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Lettre d’un amoureux des livres

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Jules Janin L'amour des livres

Conseils à un passionné de livres 

« L’amour des livres » par Jules Janin (1866)

Point de crainte !

Bien qu’ancien, le style de Janin se lit vite et bien !

« L’amour des livres » constitue l’écriture d’une lettre d’environ 43 pages (édition publiée) que vous pouvez trouver gratuitement en version écrite ou audio sur le net. Cette lettre s’adresse à un jeune bibliophile et lui prodigue des conseils pour la création d’une bibliothèque. Certes, les termes sont pompeux et vieillots, mais la lecture n’en est pas déplaisante pour autant.

Bien sûr, il nous est aujourd’hui difficile de partager les idées de Jules Janin relatives à l’apparence et au format des ouvrages de littérature, notamment lorsque l’auteur souligne l’importance à accorder aux « beaux livres » avec premières reliures, gravures de premier choix, éditions originales rejetant avec mépris les « imprimeries bâtardes », les « loques infectes » qui sentent l’écurie, le graillon et autres parfums…

« …comme toutes les passions bien senties et comprises, la passion des livres a sa coquetterie et son luxe. », se justifie l’auteur passionné du XIXe siècle.

Mais hormis ces quelques idées d’un autre âge (où les formats de poche bien pratiques, les éditions accessibles au grand nombre et les liseuses n’existaient pas encore), la liste des ouvrages cités et le style plutôt théâtral de l’auteur a de quoi nous réjouir.

 

Qui est Jules Janin ?

Jules Janin est un écrivain et journaliste français du XIXe siècle (1804-1874).  Il quitte rapidement le droit pour le journalisme et travaille pour des revues littéraires et des quotidiens comme le Figaro ou le Journal des Débats qu’il rejoindra comme critique pendant une quarantaine d’années. Il sera par ailleurs surnommé le « Prince des Critiques ».

Janin a laissé plusieurs écrits. Son talent d’écrivain se fera connaître dès la parution de l’un de ses premiers romans « L’Âne mort et la femme guillotinée » en 1827. Enfin, après plusieurs tentatives, Jules Janin sera finalement élu à l’Académie française en 1870.

Dans son analyse sur l’esprit critique de Jules Janin, Jacques Landrin précise : « La nostalgie du classicisme, qui perce à tout moment chez Janin, ne le fige pas dans la contemplation du passé; il sait accueillir avec sympathie les nouveautés, pourvu qu’elles n’offensent pas le bon sens. »(Cahiers de l’AIEF, Article de Jacques Landrin, 1983 « Jules Janin, témoin du théâtre romantique pp155-168).

L’amour des livres selon Janin

« Soyez donc le bienvenu, d’aimer si vite et si bien ces chers amis de la vie humaine, amis dévoués, reconnaissants, fidèles. Ils voyagent avec nous, ils nous suivent à la ville, à la campagne ; on emporte son livre au fond des bois, on le retrouve au coin du feu : « C’est proprement un charme ! ». Et Montesquieu a très bien dit qu’il ne savait pas de douleur si grande, qui ne fût soulagée un instant par la lecture d’un bon livre. »

Dans sa lettre, l’auteur détaille les différents types d’ouvrages littéraires, à commencer par la grammaire :

« Les belles-lettres, vous le savez, commencent à la grammaire, et comprennent dans leur ensemble excellent les oeuvres les plus délicates et les plus rares de l’esprit humain. Vous aurez donc un bon dictionnaire, tout bonnement le dictionnaire de l’Académie, et vous le placerez, sans honte et sans peur, de façon à l’avoir toujours sous la main. »

Après la grammaire il y a la rhétorique, et après la rhétorique, arrive la poésie, et notamment la poésie de l’antiquité grecque et romaine.

« Athènes et Rome sont, en effet, les deux grandes institutrices du genre humain. »

et l’auteur en réfère au bon mot de Montaigne qualifiant celle-ci de « bonne nourriture« .

Ensuite…

« Nous arrivons ainsi à nos chers et grands poètes français.

car selon Jules Janin,

 « Il est nécessaire, en effet, si vous voulez être un vrai lettré, que vous remontiez aux origines de la langue nationale. »

S’ensuivent les contes, les fables (cfr La Fontaine) et des grands romans…

« En fait de romans, on n’en lit guère ; ceux qu’on lit, quels chefs-d’oeuvre ! Zayde, Gil Blas, Don Quichotte, Manon Lescaut, Paul et Virginie… On les trouve encore assez facilement en édition originale… »

 

Satires et parodies comme moyens de consolation

 

« Il vous faut aussi, en belle condition, le Moyen de parvenir (de l’imprimerie de François Rabelois) , et la Satire Ménippée (1609), toutes choses indispensables, et d’une infinie consolation quand l’âge arrive où la journée est longue, où le temps est sombre, où l’homme, abandonné d’espérance et sevré de toute ambition, ne redoute, ici-bas, que le remords, moins encore, l’isolement et l’ennui. »

Jules Janin, bibliocoach avant l’heure ?

 

Les livres comme vecteurs de liens

« Les livres ont encore cela d’utile et de rare : ils nous lient d’emblée avec les plus honnêtes gens ; ils sont la conversation des esprits les plus distingués, l’ambition des âmes candides, le rêve ingénu des philosophes dans toutes les parties du monde ; parfois même ils donnent la renommée, une renommée impérissable, à des hommes qui seraient parfaitement inconnus sans leurs livres. « 

 

« La passion des livres est la pharmacie de l’âme »

C’est grâce à cette citation que je suis tombée sur Jules Janin et que j’ai voulu en savoir plus sur son oeuvre et sa vie.

J’espère vous avoir appris un peu plus sur cet homme de lettres d’un autre siècle qui vouait une réelle passion pour les beaux écrits.

« Ils vivent, ils respirent, ils enseignent, ils conseillent.  »

Vous avez bien entendu deviné ce que les « ils » représentent 🙂

« La passion des belles choses (après l’honneur de les faire), il n’y a pas de meilleure louange ! Elle atteste aux lettrés, race immortelle, que le propriétaire de ces beaux exemplaires était un homme heureux de peu, content de vivre, amoureux des belles choses, studieux, paisible,intelligent, se suffisant à soi-même, honorable, honoré, qui s’est entouré, jusqu’à la fin, des grands exemples, des sages conseils. »

… la pharmacie de l’âme…

« Au catalogue de ses livres, on connaît un homme ! Il est là dans sa sincérité. Voilà son rêve… et voilà ses amours ! »

Dis moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es….

 

Pour terminer, une conclusion extraite de cette lettre de Janin qui en prodigue beaucoup :

« Accordez-moi, Seigneur, disait un ancien, une maison pleine de livres, un jardin plein de fleurs ! Voulez-vous, disait-il encore, un abrégé de toutes les misères humaines : regardez un malheureux qui vend ses livres ! « 

 

Bonnes vacances et bonnes lectures à toutes et tous !