VIE UTILE ou SUPERFLUE ? « L’Unité » de Ninni Holmqvist

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« L’Unité » de Ninni Holmqvist publié chez Le livre de Poche est un excellent roman d’anticipation, dérangeant à l’extrême et qui ne manque pas de susciter la réflexion.  J’ai voté en février pour ce roman qui fait partie de la sélection du prix des lecteurs 2014 pour lequel j’ai le bonheur d’être jurée cette année.

Pour moi, ce roman devait se trouver ici dans la section « Prendre de l’âge » parce que d’une part, les protagonistes sont des personnes de 50-60 ans et d’autre part, parce que la question qui sous-tend le récit est celle de l’utilité de la vie. Il s’agit bien entendu d’une question fondamentale que l’on se pose à tout âge, mais peut-être plus encore lorsqu’on approche de la retraite et que l’on fait le bilan de ce que l’on a vécu.

Le lecteur se retrouve lui-même piégé dans ce récit entre ses sentiments premiers et une réflexion plus profonde sur le véritable sens de la vie et de la liberté.

De prime abord, le cadre tel qu’il est posé ne peut que révolter . Dans la société du récit, on divise la population entre les superflus et les nécessaires, les superflus étant en gros ceux qui sont restés célibataires et sans enfants. Se pose déjà la question de l’utilité d’une existence. Peut-on la réduire à cette définition ? Existe-t-on de façon utile seulement lorsque l’on a procréé ? Bien que cette définition constitue en soi déjà un critère excessif, nous ne pouvons nier le fait qu’être responsable d’enfants biologiques ou adoptés nous rassure dans la valeur que nous voulons accorder ou non à une vie.

Question : comment définis-tu l' »utilité » d’une vie ?

Lorsque les superflus ont atteint un certain âge (50 ans pour les femmes, 60 ans pour les hommes), la société les prive de ce qui semble à l’heure actuelle comme le droit le plus absolu de tout être humain, à savoir la liberté de vivre comme il l’entend et de gérer son corps en fonction de cette liberté. Ils sont emmenés dans un endroit où ils sont placés sous surveillance continue et où leur corps et leurs organes ne leur appartiennent plus. Dès qu’un être « nécessaire » a besoin d’un organe pour survivre, celui-ci est prélevé sur un être « superflu » de l’Unité.

Nous suivons l’histoire de Dorrit, une « superflue » qui a rejoint l’Unité à 50 ans. Or la vie est très agréable à l’Unité, beaucoup plus qu’elle ne l’était à l’extérieur. Les repas sont excellents, les superflus peuvent s’adonner à toutes sortes de sports et d’activités artitistiques, les relations entre les superflus sont chaleureuses. Qui plus est, beaucoup de superflus semblent accepter la situation. On apprend que cet état de fait n’a pas été imposé par un dictateur ou un groupe d’extrémistes. Non, la société  a décidé de façon tout à fait démocratique qu’il fallait veiller au bien-être de chacun et juge que la vie d’une personne célibataire et sans enfants n’est pas nécessaire et est donc habilitée à le devenir d’une autre façon, à partir d’un certain âge.

Question : aurais-tu voté pour un tel état de fait sachant que les personnes enfermées dans l’Unité ne subissent aucune violence gratuite et vivent dans de très bonnes conditions ?

Le malaise grandit au fur et à mesure que le récit se développe et que l’on sent que la maladie (suite aux expériences que subissent les superflus) et finalement la mort touchent de plus en plus le cercle des proches de Dorrit. Pourtant personne n’émet l’idée de vouloir s’enfuir jusqu’à ce que la possibilité s’offre à Dorrit…

Question : préfères-tu la sécurité sous contrôle ou la liberté à tout prix qui marginalise ?

Beaucoup de questions sont soulevées après la lecture de ce roman et, il faut l’avouer, les réponses pourraient nous surprendre.

Ce roman dérange parce qu’il ne nous procure pas la possibilité de trancher sur base d’une situation manichéenne. Et de façon identique, la vie offre rarement des réponses toutes faites à nos questions essentielles….

Un roman qui fait du bien ? Oui, oui, car il élargit nos perspectives de réflexion sur le sens de la vie…

À propos de Nathalie Cailteux

Philologue passionnée par la littérature et les effets positifs de celle-ci sur le moral. A l'écoute de vos problèmes, je vous propose de surmonter vos difficultés grâce à la lecture de romans. - www.lirepourguerir.com  /////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////// Philologist with a passionate interest in literature and its positive effects on well-being, I recommand you the reading of novels to ease your pain and overcome difficulties of life. www.readtoheal.wordpress.com  //////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////   Contactez-moi sur / Please contact me via deslivrespourguerir@gmail.com

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