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Culpabilité : effet cathartique bienfaisant du thriller

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« Le Zoo » de Gin Phillips

traduit par Dominique Haas, Editions Robert Laffont 2017

Prix Transfuge pour le meilleur polar étranger

Ce thriller palpitant retrace les angoisses et péripéties d’une mère retenue prisonnière avec son fils de quatre ans dans l’espace fermé d’un zoo qui est tombé aux mains de jeunes tueurs. Le récit relate non seulement le point de vue de la mère, mais également celui d’autres protagonistes, parmi lesquels l’un des délinquants.

Pour sauver son fils, la jeune femme est prête à tout; elle se transforme en véritable lionne et fait des choix pour lesquels elle n’aurait sans doute jamais opté dans d’autres circonstances. Ses pensées coupables sont évoquées dans le feu de l’action. Mais qu’importe ! Seule la survie de son fils compte.

« Elle pourrait en parler aux autres. Cette idée n’arrête pas de lui tourner dans la tête. Elle pourrait évoquer le bébé, elle pourrait même aller le chercher, le ramener ici, s’absoudre de ses péchés, et elle se dit qu’elle ne le fait pas parce que si on lui tirait dessus, alors que deviendrait Lincoln ? Et si la pièce n’est pas vraiment insonorisée, et si les cris du bébé attirent l’attention des tueurs, provoquant leur mort à tous ? Mais en réalité, aucune de ces raisons n’est celle pour laquelle elle se tait.« 

D’autres personnes piégées se sentent coupables d’avoir agi d’une façon plutôt que d’une autre, d’avoir  eu certaines pensées :

« Comment pourrait-elle savoir si elle le fait pour elle-même ou pour sa soeur ? Parce que dans un cas, ça fait d’elle quelqu’un de bien, et dans l’autre elle n’est qu’une égoïste. Et si elle est égoïste, alors elle a probablement tué ce garçon et sa mère.« 

Par contre, les véritables coupables, les tueurs, ne semblent pas ressentir de remords. Celui dont le narrateur suit les pensées, considère qu’il agit comme il faut et se montre assez insouciant :

« Même si les gens ont raison, même s’il est vraiment paresseux, malpoli ou égoïste, eh bien, c’est comme ça, pas vrai ? C’est génétique. Ce n’est pas un choix. Mais ça, tout le monde s’en fout. Il fait des efforts, mais ça compte pour du beurre, hein ? »

Romain bienfaisant ?

Il s’agit d’un bon thriller qui touchera tout particulièrement le coeur des mères.

Que ne ferait-on pour sauver son enfant de la mort ? 

Mais en quoi ce thriller peut-il être bienfaisant ?

J’en reviens à mon article du 15 août 2016. et à la citation de Jacques Dubois dans son ouvrage « Le roman policier ou la modernité » (1992) où il dit que « la faute de l’autre est aussi en nous, et nous serions capables de la commettre… Tel est bien, […], l’effet cathartique de toute lecture policière : à jouir de la reconnaissance du coupable, nous nous délivrons du sentiment de faute qui nous habite« .

Ici le sentiment de culpabilité ou de faute habite aussi tous les personnages, à l’exception des véritables coupables, ce qui place ces derniers dans un état d’aliénation. Leur humanité s’en trouve diminuée, voire annihilée. Les fautes des autres protagonistes sont d’autant mieux comprises par le lecteur qui peut les reprendre à son compte, et l’effet cathartique  de ce thriller se transmet par l’intermédiaire des victimes au lecteur lui-même.

 

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