Archives de Catégorie: * Bibliothérapie en général
Folie malsaine de l’imagination ou « MADAME BOVARY » de Gustave FLAUBERT

« Madame Bovary » de Gustave Flaubert
C’est avec plaisir que je vais vous parler ce mois-ci d’un grand classique de la littérature française.
Voici l’histoire de « Madame Bovary » en quelques mots : Emma, fille d’un riche fermier, devient l’épouse d’un brave médecin de campagne, Charles Bovary. Son mariage et sa petite fille ne lui apportent pas le bonheur espéré. Elle s’enlise dans l’ennui et rêve d’un amour fougueux et d’une vie mondaine trépidante comme les princesses des romans à l’eau de rose dont elle est friande. Aveuglée par ses illusions, elle se laisse entraîner dans des aventures extra-conjugales qui ne pourront jamais vraiment la combler.
Gustave Flaubert a mis le doigt sur les dangers d’une trop grande propension à enjoliver la réalité, ce qui multiplie à l’excès le désir de toujours vouloir plus et mieux, et ce qui finalement fait obstacle au contentement et au bonheur. L’auteur se moque des lectures dans lesquelles Emma se plongeait et qui ont laissé débordé son imagination avec une trop grande effervescence. Il dénonce les dangers de cette évasion rêveuse qui dénature la réalité et ne conduit qu’à l’insatisfaction. D’ailleurs de ce roman est né le terme « bovarysme » qui se définit comme un état d’insatisfaction se traduisant par des ambitions démesurées et une fuite dans l’imaginaire et le romanesque.
Un livre qui fait du bien ?
En tous les cas, cette histoire a le mérite de remettre nos désirs à l’heure de la réalité, elle nous suggère de considérer notre verre non pas à moitié vide, mais à moitié plein.
En outre, ce roman questionne les bienfaits de la lecture. Léon, amoureux d’Emma, parle du bien-être qu’il ressent en lisant :
« On ne songe à rien, continuait-il, les heures passent. On se promène immobile dans des pays que l’on croit voir, et votre pensée, s’enlaçant à la fiction, se joue dans les détails ou poursuit le contour des aventures. Elle se mêle aux personnages; il semble que c’est vous qui palpitez sous leurs costumes« .
Toutefois, le délire imaginaire d’Emma prend souvent des proportions démesurées :
« Alors elle se rappela les héroïnes des livres qu’elle avait lus, et la légion lyrique de ces femmes adultères se mit à chanter dans sa mémoire avec des voix de soeurs qui la charmaient. Elle devenait elle-même comme une partie véritable de ces imaginations et réalisait la longue rêverie de sa jeunesse, en se considérant dans ce type d’amoureuse qu’elle avait tant envié. »
Conclusion : il faut lire de façon intelligente, lire pour s’évader, lire pour se retrouver, lire pour ne pas se sentir seul, lire pour guérir mais tout en sachant bien entendu faire la part entre la réalité et l’imaginaire.
Dans son essai sur la lecture « Comme un roman« , Daniel Pennac a défini avec humour le bovarysme comme une « maladie textuellement transmissible » auquel toutefois, précise-t-il, chaque lecteur a droit de façon imprescriptible.
***
Paru en 1857, le roman « Madame Bovary » a valu à son auteur Gustave Flaubert d’être jugé pour outrage aux bonnes moeurs. Il fut blâmé pour le réalisme, jugé choquant à l’époque, avec lequel il avait décrit ses personnages.
A la fois précurseur d’une nouvelle sensibilité littéraire qui est le réalisme, l’auteur reste cependant aussi un héritier du romantisme dans sa façon d’agencer et d’interpréter avec un certain lyrisme la réalité de cette histoire. Vous trouverez un analyse détaillée sur ce dualisme en suivant ce lien.
Qu’est-ce un bon roman ? Laurence Cossé aborde le sujet dans « AU BON ROMAN »

« AU BON ROMAN » de Laurence Cossé
Paru chez Gallimard en 2009, puis en format poche chez Folio, ce récit commence comme un thriller…il y est question de menaces, de tentatives de meurtre,… Bientôt pourtant, il s’avère que ce prétexte constitue une mise en bouche pour aborder la véritable histoire de ce roman. Celle-ci relate toutes les difficultés rencontrées par quelques passionnés de littérature lors de l’ouverture de leur librairie exclusivement dédiée aux « bons romans »… Loin de nous ennuyer, cette aventure humaine que pimentent des sentiments d’amour et de jalousie soulève une question essentielle : qu’est-ce qu’un bon roman ? ou encore qui peut décréter qu’un tel ouvrage est bon alors qu’un autre ne l’est pas ?
Les libraires passionnés du roman s’expliquent ….
Depuis qu’existe la littérature, la souffrance, la joie, l’horreur, la grâce, tout ce qu’il y a de grand en l’homme a produit de grands romans. Ces livres d’exception sont souvent méconnus, ils risquent en permanence d’être oubliés et, aujourd’hui où le nombre des publications est considérable, la puissance du marketing et le cynisme du commerce s’emploient à les rendre indistincts des millions de livres anodins, pour ne pas dire vains.
Or ces romans magistraux sont bienfaisants. Ils enchantent. Ils aident à vivre. Ils instruisent. Il est devenu nécessaire de les défendre et de les promouvoir sans relâche… »
tout en soulignant les vertus de la bibliothérapie (eh oui !)
Nous voulons des livres nécessaires, des livres qu’on puisse lire le lendemain d’un enterrement, quand on n’a plus de larmes tant on a pleuré, qu’on ne tient plus debout, calciné que l’on est par la souffrance : des livres qui soient là comme des proches quand on a rangé la chambre de l’enfant mort, recopié ses notes intimes pour les avoir toujours sur soi, respiré mille fois ses habits dans la penderie, et que l’on n’a plus rien à faire ; des livres pour les nuits où, malgré l’épuisement, on ne peut pas dormir, et où l’on voudrait simplement s’arracher à des visions obsessionnelles …..
…..
Nous voulons des livres écrits pour nous qui doutons de tout, qui pleurons pour un rien, qui sursautons au moindre bruit derrière nous.
….
Nous voulons des livres qui n’éludent rien du tragique humain, rien des merveilles quotidiennes, des livres qui nous fassent revenir l’air dans les poumons.
Dans ce récit qui fait la part belle au pouvoir bienfaisant des romans sont mentionnés un grand nombre d’auteurs et d’ouvrages littéraires considérés par les protagonistes comme exemplaires et dignes de figurer dans leur librairie. Il s’agit là d’une occasion pour le lecteur d’y faire de nouvelles découvertes littéraires tout profitant d’une lecture agréable.
Mais qu’en est-il finalement de la qualité d’un « BON ROMAN » ?
Pour ma part, je pense qu’ un roman de valeur doit toucher une majorité de lecteurs quelle que soit leur origine ou leur époque. Un bon roman doit pouvoir communiquer des expériences et émotions humaines auxquelles tout un chacun peut s’identifier. Un roman de valeur doit raconter une histoire qui permet au lecteur de s’évader de son quotidien pour pénétrer au coeur d’un autre univers et respirer un air différent. Un bon roman est là pour soulever des réflexions sur la vie, la mort, l’amour, l’amitié, la famille, la vie professionnelle etc.. Un roman de valeur se définit aussi comme une histoire qui facilite l’empathie et donc une perception différente de la réalité alors même qu’il aurait été difficile de se laisser convaincre autrement.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
UNE BELLE AVENTURE QUI SE TERMINE…
Ayant eu le grand plaisir de faire partie des jurés du PRIX DES LECTEURS 2014 du LIVRE DE POCHE, catégorie LITTERATURE, j’ai eu la chance de découvrir de nombreux ouvrages qui m’ont donné l’occasion de m’évader, d’élargir mes connaissances, d’approfondir certaines réflexions. Parmi la vingtaine de romans que les jurés ont lus et départagés, certains figurent désormais sur ce blog, d’autres feront sans doute encore l’objet d’une chronique dans un proche avenir.
Les FINALISTES, catégorie littérature
La remise de ce prix a eu lieu mardi 30 septembre à Paris….
Le lauréat pour la partie LITTERATURE est « Le Problème Spinoza » d’Irvin Yalom
suivi de très près par « Les Fidélités Successives » de Nicolas d’Estienne d’Orves qui figure en seconde position devant « L’Unité » de Ninni Holmqvist.
C’est précisément entre ces trois ouvrages que j’ai longuement hésité… et le fait qu’ils fassent tous les trois partie du peloton de tête parmi les romans finalistes en littérature me satisfait pleinement.
A noter que le Prix des Lecteurs pour la partie POLAR est revenu à « W3 – Le Sourire des pendus » de Jérôme Camut et Nathalie Hug
et le Choix des Libraires a été attribué à « Le Diable tout le temps » de Donald Ray Pollock
Les lauréats 2014
Une vidéo sur la soirée du 30 septembre…
PRIX DES LECTEURS 2014 du LIVRE DE POCHE
FRUSTRATIONS ET EMOTIONS CACHEES « L’intensité secrète de la vie quotidienne » de William Nicholson

« L’intensité secrète de la vie quotidienne » de William Nicholson
Ce roman figure parmi la sélection du Prix des Lecteurs 2014. J’ai voté pour lui au mois de juin parce que j’ai été séduite par la façon dont l’auteur a décrit avec talent les petites rancoeurs, les frustrations quotidiennes, les émotions amoureuses qui constituent le lot de tout un chacun, mais que nous gardons en général soigneusement dissimulées dans notre jardin secret. Et pourtant, ce sont justement ces ressentis multiples qui jalonnent notre quotidien et influencent notre comportement en société ou dans la sphère privée.
Le roman choral de William Nicholson pénètre ainsi dans la vie intime d’une douzaine de personnages de la classe moyenne qui se croisent au coeur de la campagne anglaise et dont les soucis et les remises en question sur le plan amoureux, professionnel, religieux voire amical sont subtilement mis en évidence et décortiqués par la plume bienveillante de l’auteur.
W. Nicholson explique « Ce que je veux démontrer dans mes livres, c’est que comprendre les autres véritablement et avec compassion nous libère de nos peurs et de nos haines, et nous mène à l’amour. Or il n’y a que la possibilité d’aimer et finalement, le fait d’aimer qui font que la vie vaut la peine d’être vécue ».
Il remarque aussi « J’admire le regard que George Eliot et Proust portent sur leurs personnages, la profondeur avec laquelle ils les perçoivent sur le plan psychologique »
Dans la postface écrite par Anne Hervouët, on lit : « L’Intensité secrète de la vie quotidienne a beau se dérouler dans la campagne du Sussex, au-dessus de laquelle plane l’ombre de Viriginia Woolf, ce roman est universel. Chacun des personnages trouve son alter ego en France ou ailleurs, à Paris comme dans n’importe quelle autre ville. La fragilité du couple, thème central du livre, est d’actualité. Le mal-être des personnages est tout aussi contemporain et largement répandu. La colère, les frustrations, la désespérance, la pornographie, la pollution par l’image, le culte du moi, la solitude et bien d’autres thèmes sont transposables ailleurs ».
A QUI S’ADRESSE CE ROMAN DU POINT DE VUE DE LA BIBLIOTHERAPIE ?
A celle ou celui qui se sent mal dans sa peau, que ce soit dans sa vie amoureuse, professionnelle ou sociale, qui se pose des questions sur ses croyances ou qui souffre d’une certaine solitude. Ce lecteur aura le plaisir de constater que des mots savamment dosés donnent corps à son ressenti et qu’il n’est pas seul à éprouver de telles émotions…
Vous trouverez ici les commentaires de plusieurs jurés au sujet de ce roman (le mien est le premier dans la liste).
Au petit bonheur des femmes « Le bruit des silences » de Valérie Gans

« Le bruit des silences » de Valérie Gans.
Ce roman, paru chez JC Lattès pour ensuite être publié par Le Livre de Poche, a fait partie de la sélection du mois de mai pour le Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2014.
Toutefois, c’est celui qui a remporté le moins de votes parmi les quatre ouvrages présentés.
Il est vrai qu’en comparaison des trois autres romans palpitants que sont ,
,
, celui-ci semble quelque peu léger et ne laisse pas vraiment derrière lui une marque impérissable…
Pourquoi alors le citer sur ce blog ? Parce que l’auteur, Valérie Gans, nous parle d’histoires de femmes, des femmes souvent déçues par leur compagnon et par la romance qu’elles avaient imaginée autour de leur relation de couple. Lorraine, la protagoniste principale est une quadragénaire divorcée qui élève seule tant bien que mal ses deux enfants adolescents à Paris. Une rencontre avec un ami d’enfance vient bouleverser sa vie, mais elle ignore que l’épouse de ce dernier souffre de l’effondrement de son couple . La souffrance fait aussi partie de la vie de la soeur de Lorraine dont le compagnon excelle dans le harcèlement mental. Bientôt ressortent aussi des secrets de famille longtemps enfouis par la mère, mais également par la grand-mère muette de Lorraine.
Ces divers parcours féminins se rencontrent dans ce récit facile à lire et qui peut s’avérer agréablement thérapeutique pour celles qui viennent de subir un échec amoureux. En effet, cela fait toujours du bien d’entendre parler d’expériences similaires sinon pires que celles que nous vivons.
« Sur le marché », c’était ainsi qu’elles se considéraient, elle et ses amies, éternelles célibataires ou fraîchement divorcées, ce qui revenait au même : qu’elles appellent cela solitude ou liberté, ces filles-là dormaient seules, choisissaient seules la couleur de leur canapé et des capsules de café, quand ce n’était pas le nom de leur chat pour les cas les plus durables ou les plus désespérés. « Sur le marché », ces femmes, pour trouver un homme, « le bon », comme elles disaient, s’offraient inconsciemment à la concupiscence de tous les autres.«
A noter que les hommes ne sont pas du tout mis à l’honneur dans ce roman. A l’exception des « fils »- qui font plutôt office de braves garçons -, les pères, maris, amants n’ont pas grand-chose pour eux…
Vous pouvez également visionner l’interview de l’auteur Valérie Gans qui nous parle de son roman.
J’en profite pour attirer votre attention sur l’ajout récemment effectué sur la page d’accueil de ce blog. Tout blogueur a maintenant l’opportunité de faire un peu de publicité pour son site ou son blog, voire même pour ses vidéos, en y insérant un lien vers un article sur la chronique d’un roman bienfaisant, voire sur vers un article répondant aux trois questions soulevées. A vous de jouer ! Envoyez moi votre lien !
IMAGINATION = UNE ARME POUR ou CONTRE L’ENFER ?

« La demoiselle des Tic-Tac » de Nathalie Hug
Ce roman fait partie de la sélection du mois d’avril pour le jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche, section littérature.
Face au sombre, mais combien remarquable « Yellow Birds », je me doutais que ce court récit ne remporterait pas la victoire ce mois-ci. En effet, le roman de Kevin Powers (qui relate le retour au pays d’un jeune soldat américain après l’horreur des combats en Irak), bouleverse et dérange à un tel point que j’ai dû me changer les idées pour ne pas y repenser continuellement.
Pourtant j’ai préféré donner mon vote à « La demoiselle des Tic-Tac » pour plusieurs raisons :
– d’abord parce que le roman parle d’une région qui m’est proche, la Lorraine française, où la seconde guerre mondiale s’est déroulée au milieu d’une population ayant fait les frais d’annexions successives durant les décennies précédentes
– ensuite parce que cette période est racontée au travers du regard d’une enfant, témoin des paradoxes et des conflits de son époque et dont la mère est une adepte de Hitler
– finalement parce que, loin d’être une histoire drôle, elle laisse toutefois la place à une lueur d’espoir en l’humanité
Récit court, mais éducatif sur le plan historique, l’histoire racontée par une enfant touche le lecteur, car on y retrouve un certain sang-froid, celui des êtres innocents cherchant à comprendre avec leur propre raisonnement l’horreur qui les entoure. Ce roman témoigne aussi du pouvoir indestructible de l’esprit, source d’espoir, de réconfort dans des moments où emprisonné sous les décombres, un être ne peut s’échapper que grâce au pouvoir de son imagination.
Cette arme, que nous possédons tous et qui est l’imagination, nous en retrouvons également l’influence dans le troisième roman de la sélection du mois d’avril, à savoir « Swamplandia » de Karen Russell. Ici la narratrice, une jeune adolescente et sa soeur cadette, s’élancent séparément dans les immenses étendues marécageuses de Floride. Pour éviter que la solitude ne les assaille, elles ont recours, chacune à sa manière, aux délires de leur imagination. Un beau récit original qui promène le lecteur au coeur des marais où foisonnent une faune et une flore pas toujours accueillante.
Pourquoi faire mention de ces titres dans ce blog de bibliothérapie ?
Je ne peux pas vraiment dire que ces titres procurent bien-être, apaisement et réconcilient avec le genre humain. Non. Pourtant chacun d’entre eux, et tout particulièrement « La demoiselle des Tic-Tac » met en valeur le pouvoir de l’imagination, fruit de notre esprit, qui vagabonde et permet de prendre prise sur quelque chose, comme un souvenir, pour surmonter des épreuves inhumaines. Pourtant cette arme est à double tranchant et peut s’avérer néfaste lorsque l’on perd totalement pied avec la réalité comme dans « Swamplandia », ou comme dans « Yellow Birds ».
Je voulais donc simplement ici ouvrir une réflexion sur cette arme que l’on appelle l’esprit ou l’imagination, une arme qui trouve également un bon support dans la littérature, les romans, les histoires…
En cliquant sur PDL 2014 COMMENTAIRES AVRIL LITTERATURE vous trouverez les critiques des jurés qui ont été retenues par le service commercial des éditions du Livre de Poche. Ma critique se trouve en troisième position (Nathalie, Bonnert) dans la rubrique correspondant à « La demoiselle des tic-tac ».
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Encyclopédie de comportements amoureux : « Les perroquets de la place d’Arezzo » de Eric-Emmanuel Schmitt

« Les perroquets de la place d’Arezzo » de Eric-Emmanuel Schmitt
Entrer dans ce roman, c’est pénétrer au coeur d’une sorte d’encyclopédie qui reprend chapitre après chapitre une variété de comportements amoureux.
Le récit tourne autour des habitants d’une place huppée de Bruxelles qui reçoivent tour à tour un message énigmatique, sorte de mot d’amour sans signature. Les réactions divergent les unes par rapport aux autres, car en matière de sentiments face à un mot d’amour anonyme, les attitudes sont aussi nombreuses que les personnages du roman. Comme le décrète le nain Germain, « Il y a autant de bonheurs que d’êtres humains, je crois »p729. Voilà aussi pourquoi Isis, la petite fille un peu naïve, renonce à poursuivre l’écriture de son roman d’amour, car l’amour se conjugue de mille façons et il n’est guère aisé, voire impossible d’en faire une encyclopédie exhaustive.
Quoi qu’il en soit, E-E Schmitt nous donne un petit aperçu des divers tableaux possibles en matière de couple et d’amour : famille, couple homo, couple apparemment normal mais marqué par l’adultère, couple dont l’un méprise l’autre, couple non assorti mais qui s’aime, couple à trois, … Plus qu’une panoplie des déviances en matière sexuelle, il s’agit d’une panoplie des déviances en matière amoureuse. Et que dire de la soi-disant « normalité »? Existe-t-elle en fin de compte ?
Le lecteur passe un agréable moment dans cette histoire multiple, bien qu’au début, je lui conseille de prendre quelques notes pour se remémorer facilement tous les personnages qui apparaissent au fil du récit.
S’agit-il d’un livre qui fait du bien ? Il permet de voir que l’amour s’exprime de diverses manières. Bien que nous ayons tous notre opinion ou notre jugement à ce sujet, aucune expression amoureuse n’est une norme par définition. Dès lors, ce roman encourage à relativiser nos points de vue et à ne pas déprécier des manières différentes de s’aimer et de vivre en couple.
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DIFFERENCE PHYSIQUE : « GROSSE » de Isabelle Rivoal

« Grosse » de Isabelle Rivoal
Bientôt le printemps ! Les régimes et autres trucs et astuces pour retrouver une silhouette conforme aux normes reviennent sur le devant des préoccupations…
Certaines personnes dites « fortes » font mine de ne pas trop s’en soucier. D’autres en souffrent cruellement au quotidien.
Le roman que je vous présente ici parle d’une femme dont le poids et le volume dépassent l’imagination. Pourtant, son physique ne semble pas la déranger. Au contraire, elle se complaît avec sensualité dans ses formes volumineuses.
J’ai longtemps hésité avant de citer ce roman sur ce site, car la souffrance émane ici moins du problème physique de l’obésité que des conséquences qui en découlent pour son entourage. A force de se complaire dans la différence, la protagoniste s’éloigne des autres et de la société. Elle devient un alien au sein d’une société qui a du mal à l’intégrer.
Les chapitres sur « l’état des lieux » du présent s’entremêlent avec les chapitres qui relatent l’histoire d’Adèle depuis sa naissance.
Sur mybook.fr, j’ai écrit le 6 janvier 2012 une chronique au sujet de ce roman dont je vous recopie certains extraits :
« Une histoire pas vraiment malheureuse, pas vraiment heureuse non plus, une histoire qui montre sans le justifier comment cette fille et son entourage, essentiellement féminin, vivent chacun à leur façon dans une sorte d’excès et assument le physique d’Adèle, voire l’encouragent inconsciemment. Le corps d’Adèle s’étale et remplit l’espace. La protagoniste de ce récit semble vivre seulement au travers des sensations voluptueuses que lui procure ce corps tant au niveau gustatif que sexuel. »
« Isabelle Rivoal, comédienne, danseuse et acrobate, signe ici son premier roman dans lequel elle décrit sans vraiment prendre position un état de fait, celui de l’hyper-obésité, et plus encore, un état de complaisance total, presque amoral dans l’assouvissement du plaisir sensuel.
Loin de nous donner une image négative et pessimiste de l’obésité difficile à assumer, Isabelle Rivoal a le mérite d’aborder cet état d’une façon originale. Le corps gros n’est pas ici un corps en souffrance, mais un corps qui prend plaisir avec lui-même, au détriment non pas de la santé physique, mais de la « santé sociale » de celle qui le porte. » (extrait repris sur le site Le Dilettante)
Un livre pour guérir ? Il s’agit surtout d’un beau roman original qui fait réfléchir sur notre position dans la société et sur notre propre responsabilité dans la marginalisation que nous subissons parfois ou croyons subir au travers du regard des autres….
« Il n’y a vraiment que deux choses qui puissent faire changer un être humain : un grand amour ou la lecture d’un grand livre. »
de Paul Desalmand
Extrait de Le Pilon


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