Archives de Catégorie: Thème des RELATIONS FAMILIALES

Les relations au sein de la famille sont souvent chaotiques et douleureuses

Moment d’évasion garanti ! « Le Livre des Baltimore » de Joël Dicker

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« Le Livre des Baltimore » de Joël Dicker

Je classe ce roman dans la catégorie de mes romans bonbons parce que :

  1. la lecture est facile, agréable et accessible au grand nombre, cet auteur a vraiment du talent pour captiver un public de 7 à 77 ans
  2. le suspense est présent tout au long du récit si bien que les 500 pages défilent sans attendre devant les yeux impatients du lecteur
  3. le récit met en scène un des thèmes familiaux les plus récurrents : la jalousie, la rivalité et l’envie entre frères ou cousins – qui ne se reconnaît pas dans ces sentiments ?

Le narrateur, Marcus Goldman, a passé son enfance et sa jeunesse en vouant une admiration sans bornes envers son oncle, sa tante et ses deux cousins. Pourtant « un drame » est survenu – drame dont le lecteur aura seulement connaissance après avoir lu le roman jusqu’à la fin –  et peu à peu le narrateur apprend à connaître ou à reconnaître les ombres d’un tableau qui lui semblait pourtant sans failles.

Après l’énorme succès  de  son précédent roman « La Vérité sur l’Affaire Harry Québert », l’écrivain suisse trentenaire Joël Dicker revient sur la scène littéraire et médiatique avec « Le Livre des Baltimore ». Flash-back, suspense, tension latente tout au long du récit, il est clair que l’auteur sait user avec talent des moyens pour tenir ses lecteurs en haleine…. et franchement, on s’y laisse prendre et c’est avec plaisir que nos pensées se laissent emporter par cette histoire, tout comme elles se laisseraient embarquer par un bon film au cinéma. Moment d’évasion garanti et bienfaisant !

Le succès a ses revers et Joël Dicker essuie quelques critiques… mais il le fait avec élégance ici dans l’émission de Laurent Ruquier :

 

 

Pour ma part, j’ai retenu ce passage qui met l’accent sur le travail de l’écrivain en tant que scénariste :

« Ecrire un livre, c’est comme ouvrir une colonie de vacances. Votre vie, d’ordinaire solitaire et tranquille, est soudain chahutée par une multitude de personnages qui arrivent un jour sans crier gare et viennent chambouler votre existence. Ils arrivent un matin, à bord d’un grand bus dont ils descendent bruyamment, tout excités qu’ils sont du rôle qu’ils ont obtenu. Et vous devez faire avec, vous devez vous en occuper, vous devez les nourrir, vous devez les loger. Vous êtes responsable de tout. Parce que vous, vous êtes l’écrivain« 

et par celui-ci qui parle du pouvoir des livres…..

« Pourquoi j’écris ? Parce que les livres sont plus forts que la vie. Ils en sont la plus belle des revanches. Ils sont les témoins de l’inviolable muraille de notre esprit, de l’imprenable forteresse de notre mémoire. »

Le Livre des Baltimore

Rester au lit ! Une option possible pour cette Journée de la Femme ???

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« La femme qui décida de passer une année au lit »

de Sue Townsend

Ses enfants partis de la maison pour faire leurs études, son mari, absent pour le travail, Eva se met au lit. Elle y restera toute une année.

Son attitude a de quoi surprendre. Sa famille proche ne la comprend pas et pense qu’elle fait une dépression. La rumeur se répand, des voisins et amis lui rendent visite, les médias commencent à en parler et chacun y va de sa propre interprétation.

Au fil du récit, nous pénétrons dans la vie des gens hauts en couleurs qui font partie de l’entourage d’Eva, à commencer par son mari infidèle, ses enfants (des jumeaux) insupportablement doués et asociaux, une mère et une belle-mère excentriques. D’autres personnages entrent peu à peu dans la vie d’Eva et certains d’entre eux se montreront plus humains et bienveillants que les membres de sa propre famille.

« La gentillesse, c’est quand on dit de gentils mensonges, pour ne pas faire de mal avec des mots qui sont vrais. »

Eva veut se donner le temps de regarder sa vie en face, ses chagrins, ses déceptions. Elle se penche sur son passé et tente de découvrir le sens de la vie.

« Lorsqu’elle déverrouillait la lourde porte de la bibliothèque et pénétrait dans l’espace feutré de la salle de lecture, avec la lumière du matin tombant des hautes fenêtres qui éclairait les livres sagement alignés sur les étagères, elle éprouvait une telle joie qu’elle aurait même accepté de travailler sans être payée. »

Et si le sens de la vie venait de la bienveillance des êtres humains qui nous entourent…?

Sue Townsend

 

Roman bienfaisant ?

Lors de sa parution, ce roman a été encensé par la critique. Sous des allures de littérature chick lit, l’histoire se révèle beaucoup plus profonde qu’elle n’y paraît au premier regard. Avec un côté burlesque très présent, ce récit divertit autant qu’il dérange en soulevant des questions sur la société moderne et les relations familiales. Outre la possibilité de se relaxer en s’évadant dans cette aventure totalement rocambolesque, le côté réconfortant n’apparaît qu’au regard de la conclusion, car seule la bienveillance d’autrui sauvera la mise à Eva.

En guise de conclusion, je vous invite ici à visionner les commentaires de la traductrice française, Fabienne Duvigneau.

 

Le jeunesse du coeur a ses raisons que la raison d’état ne connaît pas…. « ANTIGONE »

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« ANTIGONE » de Jean Anouilh

J’ai envie de vous parler de la tragédie grecque de Sophocle (441 av. J.C.) revisitée sous la plume de Jean Anouilh et dont la première représentation se déroula au théâtre de l’Atelier à Paris durant l’occupation en février 1944.

Voici pour rappel le pitch : Les fils d’Oedipe se sont entretués devant Thèbes et leur oncle, le roi Créon, a émis un édit interdisant sous peine de mort d’enterrer le corps de Polynice, qualifié de traître. Antigone veut pourtant donner une sépulture à son frère et brave l’interdiction royale. Créon tente de la sauver en la ramenant à la raison, mais l’orgueil de la jeune fille l’empêche de céder aux propositions de son oncle et elle est condamnée à mourir emmurée.

La pièce met en scène plusieurs face-à-face dont celui d’Antigone et de son oncle Créon. Nous y retrouvons une fougueuse Antigone qui ne veut pas se laisser dominer par la raison d’état, qui veut dire « non ». Devant elle, le roi Créon, décrit par Sophocle comme un dictateur, apparaît ici dans la version d’Anouilh comme un homme voué à la solitude et à l’incompréhension de sa famille à cause de ses obligations royales.

L’éternel débat entre la jeunesse et l’âge mûr, la passion et la raison, les sentiments et le sens du devoir, l’individu et la société….

En allant plus loin, ce roman – que je classe parmi les classiques – remet en lumière la difficulté des relations entre générations, qui plus est, des relations familiales où l’affrontement entre générations est le plus virulent.

Un roman bienfaisant ?

Ce beau texte remet en perspective nos diverses approches vis-à-vis de ce mythe et de ses protagonistes. Il pourrait  même être intéressant de vérifier si les avis et les sentiments divergent selon l’âge avec lequel on aborde ce récit, et si cet âge influe sur le parti pris pour Antigone ou pour Créon…

Je tiens à ajouter un petit complément à cet article, histoire de redonner un peu de confiance dans l’humanité en ces temps difficiles :

Le beau roman de Sorj Chalandon « Le quatrième mur« 
qui a par ailleurs remporté le Prix des Lecteurs du  Livre de Poche 2015  (ex aequo avec  « Une vie entre deux océans » de M.L. Stedman)  relate l’aventure d’un homme qui croyait possible et a tenté de faire jouer la pièce de théâtre « Antigone d’Anouilh » à Beyrouth par des acteurs/actrices issus des divers camps qui s’affrontaient et s’entretuaient au quotidien….

Une telle foi en l’être humain et en sa capacité à surmonter l’adversité dans un objectif artistique commun, cela vaut le détour !

L’évocation du thème de l’ADOPTION « Esprit d’Hiver » de Laura Kasischke et « Mudwoman » de Joyce Carol Oates

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« Esprit d’Hiver » de Laura Kasischke

et

« Mudwoman » de Joyce Carol Oates

Je viens de lire ces deux romans qui font partie respectivement de la sélection du prix des lecteurs du Livre de Poche 2015 et du prix des lecteurs des éditions Points 2015, deux jurys auxquels j’ai le grand bonheur de participer cette année. J’en profite d’ailleurs pour remercier les personnes des deux maisons d’édition qui m’ont accordé leur confiance pour cette mission de jurée.

Les deux romans mentionnés dans cette chronique ont un point commun : ils évoquent le thème de l’adoption d’une fillette. Si la trame diffère d’un récit à l’autre, un malaise est palpable dans les deux cas et nous est décrit avec beaucoup de talent.

Dans « Esprit d’Hiver« , quelque chose d’oppressant survient le jour de Noël alors que mère et fille adoptive attendent l’arrivée des invités qui ne viendront jamais en raison de la météo. Le regard de la mère guide la narration.

 « Prendre connaissance des horreurs de ce monde et ne plus y penser ensuite, ce n’est pas du refoulement. C’est une libération. »

Dans « Mudwoman« , la protagoniste se livre à un combat mental déchirant pour retrouver son identité enfouie sous des couches de convenances et de faux semblants destinés à lui faire oublier l’indicible. Ici ce sont les pensées de la fille adoptive qui sert de fil conducteur au roman.

« Il est très difficile de triompher quand on n’est pas aimé, au sens le plus profond, le plus intime et le plus indulgent du mot. Il est très difficile de triompher de toute manière, mais sans amour, c’est à peu près impossible. »

Dans les deux récits, les parents adoptifs sont bienveillants et souhaitent protéger leur enfant tout en se protégeant eux mêmes. Dans les deux cas, les enfants seront sources à la fois de bonheur et de souffrance pour leurs parents adoptifs.

Des romans bienfaisants ? Âmes sensibles, s’abstenir, car les récits sont loin d’être joyeux.

Âmes en quête de reconnaissance  quant aux relations parent-enfant, n’hésitez pas à vous plonger dans ces histoires qui tout en vous procurant de très bons moments de lecture, vous permettront également de mettre des mots sur des sentiments parfois éloignés de ces convenances qui dictent toujours la bonne façon de penser et d’aimer.

PERDRE SA MOITIE, et puis ? « L’Exception » de Audur Ava Olafsdottir

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« L’Exception » de Audur Ava Olafsdottir

Tout semble se dérouler à la perfection au sein du couple formé par Maria, Floki et leurs adorables jumeaux. Pourtant en ce soir de réveillon, Floki  annonce de façon inattendue à son épouse qu’il a décidé de la quitter pour un collègue et ami avec lequel il fait des recherches sur la théorie du chaos. Le chaos, c’est précisément ce que Maria va endurer après ce départ pour le moins surprenant et déstabilisant; non seulement elle découvre les penchants homosexuels de son mari, mais sa vie à elle est littéralement amputée de sa moitié.

Le choc de la séparation, le bouleversement du quotidien qui s’ensuit, et peu à peu la reconstruction de l’épouse sont disséqués à travers les détails parfois cocasses que nous livre la talentueuse plume de cette auteure islandaise, Audur Ava Olafsdottir.

Le lecteur apprend à connaître les familiers du couple, notamment la voisine naine qui semble-t-il, serait écrivain et une psychologue pour le couple, ou encore le père géniteur qui apparaît subrepticement dans la vie de Maria.

D’une facture à la fois minimaliste tout en n’omettant pas le détail qui s’inscrit au coeur même du vécu, ce roman original constitue une lecture agréable, sereine et revigorante pour tous ceux qui affrontent une brusque séparation ou un deuil.

Les gens refusent de regarder en face ce monde truffé d’éclats de verre et d’admettre qu’une souffrance profonde aiguise la perception et donne de la valeur à l’existence

Décrit sur le quatrième de couverture comme « le grand roman de la déconstruction et de la reconstruction narcissique à la portée du commun des mortels », ce récit a aussi le mérite de nous faire voyager au sein des paysages d’un pays nordique peu connu, l’Islande.

SOLITUDE et DETRESSE FAMILIALE : « Du domaine des murmures » de Carole Martinez

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« Du domaine des Murmures » de Carole Martinez paru en format poche chez folio

Dans ce conte à la fois mystique et sensuel, une très jeune femme du 12ème siècle nous relate l’incroyable chemin qu’elle a décidé de suivre dans un monde où la femme a rarement voix au chapitre.

Le jour de son mariage, elle refuse de dire oui au fiancé qu’on lui a imposé et elle implore devant une foule scandalisée qu’on lui permette d’offrir sa vie à Dieu. Elle veut vivre comme une recluse jusqu’à sa mort dans une cellule attenante à la chapelle du château de son père. Seule, emmurée, délaissée par son père meurtri, elle participera de près et de loin à la vie qui se déroule autour d’elle.  Mais elle est loin de se douter que la vie la rattrapera d’une façon surprenante…

C’est avec un mélange de suspense et de plaisir de lecture que l’on suit les pensées d’Esclarmonde qui nous dévoilent la psychologie de son siècle. Carole Martinez nous laisse entrevoir la cruauté d’une époque moyenâgeuse où  les croisades étaient à l’honneur, où les voix de Dieu et du diable se partageaient le destin des hommes et où les contes et les légendes donnaient corps à l’angoisse existentielle tout en nourrissant les âmes.

« Le monde en mon temps était poreux, pénétrable au merveilleux. Vous avez coupé les voies, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant la force des vieux récits. Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l’oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n’imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur! Non, vous tremblez toujours sans même savoir pourquoi. »

Un livre qui parle de solitude, choisie ou non…

Un roman qui parle de l’amour filial blessé…

Mais aussi un roman qui  met à l’honneur la force du merveilleux dans nos vies…

RELATION PERE-FILLE : « Fleur de Cimetière » de David Bell

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  « Fleur de Cimetière » de David Bell, traduit de l’anglais par Claire-Marie Clévy et paru aux éditions  Actes Sud

Je viens à l’instant d’ajouter une nouvelle catégorie aux thèmes abordés dans les romans, à savoir les « RELATIONS FAMILIALES CHAOTIQUES », car ce sont souvent ces conflits au sein même de la famille qui sont les plus douloureux à vivre.

L’idée m’a semblé évidente à la lecture du premier roman de David Bell qui se présente comme un thriller psychologique sous forme de huis-clos familial. Le père de famille qui en est le narrateur raconte la tragédie qui a frappé sa famille lorsque sa petite fille de 12 ans a disparu un jour sans laisser de traces. Quatre ans plus tard, elle réapparaît sous les trait d’une jeune adolescente distante et qui ne veut pas expliquer ce qui lui est arrivé. Frappée par le syndrome de Stockholm, elle nie le crime et ne souhaite qu’une chose, retrouver son ravisseur.

Même si, pour la plupart d’entre nous, ce récit sort de l’ordinaire, le narrateur y évoque avec une certaine justesse les soucis de sa relation avec sa fille et ses propres maladresses, choses que connaissent beaucoup de parents face à leurs adolescents. Comment arriver à communiquer avec ses enfants, comment arriver à comprendre ce qui se passe dans leur tête alors qu’ils ne voient plus en nous qu’un symbole d’autorité obsolète ?

Pour conclure, je vous cite les paroles du narrateur au début du roman et qui introduit la problématique :

P4 « Tous les parents finissent un jour ou l’autre par se rendre compte que certains aspects de leurs enfants leur resteront à jamais cachés. Peut-être l’ai-je découvert plus tôt que d’autres ? »