Récit initiatique : « Il était une rivière » de Bonnie Jo Campbell

Par défaut

« Il était une rivière » de Bonnie Jo Campbell,

dont la traduction fut publiée chez JC Lattès en 2013, et qui est désormais également disponible aux éditions Le Livre de Poche. Ce roman fait partie de la sélection du Prix des Lecteurs pour le mois de juillet 2014.

Véritable hymne bucolique, le fil rouge de ce récit est la rivière Stark, affluent de la Kalamazoo dans le Michigan, aux abords de laquelle se situe une cité ouvrière où Margo Crane a vécu toute son enfance. Lorsque sa mère les abandonne elle et son père, lorsque son père décède brutalement quelques années plus tard, elle n’a que seize ans et doit se débrouiller pour survivre seule face à un entourage humain souvent hostile. Grâce à son don pour le tir, aux enseignements de feu son grand-père braconnier et à sa passion pour la rivière, elle fait des rencontres, noue des liens, expérimente le pire et le meilleur tirant profit de la nature qui l’entoure. Le seul modèle auquel elle aspire est celui d’Annie Oakley, femme légendaire de l’ouest américain.

Les protagonistes qui entrent dans sa vie au fil de l’histoire lui ouvrent des regards différents sur la vie et façonnent sa personnalité. Paradoxalement, ses silences et son attitude taciturne les incitent tous à parler. Ils se livrent à cette fille originale qui aspire plus que tout à la liberté.

« Crane voulait qu’elle s’exprime davantage, mais le silence et la tranquillité de l’année passée avaient éveillé en elle un désir de plus de silence et de tranquillité encore, et Margo ne pouvait affirmer que cela aurait une fin. Le silence lui permettait de réfléchir…Le silence lui rappelait les soupirs de sa mère…. Margo ne savait pas si elle pourrait aller de l’avant alors que le passé ne cessait jamais de se rappeler à elle. »

« Sans le regarder elle but son café et caressa la tête de Martin. Le silence dans la pièce devint pesant et Margo le laissa grandir. Le silence, c’était un jeu qu’elle connaissait. »

Bien que certaines scènes ne soient pas exemptes de violence – cette violence brute propre à la nature et à l’homme  – l’écriture laisse un arrière-goût apaisant, ponctué par les murmures de l’eau et le bruissement des animaux qui vivent près la rivière.

Récit initiatique  bienfaisant dans le sens où il incite le lecteur à découvrir une façon de vivre libre, proche de la nature et sans aucune contrainte sociale, une façon de vivre qui peut sembler attirante, mais où le prix à payer est élevé, car il oblige à vivre en solitaire. Or le contact avec autrui, tout difficile et compliqué soit-il, reste néanmoins un besoin fondamental, souvent plus précieux que la liberté.

« Elle pensa au chasseur indien. Il vivait seul, mais sa famille attendait son retour. Nul n’attendait Margo. Margo s’était laissée devenir une personne coupée de tout lien avec les autres… »

 

 

 

Publicités

Si vous avez un commentaire sur cette page, n'hésitez pas à m'en faire part !

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s