’autant plus volontiers contre moi-même, qu’à travers le « je » et le « moi », c’est à notre condition profonde que j’en ai. L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive. »

Pourquoi ne parle-t-on pas d’un roman autobiographique ?

« Attaqué par le réel sur tous les fronts, refoulé de toutes parts, me heurtant partout à mes limites, je pris l’habitude de me réfugier dans un monde imaginaire et à y vivre, à travers les personnages que j’inventais, une vie pleine de sens, de justice et de compassion. »

Le récit de vie du narrateur, bien que s’inspirant de faits réels, est relaté selon des modalités empruntées à l’imaginaire pour paradoxalement faire ressortir l’authenticité des émotions qui tissent l’ensemble de ces faits.

« … la création littéraire devint pour moi ce qu’elle est toujours, à ses grands moments d’authenticité, une feinte pour tenter d’échapper à l’intolérable, une façon de rendre l’âme pour demeurer vivant. »

Qu’est-ce qui est réel ?

Romain Gary est né en 1914 sous le nom de Roman Kacew. Il a séjourné plusieurs années à Wilno, ville russe devenue polonaise après la première guerre mondiale avant de devenir par la suite la ville de Vilnius en Lituanie. Après le départ de son père, sa mère et lui sont partis vivre quelques années à Varsovie avant de s’installer à Nice à partir de 1928. Car la France est un pays que la mère de Romain idéalise et dans lequel elle place toutes les ambitions pour son fils. Celui-ci obtient une licence de droit en 1938 tout en se formant à une carrière militaire. Il rejoindra par la suite les forces aériennes françaises libres durant la seconde guerre mondiale. Après la guerre, il entamera une carrière diplomatique au service de la France et deviendra un écrivain de renom .

Ayant publié des écrits sous plusieurs pseudonymes, Romain Gary est le seul auteur qui a remporté deux fois le prix Goncourt, d’abord pour Les racines du ciel en 1956 sous le nom de Romain Gary, et ensuite pour La vie devant soi en 1975 sous le pseudonyme de Emile Ajar (le nom « Ajar » qui signifie « braise » se réfère au nom d’actrice de sa mère).

ll faut dire que Romain Gary aime jongler avec les mystères et se jouer de ce que nous nommons « la réalité ».

Dans La promesse de l’aube, de nombreux éléments sont véridiques, mais des ingrédients imaginaires s’y mélangent pour contribuer à l’authenticité des émotions et des sentiments que souhaite nous partager l’auteur.

L’importance de la réalité dans la narration ?

Ma curiosité et mes recherches m’ont amenée à découvrir que malheureusement le point d’orgue final du roman n’était pas conforme à la réalité.

Et puis après ? Quelle importance ?

Cette donnée ne retire en rien le plaisir de cette lecture que je recommande à plus d’un titre. Le témoignage d’amour maternel, objectif premier et essentiel de ce récit, reste, quant à lui, authentique. C’est ce témoignage qui enrichit la narration et fait réfléchir le lecteur tout en l’émouvant jusqu’aux larmes.

« Je n’ai jamais imaginé qu’on pût être à ce point hanté par une voix, par des épaules, par un cou, par des mains. Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis. »

Joyeuse fête des mères !!!

 

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